Et si, à un moment donné, les choses s'étaient passées… autrement ?

Par exemple… La nuit où Léa a été malade...


.


Scénario alternatif (Léa / Bob) :


.


Assise sur le rebord de la baignoire auprès de sa fille tremblante, Lucille caressa le bras de Léa, agrippée au rebord de la cuvette des toilettes. Les halètements de la jeune femme s'étaient apaisés depuis quelques minutes. Sa crise semblait se calmer. Peut-être était-ce simplement le repas du soir qui n'était pas passé, pour une raison ou une autre…

« Est-ce que tu veux aller te rallonger ? » murmura doucement Lucille.

« Je… Euh… » hésita Léa, avant d'abdiquer dans un soupir fatigué quelques secondes plus tard : « Oui, je veux bien… Je crois que ça va mieux. »

Alors que sa fille prenait appui sur la lunette des WC pour se relever lentement, les jambes encore flageolantes, Lucille fouilla dans la salle de bains et ôta quelques affaires de ménage d'une petite bassine blanche. Elle intercepta le regard reconnaissant de Léa et lui adressa un sourire compatissant. La jeune femme fit quelques pas, dut s'appuyer contre le mur carrelé de la pièce, et accepta finalement le soutien de sa mère pour progresser d'un pas chancelant dans le couloir.

Elle ne réalisa son erreur que lorsqu'elles parvinrent devant sa porte de chambre fermée, mais c'était trop tard. Lucille abaissa la poignée et elles pénétrèrent dans la pièce.

Léa resta au seuil pendant que sa mère s'avançait dans les ténèbres, contournait le lit et allumait sa lampe de bureau. À cet instant, la jeune femme fit mine de perdre légèrement l'équilibre et Lucille revint vers elle aussitôt, ignorant le lit dans lequel quelqu'un semblait déjà dormir.

Tout simplement parce que c'était effectivement le cas.

Les deux femmes s'approchèrent du bord du matelas. Léa s'y appuya, puis murmura d'une voix rauque :

« J'ai soif… »

« Je reviens. »

Lucille partit dans le couloir. Profitant de son absence, Léa battit des paupières, plus épuisée que malade à présent, et saisit par l'épaule l'occupant de son lit, qu'elle secoua doucement.

« Bob… 'Suis désolée… Pousse-toi, s'tep… »

Le mage poussa un grommellement endormi. Elle l'agita un peu plus fort.

« Allez, bouge… »

Elle entendit dans le couloir le déclic de la lumière de la salle de bains qui s'éteignait, marmonna un juron entre ses dents, et se résigna à se glisser malgré tout sous le drap. Elle frissonna quand son corps entra en contact avec celui du demi-diable, qu'elle s'efforça de déplacer, en vain. Il était trop lourd, et elle, trop fatiguée. Elle posait à peine sa joue sur un coin d'oreiller lorsque Lucille réapparut dans l'encadrement de la porte et s'avança vers elle, avec à la main le gobelet en plastique qu'elle avait renversé par terre un peu plus tôt. Léa roula sur le dos au bord du lit et redressa la tête avec un pauvre sourire en tendant le bras pour attraper le récipient.

« Merci. » souffla-t-elle.

« Ne le fais pas tomber, cette fois. » lui demanda gentiment sa mère.

« Mh… D'accord… »

Elle but lentement le liquide frais, à petites gorgées, troublée de sentir tout contre elle le corps de Bob qui bougeait doucement tandis qu'il reprenait enfin ses esprits peu à peu. Du coin de l'œil, elle l'aperçut tourner la tête sur l'oreiller. Ses longs cheveux bruns s'étalaient autour de lui. Ses paupières s'entrouvrirent et son regard encore brumeux se posa sur elle.

Elle cessa de boire, la gorge soudainement nouée, et voulut rendre le gobelet à sa mère.

« Pose-le plutôt sur ta table de nuit… Tu pourras en reprendre si tu as encore soif. »

« … Léa… ? » murmura Bob en la reconnaissant.

Coincée. Elle était complètement coincée. Sa table de nuit se situait à l'autre bout du lit, et il se trouvait sur son passage. La jeune femme hocha la tête à l'intention de sa mère. Lentement, elle pivota sur le côté pour faire face à Bob. Celui-ci l'observa sans comprendre. Il fronça les sourcils lorsqu'elle se pencha sur lui et s'appuya d'une main sur son torse. Elle tendit son autre bras et déposa le verre en plastique sur le rebord de sa table de nuit, avant de se rallonger.

Et d'ôter sa main, bien sûr.

