Bonjour à tous !
Voici la suite, avec l'évolution des intrigues à Poudlard.
Merci à mes lecteurs assidus, votre présence m'aide beaucoup et m'apporte un peu de soutien pour continuer à écrire.
Merci à tous et bonne lecture !
Chapitre 13 : La Grande Inquisitrice
La Grande Salle était toujours bruyante le matin, en particulier lorsqu'il ne restait qu'une heure avant les cours. Des centaines d'étudiants étaient réunis, profitant d'un dernier moment de convivialité, alors que quelques enseignants prenaient également un petit déjeuner.
Sumireko était également assise, en compagnie de deux jeunes filles de sa maison, deux niaises gloussantes qui étaient pénibles, mais dont l'absence de réflexions désobligeantes les rendaient moins ennuyeuses que les standards des bigots de sa maison. Sumireko était également en train d'échanger quelques mots avec sa voisine, Daphne Greengrass, qui mâchait élégamment un morceau de bacon.
La japonaise se resservit en jus de citrouille, versant le liquide orange qui avait un goût étonnamment sucré et qu'elle appréciait de plus en plus. Le mélange sucré-salé avec les œufs et le porc était un petit plaisir appréciable et elle se resservit en saucisses grillées.
Sumireko reposa sa fourchette, avant de plier deux doigts en saisissant le pied de son verre. Dans le même temps, un garçon situé à quelques mètres se versa un peu d'eau. Le liquide émergea brusquement de la carafe, éclaboussant le visage et le torse du jeune homme.
Tous les regards se tournèrent vers le garçon, penaud, qui utilisa sa baguette pour se sécher et reprendre une attitude présentable. Les rires venus de la table des Poufsouffle, ainsi que le regard désapprobateur d'Ombrage le firent déglutir. Heureusement pour lui, Rogue était absent et il n'eut pas à affronter le féroce regard du maître des potions.
Sumireko avala une lampée, alors que ses lèvres laissèrent passer le liquide, dissimulant son petit sourire. La maladresse était un défaut si affligeant, songea t-elle en se remémorant un vieil animé, avant de reposer ses couverts autour de son assiette vide.
Quelques instants après, des centaines de hiboux pénétrèrent à travers les hautes fenêtres ouvertes, s'élançant dans les cieux avec silence, ne produisant aucun son, aucun bruissement d'ailes au contraire des balourds pigeons qui infestaient les rues de Tokyo.
L'un de ces rapaces au plumage brun et blanc déposa doucement une copie de la Gazette devant l'asiatique qui s'en saisit, ignorant l'oiseau qui picora un morceau de toast beurré avant de reprendre son envol.
Sumireko déplia le quotidien, observant un portrait d'Ombrage, souriante, saluant l'objectif avec ses doigts boudinés ornés de grosses bagues laides.
- Je la vois déjà assez souvent comme ça, gémit l'adolescente en poussant un grincement dégoûté, avant de lire l'article.
Le texte était édifiant, puisque le Ministère avait fait publier le décret d'éducation numéro 23, créant le poste de Grande Inquisitrice, lui permettant d'inspecter et de noter les enseignants. Le nom était déjà à la limite de l'indécence, mais le reste était encore pire. C'était tout simplement un moyen pour le gouvernement d'interférer dans le fonctionnement de l'école. Elle ne voyait pas le problème dans le fait d'inspecter un corps enseignant, c'était une chose parfaitement normale. Cependant, cette mission était normalement dévolue à un corps formé spécialement pour cela. Affecter cette tache à un fonctionnaire proche du pouvoir posait de graves problèmes éthiques, mais elle avait parfaitement compris que ce gouvernement était corrompu et absolument pas démocratique.
Le reste de l'article était d'une affligeante partialité, faisant témoigner le secrétaire du Ministre, son principal soutien et l'ennemi politique du directeur. Seules trois lignes servaient de contrepoint, l'informant que deux personnes soutenant Dumbledore avaient démissionné. Ce texte était de la pure propagande, avec une subtilité légère, servant à donner un vernis démocratique et à berner la plèbe.
