Fraternité multiple

Auteur: Fontlove

Disclaimer: Ce merveilleux jeu appartient à TobyFox, Underfell à la personne qui l'a créé

Genre: Tranche de vie, Multiverse, Humour, un peu de drame, Amour fraternel ET romantique (inceste), UA, mi chemin entre l'histoire et le drabble

Univers Alternatifs impliqués: Undertale et Underfell

Personnages: Papyrus, Sans, UF!Papyrus, UF!Sans

Rating: T pour ce chapitre car évocations, et ça risque fortement d'évoluer en M.

Note de l'autrice: Premier chapitre écrit en parallèle dans les deux mondes, j'aime bien ce genre de format et puis il n'ya pas que la barrière dans cette histoire. Je pense que j'en ferais d'autres des comme ça


Le soir même, Papyrus avait fait part de cet incident à son frère alors qu'il était en train de préparer le repas.

Il n'omit bien sûr aucun détail de la conversation, ce qui faisait que cela lui prit une heure pour arriver dans le vif du sujet. Et pourtant, à aucun moment Sans ne manifesta de lassitude face à ce détour immense, à la fois parce qu'il avait l'habitude des longs monologues de son cadet, et à la fois parce qu'il aimait tout simplement l'entendre parler. Parler de lui, surtout, mais cet égocentrisme ne le dérangeait pas. Il trouvait que Papyrus avait une éloquence qui le rendait charismatique, et chacun de ses mots paraissaient alors d'une importance capitale.

La tendresse de son sourire devint plus rigide lorsque enfin, il arriva à ce qui l'intéressait.

"Et quand je lui ai demandé si lui aussi, il avait un rituel du soir avec son frère, il est devenu bizarre."

"... Bizarre dans quel sens?"

Le grand squelette laissa une mouche passer à cette question, comme s'il essayait de comprendre ce que lui demandait son grand frère. Il s'exclama alors:

"Sans, je t'assure que je n'ai rien dit de mal sur leur manière de vivre, j'ai juste posé des questions!"

"Je te crois, frangin." Rigola doucement le plus petit squelette en adoucissant son ton. "Je te demande ça parce que ça m'intrigue justement, sa réaction, alors que tu n'as pas posé une simple question. Enfin, Red est un peu réservé..."

"Nyeh. Il avait l'air d'être ailleurs, et il transpirait beaucoup. Il n'avait pas l'air bien."

"Il ne t'a pas répondu du coup?"

Papyrus arrêta un instant ce qu'il était en train de faire, comme pour réfléchir. Il n'hésitait pas bien sûr à dévoiler tout ce qu'il savait à son frère, qui malgré sous ses apparences bêta, était futé, mais plutôt la manière dont il devait le dire. Il avait l'impression que quelque chose lui échappait sans savoir exactement ce que c'était, et il avait l'intuition que Sans, lui, le saurait immédiatement dès qu'il le lui dirait. C'était parfois un peu frustrant de ne pas avoir cette perspicacité, mais bon... Aussi génial qu'il était, personne n'était parfait après tout.

Reprenant sa cuisine -toujours aussi infâme-, le plus jeune reprit;

"Il m'a dit qu'il allait aussi dans la chambre de son frère, mais pas pour une lecture du soir. Il n'a pas voulu m'en dire plus et il s'est senti mal après, alors il est parti."

Sans resta silencieux, mais un coup d'oeil de côté suffit à Papyrus pour savoir qu'il avait un air assez grave. Il avait deviné, ou tout du moins, il semblait avoir une idée de ce que ça voulait dire. Mais contrairement à lui, son grand frère était loin d'être un modèle d'honnêteté et surtout de loyauté. Mais à part ça, impossible de savoir quand est-ce qu'il était sincère, en tout cas pas pour lui. Papyrus, lui, avait décidé qu'il croirait néanmoins tout ce qu'il lui dirait, faisant confiance à son jugement.

"Je vois... Eh bien, c'est un autre univers, ils n'ont pas les mêmes coutumes que nous."

"Non... Mais ça m'inquiète un peu. Tu sais Sans, je sais que tu m'as dit de ne plus me mêler de leurs affaires, mais je m'inquiète quand même pour Red. Il n'a pas l'air d'être heureux."

"Je sais, frangin, mais je te l'ai dit; c'est leur monde. Peut-être qu'à tes yeux, ils n'ont pas l'air bien, mais peut-être que cette situation leur convient."

"Tu le penses?"

"Mais oui. Et puis même si Red est vachement vulgaire et grognon, au final, il n'a pas l'air si mal dans sa peau. Je veux dire, il est mon double, non?"

"Justement Sans..."

