Adèle avait passé la fin de journée à déambuler dans Paris. Parfois dans sa voiture. Parfois en dehors. Cette situation était pesante. Elle avait été forte pendant des années, subit la plus grosse des tortures, Argos, la mort de Camille, et maintenant que tout cela était derrière elle, elle n'arrivait pas à avancer. Thomas avait fait un pas vers elle, ce qui l'avait complètement flippé. Elle n'avait pas su trouver les mots. Et quand bien même ce n'était ni le moment ni l'endroit. Et comment pouvait-il se permettre d'apparaître comme ça, après tout, après tout, quelque chose s'était quand même brisé après l'arrivée d'Aurélie. Elle avait quand même perdu confiance en lui... Elle essayait de lui en vouloir, mais n'y arrivait pas. Ce n'était pas de sa faute… Il lui avait dit des choses, des choses qu'elle n'avait jamais entendues de lui avant... De cet homme qu'elle avait voulu dompter dès son arrivée à la DPJ. Avait-elle finalement une place dans sa vie ? Après tout ce qu'ils avaient vécu. Elle était en train de tout foutre en l'air. Elle le savait ce n'était pas pour elle. Au fond, elle savait très bien que d'engager une relation avec lui serait compliqué. Travailler ensemble a la DPJ, s'occuper d'Ulysse, Lucas un adolescent, tout ce qu'elle devrait changer pour que cela fonctionne… En avait-elle vraiment envie… ? Et en même temps…pourquoi pas ? Il avait bien essayé de faire le premier pas en Anjou, mais suite à ça, plus rien, plus aucun signe. Juste l'arrivée fracassante de sa folle de belle-sœur… En fait le problème majeur, était-ce vraiment le travail où elle pensait ne plus trouver sa place ? Où avait-elle peur d'affronter ses sentiments toujours aussi grandissants pour thomas ? Et puis à bien y réfléchir, il pensait être prêt. Mais il y avait toujours le fantôme de sa femme Julia… Et sa garce de belle-sœur qui avait essayé de les séparer. Adèle ne voulait pas être la troisième roue du carrosse et souffrir encore plus si cela ne devait pas marcher. Elle souffla, elle était arrivée chez elle, devant la péniche. Les mains enfouies dans ses avant-bras croisés sur le volant de sa voiture. Soudain quelqu'un frappa à la fenêtre côté conducteur, adèle sursauta :

« Bah alors, qu'est-ce que tu fais ? J'ai vu tes feux encore allumés, tu ne rentres pas ? J'ai récupéré Ulysse comme prévu à la crèche il est sur le point de s'endormir tu viens »

Jess partie en direction de l'entrée de la péniche. Adèle la regarda s'éloigner tranquillement. Elle coupa son moteur, et se décida à son tour d'entrée. Elle alla voir Ulysse quelque instant le temps de souffler un peu, il s'était endormi. Elle l'observa et se demanda comment plus tard elle allait pouvoir lui raconter tout ça, son père, sa mère, son histoire… Elle savait que de toute manière elle l'accompagnerait aussi longtemps qu'elle le pourrait… Mais pour ça, il fallait aussi qu'elle répare ses propres blessures. Elle éteignit la veilleuse et rejoignit Jess dans la cuisine.

« Tu as faim ? » lança sa coloc' pleine d'entrain cuillère en bois dans la main. « Je t'ai préparé ton plat préféré »

Adèle ne put que sourire en retour de la gentillesse de Jess, elle retira son manteau et son sac et s'assit face à Jess qui elle, continuait à remuer sa préparation dans sa grosse marmite

« Un peu... C'est gentil d'avoir récupéré Ulysse… »

« T'inquiètes pas de soucis, tata Jess est toujours là »

Adèle joignit ses mains sur la table de la cuisine, elle sentit le besoin de rassurer Jess, car elle savait que c'était difficile de devoir la supporter en ce moment, que ce n'était pas facile non plus pour elle, même si elle ne voulait pas le montrer :

« D'ailleurs, à propos Jess... je voulais te remercier… d'être toujours là... Je sais que je fais peine à voir que pour vous tous ce serait tellement plus simple que je revienne, mais j'ai besoin de temps… vraiment…, je sais que j'ai évoqué l'idée de partir… mais c'était égoïste. Je ne veux pas perturber Ulysse… Je ne veux pas qu'il sente que ça va pas, déjà qu'il doit ressentir que je ne suis pas très bien en ce moment… »

Jess laissa sa cuillère sur le rebord de la marmite, enleva son tablier, et entoura les mains d'adèle dans les siennes.

« Les copines sont là pour ça, je serais toujours là. Tu sais je n'ai pas vraiment pu te dire à quel point j'ai eu la frousse il y un mois avec ce qui s'est passé, j'ai vraiment eu peur de te perdre, on a tous eu peur, on est une famille, on doit se serrer les coudes… » Adèle lui sourit timidement, elle avait beau être têtue là-dessus elle ne pouvait que confirmer les propos de Jess, ils étaient bien une famille. Une famille qu'Adèle n'avait jamais eue… Elle s'était laissé percer à jour par ses personnes qu'elle avait réussi à faire entrer dans sa vie. Les premières, les toutes premières de son existence.