Ses joues avaient rougi, mais avec la faible lumière qui éclairait la chambre entière, sa mère ne le remarqua pas. Bob, qui était plus proche et tout à fait éveillé, à présent (même s'il se demandait s'il n'était pas encore en train de rêver), le vit, en revanche. Lucille se rapprocha du lit et déposa un baiser sur le front de sa fille.

« Ça va aller ? »

« Oui… »

« Repose-toi, ma chérie. Essaye de te rendormir. »

« Oui, maman. Merci… »

Lucille lui sourit, partit éteindre la lampe de son bureau, et quitta la pièce à pas feutrés en repoussant la porte derrière elle.

De longues secondes d'un silence gêné s'écoulèrent, sans qu'aucun n'esquisse un seul mouvement. C'était à peine s'ils osaient s'alimenter en oxygène. Pourtant, Léa percevait, très légèrement, la respiration calme de Bob à côté d'elle, et peu à peu, cela l'apaisa. Toujours sans rien dire, elle finit par fermer les yeux et se laissa bercer par le son discret des inspirations du mage.

« Est-ce que c'est un rêve ? » s'interrogea celui-ci à voix basse quelques minutes plus tard.

Léa laissa passer une poignée de secondes, avant de souffler sur le même ton :

« Non. »

Mince, soupira mentalement Bob.

« Alors il doit y avoir une explication rationnelle à tout ça… Qu'est-ce qu'il s'est passé, exactement ? »

« Je me suis pas sentie bien et j'ai été gerber. Ma mère s'est réveillée, elle m'a proposé d'aller me recoucher quand ç'a été mieux, et comme une conne, j'ai dit oui. Puisqu'elle est pas au courant que je dors chez Marina, elle m'a ramené là. Désolée. »

« Il n'y a pas de mal. » assura-t-il. « Disons que… c'est un réveil assez… surprenant. »

Sans réfléchir, il ajouta dans un murmure :

« Mais pas désagréable. »

Léa ne releva pas. Considérant ce qu'il venait de dire, Bob s'insulta mentalement et se donna des baffes imaginaires. Non mais quel con ! C'était vraiment le moment ?!

« Je, euh, je vais te laisser dormir, je ne voudrais pas… » tenta-t-il de se rattraper maladroitement en se raclant la gorge, gêné.

« Reste là. »

La voix de Léa avait jailli sur sa droite, à la fois faible et pourtant si ferme. Alors qu'il s'agitait déjà pour se dépêtrer du drap, il se figea, croyant avoir mal entendu.

« Je te demande pardon ? »

Il sentit la main timide et hésitante de la jeune femme parcourir son bras et chercher à tâtons jusqu'à agripper le revers de sa robe de mage pour le tirer en arrière et le ramener vers elle.

« Reste là, s'il te plaît… » murmura-t-elle d'une petite voix.

« Très bien, très bien… » accepta-t-il dans un souffle.

Il se retourna pour s'étendre sur le côté, faisant face à Léa. Dans le noir, il n'arrivait pas à la percevoir. Qu'est-ce qu'il aurait aimé pouvoir allumer de toutes petites flammèches au bout de ses doigts, et entrevoir son visage éclairé d'une douce lueur orangée… Mais il en était incapable, désormais, pour une raison qu'il ne parvenait pas à s'expliquer.

« Léa… » lâcha-t-il, soucieux. « Est-ce que ça va ? »

« Je suis… fatiguée. » marmonna la voix tremblante de la jeune femme. « Et j'ai peur… Tous ces malaises, ça me prend depuis que… depuis que tu es là. Je ne sais pas ce qui ne va pas chez moi. »

« Depuis que je suis là… c'est peut-être de ma faute. » réfléchit le demi-diable à haute voix. « Si je m'en allais, tu pourrais sans doute… »

« Non ! »

L'éclat de voix de Léa le surprit. Il y avait quelque chose d'apeuré et d'effrayé dans son ton.

« Ne t'en va pas ! S'il te plaît… »

Elle se mit à sangloter. Décontenancé, Bob se déplaça dans le petit lit, jusqu'à sentir de nouveau le corps frêle de la jeune femme près du sien. D'un bras, il l'attira contre son torse et, pour la réconforter, lui frotta doucement le dos sous le drap fin qui les recouvrait tous les deux. Il la sentit se recroqueviller contre lui et fourrer sa tête au creux de son épaule. Elle était parcourue de légers soubresauts. Elle pleurait.

