Tout le long trajet, Adèle avait réfléchi à ce qu'elle pourrait éventuellement dire à thomas. Elle n'avait pas vraiment réfléchi au fait d'être prête à parler d'eux. Elle savait que Jess avait raison sur toute la ligne. Malheureusement, c'était plus facile de parler de tout ça avec son amie qu'avec thomas. Puis leur rencontre au cimetière après un mois d'absence, adèle s'en voulait terriblement, mais malheureusement ce n'était simplement pas le moment. Ce moment-là, elle l'avait dédié à Camille et seulement à elle. Une fois garée sur le parking de la DPJ, elle constata que la voiture de Rocher ne s'y trouvait plus.
« Merde » souffla-t-elle. Elle regarda sa montre. Il était 23H, quelle idiote pensa-t-elle. À croire qu'il l'aurait attendu tranquillement, lui ouvrant même la porte. Elle pianota sur son volant. Regardant à droite et gauche. Tant pis, elle sortit de sa voiture et se dirigea vers la DPJ, il y avait les astreintes puis les agents de nuits. Mais pas ses collègues proches, elle se sentait moins stressée d'aller retrouver son bureau sans l'agitation autour. Quand elle arriva en face de celui-ci, Jess n'avait pas menti. Il y avait des dossiers partout. La gamelle est la couverture de caillou avait été remplacé par des cartons d'où dépasser des tas de feuilles par centaine. Elle leva les yeux au ciel. Posa son sac au pied de sa chaise, retira son manteau, prit place à son bureau et commença à se balancer sur sa chaise.
Elle repensa à ces premiers moments à la DPJ, sa rencontre avec Chloé, celle avec thomas, leur nuit ensemble…ses premières enquêtes catastrophiques, sa capacité à éloigner tous ceux qui était prêts à l'aider. Mais à l'époque, il ne s'agissait pas d'elle. Il y avait Camille, puis Argos. Elle était différente tout simplement. Pas prête à laisser les gens entrer dans sa vie. Et maintenant, elle avait tout gagné. Des amis, une famille… Elle commença à jouer avec sa bague en forme de tête de mort, replongeant instantanément dans ses pensées…
Elle en avait vécu des choses ici à la DPJ, elle ne pouvait s'empêcher de penser aux bons et mauvais moments passés ensemble. Ils ont toujours été unis, les uns pour les autres. Quand Camille avait pris sa place, elle s'en voulait terriblement pensant que tout serait trop difficile à reconstruire dans l'équipe. Et pourtant, tout avait été reconstruit petit à petit. Elle ne put s'empêcher d'être prise par un trop-plein d'émotions. Elle était en vie. En bonne santé, bien entouré. Elle savait très bien qu'elle se protéger toujours sans lâcher prise... Le travail, l'amour. Encore le travail, elle savait comment cela fonctionner, mais l'amour, le plus gros drame de son existence. Argos avait rythmé sa vie. L'avait commandé pendant des années. Elle savait que maintenant c'était à elle de faire ses propres choix, de prendre seules ses décisions. Et ce n'était pas si simple pour quelqu'un qui n'avait jamais vraiment connu ce sentiment. Ça en était même triste.
Elle commença à regarder les différents dossiers sur son bureau, l'équipe avait quand même réussi à boucler un certain nombre d'affaires en son absence, elle pensa en un quart de seconde qu'au final, ils n'avaient peut-être pas besoin d'elle. Une voix la sortit de ses pensées :
« Ça vous manque tout ça, hein ? »
Elle ferma le dossier et leva les yeux. Thomas était la devant son bureau, elle ne l'avait même pas entendu arriver. Il agita ses clefs devant lui :
« J'avais oublié mes clefs, j'ai bien fait… » Dit-il en souriant, ne quittant pas Adèle des yeux.
