Bonjour à tous !

Voici la suite, avec la fin des vacances d'Halloween pour notre héroïne. J'espère qu'il vous plaira.

Bonne lecture à tous !


Chapitre 15 : Dimensions d'action

Les doigts de Sumireko étaient crispés sur son clavier, alors que la sueur ruisselait dans ses yeux, malgré la fraîcheur qui s'acharnait sur le double vitrage, tentant d'abaisser la température élevée régnant dans sa chambre.

La jeune fille était très concentrée. Elle ne dirait pas qu'elle était plus concentrée qu'elle ne l'avait jamais été, puisque ce serait cliché et grossier. Cependant, elle ne pouvait pas se permettre d'échouer, son grade diamant sur un célèbre jeu en ligne en dépendait.

Elle était tendue, ses doigts répétant une chorégraphie longtemps planifiée, exécutant une stratégie longtemps étudiée, utilisant les compétences de son avatar avec précision. Elle avait travaillé ses tactiques avec soin, optimisant l'équipement de son héros.

Alors qu'elle était en train de tailler en pièces l'équipe ennemie, écrasant des joueurs en profitant de leur désorganisation et de leurs hésitations, un pépiement la dérangea.

Par réflexe, elle regarda le hibou, qui lui tendait une lettre. D'un geste, elle attira la missive à elle, chassant le hibou d'un geste dédaigneux de la main.

Le rapace, appréciant peu d'être congédié comme un malpropre, pinça le doigt de la myope.

Sumireko poussa un glapissement, utilisant son pouvoir par réflexe pour jeter un T-shirt sale sur l'oiseau, afin de le chasser.

Un petit jingle la ramena à son jeu. L'écran grisé et le gros message indiquant que son personnage était mort la frappa.

- Saleté de piaf ! jura t-elle, avant d'utiliser une petite astuce de son cru.

Son avatar reparut, achevant alors l'équipe ennemie qui était à bout de souffle.

Elle s'autorisa un sourire, adorant utiliser les objets de résurrection pour piéger un ennemi un peu trop sûr de sa victoire. Elle imagina la tête dépitée de ceux ayant trop vite crié victoire, alors qu'elle s'assura d'aller porter un coup fatal à la base ennemie, désormais totalement dépourvue de défenseurs.

Alors que l'écran de victoire s'affichait, avec des statistiques exceptionnelles lui permettant de conserver son rang légendaire, elle s'autorisa un sourire de victoire.

- Voilà comment on défend son titre, s'enorgueillit-elle en croisant ses doigts derrière sa tête, se massant le cou.

Satisfaite, la lycéenne se tourna pour regarder la lettre qu'on venait de lui envoyer et qui l'attendait sur un coin du bureau.

La lettre était en papier jauni et l'expéditeur était Harry Potter. Curieusement, il n'y avait pas d'adresse d'expédition, comme s'il n'attendait pas de réponse.

Elle haussa les sourcils, avant de comprendre cette réaction. Harry vivait avec un mage noir fanatique aux trousses, désireux de le faire passer de vie à trépas. Dans une telle situation, ce secret quant à sa localisation n'était pas vraiment de la paranoïa, mais davantage du bon sens.

La jeune fille parcourut rapidement la lettre. Ce n'était que quelques banalités, mais il y avait cependant une proposition glissée en fin du message. Harry avait une idée, celle de mettre en place un club de duel en place, afin de pallier aux défaillances du cours de Ombrage, enseignement soporifique dépourvu de pratique et d'usage des sorts de défense.

L'idée était tentante, pensa t-elle. Cependant, comme elle n'avait pas d'adresse, elle ne pouvait pas envoyer de réponse immédiate. Elle devrait attendre la rentrée pour transmettre sa réponse.

C'est bien, pensa t-elle, cela lui éviterait de foncer tête baissée dans un groupe qui pouvait s'avérer être un traquenard. Dès que cette association serait connue, parce qu'aucun secret n'était éternel, les problèmes s'amoncelleraient pour les membres.

Elle passa distraitement la lettre devant sa tête, songeuse. C'était une preuve intéressante et un élément utile. Bien entendu, elle n'avait guère d'intérêt à balancer ses amis, ni même à lécher les bottes du ministère, mais elle avait appris à s'assurer plusieurs issues de secours.

La japonaise replia calmement la lettre, qui pourrait peut-être devenir une preuve compromettante, avant de la ranger dans sa valise. Souvent, le meilleur moyen de cacher quelque chose était de le mettre à la vue de tous. Qu'y avait-il de plus anodin que des notes de cours longues, sèches et d'une ennuyeuse platitude ?

Sumireko s'étira, regardant ses aisselles non épilées et son ventre charnu, notant qu'elle se négligeait vraiment. Elle avait vraiment besoin de perdre ses quelques kilos en trop.

Elle haussa les épaules, grignotant quelques carreaux de chocolat, alors que du cacao peignait ses lèvres d'une teinte caramel. C'était vraiment un petit plaisir, trop tentant.

La japonaise chiffonna l'emballage et le projeta vers la corbeille, sans même se soucier de viser. La poubelle était à trois mètres et elle connaissait avec quel puissance elle devait propulser le déchet pour s'en débarrasser.

Le papier tomba dans la corbeille, comme elle s'y attendait. D'un geste, elle attira ses vêtements et se rhabilla, songeant qu'elle était de plus en plus paresseuse, usant de ses dons à des fins puériles.

Mais après tout, pourquoi ne pouvait-elle pas le faire ? Elle était exceptionnelle et même si elle ne voulait pas trop révéler ses talents, elle n'allait pas rejeter ce qui faisait d'elle une personne extraordinaire.