Jess lâcha les mains d'adèle et fit mine de se plonger dans son livre de cuisine ouvert sur la page de la recette en cours. Tournant les pages et fessant semblant de les feuilletés elle osa demandait à son amie :

« Sinon tu as vu Mister Rocher aujourd'hui ? Car il s'est absenté dans l'après-midi et à son retour, il était complètement ailleurs » elle regarda sa montre « Je te parie qu'il est toujours à la DPJ en plus, il avait du mal à partir… »

Adèle se sentit un peu piégée, mais elle avoua :

« Il est venu me voir… Enfin je veux dire, je suis allée voir Camille. J'avais besoin de…de parler… je n'ai pas été vraiment sympathique… je l'ai repoussé et je suis partie… »

Jess claqua son livre de cuisine :

« Adèle Delettre, va falloir se réveiller ma fille, et assumer un peu ce qu'il se passe entre vous deux… »

« Jess… » Souffla Adèle

« Attends ma belle, il est quand même venu à toi alors que tu ne lui as pas donné de nouvelles pendant 1mois. Il a été là pour toi. Depuis plusieurs années. Il a été là à l'hôpital, pendant ton enlèvement, il été vraiment très inquiet et tendu, il aurait tout fait pour te retrouver... Soit honnête avec toi même Adèle. Réveille-toi. Sinon le jour où tu auras décidé de faire un pas se sera trop tard… concrètement qu'est-ce qui te fait le plus peur… de ne plus trouver de sens à ta vie ? Ou de savoir, mais tu en as un mais qu'il concerne Rocher… ? »

Adèle comme à son habitude, mis sa tête entre ses mains :

« Je ne sais pas, je sais plus… Mais Jess, sérieux… réveille-toi, on travaille ensemble, c'est trop compliqué... Mon but depuis des années, c'était de traquer Argos. J'étais habité par ça. Je vous ai rencontré à la DPJ… j'étais un déchet, socialement je ne voulais laisser entrer personne dans ma vie… Mais maintenant qu'Argos n'est plus là, je me demande si j'ai encore le droit à tout ça… »

« Attends je comprends rien, adèle c'est toi la psy, ce n'est pas moi…, tu ne penses pas que tu as assez souffert non ? Mais pourquoi t'interdis-tu d'être heureuse enfin ? Tu as tout ce qu'il te faut là sous les yeux... ! Nous, Ulysse, Sarah, rocher….Qu'est -ce qu'il te faut de plus… ? »

Adèle releva la tête, les yeux pleins de larmes, vraisemblablement troublées par les paroles de son amie :

« Car j'ai perdu trop de personnes dans ma vie, Camille, mes parents… je ne veux pas risquer de vous perdre…, je ne veux pas risquer de tout gâcher… j'ai mis tellement de temps à lâcher prise et à faire confiance aux gens, je veux plus souffrir… je veux que Ulysse grandisse en sécurité et dans un environnement sain…, je veux juste être certaine d'aller dans la bonne direction… »

Jess peiné de voir son amie dans cet état contourna la cuisine et alla la prendre dans ses bras :

« Tu as assez souffert adèle, cette année a été vraiment horrible pour toi, mais là je crois que tu vas trop loin. Maintenant que ce malade n'est plus là, on craint quoi nous tu peux me dire ? Personne ne compte aller nulle part. On sera toujours là pour toi, puis on se protège les uns des autres ! Enfin, à part Hyppolite, qui aimerait être protégé par hyppo ? » Adèle ne put retenir un petit rire, elle en profita pour essuyer les larmes qui ne cesser de couler le long de ses joues

« tu ne crois pas que tu devrais laisser les choses se faire… ? Tu te mets trop la pression à vouloir tout contrôler »

Adèle s'écarte de l'étreinte de Jess :

« Tu penses que je me pose trop de questions… tu sais j'ai toujours eu besoin d'analyser les choses de les contrôler… et maintenant encore plus avec Ulysse… je veux juste que tout rentre dans l'ordre … »

Jess la prit par les épaules et sourit :

« Adèle, réintègre l'équipe. Remets-toi dans le travail, reprend ta vie en main. Tu verras tout couleras de source ensuite… »

Jess refit le tour de la cuisine pour aller sentir les effluves émanant de son repas :

« D'ailleurs le nouveau qui te remplacer depuis 3 semaines est partit. On va dire que ça n'a pas vraiment marché avec l'équipe. D'ailleurs il a foutu un sacré bazar sur ton bureau. Commence peut-être par retourner ranger quelques dossiers, petit à petit, et ensuite tu verras bien si cela te donne l'envie de rester… »

Adèle savait ce qu'il lui rester à faire. Elle ne voulait plus fuir du moins essayé... C'était maintenant à elle de faire un pas en avant. Elle avait peur, une trouille bleue. Elle en tremblait d'avance, mais tant pis. Elle voulait le faire. Elle était décidée.

« Tu peux garder Ulysse ce soir Jess…je ne vais pas rentrer tard » elle commençait à mettre son manteau et attrapa son sac

« Je te demande même pas ou tu vas » sourit son amie, elle mit une main sur ses hanches et tourna sa baguette en bois dans l'autre « je ferais une bonne psy non ? »

Adèle ne put s'empêcher de rire

« Tu fais surtout une très bonne amie, la meilleure d'ailleurs… »

Jess sourit de plus belle. Adèle avait passé le pas de la porte, mais revint passer furtivement sa tête :

« Au fait Jess, le bœuf bourguignon, c'est ton plat préféré pas le mien… » Elle partit en rigolant

Laissant une Jess perplexe :

« Ah bon ? »