Bonjour à tous !

Voici la suite, avec l'inévitable conséquence de l'emportement de nos deux étudiants.

Bonne lecture à tous et n'hésitez pas à mettre un commentaire.


Chapitre 9 : Retenues

La porte de la salle de classe de la Défense contre les forces du mal se referma sèchement, puisque Sumireko n'avait guère fait d'effort pour la retenir.

Alors que la jeune fille se retournait, elle vit que Harry marchait rageusement dans le couloir, au point qu'il avait presque atteint l'extrémité de la pièce, orné d'un tableau représentant un dragon.

Au moment où le survivant allait emprunter l'embranchement flanqué de deux armures, il entendit l'asiatique l'interpeller.

- Quoi ? aboya t-il sèchement, avant de regretter sa brusquerie qui lui avait déjà valu une exclusion, puis de se retourner vers la japonaise en adoptant une expression désolée. Ecoute, Usami, dit-il en réprimant un tremblement, là ... je ne suis pas d'humeur.

- D'accord, je te laisse, comprit-elle en adoptant une pose moins menaçante. Cependant, je n'abandonnerais pas. J'ai besoin de réponses et tu sais beaucoup de choses que j'aimerais vraiment entendre sans que nous soyons dérangés ou censurés. Disons donc, voyons, réfléchit elle en se tapotant la joue de l'index, pourquoi pas demain midi, après le cours d'enchantements ? Nous avons tous deux un peu de temps libre.

Harry se figea, ne sachant pas comment répondre à cette proposition, mais qui claquait étrangement comme un ordre à ses oreilles. Il n'avait jamais raconté tout ce qu'il avait vécu à personne. Il avait parfois éludé certains passages et même s'il avait conté le récit dans ses grandes lignes à Dumbledore, à Sirius et à ses amis, il ne comptait pas vraiment en parler à une étrangère, surtout à une adolescente dont il ignorait tout.

Cependant, une petite voix étrangement similaire à elle d'Hermione le réprouva. Après tout, elle avait été la seule à oser se lever pour lui, une chose que même ses deux préfets d'amis n'avaient pas eu le cran de faire. Certes, ils avaient des positions de préfet et ne pouvaient pas se permettre d'avoir un comportement les mettant en porte-à-faux avec l'autorité.

La nouvelle n'avait pas retenu ses mots. Elle était à Serpentard et malgré le passif entre les deux maisons, querelle dont elle avait inévitablement été mise au courant, elle s'était levée pour défendre l'honneur d'un Gryffondor. C'était plutôt courageux d'ailleurs.

Harry sentit qu'il était redevable envers elle. Ses hésitations furent balayées et il ne put s'empêcher d'accepter.

- D'accord, répondit Harry avec un ton encore hésitant. On se revoit demain midi.

- On se reverra ce soir chez Ombrage, le contredit la japonaise. Enfin, si je survis à la discussion qui m'attend avec le professeur Rogue, ajouta t-elle en le quittant et en prenant le chemin des cachots. Je ne le connais que peu, mais sa réputation semble légendaire.

Harry grimaça en la voyant emprunter le chemin des cachots. Même si Rogue le haïssait, le brun savait que le maître de potions était sévère avec tous ses élèves. Au moins, il aurait un peu plus de chance avec McGonagall. Elle était sévère, mais juste et ne remuerait pas longuement le couteau dans la plaie.

Le soir même, les deux se retrouvèrent devant le bureau d'Ombrage. Ils partageaient la même expression ennuyée, bien que l'on ne pouvait déterminer si c'était à l'idée de perdre du temps à effectuer une stupide punition ... ou à devoir passer du temps supplémentaire avec le crapaud.

Alors que le bourdon du grand clocher sonnait neuf coups, qui résonnaient dans le lointain, le brun se dévoua et frappa à la porte pour annoncer sa présence.

La porte s'ouvrit et les deux élèves sanctionnés furent accueillis par le désagréable spectacle de cette femme toujours vêtue de rose, avec sa bouche molle qui s'étirait en un faux sourire, le tout ressemblant à un crapaud jaunâtre.

Face à cette dangereuse espèce de batracien, les deux choisirent de ne rien dire. Harry tenta de négocier pour ne pas avoir à rater l'entraînement de Quidditch de ce vendredi, mais Ombrage eut un grand sourire de mauvaise augure.

Sumireko sut parfaitement qu'elle refuserait, car il n'y avait rien de plus jouissif que le pouvoir. Avoir la capacité d'entraver les autres, de pouvoir nier leurs désirs et de leur retirer ce à quoi ils tenaient, était toujours appréciable. Ombrage était une sadique de ce genre, qui appréciait le pouvoir.