Sumireko quitta la chambre d'hôtel où elle résidait, récupérant ses valises. Elle régla rapidement la note, avant de quitter le bâtiment, se dirigeant dans les rues grises et sombres de la capitale britannique.

La japonaise se dépêcha de parcourir les grands boulevards, avant de se diriger vers le pub servant d'entrée au monde secret qu'elle avait pu infiltrer.

Lorsqu'elle poussa la porte, Sumireko fut assaillie par un frémissement, une vapeur chaude qui brouilla brièvement ses sens. Un parfum enivrant titilla ses narines, portant un parfum de vanille familier, mêlé à un léger fumet de charbon et de brûlis.

La magie présente dans l'air était une compagne familière, comme une amante que l'on aurait laissée de coté et dont la présence se rappelait aussi doucement qu'une caresse.

L'étudiante se retrouva assaillie par la chaleur et les relents de fumée qui envahissaient la salle aux poutres de bois apparentes qui soutenaient le plafond.

Elle frémit, alors qu'un voile bleuté apparut devant sa vision, comme si quelque chose l'appelait.

Elle n'avait pas le temps de rester à bailler aux corneilles. Elle avait un train à prendre dans trois heures et une commande à retirer chez Fleury et Bott avant de partir à King's Cross.

La jeune fille poussa un soupir, avant de passer chez le libraire.

- Bonjour, salua t-elle, couvrant le bruit de la clochette. Je viens retirer une commande.

Le libraire la regarda, prenant le bon de commande qu'elle lui tendit, le parcourant du regard avant de s'éclipser dans l'arrière boutique.

Il revint moins d'une minute plus tard, tenant un livre neuf dans ses mains.

- Voici Mademoiselle, conclut-il de sa voix enrouée. Principes avancés d'Arithmancie appliqués. C'est l'édition complète et mise à jour, avec toutes les dernières théories de Mrs Vector et de Mr Herbell.

- Exactement ce que je recherchais, sourit la japonaise. Je vais avoir de quoi lire dans le train.

Sur ces mots, l'asiatique rangea ce lourd volume dans son sac. Lorsqu'elle quitta la boutique, elle se sentit de nouveau troublée.

Le voile sembla de nouveau passer, couvrant sa vision, lui donnant l'impression qu'une étrange brume l'entourait, comme si elle tentait de l'aspirer.

Sumireko ferma les yeux quelques secondes, avant de les rouvrir.

La rue avait cessé de danser, elle était toujours la même avec sa sinueuse voie pavée tâchée par l'ondée matinale qui avait rafraîchi l'atmosphère déjà grise et morne de la capitale.

Elle devrait peut être aller se faire examiner, songea t-elle. Un tel phénomène ne lui était jamais arrivé, pas même lors de ce voyage dans les Andes où elle avait fini complètement hagarde, après avoir fumé quelques champignons offerts par la tribu qui l'avait cordialement accueillie.

L'asiatique prit le chemin vers Poudlard, payant le taxi pour arriver le plus vite possible à la gare.

Elle se dirigea sans tarder vers le quai 9 3/4, qui avait d'ailleurs toujours ce léger problème de dénomination, avant de monter dedans et de trouver un wagon vide pour s'installer.

Une fois dans un compartiment, elle usa de ses pouvoirs psychiques pour soulever sans effort sa valise et la ranger dans le panier à bagages.

Cependant, lorsque sa malle fut à mi-hauteur, Sumireko sentit son pouvoir l'abandonner. Son emprise se relâcha et elle écarquilla les yeux, se concentrant davantage.

Sumireko écarquilla des yeux et se jeta en arrière, évitant de justesse sa lourde valise qui s'écrasa au sol avec un bruit sourd.

- Comment ? bafouilla t-elle. Ca ne m'était jamais arrivé !

Elle tenta de réessayer, mais son pouvoir psychique sembla totalement inerte.

C'était la chose la plus effroyable qu'elle puisse imaginer. Elle regarda ses mains avec stupeur et terreur. Son précieux don, celui dont elle était si fière, semblait perdu. Elle n'arrivait plus à mobiliser ce pouvoir, cette force qui circulait en son être et qui était une part d'elle-même.

Ebahie par ce nouveau mystère, l'asiatique se sentit totalement vulnérable, réduite à une coquille si normale, incapable d'appréhender cet autre plan dont elle était si fière et dont elle était devenue tellement dépendante.

L'asiatique inspira. Elle devait se calmer, réfléchir en essayant d'envisager toutes les hypothèses possibles.

Peut-être que son don n'était pas perdu, mais juste inaccessible. Elle devait essayer une autre approche, un autre moyen de l'utiliser.

Elle sortit sa baguette et se souvint de l'incantation, ainsi que du mouvement du poignet.

- Wingardium Leviosa, récita t-elle, projetant sa lourde malle contre le plafond.

Elle essaya de déplacer la valise, mais après quelques secondes, ses muscles faiblirent. Son membre sembla flasque et lourd, avant que des tremblements ne l'agitent.

Brusquement, elle perdit tout contrôle sur son objectif, laissant brusquement retomber la valise au sol.

Sumireko regarda avec stupeur sa malle inerte, tandis que sa baguette lui échappa des mains.

- Non, murmura t-elle, les yeux embués de larmes.

Sans qu'elle ne s'en rende compte, elle s'écroula à genoux, son chapeau glissant sur ses cheveux moites de sueur.

Sa vision se brouilla, les couleurs devinrent fades, peignant son monde de nuances grises.

L'asiatique sentit le sol se dérober sous ses pieds.

Sans qu'elle ne le réalise, elle s'effondra, évanouie dans Poudlard Express.