Bonjour à toutes et à tous !

Voici la suite, avec une pause dans l'année scolaire que tous les élèves attendent : les vacances de la Toussaint !

N'hésitez pas à me faire part de vos remarques et de vos commentaires.

Bonne lecture !


Chapitre 14 : Vacances scolaires

Avec la fin du mois d'octobre, le temps des premiers congés scolaires était venu. La fête d'Halloween était un moment de convivialité, empli de jeux et d'occasions. A Poudlard, c'était toujours une période de célébrations démesurée et d'amusement. Beaucoup d'élèves choisissaient de rester au château, pour préparer les farces et les surprises les plus horrifiques possibles.

C'est très précisément pour toutes ces raisons que Sumireko laissa sans hésiter Poudlard, ainsi que les landes d'Ecosse derrière elle. Elle se réfugia loin de ces centaines d'élèves bouillonnants d'hormones et qui adoraient jouer avec les nerfs et le cœur des autres.

Elle ne l'admettrait pas, sauf sous la torture, mais Sumireko était extrêmement peureuse. Aussi, lorsqu'elle retrouva la grisaille et l'humidité de la capitale britannique, elle se sentit un peu plus à son aise.

La sorcière avait choisi de s'installer dans un hôtel moldu et non pas dans un des pubs magiques. Certes, l'usage de la magie était illégal à proximité des Moldus, mais elle ne comptait pas faire usage de sa baguette. De plus, elle n'avait pas pour projet de s'entraîner, même si elle pouvait se rendre aisément dans le quartier magique.

Si elle avait choisi cet hôtel, ce n'était pas non plus parce que aucun sorcier ne la chercherait dans un lieu ordinaire. Son choix était juste motivé par le fait que l'électricité était disponible, qu'elle avait une bonne connexion internet, lui permettant de recharger tout son matériel et de surfer durant des heures sur des sites internet multiples, y compris ceux n'étant pas très nets.

Sumireko avait actuellement les doigts crispés sur sa console portable, s'échinant à résoudre une énigme particulièrement ardue, faisant machinalement rouler le stylet tactile entre ses doigts aux ongles rognés.

Cela faisait du bien de pouvoir faire une pause, de laisser de côté toutes ses études. Elle n'allait pas renoncer à ses projets scolaires, mais elle voulait vraiment mettre de côté toutes ces affaires politiques, ne serait-ce que pour une journée.

A Poudlard, Ombrage était devenue proprement imbuvable, inspectant de nombreux cours. Déjà qu'elle était insupportable en temps normal, mais ces inspections étaient devenues la goutte d'eau qui faisait déborder le vase, comme disaient les occidentaux. Pouvoir mettre de la distance avec cette grenouille obèse était la bienvenue, l'exemplaire calciné de la Gazette qui gisait dans la poubelle étant la preuve du fait que Sumireko ne pouvait plus la voir, ne serait-ce qu'en image.

Sumireko serra les dents, gagnée par la colère, avant qu'un éclair de réflexion ne traverse son esprit.

D'un geste, elle traça de nombreux traits, résolvant l'énigme qui la taraudait. Le petit jingle de victoire fut une grande satisfaction, alors qu'elle sauvegarda sa précieuse réussite.

Finalement, même les énigmes les plus ardues de ce casse-tête intellectuel ne pouvaient s'opposer éternellement à sa détermination et son esprit calculateur. Cependant, elle devait admettre qu'elle avait eu beaucoup de difficulté à la résoudre.

Les ordinateurs et les programmes informatiques étaient plus difficiles à manipuler qu'un être humain. Le problème provenait surtout de fait qu'une machine n'émettait pas d'énergie psychique et spirituelle, ce qui l'empêchait de pouvoir ressentir ces petites variations qui trahissaient l'état d'esprit de son interlocuteur.

L'adolescente s'étira et reposa sa console, avant de se vautrer dans les draps, seulement vêtue de ses sous-vêtements. Il régnait une température tiède dans sa chambre d'hôtel, loin de la canicule qui justifierait de s'exposer ainsi, même dans son intimité. Cependant, elle n'avait pas l'envie de s'habiller, ni même de quitter le lit. C'était la première fois depuis longtemps qu'elle pouvait faire une grasse mâtinée et elle voulait en profiter le plus longtemps possible.

Sumireko se tortilla dans ses draps, la tête à l'envers, plongée dans ses pensées. Ses yeux balayèrent tout derrière les verres de ses lunettes, observant les moutons de poussière sous l'armoire, avant de s'intéresser à la malle contenant ses effets personnels. Parmi tout le fatras qu'elle avait empilé sans la moindre logique, elle se remémora qu'elle devait étudier l'un de ses plus coûteux investissements.

