Willy, dès la fin de son cours, s'était ruée à l'intérieur du magicobus et avait rejoint son appartement: elle ne voulait surtout pas rater l'arrivée de Lily; Les deux jeunes femmes se connaissaient depuis leur sixième année. Une amitié récente comparée à celle que partageaient Sirius et James, mais fusionnelle et incroyablement solide. Lily avait quitté Willy il y avait de cela cinq semaines. Cela n'était pas rare. La jeune femme, comme Sirius et James, faisait partie d'une sorte de groupe d'élite, à qui l'on confiait des missions secrètes. Willy n'avait jamais été très renseignée sur le sujet, et elle était loin de s'imaginer que ses amis étaient partie intégrante de l'ordre du Phoenix, luttant avec acharnement contre la montée en force des pouvoirs obscurs…

En cette fin d'après midi, Willy se trouvait donc dans sa petite salle de bain, et se brossait ardemment les dents, tout en se passant une couche de rimmel (note de l'auteur: je vous déconseille fortement d'essayer… J), lorsqu'on frappa à la porte… Le cœur de la jeune femme bondit dans sa poitrine. Avec empressement, elle passa la tête dans l'entrebâillement de la porte, et lança un « Entre, c'est ouvert! » étouffé par le dentifrice. Elle s'activa ensuite à se rincer la bouche et à finir de se maquiller. Lorsqu'elle déboula dans le hall d'entrée, un sourire radieux jusqu'aux oreilles, elle ne se trouva pas face à son amie, mais à son grand déplaisir, à… Remus Lupin.

Willy avait toujours ressenti un malaise en sa présence. Il lui avait toujours été impossible de dire pourquoi, ceci étant. Il était indéniable que Remus était un très beau jeune homme, plein de galanterie et de bonnes manières, mais malgré ça, quelque chose de froid et de ténébreux comme la nuit subsistait en lui… Et Willy ne sentait que ça. A chaque fois qu'elle se trouvait en sa présence, elle se sentait guettée, jaugée… Comme un animal traqué. C'était ridicule, elle le savait, pourtant elle ne pouvait s'empêcher de deviner la force sombre et féroce tapie au fond du regard doré de Remus.

- Oh… Salut! Dit-elle d'une toute petite voix.

Remus ne sembla pas l'entendre. Il regardait autour de lui comme s'il s'attendait à chaque instant que quelque chose lui bondisse dessus.

- Est-ce que tout va bien? Finit il par demander.

- Euh… Oui, oui! Très bien… Je vais bien! Et toi? Répondit maladroitement Willy.

- Tu es seule?

- Oui…

- La porte était ouverte.

- Je sais, c'est parce que je viens de rentrer et…

- Sirius ne t'a pas dit de toujours t'enfermer?

La moutarde commençait à sérieusement monter au nez de la jeune femme. Remus sembla s'en rendre compte et préféra changer de sujet.

- Lily et James sont-ils arrivés?

- Ils ne devraient pas tarder. Sirius est avec eux. Mais… Comment se fait il que tu sois au courant?

Remus haussa les épaules.

- Sirius m'a mis au courant.

- Bien sûr… Mais entre! On va s'asseoir et les attendre! Proposa Willy retrouvant sa gentillesse habituelle.

- Non je te remercie. Je repasserais. Ferme bien la porte derrière moi.

Et sans plus de discussions, Remus fit demi tour, et quitta l'appartement. Restée seule, Willy se fit la remarque qu'il n'y avait plus de doutes possibles: Remus ne pouvait pas la voir en peinture…

La porte du studio s'ouvrit sur Lily, James et Sirius un quart d'heure plus tard. Willy se jeta dans les bras de son amie. Les deux jeunes femmes offrirent alors à Sirius et à James une scène de retrouvailles mouvementée entrecoupée de cris stridents et ponctuée de sautillements nerveux. Pour fêter le retour du couple, une soirée en ville fut planifiée. C'est ainsi que Lily et Willy se retrouvèrent à discuter au bar d'une des boites de nuit les plus en vogue du moment.

- Alors comment ça se passe entre vous? En profita malicieusement Lily alors James et Sirius étaient au vestiaire.

Willy haussa les épaules.

- On a des hauts, on a des bas…

- Oui, comme tous les couples…

- Nous ne sommes pas un couple! Protesta vertement la jeune femme. On est amis. Rien de moins.

- Rien de moins? Sourit Lily. Autrefois tu aurais dit « rien de plus »…

- Son amitié m'est aussi précieuse que la tienne. Je pensais que tu avais compris après toutes ces années.

- Je te taquine, c'est tout! James fait pareil avec lui… Lança la jeune femme, l'air de rien.

