Disclaimer : Assassination Classroom appartient à Yûsei Matsui.

NdA : J'ai l'impression d'avoir posté le premier chapitre de cette fic hier, mais en fait ça fait plus d'un mois. Lol. Me tapez pas svp. Je vois pas le temps passer, déjà je galère avec mes fiches de français et en plus les examens arrivent. À quoi servent les épreuves anticipées bordel ;;

Bref. Je tiens à remercier tous ceux qui ont laissé des reviews et/ou ajouté cette fic à leurs follows et favoris. Vous êtes adorables, merci, merci ;; Merci aussi à Rosalie24 qui m'a bien aidé lorsque j'ai séché au milieu du chapitre en m'écrivant des phrases qui m'ont bien aidé, tmtc. Je vous souhaite une bonne lecture !

Réponse à Emelynn21 : Hey ! Je suis contente que cette fic te plaise. C'est bien Yuri on Ice qui m'a inspirée, cet animé est juste splendide. *-* Awn merci c'est adorable ./. Honnêtement, je peux bien expliquer les mouvements et les pirouettes (d'ailleurs je le fais directement dans l'histoire puisque les spectateurs font attention au moindre des mouvements des patineurs), mais pour les sauts, c'est juste impossible. J'ai appris à les reconnaître à l'œil nu à force de regarder des vidéos de patinage, mais il y a énormément de termes que je ne parviens pas à comprendre pour les expliquer. x) (Comment ça je perds toute crédibilité) Ce que tu me dis me fait vraiment plaisir, j'espère que ce chapitre te plaira tout autant !


Basculer (de son piédestal)


– Hé, Itona. T'aurais pas un endroit sympa où rester pendant les heures de cours ?

Ledit Itona porte la main à son menton en un signe de réflexion. Karma a tout le loisir de détailler son visage empreint d'une étonnante maturité, bien qu'encore marqué par les rondeurs de l'enfance. Même s'ils sont dans la même classe et qu'ils traînent fréquemment ensemble, ce n'est pas de l'amitié qui les lie mais plus cette inexplicable habitude de sécher les cours au même moment.

– Je pensais essayer le club d'art. Il est désert jusqu'à dix-sept heures, et, si on se fait prendre là-bas, on peut toujours prétexter être un membre du club.

– C'est risquer gros, non ?

– On peut toujours essayer, répond Itona en haussant les épaules. Tu veux sécher quel cours ?

– Le prochain. Tu me suis ?

– Biologie ? J'aime bien cette matière.

C'est au tour de Karma d'hausser les épaules, puis il s'en va sans autre forme de procès. Si Itona change d'avis, il saura où le trouver. Lui-même n'a rien contre la biologie ni son professeur, qui est même excellent, mais la flemme est bien trop présente en lui actuellement. Ses muscles courbatus le font tant souffrir qu'il n'aspire plus qu'à une chose : s'assoir et ne plus jamais se lever.

Un rapide calcul mental lui apprend qu'il en est à son quatrième, non, cinquième cours séché depuis le début de sa deuxième année. Une chance que ses parents soient au bout du monde et n'en aient pas grand-chose à faire. (Comment les parents d'Itona réagissent-ils lorsqu'ils sont informés des agissements de leur fils ?)

En arrivant au club d'art, il constate que celui-ci est, comme prévu, entièrement vide de monde. Sur l'un des murs de la salle sont accrochés les meilleurs tableaux de peinture réalisés par les membres du club, tandis que tous les autres sont rassemblés pêle-mêle dans un coin sombre de la pièce. Sur un autre, ce sont des photographies qui sont exposées, la plupart d'entre elles représentant des paysages pris au bon moment. Différents visages de femmes sculptés dans le bois trônent sur une table disposée au centre de la pièce, entourée d'une petite dizaine de chaises. Aucune œuvre n'attire vraiment l'attention de Karma, non pas parce qu'elles sont mauvaises, mais plus parce qu'il n'a jamais été particulièrement intéressé par l'art en lui-même.