Son regard terne s'illumina, alors qu'elle se souvint enfin de son livre, acheté au début de l'année. Avec tout les événements ayant secoué Poudlard, sans parler de la masse de travail exigée par les enseignants, elle avait mis de côté son grimoire.

La jeune fille grommela, n'ayant pas du tout envie de se lever de son lit. Il n'y avait que trois mètres à faire, mais cela impliquait de rejeter la couverture et de se déplacer sur ses pieds. A l'heure actuelle, c'était presque insurmontable pour elle.

Finalement, Sumireko tendit son bras, mimant un geste digne d'un chevalier Jedi, attirant le livre vers elle.

L'ouvrage à la couverture sombre traversa les airs, avant d'arriver entre ses mains. Lorsque le cuir glissa entre ses doigts, un frémissement agita les tendons de l'humaine. Sumireko sentit les invisibles poils clairs sur ses bras se hérisser, alors que le grimoire semblait animé d'une volonté propre. La puissance magique qu'il contenait émettait une aura presque étouffante.

D'un regard acéré, elle regarda la date inscrite dans l'intérieur de la couverture. Ce document avait plus de trois siècles et la magie noire qui l'habitait était encore perceptible. Ces secrets semblaient traverser le temps, le pouvoir dissimulé entre ses pages semblait vouloir être retrouvé.

L'asiatique tourna les premières pages, étudiant avec attention les multiples caractères tracés à l'encre rouge, qui lui rappelait curieusement du sang. Etant donné que cette substance transportait et conservait la magie et que ce livre émettait une odeur de cendres et de métal, son hypothèse était probablement vraie.

Ce livre comportait beaucoup de rituels parfaitement ignobles, souvent illustrées de gravures représentant des expérimentations sur des corps humains qui appartenaient à des victimes, dont les poses tordues et les yeux révulsés étaient révélatrices. Ces essais avaient été accomplis sur des personnes qui n'étaient pas mortes et qui n'avaient pas non plus été anesthésiées.

Mais ces abjects comptes-rendus n'étaient qu'un prélude. La suite abordait la question de l'âme, un domaine autrement plus complexe que celui de la chair.

La tentation et la curiosité gagna la jeune fille, qui parcourut les pages, comme hypnotisée par le livre.

Après avoir tourné les pages durant des heures, elle bâilla et se frotta les yeux, rompant le charme placé sur elle.

Distraitement, elle regarda par la fenêtre et constata que le soleil avait disparu derrière les toits. La lune émettait un éclat gris et glacé, dont la lueur froide était parfaitement assortie à son teint livide, proche d'un gris cendre.

Elle n'avait pas pris garde au passage du temps et elle se rendit compte qu'elle n'avait pas mangé, ni bougé, depuis des heures.

La sorcière regarda le livre dans sa main. Le texte semblait avoir un pouvoir en lui-même, pensa t-elle pour expliquer sa faiblesse et se dédouaner de toute responsabilité.

- Horcruxe, scellement et transfert de l'âme, murmura t-elle. Monde spirituel et plan des rêves, ajouta t-elle sans la moindre cohérence.

Sumireko essuya son front gras, laissant ses mèches tomber devant ses yeux, avant de reposer le livre sur sa table de chevet.

Elle s'éventa de sa main, inspirant profondément. Il était toujours dangereux d'expérimenter seul, mais elle était confiante en elle-même et en ses dons.

L'occultiste s'installa dans son lit, se calant confortablement au milieu des coussins empestant la sueur et la moiteur d'une pièce non aérée depuis des jours.

L'adolescente se décida à expérimenter une technique qu'elle venait de lire. Elle joignit ses doigts, les paupières closes. Elle focalisa son esprit sur ce point fixe, concentrant sa volonté.

Les yeux clos, elle visualisa ses doigts. Sa psyché semblait concentrée sur un unique point, tout ce qu'il y avait autour d'elle était flou. Elle vit ses mains danser, le monde se brouiller autour d'elle.

Brusquement, un éclat lumineux meurtrit ses rétines, repoussant sa volonté.

Elle se retrouva haletante, en nage, assise sur le matelas. C'était comme si un violent coup de poing lui avait été asséné en plein visage.

D'un coup d'œil, elle réalisa qu'elle était toujours assise, qu'elle n'avait pas bougé.

C'était une sensation très étrange, mais la jeune fille trouva cette première expérience décevante. Elle relut rapidement ses notes et en déduisit qu'elle avait besoin de plus de pratique.

Sumireko retenta l'expérience. Une fois de plus, elle concentra son pouvoir spirituel sur ses ongles et le reste de la chambre dansa autour d'elle, s'évanouissant dans un tourbillon coloré.

Lorsque ses paupières s'ouvrirent, la magicienne se retrouva toujours dans la même pièce, mais une légère différence était notable. Devant elle, un spectacle incongru lui apparut, stupéfiant et terrifiant en même temps.