Sumireko frissonna, se trouvant face à cette créature qui était un étrange miroir d'elle même.

Si Sumireko jouissait avoir du pouvoir sur les autres, l'inverse n'était pas vrai. Elle connaissait ses faiblesses et savait comment gérer les tyrans de son genre. Cette connaissance s'était pour l'instant révélée inutile, puisqu'elle n'avait pas eu de concurrents sérieux. Pas encore, du moins.

- Installez-vous, ordonna Ombrage, en leur tendant à chacun une longue plume à la pointe acérée.

Les deux sortirent du parchemin et attendirent.

- Monsieur Potter, vous écrirez « Je ne dois pas dire de mensonges. » Quant à vous, Miss Usami, vous écrirez « Je dois respecter mes supérieurs. »

La japonaise vit rouge. Comment pouvait-elle être inférieure à ce crapaud, à cette truie boursouflée ?

- Combien de fois ? demanda Harry en s'efforçant d'être aimable, mais en arborant une expression similaire à celle d'une personne souffrant d'une rage de dents.

- Oh, sourit leur professeur, autant de fois qu'il faudra pour que le message rentre.

- Vous ne nous avez pas donné d'encre, répondit Sumireko, qui ne comptait que sur ses stylos en temps normal.

Ombrage éluda la question et les deux se rassirent. Sumireko s'exécuta, trouvant cette sanction totalement stupide. Faire semblant d'écrire était le summum de l'idiotie.

Que de temps perdu, pensa t-elle en terminant sa phrase, avant de retenir une exclamation de douleur.

Lorsqu'elle eut terminé sa phrase et relevé sa plume, elle remarqua que la ligne était apparue en rouge sur le parchemin et que la phrase s'était également gravée au dos de sa main.

Encore ébahie, l'asiatique caressa la ligne sur le parchemin. Le liquide collant s'accrocha sur l'extrémité de son doigt et lorsqu'elle porta son index à sa bouche, sa langue reconnût parfaitement ce goût cuivré.

L'adolescente se figea, les yeux écarquillés. Ceci, ce n'était ni plus ni moins que de la torture. Elle avait bien lu le règlement et même si l'on pouvait l'interpréter avec plus ou moins de rigueur, ceci n'était absolument pas légal.

Lire les lois et bien les connaître était très pratique et elle aimait utiliser tout l'arsenal de moyens coercitifs à sa disposition.

- Professeur, déclara Sumireko en prenant la plume et le parchemin. Je vous informe que cette punition étant illégale, je me dois de la signaler au directeur. L'usage de la torture sur les élèves est interdit par le règlement.

Sur ces mots, elle prit la plume et le parchemin, les rangeant dans son sac.

Alors que Harry releva la tête, Sumireko le regarda.

Sans qu'elle eut besoin de dire un mot, il la suivit. Cette jeune Serpentard était vraiment digne de sa maison et il allait la soutenir. Même s'il avait du ressentiment envers Dumbledore, il n'allait pas abandonner quelqu'un qui voulait le croire et qui n'était pas hostile envers lui.

Alors que le visage d'Ombrage s'empourprait, les deux élèves quittèrent le bureau et Sumireko suivit Harry jusqu'au bureau de Dumbledore. Il était le seul à connaître le chemin vers les quartiers du vieil homme à la longue barbe grise.

Les deux parcoururent de nombreux corridors et escaliers. Sumireko n'était pas habituée à autant d'effort physique, surtout le soir et envia bien vite son camarade. Lorsqu'ils s'arrêtèrent devant une statue de griffon, surmontée de deux gargouilles, elle se plia en deux, les mains sur les genoux, haletante.

- Oh, deux étudiants, fit remarquer une des statues de sa voix rauque. Qu'est-ce que vous faites ici, surtout à cette heure ?

- Annoncez-nous ... au professeur Dumbledore, souffla Sumireko en respirant profondément. Je souhaite ... lui faire part ... d'une plainte.

Sans qu'elle eut besoin d'en ajouter davantage, la statue tourna sur elle-même, pivotant pour dévoiler un escalier en colimaçon.

Les deux collégiens empruntèrent l'escalier. Arrivée sur le palier, la japonaise reprit longuement son souffle, attendant d'avoir retrouvé un rythme respiratoire normal pour entrer. Lorsqu'elle frappa à la porte, les gonds huilés s'ouvrirent sans un bruit, leur permettant d'entrer sans le moindre problème.