- Ah oui? Et… Qu'Est-ce qu'en dit Sirius?

- Pareil que toi. Vous êtes amis.

- Oh…

- Déçue?

- Tu es très lourde… Tu le sais?

Lily lança un sourire narquois à son amie. Dans la salle, les couples se formèrent sur les premiers accords de « just the way you are ». A côté des deux amie une petite jeune fille vêtue de rose bonbon jaillit de son tabouret en s'écriant « HiiIiiIii! J'adore cette chanson! ».

- Ouais, bah moi aussi… Dit Lily en cherchant James du regard. Bon… Tu danses?

- Moi? Demanda Willy, incrédule.

- Allez! Viens! S'exclama la jeune femme tout en entraînant son amie.

Arrivées sur la piste de danse, toutes deux s'enlacèrent sous les regards des autres danseurs, parfois hypnotisés, parfois amusés, parfois même outrés.

- C'est dans ces moments là que je me rends compte à quel point tu m'as manqué! S'écria Willy en riant aux éclats.

- J'espère bien!

- Je m'attendais plutôt à un « oh toi aussi Willy tu as manqué à ta vieille copine! »…

- Mais oui, tu le sais bien que tu me manques souvent! Malheureusement le temps se fait rare… Déclama Lily en prenant un air exagérément dramatique. Dire adieu à ma vie de jeune fille à été une rude épreuve tu peux me croire! J'ai dû apprendre les durs règles de la vie à deux: partage, compromis, pardon et… Patience!

- M'en parle pas… Pour ce qui est du pardon et de la patience je connais! Il y a des périodes où tous les matins je déjeune avec une fille différente, et je n'exagère pas!

- Alors il n'a pas changé sur ce point là?

- Ouh non!

- Et en plus il te les ramène au déjeuner?

- Ah ça c'est pour celles avec qui tout ce passe bien! J'entends par là celle qui ne se barre pas en plein milieu de la nuit en claquant la porte…

- Charmant…

- Hey Lily! James venait de se profiler de l'autre côté de la piste de danse.

Les deux jeunes femmes le virent se faufiler entre les couples jusqu'à elles.

- Je te cherchais, dit-il à Lily, tu permets que je te l'emprunte? Ajouta-t-il en se tournant vers Willy.

Mais avant qu'elle n'ait pu répondre, Lily se détacha d'elle et la poussa vers James.

- Trop tard! Fais plutôt danser Willy. Je vais au bar. A tout à l'heure!

Et sans laisser James répondre, la jeune femme quitta la piste de danse. James haussa les épaules en souriant.

- Je crois que jamais elle ne cessera de me rendre fou… Dit il en prenant Willy par la taille. Ça me fait plaisir de te revoir Al.

Willy grimaça. Si Lily adorait l'agacer en l'appelant Aléthéia, James lui préférait le surnom de « Al ».

- Pourquoi vous cherchez tous à faire compliquer? Appelez moi Willy, c'est pas trop difficile à retenir pourtant…

- C'est frappant à quel point tu ressembles à la petite cousine de Sirius quand tu dis ça… Tu sais, Nymphadora?

- Non, je ne vois qui c'est… Mais je la comprends, c'est sûrement quelqu'un de très bien, mais de complètement incompris…

- Oui c'est ce qu'elle dit souvent… Bon en même temps elle a sept ans…

Willy administra une petite tape sur L'épaule de son cavalier. Retrouver James c'était un peu comme revenir en arrière, une sorte de flash back… En effet, lors de sa troisième année, fascinée par le vol, Willy avait voulu entrer dans l'équipe de Quidditch de Serdaigle. Seulement, ayant aussi peu d'équilibre sur le sol que sur un balai, elle s'était fracturé le genou dès les premiers essais. Dès lors, sa seule alternative fut de supplier Mme Bibine de bien vouloir la laisser l'assister à l'arbitrage. C'est ainsi que Willy fit la connaissance de James et, un peu plus tard, de Sirius. C'était les matchs Serpentard/Gryffondor qui avaient rapproché les jeunes gens… Ou plutôt les tentatives d'influence des deux garçons. Mais Willy s'était montrée juste et inflexible, et c'est peut être ce qui lui avait attiré la sympathie de James et Sirius… Lorsque la jeune femme commença à fréquenter Lily, James se montra subitement trèèès intéressé par les techniques d'arbitrage de Willy, ce qui lui valu de longues et stériles conversations entrecoupés de « et sinon, comment elle va ta copine? Je veux dire Lily… Elle est seule en ce moment? » sensés être discrets et désinvoltes. Par la suite, James et Willy devinrent très bons amis, Willy toujours prête à calmer l'ouragan Lily s'il s'abattait sur James, et James à pousser Sirius à un peu plus de sagesse et de précaution.

