Le salon était petit, et pourtant richement meublé. Une cheminée de marbre ornait le mur face à la porte d'entrée. Devant elle, sur un épais tapis, trônait un fauteuil capitonné de velours bordeaux. Sur celui-ci, était affalé Regulus Black, hypnotisé par les flammes qui dansaient dans l'âtre. Il eut un léger sursaut lorsque la porte du salon s'ouvrit à la volée. Un instant plus tard, sa cousin Bellatrix se mit à faire les cent pas devant lui, le gênant sans sa contemplation du foyer.
- Je peux te jurer que j'ai vraiment hâte que toute cette affaire se termine…
Regulus eut un sourire en coin.
- Bellatrix s'est faite disputer? Ooooh… Pauvre petite Bella!
- C'est ça, ris bien. Mais sache que les avertissements valent pour toi aussi. Laisse moi te rappeler que nous formons une équipe sur cette mission, cher cousin…
Le jeune homme blond serra imperceptiblement les accoudoirs de son fauteuil.
- Ils pensent tous qu'on va échouer… Je ne le supporterais pas! D'après eux, Sirius devrait déjà avoir rejoint les rangs du Lord…
- Je ne comprends décidément toujours pas pourquoi ils s'acharnent à vouloir faire revenir mon frère au bercail…
- Alors c'est ça? Toi aussi tu penses qu'on ne le ramènera pas?
Regulus soupira, agacé.
- Sirius a quitté sa famille alors qu'il n'avait que seize ans: preuve qu'il était déterminé et relativement sûr de lui! Alors pourquoi diable reviendrait il maintenant alors que sa vie a un sens?
- Il reviendra… Les liens du sang Regulus, les liens du sang!
Le jeune homme pouffa de rire.
- C'est justement des idées comme celles-ci qui l'ont fait fuir!
- Il reviendra… C'est le seigneur des ténèbres qui l'ordonne. Nous pouvons et nous devons le faire! L'Honneur de la famille Black est en jeu… Il faut qu'on fasse mouche! Il n'est pas encore trop tard pour ramener Sirius à la Raison. Il fait partit de l'Ordre… Il sera un partisan très utile…Si on accomplit notre mission, le Lord nous offrira une place de choix!
De nouveau, Regulus soupira. Bellatrix s'approcha de lui, se déhanchant tel un chat. Une fois face au fauteuil de son cousin, elle releva le bas de sa longue robe fluide à mi-cuisse, et s'assit à califourchon sur Regulus. Ce dernier ne réagit pas. Bellatrix approcha son visage de celui du jeune homme.
- Et bien sûr, nulle ne sera plus heureuse que moi de retrouver mes deux cousins adorés…
D'un mouvement ample de la baguette, Bellatrix verrouilla la porte.
Willy se trouvait dans un monde où tout n'était que chaleur et humidité. Les sons étaient comme étouffés, et toutes les formes et les couleurs qui l'entouraient lui semblaient floues. Cet environnement lui faisait vaguement penser à une forêt tropicale, mais elle n'aurait pu le dire avec certitude… Elle se rendit soudain compte que quelqu'un murmurait son prénom. Elle avait l'impression que la voix était toute proche, pourtant elle ne parvenait pas à distinguer quoi que ce soit. Ses mouvements étaient ralentis et ses membres semblaient peser une tonne. En ce concentrant sur ses sensations, la jeune femme s'aperçut qu'elle n'était pas seule: une personne se tenait tout contre elle. Cette présence inattendue la rassura instantanément. Elle comprit alors l'origine de la voix. Une main emprisonna son poignet, tandis qu'une autre caressa brièvement sa joue, avant de descendre lentement le long de sa gorge. Willy frissonna. Sirius… Elle entendit le jeune homme sourire. Sans qu'elle ait le temps de réaliser la situation, Sirius s'était approché d'elle et l'embrassait doucement comme il l'avait fait plus tôt dans la soirée… Audacieusement, la jeune femme approfondit le baiser qui se fit plus passionné. La température sembla augmenter autour du couple. Willy parcourait le torse de son partenaire du bout des doigts, tandis que celui-ci faisait lentement remonter sa main de la cuisse de la jeune femme vers son entrejambe… Willy ferma les yeux et bloqua sa respiration… Tout à coup, un terrible craquement se fit entendre.
Willy ouvrit brusquement les yeux…pour se retrouver dans sa chambre, assise sur son lit, portant sa robe de la veille. Lily venait de transplaner face à elle.
- Bonjour belle endormie! T'as fait un cauchemar? T'es toute en sueur…
Willy grimaça.
- Ouais… C'était… Terrible…
Lily ouvrit la fenêtre de la chambre, tout en trébuchant sur les cuissardes de son amie qui traînaient sur le passage.
- On dirait que la soirée a été dure…
- L'alcool ne me réussit pas… Où est James? Demanda Willy en baillant.