« Shhht, Léa, Léa, calme-toi. Tout va bien. Je suis avec toi, tu vois ? Je suis là, je ne vais nulle part. Je suis avec toi, il ne t'arrivera rien. Tout va bien. Calme-toi. »

« Ou-Oui. » bredouilla-t-elle. « J-Je suis désolée, Bob… Je ne sais pas ce qui… »

« Tout va bien, Léa. » lui murmura le pyromage à l'oreille. « Tout va bien. »

« D'a… D'accord. »

Ils restèrent dans cette posture pendant longtemps. Bob n'aurait pas su dire combien de temps s'était écoulé. Il en venait même à se demander si Léa ne s'était pas finalement rendormie, lorsqu'elle finit par bouger de nouveau contre lui. Oh, ce n'était qu'un très léger mouvement de tête. Il sentit le nez de la jeune femme frôler son cou et il déglutit.

« Euh… » lâcha-t-il.

« J'aime bien ton odeur. » marmonna-t-elle d'une voix étouffée en inspirant profondément.

« … Ah. »

Le demi-diable ne put s'empêcher d'esquisser un sourire amusé et attendri dans l'obscurité. C'était bien la première fois que quelqu'un lui disait une chose pareille. Il hésita, et la main qui frictionnait son dos s'éleva pour glisser dans sa nuque et venir caresser distraitement ses cheveux courts.

« Ça va mieux ? »

Léa se serra davantage contre lui.

« J'ai froid. » chuchota-t-elle, avant que sa propre remarque ne lui arrache un petit rire tendu. « C'est con, on est en plein été. »

« Viens là. » souffla Bob en retour.

Il n'y avait pas la moindre nuance de moquerie dans sa voix. Seulement une douceur infinie qui rendait la jeune femme complètement confuse. Son bras redescendit dans son dos et il se remit à la frictionner vigoureusement, la pressant contre son torse pour lui transmettre sa chaleur. Elle pivota sa tête, collant son front à la gorge du demi-diable. Dans le noir, sur l'oreiller, leurs cheveux se mêlèrent.

« Je suis désolée… »

« Pourquoi tu t'excuses ? »

« Je t'embête. »

« Mais non, voyons… Pas le moins du monde. » la rassura-t-il en esquissant un nouveau sourire dans l'obscurité.

« Merci, Bob… »

« Pas de quoi. C'est normal. »

Il la réchauffa pendant longtemps. Léa ne bougea pas, les paupières closes, calant sa respiration sur celle calme et profonde du pyromage. Son étreinte la rassurait. Entre ses bras, elle avait le sentiment que tout allait bien. Elle se sentait protégée. Elle aurait voulu pouvoir prolonger ce moment pour l'éternité.

Au début, elle avait cru que Bob et Nova n'étaient qu'une seule et même personne. Jamais elle ne serait tombée amoureuse de son ancien meilleur ami de papier… après tout, ce n'était qu'un dessin ! Mais Bob n'était pas Nova. Lui était bel et bien réel, présent physiquement à ses côtés. Et au fur et à mesure que le temps qu'ils passaient ensemble s'écoulait, elle se sentait tomber amoureuse de lui. Elle savait parfaitement que bientôt, il devrait retourner dans son monde, et ce sentiment irréaliste, cet amour impossible, la faisait enrager et lui donner envie de hurler de désespoir et de frustration.

Peut-être bien qu'inconsciemment, elle avait fait exprès d'accepter la proposition de sa mère d'aller se recoucher dans sa chambre.

Au bout d'un moment, les mouvements de Bob ralentirent, et il finit par s'arrêter de frictionner la jeune femme.

« Tu t'es endormie ? » murmura-t-il doucement, sans vraiment être sûr de savoir s'il espérait obtenir une réponse ou non. « Léa ? »

Dans un état de semi-conscience, n'ayant pas encore tout à fait succombé au sommeil, elle ne répondit pas immédiatement. Le demi-diable hésita un instant, puis sa main remonta une nouvelle fois dans le dos de la jeune femme, arrachant à celle-ci un frisson involontaire. Du bout des doigts, il suivit la ligne de sa nuque, de son épaule, puis de son cou, et vint doucement caresser sa joue.

« Oui, qu'est-ce qu'il y a ? » souffla-t-elle avec un temps de retard.

Elle perçut le sursaut de surprise de Bob au léger soubresaut de sa main contre sa peau. Elle en aurait éclaté de rire s'il n'y avait pas eu tous ces papillons qui dansaient dans son ventre depuis plusieurs minutes.

« Je, euh… »

Pour une fois, il ne semblait pas savoir quoi dire. Il bredouilla quelques mots sans aucun sens, puis se tut. Alors qu'il commençait à retirer sa main, elle lui attrapa doucement le poignet pour l'en empêcher. Il laissa donc ses doigts continuer à courir le long de la joue de la jeune femme. Pendant ce temps, Léa suivit à son tour son bras, glissa sa paume sur l'épaulière en cuir de sa robe de mage et vint fourrager un instant dans ses cheveux, avant de parcourir son cou et sa mâchoire.