Il s'affale lourdement sur l'une des chaises (Il aurait préféré un sofa moelleux, mais on ne peut pas tout avoir dans la vie, n'est-ce pas ?) avant de sortir son téléphone de sa poche et de défiler dans son répertoire à la recherche d'un contact en particulier. C'est dans ces moments qu'il réalise qu'il n'en a que très peu. Lorsque le nom « Kanzaki » s'affiche, un sourire de satisfaction se dessine sur ses lèvres et il s'empresse d'envoyer un message à la jeune fille.

[Club d'art, à la fin de la pause-déjeuner ?]

La réponse ne se fait pas attendre plus d'une minute.

[J'y serai.]

Le temps lui semble long jusqu'à la fin de la pause-déjeuner ; quatre parties de Doodle Jump, sachant qu'il est extrêmement doué et que ses scores vont au-delà des limites de l'imagination. À peine la sonnerie annonçant la reprise des cours retentit-elle que la porte de la salle grince, laissant apparaître la silhouette élancée de Kanzaki. Celle-ci le gratifie d'un sourire en guise de salutation, ce à quoi il répond d'un simple hochement de tête. Elle prend place à l'autre bout de la table, sur une chaise disposée juste en face de celle du jeune homme.

– Tu l'as apportée ? s'enquit-elle en farfouillant dans son sac de cours.

– Évidemment, répond Karma qui en fait de même. C'est bien pour ça qu'on est là, non ?

D'un même mouvement, ils sortent une console de jeux de leurs sacs. Kanzaki affiche ce petit sourire innocent qui lui est propre, mais Karma sait que cet air angélique n'est qu'une façade qui ne tardera pas à s'écrouler ; qu'il ne tardera pas à détruire.

Kanzaki est tout sauf innocente.

– Tu as remplacé certains de tes Pokémon, fait-elle remarquer.

Ce n'est qu'une remarque destinée à apaiser la tension qui s'est insinuée dans la pièce à la seconde où elle y a posé les pieds. Karma décide de jouer le jeu.

– Ouais. Les tiens ont gagné beaucoup de niveaux, aussi. Enfin, ajoute-t-il en prenant son air le plus arrogant, je doute que ça te suffise si tu veux me battre.

– Mh, j'ai affronté la Ligue une dizaine de fois.

– Eeeh ~ J'en suis à ma huitième Ligue mais j- Bordel.

Son premier Pokémon se fait mettre K.O. Kanzaki, elle, a à peine perdu la moitié de ses points de vie et conserve son masque impassible.

Karma hait ce masque. Chaque fois qu'il le voit, il veut l'arracher et le jeter et l'écraser et le briser. (Il le sent arriver ; le vent.)

Il perd un Pokémon, puis un autre, puis un autre. (Il entend une bourrasque de vent. Il arrive, il est si proche.) Elle en perd finalement un à son tour ; un autre plus robuste, plus puissant encore vient le remplacer.

– Dis, Karma-kun…

(Le voilà.)

– Si je gagne, tu rejoindras finalement le club de patinage artistique ~ ?

(Le vent.)

Son dernier combattant s'effondre. (Le vent ne tarde pas à devenir bourrasque.)

– Tu dois te dire « J'ai de la chance de ne pas avoir eu le temps d'accepter », n'est-ce pas ?

Karma n'a jamais su apprécier Kanzaki parce qu'elle est de ces personnes qui lisent en lui comme dans un livre ouvert. Ils étaient déjà dans le même collège et fréquentaient tous deux le club de patinage artistique ; en discutant quelque peu, ils ont fini par se découvrir une passion commune : les jeux-vidéos. Kanzaki est un monstre des jeux d'arcade, Karma préfère jouer lorsqu'il est seul. Il a néanmoins fini par trouver en elle la rivale la plus redoutable qu'il ait pu connaitre. Cela fait près de trois ans qu'ils se connaissent, mais le nombre de fois où il a pu la vaincre peut se compter sur les doigts d'une main.