La jeune femme fut sortie de ses souvenirs par l'arrivée de Sirius dans son champ de vision. Il enlaçait une jeune femme brune et bouclée, vêtue d'une courte robe noire scintillante. Willy ne put s'empêcher de penser, non sans amertume, qu'il avait toujours eu bon goût…

Les yeux du jeune homme rencontrèrent ceux de sa colocataire. Il lui sourit par-dessus l'épaule de sa cavalière. Bêtement, il se dit qu'il aurait pu l'inviter à danser… Elle était particulièrement jolie ce soir là, ses cheveux châtains luisants sous les spots et sa robe pistache ondulant autour d'elle… Il remarqua avec amusement que James était bien trop grand pour elle, ce qui la forçait à se hisser sur la pointe de ses cuissardes rose barbe à papa. Dieu que Willy le troublait. La plupart du temps il la voyait comme… un pote. Un bon copain avec qui on parle de tout. Et ça n'était pas bien difficile! Willy était une fille simple, pas du genre à s'apprêter d'une façon outrageuse, pas compliquer donc d'omettre la femme en elle… Mais ce soir était l'une des fois où Willy ébranlait les certitudes du jeune homme. Et au grand dam de ce dernier, cela ce produisait de plus en plus souvent. Et plus il la regardait, pus il se disait qu'il aurait aimé être à la place de James, sentir ses hanches sous ses mains, ses cheveux frôler sa joue, son parfum, et toute la chaleur émanant de son petit corps…

Willy se trouva fort étonnée lorsqu'elle remarqua le regard brûlant de Sirius posé sur elle. A quoi diable jouait-il?

Le slow prit fin. James et Willy gagnèrent le bar où les attendait Lily (un sourire radieux collé au visage), suivis de peu par Sirius et sa cavalière. Après de brèves présentations ( la jeune femme brune se prénommait Kate…), Sirius s'éclipsa aux toilettes, et James et Lily abandonnèrent lâchement Willy en partant sur la piste de danse. Avant de disparaître, Lily se pencha vers l'oreille de son amie et lui souffla: « Te laisse pas faire, c'est toi qu'il déshabillait du regard tout à l'heure, je suis avec toi! » qui ne manqua pas d'agacer cette dernière.

Restées seules, Kate et Willy se dévisagèrent en se souriant hypocritement.

- Alors comme ça, tu vis avec Sirius?

- Oui… On est en colocation… C'est ça!

Kate hocha la tête d'un air entendu.

- C'est pas la première fois qu'on se rencontre lui et moi tu sais? On s'est vu deux ou trois fois ici… Il t'a déjà parlé de moi?

- Hein? Oh Oui! Bien sûr! Tout le temps! « Et Kate par ci, et Kate par là! Et Kate est tellement ci, et Kate est tellement ça! » Il n'arrête pas, je te jure!

Tandis que Kate laissait échapper un petit rire satisfait, Willy se fustigea mentalement: Mais qu'Est-ce qu'elle disait?

- Tu sais, je pense que c'est vraiment un garçon i-dé-al! Reprit Kate, toute guillerette et persuadée de s'être fait une nouvelle amie.

- Oh vraiment?

- Oh alors ça oui! Gloussa la jeune femme. J'ai jamais rencontré quelqu'un d'aussi… d'aussi…

- Sexy?

- Oui! C'est ça! Mais encore pus que ça, il est… Il est…

- Galant? Attentionné? Élégant? Gentil?

- OUI! C'est exactement ça!

- C'est drôle… Elles disent toutes ça! S'exclama Willy, l'air affligé.

- Toutes? Tu veux dire que…

- Toutes, oui! Enfin au départ, disons… Parce qu'après elles disent plutôt « Salaud, goujat, enfoiré… Impuissant… »

- IMPUISSANT?!?

Le yeux de Kate semblèrent jaillirent de leurs orbites.

- Euh… Oui! C'est ça… Répondit Willy innocemment.

C'est le moment que choisit Sirius pour revenir au bar, tout sourire. En l'apercevant, Kate se leva brusquement de son tabouret.

- Bon! Et bien… Bonne soirée Willy!

En la voyant partir, Sirius la rattrapa rapidement par la main.

- Hé! Tu pars déjà?

- Oui! Je… Je suis attendue… Là bas!

Elle fit un geste flou de la main indiquant l'autre bout de la salle, puis disparut.

Sirius, dépité, rejoint Willy qui sirotait un cocktail, l'air détaché.