Elle vit son visage, qui arborait une expression paisible et endormie. Elle s'observait, elle voyait son propre corps.

Corps dans lequel elle n'était plus.

Une panique sans bornes la gagna, tandis qu'un râle de terreur voulut franchir ses lèvres, mais s'éteignit aussitôt, inaudible.

Un froid terrifiant la gagna, traversant son esprit désincarné, comme si elle n'était qu'un spectre.

Son esprit s'agita, elle tenta de se mouvoir et bougea ses membres de façon anarchique. Elle nagea de façon désordonnée, tentant de rejoindre son enveloppe charnelle. A cet instant, elle ne se souciait de rien d'autre que de regagner son corps, de le retrouver, même avec ses défauts et ses bourrelets.

Elle flotta, se rapprochant de son enveloppe matérielle, dont la poitrine se soulevait régulièrement.

Lorsqu'elle plongea ses mains spectrales dans son abdomen, elle se sentit tractée à l'intérieur d'elle-même. Elle s'enfonça dans son corps, avant d'ouvrir les yeux.

Ses prunelles dilatées à l'extrême se révulsèrent, alors qu'elle haleta, s'écroulant à côté de son lit.

La jeune fille ne s'était que rarement sentie aussi mal, alors que son cerveau se reconnectait avec son âme.

Son esprit flotta brièvement dans un espace sombre, durant l'espace d'un fragment de seconde, le temps qu'il ne soit de nouveau lié avec ses nerfs et ses tissus.

Durant cet infime seconde, ses sens furent paralysés. Elle se retrouva enveloppée par une ombre parcourue de zébrures rouges qui s'agitaient par intermittence, lui rappelant des vaisseaux sanguins.

L'immensité ténébreuse voulait la dévorer, mais une douce présence sembla la protéger, comme une douce caresse maternelle qui la calma.

Sumireko s'effaça, apaisée, retrouvant ses facultés.

Lorsqu'elle ouvrit les yeux, elle remarqua l'état pathétique dans lequel elle était. Elle gisait sur la moquette, couverte de sueur, baignant dans sa propre bile jaune et âcre qui formait une flaque au sol.

Alors que l'humaine récupérait de cette expérience traumatisante, elle ignorait que beaucoup de gens la voyaient dans cet état lamentable.

La main protectrice s'éloigna, révélant qu'elle appartenant à une femme coiffée d'un bonnet rouge, affublée d'un faciès de troll.

- Votre outil semble commencer à maîtriser ses dons, s'amusa t-elle.

La femme resta immobile, tandis qu'une queue émergea de sa robe faite d'un chatoiement indéfinissable. L'appendice s'agita, comme si un courant d'air dérangeait l'anarchie de son petit univers.

- Ce sera très passionnant de la voir revenir, je suis curieuse de voir comment elle réagira dans l'avenir. Cependant, n'oubliez pas que les rêves ne sont qu'une autre réalité. La vérité n'est qu'une illusion, un paradoxe qui peut s'avérer véridique et erroné dans le même temps.

La femme malicieuse gloussa légèrement, caressant l'obscurité d'un doigt, générant de petits tourbillons dans l'éther, ouvrant de petites lucanes lui permettant d'assouvir sa curiosité.

- Attendez-vous toujours à l'imprévisible, s'amusa t-elle. Les rêves sont changeants, mais je ne vous apprends rien. Vous-même, vous en savez quelque chose. N'ais-je pas raison, Sagume-sama ?

L'excentrique créature laissa sa queue caresser quelques plumes blanches de l'unique aile de son interlocutrice avant de disparaître, contemplant l'instrument qui émergeait de son coma et qui ignorait tout de ces complots tissés dans une autre dimension.

Un visage fermé, dont la bouche était cachée par une main, se dessina alors. Cette dame aux cheveux gris sembla hésiter, avant de reculer sans rien ajouter, ne répondant pas à la question de la femme pourvue d'une longue queue.

Ladite Sagume jugea préférable de ne rien ajouter. Elle disparut, sachant que son plan était bien enclenché et quelle n'avait plus qu'à laisser la curiosité humaine faire son œuvre. C'était leur plus grande force et leur plus grande faiblesse, mais elle n'allait pas philosopher. Elle avait du travail, il fallait accélérer son plan, inciter son outil à davantage explorer ses dons.

Dans un recoin de l'onirique tissu de l'espace, hors de portée de Sagume et de son alliée, un large sourire se dessina, accompagné par le bruissement de deux ailes immaculées.

- La curiosité est le plus grand défaut des humains, mais l'arrogance est partagé par tous. Toi compris, déesse Lunarienne.

Sur ce, la rangée de dents triangulaires disparut, regagnant les profondeurs abyssales de l'univers spirituel.