Elle se sentit tout d'un coup tellement stupide, elle ne savait plus où se mettre. C'était vraiment gênant pour elle. Car leur dernière rencontre avait été catastrophique. Elle partait d'une bonne attention en venant ici, mais son angoisse reprit le dessus sans même qu'elle puisse contrôler quoi que ce soit. Elle se mit à ranger à la va-vite le peu qu'elle avait dérangé, récupérera son sac, se leva brusquement, manqua de trébucher à cause d'un carton à ses pieds. Elle fut rattrapée in extremis par Rocher. Leur visage n'était plus qu'à quelque centimètre l'un de l'autre. Elle pouvait sentir son parfum, son souffle, il semblait calme, pas plus gêner que ça de l'avoir dans ses bras. Il l'aida à se remettre sur pieds.
« Ça va ? » Dit-il essayant de capter son regard
« Oui, je... Je venais juste voir des papiers, le bureau tout ça quoi, mais il est tard, je dois rentrer… » Bredouilla-t-elle. Elle laissa encore une fois rocher seul, les yeux écarquillés ne comprenant pas encore qu'il n'y est aucun but à cette conversation.
Prise dans l'émotion adèle traversa le couloir menant jusqu'à la sortie à une vitesse impressionnante, elle se parler à elle-même essayant de gérer ses émotions, elle avait envie de pleurer, de crier, c'était ça l'amour pensa-t-elle. Elle n'arrivait tellement pas à parler à thomas. À chaque fois en face de lui, elle se sentait stupide, puis elle repensait à aurélie, au mal qu'elle lui avait fait, à son ex-femme, au fait de devoir travailler à nouveau ensemble… C'était vraiment compliqué pour elle, tout se mélanger elle n'arrivait plus à garder le contrôle. Elle n'entendit pas Rocher qui lui emboîter le pas derrière, l'appelant désespérément.
Une fois à sa voiture, elle fut stoppée net :
« Adèle ! » cria rocher à bout de souffle
Elle n'osa pas se retourner. Avait-elle rêvé ? Thomas venait-il à l'instant de lui crier dessus ?
« Écoutez, je ne sais pas si vous attendez quelque chose de moi, si je dois m'excuser pour être venu au cimetière tout à l'heure, donc déjà pour ça, je m'excuse, j'avais besoin de vous voir, de vous parler. Je ne sais pas ce que je dois faire pour que vous réussissiez à me parler. Adèle, vous m'évitez, je ne sais plus quoi faire…faut m'aider là… » Dit-il désespérée
Adèle commença à s'agiter comme la dernière fois, à essayer de trouver son trousseau de clefs, elle se précipita pour ouvrir sa portière s'apprêtant à s'y engouffrer comme la dernière fois et fuir, car ça, elle savait très bien le faire aussi.
« Adèle, merde quoi ! » cria-t-il une nouvelle fois, mais de rage cette fois-ci
Adèle sursauta à l'écoute de cette dernière phrase. Il était vraiment à bout. Elle savait que ça ne pouvait pas continuer comme ça. Elle savait que ça en devenait ridicule, mais c'était tellement plus fort qu'elle. Elle leva la tête ferma les yeux, une larme commença à couler, elle jura, à l'idée qu'il l'a voit perdre tous ses moyens. Elle faisait toujours dos à Rocher. Toujours bloqué entre l'envie de monter dans sa voiture et celle de se retourner et d'avoir le courage de lui parler face à face.
« Écoutez, je peux ne rien faire de plus, j'ai comme l'impression qu'il n'y a que moi qui donne dans cette histoire... Et évidemment, vous prenez encore la fuite. Je peux plus Adèle je ne vais pas passer mon temps à vous courir après. J'ai assez donné. Je suis désolé… »
Il attendit quelque seconde, imaginant que adèle pouvait potentiellement réagir à ce qui s'apparenter à du chantage. Elle n'en fit rien. Déçue. Il monta dans sa voiture qui se trouver a quelque voiture d'elle, et démarra vivement.
Après avoir donné le coup le plus puissant qu'elle put sur le toit de sa voiture. Elle s'effondra contre sa portière. Jess avait raison, un jour il se lassera et il laissera tomber. Sa peur avait eu raison d'elle. Partie d'une bonne intention elle n'avait pas pu contrôler son angoisse. Il était parti. Comment pourrait-elle à nouveau l'affronter après ça. Plus perdue que jamais, elle reprit le chemin de péniche.