Au patinage, il ne s'est jamais senti proche d'elle parce qu'il n'y a rien qui puisse les départager. Kanzaki vole. Karma danse. (Il lui arrive d'en être soulagé, bien qu'il préfère mourir que de l'avouer.)

– Les compétitions se font en duo, souffle-t-il.

– Il te suffit de trouver un partenaire.

– Je ne danse qu'en solo.

– Encore à cause d'Asano ?

(Ouragan.)

« Je ne veux plus être ton partenaire », fait une voix qui ne lui est que trop familière. « Il ne veut plus être ton partenaire », lui rappelle sa conscience, inlassablement.

Il sent le sang affluer à ses pommettes et son visage le brûler plus que de raison. Ce sujet a toujours été un point sensible chez lui, et son interlocutrice doit sûrement le savoir mieux que quiconque. Kanzaki sait toujours où frapper pour faire le plus mal possible, dans les jeux-vidéos comme dans la vraie vie.

Le raclement de sa chaise contre le sol est violent et résonne en écho dans la pièce. Il range précipitamment sa console dans son sac. (Il doit s'en aller avant d'être pris par l'ouragan. Vite, vite, vite, vite.)

– Karma-kun, je ne te savais pas si gamin.

Il s'en va en prenant soin de claquer la porte derrière lui. Dans le couloir vide en cette heure de cours, il se met à courir comme s'il avait la mort aux trousses.

Kanzaki est la dernière personne de qui il veut entendre ça.


Son après-midi de jeux-vidéos ayant été gâché, Karma ne sait plus quoi faire. (En fait si, il y a quelque chose qu'il aimerait faire mais il refuse de se l'admettre.)

Ses pas l'amènent malgré lui à la patinoire gérée par Yukimura-sensei.

Yukimura-sensei est une femme charmante, qu'il s'est mis à respecter plus que de raison sans même s'en rendre compte. C'est en l'observant qu'il a appris la plupart des mouvements qu'il connait aujourd'hui, notamment les pirouettes. De plus, sa grâce et son élégance sur la glace relèvent du niveau professionnel ; il se demande pourquoi elle ne participe pas à des compétitions au lieu de gérer une misérable patinoire perdue dans l'immensité de Tokyo.

En entrant, il est surpris de voir que ce n'est pas elle qui gère l'entrée. Peut-être est-elle en train de patiner ? Il demande une paire de patins à sa taille et paye pour une heure. Dans le casier des vestiaires qui lui est attribué, il dépose son sac de cours et son uniforme pour enfiler une tenue qui lui permet une plus grande liberté de mouvements.

Lorsqu'il quitte les vestiaires, son regard s'attarde sur la patinoire entourée de monde et ses doutes sont confirmés. Yukimura-sensei se laisse glisser sur la glace devant un public enthousiaste, vêtue de sa tenue d'entraînement. Son corps n'est porté que par sa jambe gauche pendant quelques secondes, mais une demi-rotation dans les airs lui permet d'alterner avec sa jambe droite, avec laquelle elle répète le même manège. Karma, lui, a toujours eu du mal avec le saut de valse, qui est pourtant un mouvement très apprécié en danse sur glace.

Elle avance sa jambe gauche en pliant le genou, avant de ramener sa jambe droite en avant et de s'accroupir. Pirouette assise.

Sa performance continue avec un triple axel et un quadruple boucle piqué. Karma trouve dommage qu'aucune musique ne l'accompagne ; un morceau de piano collerait bien avec, pense-t-il. Elle finit en se penchant en avant, juste en face du public, comme si elle le saluait. Très vite, toutes les personnes qui l'observent se mettent à l'applaudir avec enthousiasme, Karma parmi eux. Yukimura-sensei ne cessera jamais de l'impressionner.

Il enfile à ses patins et s'élance à son tour. Les crissements de leur lame contre la glace et le froid glaçant de la patinoire le font frissonner de bonheur.

Ces sensations lui ont manqué.