Ah, la populace, songea t-elle avec mépris, au point qu'un goût âcre ne gagne subitement sa bouche. Elle détestait tellement ce ramassis d'incultes, ces médiocres qui grouillaient partout et dont les insignifiantes existences ne semblaient être ici que pour davantage faire ressortir son exceptionnelle personne, un peu comme un mur terne servant de support à une œuvre d'art à l'incomparable splendeur.
Elle relut les dernières lignes, selon lesquelles deux soutiens de Dumbledore avaient quitté leurs fonctions, en guise de protestation.
- Les idiots, songea t-elle en se remémorant les plus élémentaires astuces en politique. Il fallait toujours s'assurer d'avoir du pouvoir, afin que Dumbledore puisse continuer à graviter autour du Magenmagot. Quand on a un poste et que l'on peut essayer de faire de l'opposition, la logique veut qu'on essaye de se battre, pas que l'on abandonne pour laisser une place vacante, place qui serait évidemment attribuée par Fudge à des sorciers qui s'avéreraient être des soutiens de Fudge, par pur hasard.
C'était un conflit politique qui allait donc gagner cette école. Elle n'avait pas spécialement envie de se mêler de politique, tant qu'on la laissait faire ce qu'elle voulait librement et sans l'entraver, mais elle détestait qu'on lui mette des bâtons dans les roues.
Elle avait l'impression qu'elle allait être entraînée là-dedans contre sa volonté et elle savait déjà qu'elle allait détester ça. La violence et ses pouvoirs n'étaient pas sa seule arme, mais c'étaient ses plus efficaces.
Or, l'art de la politique nécessitait un subtil mélange de violence, de persuasion, de séduction et de trahison. Elle allait devoir utiliser toutes les ressources de son esprit pour ne pas être un pion qui subirait la situation.
Cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas été confronté à un tel défi. Ce serait l'occasion de s'assurer de l'affûtage de ses capacités intellectuelles et magiques, tout en ayant une épée de Damoclès au-dessus de la nuque. Ce serait intéressant, sans l'ombre d'un doute !
Sumireko parcourut rapidement le reste du quotidien, ne notant rien de notable, à savoir rien qui valait la peine d'être analysé en détail, tant le quotidien était plat et ennuyeux à lire. La rédaction devrait vraiment gagner à renvoyer quelques journalistes, songea t-elle en notant par endroits quelques critiques envers le Survivant.
La jeune fille termina rapidement son petit déjeuner, laissant sur place ce journal qu'elle qualifierait à peine de torchon.
Il restait trois quarts d'heure avant le début des cours et la japonaise se rendit rapidement au dernier étage, suivant les instructions données par les deux Griffondor lors de leur dernière discussion.
Une petite trappe était visible dans le plafond et la jeune fille trouva que c'était un choix assez particulier. Elle se demanda comment était-il possible de l'ouvrir, sans parler de l'atteindre. Enfin, elle avait une idée de la réponse.
L'adolescente utilisa son pouvoir pour frapper contre le bois, produisant plusieurs petites ondes de choc.
La trappe s'ouvrit doucement et une échelle argentée tomba, heurtant le tapis en soulevant un peu de poussière.
Elle haussa les sourcils, s'attendant presque à ce que cette méthode échoue. Elle s'était préparée à parler à haute voix comme s'il s'était agi d'un interphone.
Il n'y eut aucun mot, mais puisque la trappe avait laissé choir un moyen de monter sous les combles, Sumireko considéra ceci comme une invitation à entrer.
A l'intérieur, elle fut entourée par la pénombre. La classe était sombre, les fenêtres étant obstruées par des rideaux d'un rouge bourgogne, ne laissant passer que de fins rais lumineux, laissant deviner les fumerolles de bâtons d'encens. Le sol était occupé par de nombreux coussins également rouges, lui rappelant l'image fantasmée de bordels décrits dans des romans étrangers.
- Bienvenue, la salua alors une femme avec de grosses lunettes, agitant ses bras couverts de bracelets cliquetants.