Le petit squelette se figea de nouveau, mais pas pour les mêmes raisons. Son regard croisa celui de son frère qui avait une expression peinée, laissant clairement entrevoir ce qu'il sous-entendait. Il devrait se sentir coupable, et pourtant il avait juste envie de rire à cette mauvaise blague. Avait-il été si transparent ces derniers temps pour que même son petit frère, si à la masse, se rende compte de sa dépression latente? Ou bien sous-estimait-il la sensibilité de Papyrus pour imaginer que ce dernier ne le découvre jamais? Sans doute un peu des deux.

Il se gratta la nuque en détournant le regard, incapable de répondre quoi que ce soit.

Ce silence pesant dura jusqu'à ce que les couverts soient posés, et ce fut le plus grand des squelettes qui le brisa, continuant la conversation sur un ton moins triste;

"Ce n'est pas grave si tu ne veux rien me dire, Sans. Je ne te jugerais pas pour ça, mais si un jour ça te pèse, tu sais que je suis là. D'accord?"

Il ne savait pas si ces mots étaient censés soulager ou au contraire aggraver le poids de sa culpabilité, mais le concerné n'en ressentit qu'une chose; un rappel que son frère était à la fois bien naïf mais bien généreux pour vouloir partager avec lui ce poids. Et ça, jamais il ne pourrait le faire. Cette douleur qui rendait leur vie sans aucun sens, à la merci d'une anomalie qui jouait avec leur destin comme avec une marionnette... Jamais il ne ferait ça à Papyrus, même si cela voulait dire la laisser le ronger de l'intérieur.

Malgré tout, cette douleur en cet instant lui parut plus supportable en sachant qu'il aurait toujours son frère de son côté. Il se rendit compte qu'il n'aurait sans doute jamais pu tenir le coup si Papyrus n'avait pas été là chaque jour pour éclairer sa journée. Il était le seul à le pousser, l'encourager à essayer alors que d'autres avaient simplement accepté sa paresse. Mais lui, non. Il le reprenait toujours, restait dynamique et montrait cette empathie qu'il donnerait tout au monde pour protéger.

Pour la première fois depuis un bon moment, son sourire se fit sincère alors qu'il lui répondit;

"Merci frangin. Juste ça, je me sens déjà mieux."

"Nyeh, c'est parce que je suis là!" Répondit fièrement le grand squelette.

C'est sur cette note plus légère qu'ils passèrent à table, le sujet de Red ayant été totalement oublié. Du moins du côté de Papyrus.


Dans un autre monde, agencé exactement de la même manière, dans une maison en tout point similaire, si ce n'est qu'elle était à la fois plus dégradée mais mieux rangée, deux autres frères squelettes passaient également à table. Mais l'ambiance était radicalement différente. Un silence de maître régnait dans la salle, entrecoupé uniquement du bruit des couverts et du son de la télé en fond, allumée sur un étrange show présenté par un robot à quatre bras. Le programme préféré de Papyrus, non parce qu'il aimait bien la vedette qui l'animait, mais parce qu'il se délectait de l'humiliation qu'elle subissait en direct à chacune de ses émissions.

Tout le monde dans l'Underground détestait l'émission de Mettaton, mais tout le monde regardait juste par plaisir de se moquer de lui.

Contrairement à ce que son attitude laissait transparaître, Papyrus était d'ailleurs de bonne humeur. Sans avait appris à détecter, par ses mimiques et ses habitudes, quand est-ce qu'il avait passé une bonne ou une mauvaise journée. Bien sûr, en le voyant arriver en l'engueulant et lui ordonnant de dégager du canapé, tout le monde aurait pensé qu'il était dans un mauvais jour, mais pas du tout. Si ça avait été le cas, il l'aurait simplement dégagé lui-même sans rien dire en lui plaçant un coup de pied. Et s'il avait eu le malheur de se plaindre, il en aurait eu une deuxième retournée en prime.

Ce genre d'expérience lui servait pas mal mine de rien pour survivre à l'extérieur.

"Au fait Sans." S'éleva la voix du garde royale, coupant ses pensées. "Toujours aussi emmerdant, les deux autres?"

"Oh, eux... Non ça va. On a trouvé un terrain d'entente... En fait, ça fait un moment qu'il n'y a que ton double qui vient maintenant et l'autre Sans, je ne sais pas trop ce qu'il fait..."

"Cette tête d'abruti, mhh. Je me méfie de lui. Je ne m'en rendais pas compte sur le coup, mais ses attaques sont dangereuses et contrairement à son crétin de frère, il n'aurait eu aucune hésitation à nous buter."

"Il n'a pas l'air d'avoir de LOVE pourtant."

"Pas l'air justement, crétin." Siffla le grand squelette d'un ton méprisant. "Il a déjà tué, mais pas des monstres. Et il se croit meilleur que nous à cause de ça. Ce ne serait que de moi, je le..."