Une arabesque ouvre sa danse : il se laisse glisser sur sa jambe droite et ramène sa jambe gauche derrière lui en formant un angle de presque 180 degrés. (Il n'a jamais été assez souple pour les atteindre.) Cette position lui permet d'enchaîner avec une pirouette allongée, l'une de celles qu'il a apprises en observant Yukimura-sensei. Il continue en tendant les jambes pour les écarter. Petit aigle. Ce mouvement est bien plus utilisé en patinage artistique qu'en danse sur glace puisqu'il permet d'introduire un saut, mais Karma se sent à l'aise lorsqu'il le place.

Quelle musique irait bien avec cette prestation ? se demande-t-il en plaçant une nouvelle pirouette, assise cette fois-ci. Quelque chose de doux, de rapide, d'agressif, d'entraînant ?

Puis il réalise que cela ne sert à rien d'en chercher pour le moment, puisque que les compétitions inter-lycées de danse sur glace ne se font pas en solo.

Pas comme s'il avait la moindre intention de rejoindre le club de patinage de son lycée, de toute manière.

Il met fin à sa performance en cambrant le dos en arrière tout en ramenant ses mains liées au-dessus de sa tête, comme il a déjà vu de nombreux patineurs de réputation internationale le faire. Des applaudissements parviennent à ses oreilles, et le rouge lui monte aux joues lorsqu'il réalise qu'il s'agit l'ensemble du public de Yukimura-sensei, en plus de Yukimura-sensei elle-même. Cette dernière se dirige vers lui pour lui caresser affectueusement la tête, un sourire rayonnant dessiné sur les lèvres. Il déteste ça mais il n'ose pas le lui dire, alors il se laisse faire.

– Tu danses toujours aussi bien, Karma-kun ! Je ne fais vraiment pas le poids face à toi !

– Vous exagérez, sensei… rit-il.

– Mais non ! Ton style me fait penser à l'une de mes élèves – un véritable prodige en danse – mais ah c'est tellement dommage qu'elle ne réussisse pas ses sauts…

Karma se contente de hausser les épaules. La plupart des personnes de son âge ont plus de potentiel en danse sur glace qu'en patinage artistique mais s'obstinent à vouloir pratiquer le dernier. Lui n'éprouve aucun attrait pour les sauts ; il préfère écouter la douce mélodie des crissements de ses patins contre la glace.

De nouveaux applaudissements retentissent dans la salle. Karma constate avec surprise qu'ils sont destinés à Asano, qui se relève tout juste d'une pirouette pour se laisser glisser sur la glace, avec cette lenteur qui lui est si familière. (Son cœur fait un bond dans sa poitrine mais il décide de l'ignorer.) Sa tenue blanche décorée de fausses plumes aurait pu rappeler un ange si son visage dur et froid comme la glace sur laquelle il patine ne venait pas briser cette image de pureté. Son regard est chargé de venin, sa bouche peine à ne pas sortir d'invectives et ses sourcils restent froncés, comme s'il en voulait au monde entier. Sans doute est-ce le cas, se dit Karma. Asano est le réceptacle d'une haine qui n'attend qu'à être déversée. (Dont une infime partie a déjà été déversée, mais Karma n'aime pas y penser.)

Il attrape son pied gauche dans sa main droite pour se mettre à tourner sur lui-même à l'aide de son pied libre. Pirouette royale.

Sa prestation se termine sur cette pirouette. Asano ne prend jamais de pose pour clore ses programmes et se contente de fixer son public droit dans les yeux, immobile comme nature morte. Sans doute est-ce cette impassibilité qui plait tant à son public. Karma, pour sa part, ne peut s'empêcher de montrer son énergie indomptable au public. Si les morceaux de musique qu'il choisit doivent impérativement être vivants, ceux d'Asano respirent la mort.

Les acclamations se font bien plus nombreuses que pour Karma et Yukimura-sensei. De nombreux patineurs amateurs venus s'entraîner ont dû s'arrêter pour contempler ce prodige de la danse, fasciné par l'aura qu'il dégage. (Karma fait partie d'eux, même s'il ne s'en rend compte que bien après.)

– Asano-kun, tu es toujours aussi bon !