- Bonjour Professeur, salua poliment la curieuse. Je suis ,,,
- Je sais qui vous êtes, Mademoiselle Usami, répondit la femme d'une voix éthérée, resserrant son châle. Je sais aussi ce qui vous amène ici. Asseyez-vous, prenez une tasse de thé et racontez.
La sorcière déglutit. Cette étrange enseignante avait donc vu l'avenir. Il était cependant possible qu'elle ait retenu le nom de l'étrangère dont l'inhabituelle arrivée était notable et qu'elle ait déduit qu'on venait la voir hors des cours pour faire appel à ses dons dans l'interprétation des signes mystérieux. Quant au thé, il était probable qu'elle en gardait en cas de besoin.
Cependant, Sumireko n'allait pas commencer à soupçonner un professeur d'être un charlatan. Elle se ferait son propre jugement.
La japonaise saisit la soucoupe, contenant une infusion aux reflets ambrés et au parfum particulièrement fort.
A la première gorgée, la brune sentit le liquide chaud lui brûler les papilles, alors que l'arôme fort lui embruma les sens.
Son regard semblait brumeux, alors que son esprit lui donnait envie de voler, de s'évader hors de sa prison charnelle.
Ses souvenirs lui semblaient incroyablement clairs. Le couloir de son rêve, jusque là noyé dans la pénombre, semblait illuminé par un puissant soleil d'été.
Les murs de pierre lui apparaissaient avec moult détails, dévoilant les fissures suintant d'humidité et les moisissures rampant sur les conduites rouillées et parsemées de squelettes de petits rongeurs.
Cependant,le fond de ce couloir était toujours envahi par cette brume horrible, alors que les clapotis de l'eau étaient accompagnés d'irréels et envoûtants sifflements.
Sumireko raconta son rêve à l'enseignante, insistant sur les statues à tête de serpent.
- Les statues dans ce couloir sont loin d'être anodines, lui expliqua Trelawney. Cela signifie que vous devez prendre garde. Vous semblez idéaliser quelque chose, au point de perdre le sens des réalités. Vous êtes à la poursuite d'un idéal que vous ne parvenez pas à voir, ni à comprendre.
Sumireko serra les poings. Cette enseignante venait de mettre le doigt sur son grand projet, celui d'accéder au monde illusoire qu'était Gensokyô. Même si la voyante ignorait les détails, elle venait de saisir les grandes lignes.
La japonaise reçut cette analyse comme une claque au visage. Elle était curieuse, mais elle n'allait pas se mettre à abandonner sa recherche, surtout pas après tant d'efforts. Elle voulait comprendre davantage.
- Vous semblez courir après ce que vous ne pouvez saisir. Votre rêve vous met en garde contre votre aveuglement. Il vous avertit de nouveau à cause des serpents. Il y a quelqu'un qui vous menace, quelqu'un qui vous utilise. Une personne vous séduira et vous trahira, c'est une certitude.
C'était vague, songea la jeune fille. Cependant, elle n'était pas du genre à rechercher des interactions sociales et encore moins une relation amoureuse. Ce n'était donc pas une menace immédiate, mais quelque chose de plus éloigné.
- Vous devez également refréner vos instincts, quelle que soit leur nature, chuchota la femme aux grosses lunettes, dont les yeux perçaient à travers les verres épais. Votre aveuglement vous conduira sur une pente, bien que vous n'ayez pu observer la fin que votre songe vous promet.
Sumireko déglutit. Ses instincts, c'était vague. De plus, il ne s'agissait sans doute pas d'un avertissement à prendre au premier degré. Ce n'était pas la masturbation qui allait la conduire à la mort, tout de même. Elle était une adolescente en pleine puberté et elle avait des poussées d'hormones qui étaient parfaitement naturelles. Ses petits plaisirs solitaires n'allaient pas déclencher la colère d'un dieu oublié, où la Troisième Guerre Mondiale. Il ne fallait pas trop exagérer et partir dans une surenchère de pudibonderie !
Cependant, elle avait parfaitement réalisé que ce rêve était un avertissement. L'enseignante détailla ce qu'elle savait sur tous ces éléments, mais elle avait déjà dit l'essentiel. Les quelques approfondissements n'aidèrent guère l'adolescente, qui vit l'heure tourner.