Sa main gantée trembla en serrant son couvert qui commença à se tordre sous sa force. Voilà. Là, on entrait dans un moment où Papyrus devenait de mauvais poil. Il suffisait d'évoquer l'autre feignasse et son aura meurtrière devenait soudain extrêmement vif. Sans se félicita intérieurement pour son intelligence, alors que la soirée était pourtant si bien partie à la base.

"En... Enfin, en tout cas maintenant, je ne vois que son frère!" S'exclama-t-il, le crâne transpirant et son sourire sinistrement tordu qui reflétait tout, sauf de la joie de vivre.

"Lui aussi, à se donner la permission de venir me faire des remarques!" S'enquit le plus grand sans cesser de trembler. "Je n'arrive pas à croire qu'il existe une version de moi aussi... je n'ai pas de mots pour le décrire."

Les gouttes de sueur s'accumulèrent sur le crâne du plus petit squelette qui se rendait compte qu'il s'enfonçait.

L'humeur de son frère n'alla pas en s'améliorant lorsqu'il rapporta le peu de ce qu'il savait sur l'univers de leur alter ego. Plus pacifique, plus paisible que le leur, où la règle "tuer ou être tué" ne semblait pas du tout régir la manière de vivre des monstres. Il passa les détails les plus écoeurants, comme ce Père Noël qui avait remplacé le Père Fouettard de leur monde -celui qui venait terroriser les monstres les plus désobéissants, et pas uniquement les enfants, et promettait souffrance et horreur, au point qu'une fête en son honneur était organisée plusieurs fois par an pour calmer sa colère-.

Évidemment, le visage de son boss devint de plus en plus dégoûté au fur et à mesure du récit.

"Dans un monde pareil, tu m'étonnes qu'ils soient aussi faibles et abrutis! Autant de mièvrerie, ça me donne envie de vomir!"

Sans approuvait, du moins en partie. C'est vrai que cette paix n'avait sûrement pas contribué à les renforcer et ce monde avait l'air tellement loin du leur, et pourtant quelque part, au fond de lui... Il regrettait que ce ne soit pas le cas pour eux. Si lui et son frère étaient nés dans un monde plus sain, moins hostile, peut-être n'auraient-ils pas autant galéré, peut-être en seraient-ils sortis moins blessés. Et peut-être que Papyrus... aurait été différent lui aussi. Peut-être que son frère... serait justement resté son frère.

Comme s'il avait déviné le fond de sa pensée, le ton de ce dernier devint bien plus cruel;

"Qu'est-ce qui t'arrive, frangin. Tu t'imagines peut-être en train de te la couler douce dans un monde comme le leur, sans risquer de te faire punir?"

"N... Non, pas du tout, Boss! Je suis très bien avec toi, dans ce monde."

"Tu ferais mieux, parce que tu peux courir pour recevoir un cadeau de quiconque, vu comment la ville entière te veut crevé!"

Il finit sur un rire malsain, suivit du beaucoup plus nerveux de son grand frère. Il était bien conscient que ce n'était pas demain la veille qu'il pourrait se promener dans Snowdin sans risquer qu'un monstre n'ait d'envie de meurtre à son égards. La seule raison pour laquelle il était encore vivant malgré son seul point de vie était les coups bas qu'il avait faits à chacun de ses ennemis, les empêchant de le tuer directement même si tous le voulaient morts, et surtout l'autorité de Papyrus.

Sans la position hiérarchique de ce dernier qui imposait le respect et donc faisait trembler les autres monstres à l'idée de tuer sa propriété, il serait déjà six pieds sous terre, sans doute poignardé pendant une de ses siestes à son poste de sentinelle.

Une fois le repas terminé, son frère cadet se releva, lui laissant le soin de débarrasser. Ce qu'il fit malgré sa flemmardise, parce qu'il savait que les assiettes attiraient sinon sur son crâne.

"Au fait Sans. Je suis d'humeur aujourd'hui. Viens me voir tout à l'heure. Et prends une douche avant, tu pues la mort!"

Le petit squelette s'arrêta un moment dans sa tâche pour se retourner et faire simplement un signe de résignation alors qu'il tentait de camoufler ses mains qui tremblaient. Non à cause de la demande de son frère, était habitué depuis longtemps, mais de son attitude du matin avec Tale. Il n'arrivait toujours pas à croire qu'il était rentré dans cet état en sa présence, et priait pour qu'il n'ait rien remarqué de louche. Il pensait pourtant s'être débarrassé depuis longtemps de toute honte par rapport à ça, mais il fallait croire que des brides en lui étaient là pour lui rappeler que ce qu'il faisait avec son frère n'était pas normal.

"Et dépêches-toi!"

Ses orbites devinrent vides et son visage prit une teinte carmin à cet ordre énoncé plus brutalement.

"Tout de suite, Boss."

Il valait mieux ne pas le faire attendre, vu son humeur massacrante...