Tout comme avec Karma, la gérante de la patinoire caresse la tête de son deuxième élève en le félicitant, lui soutirant quelques grognements désapprobateurs. Derrière, Karma réalise qu'il déteste être aussi proche de lui, déteste lui parler ; mais il ne peut s'empêcher de demander :

– Pourquoi t'es seul ?

– Pardon ?

– Tu patines en duo, non ?

– Ça ne te regarde pas, Akabane.

La tension est palpable. Yukimura-sensei croit bon d'intervenir dans le but de calmer le jeu :

– Kaho-san a cours cet après-midi ?

– Cette idiote.

Asano insiste si fort sur l'invective que sa voix en tremble. Karma, lui, sent un frisson lui parcourir l'échine, mais pas à cause d'Asano. (Comme s'il pouvait avoir peur de ce crétin d'Asano.) Il supporte mal la mention du nom de Kaho.

– Karma-kun, tu as encore séché les cours ? questionne Yukimura-sensei, la voix soudain inquiète. C'est la première fois que tu viens un vendredi après-midi…

– Je, euh, ne me sentais pas bien.

Il n'a d'ordinaire aucun mal à avouer qu'il sèche la plupart de ses cours, mais Yukimura-sensei a ce petit quelque chose d'innocent qui le pousse à lui mentir.

– Tu patines lorsque tu ne te sens pas bien ? C'est très intelligent.

– Ta gueule, Asano.

Karma n'a déjà plus la moindre envie de patiner. Ou plutôt, il en meurt d'envie, mais la présence d'Asano le gêne bien trop pour qu'il effectue le moindre pas, la moindre pirouette. Tant pis, pense-t-il en s'éloignant sans autre forme de procès. Il pourra revenir le lendemain soir, puisque Yukimura-sensei le laisse profiter de l'apaisante tranquillité qu'offre sa patinoire les samedi soirs.

Au fond de lui, Karma aimerait bien montrer à Asano qu'il est tout aussi doué que lui pour danser sur la glace, qu'il est même meilleur. Seulement, il ne se sent pas prêt pour le moment.

Tant pis, se répète-t-il alors que ses pas le mènent avec surprise au lycée.


– Nagisa, tu fais quelque chose demain matin ?

– Non, pourquoi ? Tu veux aller quelque part ?

Nagisa, c'est une simple connaissance du collège que le temps a fini par transformer en un précieux ami. Karma ne sait pas comment, avec leurs différences flagrantes de caractère, ils en sont venus à discuter ensemble, à aller dans le même lycée et à se lier d'amitié ; et il se dit que ce n'est pas plus mal, finalement.

Il a une apparence androgyne, une petite taille et une voix fluette, et il serait certainement confondu avec une fille s'il ne portait pas l'uniforme masculin de leur lycée. Ses cheveux sont si longs qu'il est obligé de le retenir en deux couettes, et son visage est aussi rond que celui d'un enfant. Ça amuse Karma, qui passe son temps à le chambrer là-dessus.

– Au club de patinage artistique. Ça te dit ?

Nagisa blêmit. Karma peut presque lire dans ses pensées : Nagisa et le patinage, c'est une histoire d'amour qui n'était pas destinée à vivre plus d'un an. Lors de leur première année de collège, il a été contraint à laisser tomber le club de patinage après une violente défaite lors d'un tournoi entre les membres du club. Karma se rappelle que c'est Kanzaki qui a dérobé la première place, cette année-là ; qui d'autre sinon elle ?

Dès sa deuxième année, Nagisa a préféré rejoindre le club de curling, dans lequel il s'épanouit aujourd'hui pleinement.

– T-Tu comptes t'inscrire, finalement ?

– Non, juste rester dans les gradins.

Face au regard interrogateur de son ami, il se sent obligé d'ajouter :

– Je me demande juste quel niveau ils ont. Alors ?