Le bureau directorial était une pièce vraiment magnifique, songea Sumireko en observant tout autour d'elle. La vaste pièce avait des dimensions impressionnantes, avec des arcades se croisant en ogives, tandis que des orbes lumineux flottaient autour de lustres finement ouvragés. Une haute bibliothèque se dressait contre le mur opposé, tandis que les armoires étaient ornées de multiples bibelots argentés et de nombreux autres objets magiques et précieux, dont une horloge au cadran ornée de planètes.

Au centre, sur une estrade, le bureau du directeur était chargé d'objets argentés, dont une petite horloge dont le cadran était empli d'une curieuse fumée bleue tournoyant doucement.

- Bonsoir, les salua le vieillard au regard pétillant, qui avait relevé la tête de ses dossiers. Que puis-je faire pour vous ?

Harry se tendit et Sumireko sentit de la colère monter en lui. Après une plus intense analyse, c'était surtout de l'amertume qui hantait le brun.

Sumireko ouvrit tranquillement son sac et sortit un parchemin, sur lequel était écrite une ligne avec un liquide rouge à l'odeur cuivrée et entêtante. Elle montra également une longue plume et la déposa sur le bureau du vieil homme.

A ce moment, le regard du directeur devint froid et son sourire de grand-père attentif et compatissant disparut. Une colère glacée le gagna et Sumireko se sentit presque étouffée par l'aura de puissance que l'homme peinait à endiguer.

- Qui ? demanda t-il avec un ton calme, mais qui barrait mal ses émotions.

- Le professeur Ombrage, répondit calmement la jeune femme, alors que Harry dévoilait également ses preuves, lui aussi ayant pris soin de prendre la plume.

Le directeur regarda les deux élèves et s'adossa dans son fauteuil.

- Si vous souhaitez déposer une plainte formelle devant les gouverneurs de Poudlard, je ne vous en empêcherais pas. Cependant, je pense que vous n'ignorez pas à qui cette ... femme fait ses rapports. Je ne peux que vous conseiller la prudence, même si je vais avoir une longue conversation avec elle.

Sur ces mots, l'homme à la longue barbe enregistra les plaintes des deux étudiants, les faisant remplir de longs dossiers, ajoutant les preuves obtenues.

Lorsque tout fut fini, il regarda Harry avec une expression étrange, presque fuyante.

- Y a t-il autre chose dont vous souhaitez me parler ? questionna t-il d'une voix étrangement eraillée, comme s'il souhaitait dissiper le malaise ambiant.

- Non, répondit sèchement Harry. Monsieur, ajouta t-il après deux secondes, dans l'unique but de mettre un minimum de politesse, mais qui n'était qu'un paravent.

Sumireko répondit également par la négative, bien qu'elle soit plus douce et polie que le brun.

Le directeur ne chercha pas à en savoir davantage et les congédia rapidement.

Sumireko salua le vieil homme et se retourna, empruntant à son tour l'escalier en colimaçon qui la mena vers le couloir.

Elle vit Harry accélérer le pas et la jeune fille comprit qu'il n'avait pas du tout envie de parler.

L'adolescente décida de ne pas chercher à engager la conversation. Le brun avait accepté de la soutenir en allant voir le directeur, bien que les relations entre eux étaient loin d'être saines, alors elle n'allait pas le braquer en le forçant à se confesser.

Même si elle avait voulu savoir ce qui se passait entre les deux, ce qui n'était absolument pas le cas, elle savait qu'une confrontation frontale ne mènerait nulle part et ne ferait qu'endommager le début d'amitié qu'elle avait réussi à tisser.

La japonaise retourna dans son dortoir, songeant qu'il était encore tôt.

Elle regarda la liste des devoirs à faire et la masse de travail la découragea.

Sumireko retira plusieurs parchemins de son sac et soupira en voyant les divers sujets, ainsi que le livre emprunté.

Elle souffla longuement, avant de reposer son stylo. Elle n'avait pas du tout envie de travailler et elle décida de remettre ce travail à plus tard.

La collégienne sourit et sortit sa 3DS, dont la coque customisée par ses soins ressemblait à une manette de NES. Elle allait se faire une petite partie pour se détendre.

Lorsqu'elle alluma la console portable, elle remarqua que le voyant était au rouge. D'ailleurs, au moment précis où elle mit en route son jeu, la batterie lui fit faux bond et l'écran s'éteignit.

Le juron qu'elle meugla retentit jusque dans la salle commune.