- Il est arrivé plus tôt, il doit être avec Sirius.
Des éclats de voix leurs parvinrent alors.
- C'est bizarre, fit remarquer Lily, on dirait Remus…
Intriguées, les deux jeunes femmes sortirent de la chambre en catimini.
- Tu savais qu'ils voudraient s'en prendre à elle! Tu aurais dû l'éloigner pendant qu'il en était encore tant!
Remus, en effet, était présent. Il parlait à Sirius, au milieu du salon, et celui-ci semblait désemparé. James était assis sur le canapé, et avait l'air de suivre un match de boxe.
- Tu ne comprends pas, je ne peux pas! Elle a besoin de moi! Si je m'éloigne, alors elle sera en danger!
Aux paroles de Sirius, Remus éclata de rire.
- Ce n'est pas que tu ne peux pas, c'est que tu ne veux pas.
Sirius prit un air agacé.
- De quoi tu parles au juste?
- Bon sang mais grandis! On est plus au collège! C'est la vraie vie! Et tu es vraiment en danger! On est là pour t'aider, mais si tu veux tout faire foirer pour une coucherie, alors…
Sirius s'avança brusquement vers son ami. Il était soudain devenu très pâle, et durant un instant il sembla chercher ses mots. C'est finalement d'une voix blanche qu'il parla.
- Je n'ai jamais… Je n'oserai jamais… Willy et moi ce n'est pas une coucherie…
- Alors quoi? Une grande et belle histoire d'amour? Hein? C'est ça?
Face aux moqueries de son ami, Sirius baissa les yeux.
- Non, bien sûr que non…
Dans le couloir attenant au salon, Willy sentit son cœur se serrer. Derrière elle, Lily posa une main compatissante sur son épaule.
- Alors quoi? Poursuivit Remus, tu ameutes l'ordre au complet, tu me demandes de garder un œil sur l'appartement, tu fais revenir Lily et James de mission, et…
- Quoi?
C'est Willy qui avait coupé Remus. Elle venait d'entrer dans le salon, et elle fixait Sirius, le regard furibond. Lily se tenait derrière elle et lançait un regard alerté à James et Remus.
- Quoi?! Répéta t'elle d'une voix tremblante.
Sirius leva les mains en signe d'apaisement.
- Écoute Willy, je…
- Tu n'as jamais rencontré Lily dans un quelconque bar, c'est toi qui les as fait revenir… Mais je peux pas le croire! Pour qui Est-ce que tu te prends!?
- J'avais besoin d'eux Willy! Je ne pouvais pas toujours être avec toi…
- Alors tu m'as pris des baby-sitters, c'est ça?! Et sans même m'en parler!
- Je ne pouvais pas! Il ne fallait surtout pas que tu t'inquiètes…
- M'inquiéter de quoi au juste? Du fait que ton frère soit passé te voir c'est ça? Oh la belle affaire! Et d'une logique implacable avec ça: Regulus étant l'un des rares hommes de ton entourage qui soit à peu près respectueux et qui ne me regarde pas comme la dernière des pièces rapportées, il était NORMAL que j'en ai peur!
Derrière Sirius, Remus haussa les sourcils dans un mimique étonnée.
- Tu ne sais rien de lui, absolument rien!
- Ça y est! C'est reparti! Sirius, l'enfant de la honte, issu d'une famille de sorciers aux principes extrémistes, qui quitta sa maison et fut déshérité à seize ans: Bouhouhou! Paaauvre petit Sirius! Déclama la jeune femme l'air dramatique.
James s'était levé d'un bond du canapé, et paraissait prêt à lancer un sort impardonnable à Willy. Remus, blanc comme un linge, semblait attendre la réponse de Sirius, et Lily avait plaqué ses deux mains sur sa bouche et secouait la tête de droite à gauche, comme si elle refusait de croire ce qu'elle venait d'entendre. Le temps parut s'arrêter dans le petit studio.
Contre toutes attentes, Sirius resta muet et se contenta de fixer sa colocataire, l'air abasourdi. Face à son silence, Willy reprit la parole.
- J'en ai assez. Je pars. Cracha-t-elle.
Et sans plus attendre, elle tourna les talons, et partit en direction de sa chambre. A peine avait elle sorti son sac de voyage de son armoire, que Sirius entra à son tour et claqua la porte derrière lui.
- Tu n'iras nulle part.
Willy, tout en enfournant ses livres dans son sac, éclata d'un rire mauvais.
- Oh? Et c'est toi qui va m'en empêcher?
- Tu sais que j'en suis capable.
- N'essaye même pas Black, ou tu le regretteras.