Nagisa semble en proie à un véritable dilemme intérieur. Karma se doute bien que ce sont les fantômes de son passé qui ressurgissent, aussi lui laisse-t-il le temps de bien réfléchir avant d'offrir une réponse. Sans doute lui enverra-t-il un message plus tard dans la soirée.

L'idée lui est venue brusquement, sur un coup de tête, et il n'arrive pas à l'ôter de son esprit. Le niveau actuel du club de patinage artistique l'intrigue réellement, même s'il sait qu'aucun de ses membres ne pratique la danse sur glace. Au fond de lui, il aimerait peut-être juste y trouver quelqu'un dont le niveau dépasse celui de Kanzaki. Il a entendu parler, de la bouche d'un camarade de classe, d'une deuxième année à la couleur de cheveux insolite dont la danse et les sauts sont si époustouflants qu'ils en laissent même les entraîneurs bouche-bée. Une des qualifiées pour le tournoi inter-lycées d'été, apparemment.

C'est le silence qui les accompagne sur ce trajet du retour qui lui fait remarquer l'absence de Sugino.

Sugino est un camarade de classe de Karma, le meilleur ami de Nagisa et le capitaine de l'équipe de hockey. Il les accompagne souvent lorsqu'ils rentrent du lycée et qu'il n'est pas pris par son entraînement intensif, et c'est lui qui se charge d'animer leurs conversations. Il semble toutefois considérer Karma comme un délinquant et le craint quelque peu, mais il n'en reste pas moins très aimable avec lui. Nagisa dit souvent de Sugino qu'il est très sociable et qu'il a tendance à être trop familier avec les personnes qui l'entourent. Lorsqu'il oublie d'ajouter des honorifiques aux noms des personnes qu'il vient tout juste de rencontrer, par exemple.

– Il est où, Sugino ?

– Entraînement.

– D'habitude il n'en a pas les vendredis soirs, si ?

– Ils ont perdu un match officiel récemment et l'équipe a, euh, le moral dans les chaussettes.

Nagisa marque une pause, comme s'il réfléchissait à ce qu'il va ajouter, puis il lance en riant :

– Mais tu le connais, il est tenace et il s'en remettra très vite !

– Mh mh… se contente de répondre Karma.

Il connait assez Nagisa pour savoir qu'il s'en veut de ne pas pouvoir soutenir son meilleur ami. Sans doute se sent-il indigne de lui. (Nagisa a tendance à se rabaisser alors qu'il est l'une des personnes les plus admirables que Karma connaisse.)

Ils se séparent lorsque l'un d'entre eux tourne à droite alors que l'autre continue tout droit. Le soleil a déjà commencé à se coucher, laissant le crépuscule prendre la place du jour pour une courte durée, lorsque Karma arrive devant chez lui. Avec une lenteur démesurée, il fait tourner ses clés dans la serrure, pousse la porte, entre et retire ses chaussures. Il est bien trop habitué au silence qui règne dans le lieu pour le trouver oppressant ; il en est même devenu apaisant.

La sonnerie de son téléphone le tire de ses pensées. Sur l'écran s'affiche le nom de Nagisa, accompagné de quatre petits mots : « On se voit demain ! ».

Et il sourit.


Il y a, remarque Karma, quelque chose d'étrange dans le regard de Nagisa lorsqu'ils cherchent une bonne place dans les gradins. Peut-être de la nostalgie ou de l'anxiété ou même de la colère. Cela effraye Karma de ne pas pouvoir saisir certaines de ses émotions, de se heurter au mur de ses facettes insaisissables, parce qu'il est trop habitué à lire en lui comme dans un livre ouvert.

Cela l'effraye, vraiment.

Nagisa l'a toujours effrayé.

– Nagisa ? demande-t-il avec une hésitation qui ne transparait pas dans sa voix, parce qu'il ne veut pas que l'image que Nagisa a de lui se brise.

L'interpellé sursaute, et la lueur dans son regard disparait comme si elle n'avait jamais existé.

– Hum, désolé, j'étais perdu dans mes pensées.

– C'est rien. On se met là ?