- Elle est partie… Annonça le jeune homme.

- Oh dommage!

Sirius leva un sourcil, suspicieux.

- Je peux savoir ce que tu lui as raconté?

Willy écarquilla les yeux.

- Moi?! S'exclama-t-elle, faussement outrée, portant une main à sa poitrine.

- Oui, toi… sourit Sirius.

- Alors là rien du tout!

- Étrange, mais j'ai du mal à te croire…

- Je te le promets, je n'ai rien dit… En tout cas rien qui n'ai pula faire fuir comme ça… Ajouta-t-elle malicieusement

- Et tu pourrais, peut-être, être plus précise?

- Bien… Alors disons juste qu'elle avait une image un peu trop idéalisée de toi, et qu'elle est tombée de haut lorsqu'elle a appris que tu laissais traîner tes slips, que tu ne tirais pas la chasse d'eau, que tu mangeais avec tes doigts, que tu avais une hygiène douteuse, et que ta chambre sentait les pieds…

- QUOI?! Tu plaisantes j'espère?

- Quoi? Je ne pouvais pas la laisser croire que tu étais parfait!

- Mais pourquoi lui avoir dit ces bobards?!

Willy haussa les épaules.

- Le problème, c'est que je ne te trouvais pas de défauts non plus… Il y donc fallu que j'improvise! Et je ne pouvais quand même pas argumenter en disant que tu ne sais pas faire la cuisine…

Pendant un instant, Sirius eut l'air de quelqu'un ayant reçu une gifle. Puis un mince sourire naquit sur ses lèvres. Willy ne sembla pas le remarquer. Elle se passa une main sur le visage en grimaçant légèrement.

- Je crois que l'alcool m'est un peu monté à la tête…

La soirée se déroula tant et si bien qu'elle prit fin à quatre heures du matin. James et Lily quittèrent Sirius et Willy devant la boite de nuit. Les deux amis rentrèrent à pieds. La nuit était tiède et plutôt claire. Willy titubait légèrement, un peu à cause de l'alcool, et beaucoup à cause de la fatigue.

- C'était vraiment bien… Je veux dire, d'être tous réunis…

- Oui vraiment… Répondit Sirius, l'air distrait.

- Tu n'as pas dansé avec moi…

- Quoi? Hein? Demanda Sirius en redescendant brusquement sur terre.

- J'ai dit, que tu n'avais pas dansé avec moi! C'est une remarque, rien de plus… Dit Willy en levant les yeux au ciel.

Sirius sourit devant son regard brouillé et son air fatigué. Doucement, il se rapprocha d'elle et l'entoura de ses bras comme il l'aurait fait avec un petit enfant.

- Ça peut s'arranger… Souffla-t-il.

Willy sembla hésiter un instant. Elle redoutait toute situation qui pouvait avoir l'air, un temps soit peu , romantique avec son colocataire ces derniers temps… Pourtant, elle finit par passer ses mains sur la nuque de ce dernier.

Sirius sentit, avec plaisir, Willy poser sa tête sur son épaule, et sa respiration régulière dans son cou.

- J'arrive pas à croire tout ce que tu as dit à Kate… Murmura-t-il.

- C'est pas vraiment ce que j'ai dit en fait…

- Ah oui?

Sirius entendit la jeune femme sourire dans son cou.

- Seulement j'ai peur que la vérité te soit encore plus désagréable que le mensonge…

- Dit toujours, on verra.

- J'ai dit… que… tu étais…

- Oui?

- Impuissant…

Contre toute attente, Sirius partit dans un grand éclat de rire. Willy, honteuse, enfouit un peu plus son visage dans le cou de celui-ci. Lorsque le jeune homme se calma enfin, il se pencha vers l'oreille de Willy, et souffla: « Et comment diable pourrais tu le savoir? » ; La jeune femme rougit furieusement. Puis, Sirius s'écarta un peu d'elle, et la regarda droit dans les yeux. Elle semblait confuse, et très fatiguée. Sans réfléchir, le jeune homme déposa ses lèvres sur les siennes. Cela ne dura qu'un instant. Pourtant, lorsque Sirius se recula, il sembla à Willy que sa bouche emprisonnait encore la sienne, telle une empreinte brûlante.

Lorsque le jeune homme reprit ses esprits, ce fut pour faire face à une Willy aux joues en feu, gardant obstinément les yeux rivés au sol. Il secoua légèrement la tête, et respira à fond.

- Pardon… Je… Je crois qu'on devrait rentrer…

Willy, toujours muette, hocha vigoureusement la tête.

Le couple ne remarqua pas la silhouette sombre qui semblait les observer au coin de la rue.