- Professeur, coupa Sumireko, je suis désolée de vous interrompre, mais je dois assister à un cours. Je vous remercie grandement de votre aide et de vos informations pour m'aider à interpréter ce rêve.
- Je suis ravie d'avoir pu vous être utile. Surtout, ajouta la femme aux boucles folles, n'essayez pas de poursuivre ce rêve à tout prix. Le flou cherchera à vous attirer, jusqu'à ce qu'il soit trop tard. Ne vous laissez pas avoir par ceux qui vous veulent du mal.
A ce moment, un râle monta dans la gorge de la femme, alors que ses yeux se révulsèrent.
- Evitez … fuyez les anges. La porte dérobée ... les rêves seront ... une voie.
Le professeur Trelawney cligna alors des yeux, reprenant son expression naturelle, qui semblait bien moins impressionnante.
La japonaise resta figée, frissonnante. Elle se hâta de s'incliner poliment, remerciant longuement ce professeur aux dons prophétiques, avant de quitter la pièce.
Alors qu'elle descendait l'échelle, elle remarqua que l'enseignante brûlait un nouveau bâton d'encens, se remettant en transe.
L'asiatique redescendit les marches, ignorant les étudiants qui s'agitaient dans le grand hall. Deux enfants de première année se ruèrent dans un couloir adjacent, sans doute craignant d'être déjà en retard.
La jeune fille se dirigea calmement vers le premier étage, afin d'assister au cours de Métamorphose. Elle avait presque hâte de voir McGonagall être inspectée, juste pour voir la sévère écossaise remettra Ombrage à sa place.
Malheureusement pour elle, Sumireko n'eut pas ce plaisir. Elle ne vit pas Ombrage durant ce cours, ni même durant celui d'Enchantements.
Cependant, la japonaise eut le déplaisir de voir la femme replète durant leur dernière heure, celle de défense contre les forces du mal.
L'heure se contenta en une stupide lecture de l'insipide manuel imposé par l'enseignante, dans un silence provoqué par la peur de cette politicienne. L'exercice consistant à résumer le chapitre était d'un ennui, parce qu'il avait la perversité de la forcer à relire cette éreintant étron parcheminé. Pire encore, le fait que ce travail serait ramassé l'obligeait à être un minimum sérieuse.
Sumireko voulait éviter d'attirer les ennuis. Cependant, vu que Ombrage était assise à son bureau, annotant des copies, la jeune fille bâcla son travail. Elle n'avait écrit que quinze lignes, tandis qu'elle griffonnait sur une autre feuille.
Sa main traça de nombreux kanjis, accompagnés de multiples annotations. Ses graffitis étaient entrecoupés de têtes de personnages de mangas, crayonnés sous forme de chibis. Une de ces têtes représentait une femme blonde, dont la chevelure était surmontée d'une charlotte, lui donnant un air assez ridicule. L'expression de troll et le visage rond calqué sur celui d'Ombrage acheva de donner à ce petit personnage un aspect caricatural, qu'elle affubla d'une opulente poitrine et d'une robe violette.
La japonaise ricana sous cape, avant de relever les yeux. L'insupportable femme en rose était toujours à son bureau, mais son expression faussement affable était désormais braquée sur les étudiants.
Les doigts de l'asiatique se tendirent, mais elle se fit violence pour ne pas employer son pouvoir.
Sumireko se calma, attendant que la cloche sonne pour avoir enfin un prétexte de quitter cette pièce.
Elle ne fut pas la seule, puisque la totalité des étudiants fit de même. Elle put même voir le hautain Malefoy et le discret Nott soupirer de soulagement.
Lorsque Sumireko sortit de la pièce, en même temps que la cohue des Serpentard et des Serdaigle, plusieurs des tableaux accrochés dans la salle de classe d'Ombrage tombèrent, en raison des clous mal enfoncés dans les vieilles mais robustes pierres.
La jeune femme sourit. C'était trop tentant.