Les places que Karma désigne pourraient être qualifiées d'idéales. Elles sont au dernier rang, juste en face des membres du club rassemblés autour de leurs trois professeurs et personne n'est installé devant eux. Nagisa ne peut qu'acquiescer.

Le regard de Karma défile sur les membres du club à la recherche de têtes familières. Il y a près de dix élèves, parmi lesquels il reconnait bien évidemment Kanzaki, doublée de son sourire à toute épreuve, mais également Isogai Yuuma, le délégué de la classe de Nagisa, et même Nakamura Rio, une camarade de classe avec qui il aime bien traîner. Il y a même deux managers, assises un banc à prendre des notes.

Il ne savait pas que le club de patinage artistique était si populaire parmi les élèves. Parfois, il se demande s'il n'aurait pas mieux fait de s'inscrire dans un lycée qui aurait, à défaut de plusieurs patinoires, d'énormes gymnases dans lesquels les élèves joueraient au volley ou au basket.

Il secoue la tête.

Impossible.

Il ne vit que pour danser sur la glace.

Une couleur éclatante sur la patinoire le tire de sa rêverie. Il voit l'une des élèves, dont les cheveux sont d'un vert éblouissant, s'élancer sur la glace tel un fauve guettant sa proie, avant de bondir dans un triple lutz tel qu'il n'en a jamais vu. La lame de ses patins a à peine rencontré le sol qu'elle bondit à nouveau dans un quadruple boucle piqué, comme si elle avait piégé sa proie et qu'elle allait enfin la dévorer ; mais cette image que Karma se fait d'elle s'effondre à la seconde où elle effectue sa réception, car elle est obligée de poser la main au sol. L'unique entraîneur féminin du club se lance dans un sermon interminable. Peut-être que les quadruples ne sont pas autorisés ? Ce serait assez stupide, puisque ce saut est autorisé en compétitions internationales dès que la barre des quinze ans est passée.

Est-ce elle, la fameuse qualifiée pour le tournoi inter-lycées dont tout le monde parle ?

Les autres élèves défilent à leur tour sur la glace, et Karma n'y fait pas vraiment attention. Kanzaki est-elle déjà passée ? Il était tellement absorbé par ses pensées avant de voir la fille aux cheveux verts qu'il n'y a même pas fait attention. À en juger par le léger essoufflement qu'il croit percevoir chez elle, elle semble bien avoir effectué cette combinaison elle aussi. Elle n'a jamais été très endurante, se rappelle-t-il.

À ses côtés, Nagisa se tortille sur sa chaise, mal à l'aise. Karma se sent un peu coupable de l'avoir amené ici, mais il se dit qu'affronter son passé lui permettra de tourner la page.

Il est peut-être un petit trop optimiste. (Égoïste aussi, mais il s'en fiche).

Sa curiosité se voit piquée lorsque l'un des entraîneurs, Koro-sensei si sa mémoire est bonne, prend de côté deux élèves, Isogai Yuuma et une fille de petite taille qu'il ne connait que de vue. Pourquoi ne réalisent-ils par de combinaison eux aussi ? Ont-ils droit à un entraînement spécial ?

Non. Impossible.

Ça ne peut pas être ce à quoi il pense.

Le club de patinage n'a jamais pratiqué de danse sur glace. Pourquoi commencer maintenant ? C'est insensé. Karma se dit qu'il se fait peut-être seulement des idées ; après tout, Isogai Yuuma et la fille de petite taille n'ont encore fait que discuter avec leur entraîneur. Il n'y a pas moyen que-

La fille lève les bras au ciel et place ses mains au-dessus de sa tête, tandis que le délégué de la classe de Nagisa attrape sa cuisse et penche le buste en avant. Karma ne peut s'empêcher de froncer les sourcils. Lorsqu'ils se mettent à tourner sur eux-mêmes, il n'y a plus de place pour le doute : ils sont bien en train de réaliser des pirouettes de danse sur glace en duo. Cette combinaison de pirouettes debout et assise n'est pas étrangère à Karma, qui l'a déjà pratiqué de nombreuses fois par le passé. (Lorsqu'il avait encore quelqu'un avec qui la pratiquer.)