A ces mots, et sans lui laisser le temps de réagir, Sirius lui arracha son sac des mains, fit demi tour, et claqua la porte derrière lui. Folle de rage, Willy se jeta sur la poignée, juste avant d'entendre « collaporta » murmuré de l'autre côté. Hors d'elle, elle se mit à frapper la porte de toutes ses forces en hurlant.
- Black! Tu n'as pas le droit! Ouvre moi! BLACK!
Soudain, l'évidence la frappa de plein fouet (BOUM! Mdr! J'arrête…): Elle pouvait toujours transplaner! Mais à peine l'image du hall d'entrée se matérialisa dans son esprit, qu'elle fut ramenée dans sa chambre et projetée contre le siège de son bureau. Jamais Sirius n'aurait pu lancer un tel sort…
- LILY! Espèce de traîtresse!
Un « désolée » honteux lui parvint de l'autre côté de la porte.
Willy passa environ une heure à frapper la porte et à insulter ses amis de tout ce qui lui passait par la tête. Elle était furieuse. Furieuse d'être retenue là, furieuse qu'on lui ait menti, furieuse que tout le monde sache quelque chose qu'elle ignorait, et surtout furieuse contre elle-même…
Elle avait été trop loin, elle le savait. En repensant aux propos qu'elle avait tenu, ses jambes se mirent à trembler, et une énorme boule se forma dans sa gorge. Elle s'assit, fébrile, sur son lit. Sur le mur d'en face, son reflet lui faisait face. Elle y vit une gamine pâlotte, affreusement décoiffée, et au visage barbouillé de maquillage. Et quelque part cette image était une parfaite représentation de tout ce qu'elle était profondément. Elle se sentait tellement faible et désorientée… Elle en avait tellement assez de cacher derrière de faux semblants, elle aurait aimé que tout soit clair et limpide pour elle, comme pour les autres! Mais tout n'était pas simple.
Par sa fenêtre, elle observa le jour décliner. Au fur et à mesure que la nuit tombait, Willy sentait ses paupières s'alourdirent. Elle allait bel et bien s'endormir, lorsqu'un léger déclic se fit entendre. Un instant plus tard, Sirius entra dans la chambre. Tout d'abord, personne ne parla, Sirius observait ses chaussures, et Willy gardait les yeux fixés sur sa fenêtre. Puis, Sirius s'assit à ses côtés, et prit la parole.
- Tu sais, ça doit bien faire une heure que je fais les cent pas devant ta porte tout en me demandant comment je vais commencer… Et je n'ai toujours pas trouvé…
Willy n'eut aucune réaction à ses propos. Le jeune homme se racla la gorge et se rapprocha un peu d'elle.
- Pardonne moi…
La jeune femme serra très fort les dents, mais elle ne put retenir un sanglot.
- C'est à toi de me pardonner… Implora-t-elle en tournant vers son colocataire des yeux emplis de larmes et de rimmel.
Sirius parut pris au dépourvu.
- Non Willy, ne crois pas que…
Mais il ne put terminer sa phrase, car Willy passa ses bras autour de son cou et enfoui son visage contre son épaule.
- Pardon… Pardon… Sanglota-t-elle.
Sirius, la surprise passée, serra à son tour la jeune femme dans ses bras.
- C'est fini Willy, on en parle plus, d'accord?
La jeune femme se recula vivement.
- Non…
- … Pourquoi?
- Au contraire, parle moi, j'en ai assez de tous ces non-dits entre nous, parle moi de toi de ta famille…
- Ce n'est pas une bonne idée…
- Mais pourquoi?! Lily et James savent, eux! Et Remus aussi!
- Ce n'est pas la même chose, on travaille ensemble, et…
- Pour ça aussi tu dois me dire! Bon sang Sirius! Tu ne m'as jamais dit pour qui, où et dans quoi tu travaillais!
Devant l'air décidé de la jeune femme, Sirius eut un pauvre sourire.
- Je ne…
- S'il te plait.
Alors, Sirius parla. De sa famille, des Mangemorts, de leur idéologie, de leurs pratiques, de l'Ordre du Phoenix, des horreurs qu'il avait vu durant ses missions… Il parla aussi de son enfance, de sa mère, de son frère, de ses cousines, des mariages consanguins, de l'enrôlement et de tout ce dont à quoi il avait échappé. Et Willy l'écouta, sans mot dire.
Lorsqu'il eut fini, Sirius sembla, étrangement plus serein et plus heureux. Il prit une profonde inspiration, et regarda Willy… Et ce fut comme s'il la voyait pour la première fois.
- Une dernière chose…
Le timbre de sa voix était grave et profond.
- Oui? Souffla la jeune femme, toujours pendue à ses lèvres.
- Je vais t'embrasser…
Durant un temps, les yeux de Willy semblèrent jaillirent hors de leurs orbites.
- Ne fais pas cette tête, laisse toi juste faire, ça ne durera que trois secondes…
Ce fut le dernier mensonge que Sirius dit à Willy…