Bob se figea lorsqu'il sentit Léa caresser ses lèvres… et écarquilla les yeux dans le noir lorsque les doigts que la jeune femme pressait contre sa bouche furent remplacés par ses lèvres à elle.

« Je… Je suis désolée. » murmura-t-elle dès qu'elle se fut écartée quelques secondes plus tard. « Je crois que je suis amoureuse de toi. »

« Il n'y a pas de mal, voyons. » sourit-il dans l'obscurité.

« Bien sûr que si. » soupira-t-elle. « Vous allez devoir repartir dans votre monde… Et moi je resterai ici. »

« Viens avec nous. » lâcha-t-il gravement.

« Quoi ? Mais… »

Léa n'eut pas le temps d'en dire plus car il la fit taire en scellant leurs lèvres de nouveau. Les papillons qui dansaient dans le ventre de la jeune femme s'emballèrent d'autant plus en constatant qu'il ne la repoussait pas et qu'il lui répondait. Est-ce qu'il ressentait les mêmes choses qu'elle ?

« Viens avec nous dans le Cratère. » répéta Bob dans un murmure tout contre ses lèvres, entre deux baisers. « Quand on trouvera ce fichu portail, passe dedans avec nous. On te protègera. Tu deviendras une Aventurière, toi aussi. On restera ensemble. Puisque tu ne veux pas que je m'en aille, pars avec nous… Pars avec moi. » souffla-t-il.

« Je ne sais pas… »

« Est-ce que tu es heureuse, ici ? »

« Il y a ma famille… »

« Je t'aime, Léa. »

La jeune femme cligna inutilement des yeux dans le noir. Il fallut quelques secondes à son esprit pour assimiler la portée des mots que le demi-diable venait de prononcer. Il partageait ses sentiments. Elle eut la subite envie de se mettre à rire et à pleurer en même temps, et l'embrassa de nouveau alors que des larmes salées glissaient silencieusement le long de ses joues. Elle sentit Bob sourire doucement contre ses lèvres et entrouvrir la bouche. Leurs langues se découvrirent et se caressèrent, en une danse à la fois timide et impatiente.

« Tu as conscience de ce que tu me demandes ? »

« Oui, je sais. » sussura-t-il dans un filet de voix.

Le demi-diable agrippa Léa par le bras et se retourna, hissant la jeune femme sur son ventre. Il glissa ses deux mains dans son dos alors qu'elle ne cessait de l'embrasser, comme si elle ne pourrait jamais être rassasiée de sa bouche. Elle frissonna lorsque les doigts du pyromage se glissèrent sous son T-shirt et vinrent courir le long de sa peau nue. Avec un soupir, elle se résigna à abandonner ses lèvres pour caler sa tête au creux de son épaule. Elle ne put retenir un bâillement.

« Je t'aime, Bob. »

Il se remit à lui caresser le dos doucement et déposa ses lèvres sur son front avec tendresse. Bien sûr qu'il ne se passerait rien de plus entre eux ce soir, vu l'état de fatigue dans lequel elle se trouvait. Mais ils auraient sans aucun doute bien d'autres nuits à leur disposition dans les temps qui viendraient.

« Dors, Léa. »

« Hmoui. D'accord. » répondit-elle mollement, telle une enfant.

Bob gloussa doucement, et la mélodie de son rire accompagna la jeune femme dans l'inconscience du sommeil. Il s'endormit également, peu de temps après, serrant toujours contre lui le corps frêle de Léa.

De tout son cœur, il espérait qu'elle foulerait un jour à ses côtés les terres du Cratère.


.


Comme dit précédemment, je le répète et je l'assume, c'était du pur fanservice pour me faire pardonner auprès de notre pauvre Léa. XD J'espère tout de même que ça vous a plu !

... À votre avis, est-ce que ça aurait pu changer quoi que ce soit si les choses s'étaient passées comme ça ? Je serais curieuse de connaître vos théories sur les changements que ça aurait éventuellement pu provoquer dans l'histoire, tiens.

Wahou, la publication de Terraventures est passée tellement vite, c'est dingue ! J'ai l'impression que c'était hier que je commençais à écrire l'histoire ! Cette fois, c'est tout à fait la fin. Merci encore de votre présence et de votre soutien, c'était génial !

N'hésitez pas à laisser la dernière review de l'amour, et… Cookies pour tout le monde !

Bonne continuation à vous… et peut-être à bientôt sur d'autres fics ? ;-)

Bisous !