S'il trouve que la pirouette d'Isogai peut être améliorée, celle de la fille ne manque pas de l'impressionner. Sa manière de tourner sur elle-même diffère de celle de Yukimura-sensei, d'Asano ou même de la sienne. Son corps se mouve avec une assurance déconcertante, comme le ferait un poisson dans l'eau. On pourrait croire qu'elle n'est née que pour vivre ce moment, que la glace est son élément.

Le regard de Kanzaki se pose sur lui depuis la patinoire. Nagisa a l'air de le sentir puisqu'il s'obstine à fixer un point lointain dans les gradins d'en face, mais Karma profite de la hauteur pour la toiser sans aménité. Il s'imagine sans mal lui arracher ce petit sourire angélique pour le remplacer par une expression de- Il ne sait pas, en fait. N'importe quoi qui ne soit pas ce masque de pureté qu'elle revêt au quotidien.

Le contact visuel est brisé à la seconde où le duo achève sa pirouette, car déjà des applaudissements fusent de toute part. Tous deux semblent ravis de leur prouesse. La fille de petite taille est prise d'un incontrôlable éclat de rire, qui ne tarde pas à contaminer son partenaire. (Ils semblent presque vomir des étoiles.) Karma ne comprend pas ce qui peut bien leur passer par la tête. Pourquoi être si heureux pour des pirouettes basiques de danse sur glace ?

– Hé, Nagisa, tu ne voudrais pas aller au cinéma ?


Karma le sent, alors qu'il tourne sur lui-même dans une somptueuse pirouette allongée. Il y a ce regard, dans les gradins, qui n'est pas celui de Yukimura-sensei et qui se fait bien trop insistant, qui lui brûle l'échine. Il essaye de l'ignorer, veut continuer sa prestation comme si de rien n'était mais il a la désagréable impression qu'on lui met un fusil sur la tempe.

Une brusque envie de changer la prestation qu'il lui a fallu une éternité à composer le prend. Il écarte ses jambes tendues sur la carre externe de ses patins au lieu de la carre interne, remplaçant son Petit Aigle par un Grand Aigle. Il n'est que trop peu habitué à ce mouvement, il le sait, mais il ne peut s'en empêcher. Peu importe qui est la personne qui l'observe, il veut l'impressionner.

L'inévitable finit par arriver.

Au beau milieu de sa figure, il bascule en arrière et son dos rencontre la surface dure de la glace. En plus de la douleur du choc, le froid lui arrache un frisson. À quand remonte la dernière fois qu'il est tombé, déjà ? Un an, deux ans ? Peut-être plus, il ne sait plus. Cela fait tellement longtemps.

Le regard se fait de plus en plus insistant. Il se relève péniblement et cherche son porteur dans les gradins. Peut-être l'a-t-il seulement imaginé, peut-être n'est-ce que Yukimura-sensei qui l'observe de loin, peut-êtr-

Ses yeux s'ouvrent avec incrédulité lorsqu'ils tombent sur la fille de petite taille du club de patinage artistique.

.


Alors oui, pour les PDV, j'alterne entre Manami et Karma mais je ne pense pas faire ça jusqu'à la fin de la fic. On verra parfois Kanzaki, Kayano ou Asano, et même d'autres personnages. Pour être honnête, je trouve que Karma est un personnage beaucoup plus difficile à cerner que Manami et j'essaye de retranscrire ça dans mes mots, en rendant ses pensées plus vagues et plus confuses. Il y a quand même de nombreux points communs entre les deux, certains l'auront peut-être remarqué. Aussi, j'introduis plusieurs personnages d'un coup, du coup j'espère que ce n'est pas trop. ._.

N'hésitez pas à laisser une review pour donner votre avis ! :D Je ne sais pas quand est-ce que le prochain chapitre sortira, avec le bac toussa toussa, mais je vous dis à bientôt !

PS : J'aime tellement Kayano, cette enfant mérite tout l'amour du monde ;;