Disclaimer: in Veterini (and Pratchett) we trust... (don't you?) (en même temps, ce n'est pas comme si le Patricien nous laissait le choix...)
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Chapitre 5
L'œuvre au Noir
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Havelock Veterini soupira : la nuit tombait, la dernière peut-être, et son visiteur n'arrivait toujours pas. Son projet comportait, comme à l'accoutumée, une certaine part d'imprévu. Son esprit n'avait pas tiré pour l'occasion une magnifique symphonie de ruse et de psychologie comme dans l'affaire du Klatch (1), tout juste un vague thème dont les développements, pour une fois, lui échapperaient complètement. Mais les circonstances ne lui laissaient pas le choix.
Il venait de consulter quelques ouvrages d'Alchimie. D'après les explications de Stibon, les Alchimistes comptaient réaliser avec Ridculle le Grand Œuvre, qui permet de changer le plomb en or, en omettant, fait inédit, l'Oeuvre au Noir normalement indispensable pour assurer la stabilité de l'opération. La magie de l'Archichancelier devait suppléer à ce manque. C'était surtout un manque de cervelle qui pouvait amener à confier une telle tâche à un mage...
Un bruit de pas retentit dans les couloirs du Palais. Havelock Veterini se redressa : finalement, il venait.
Le nouvel arrivant entra avec fracas dans le Bureau Oblong, manifestement fort mécontent. Le Patricien sourit, son vis-à-vis aussi (du moins, il lui sembla).
« Bienvenue, monsieur... euh... Bagage ? »
Le Bagage acheva de dévoiler son impressionnante dentition et se ramassa sur ses petits pieds, comme pour mieux sauter au cou (ou à la gorge) de son interlocuteur. Le regard du Patricien se durcit.
« Pas de ça. Il n'en résulterait rien de bon : ni pour nous, ni pour Rincevent. »
Le Bagage émit un grincement atroce (visiblement, il s'était froissé une charnière en défonçant la porte du Bureau) et s'immobilisa dans sa posture d'attaque.
« Le mage est en sûreté, il le restera jusqu'à la fin des opérations si tout se passe bien. Il va de soi qu'une collaboration active de votre part serait... souhaitable. »
Nouveau grincement.
« Sans quoi, il connaîtra le même sort que le reste de la ville, et sans doute du monde. »
Dents étincelant au clair de lune.
« Dans le meilleur des cas. D'ici-là, bien des désagréments peuvent survenir. »
Le Bagage perdit un peu de son assurance ; il n'était pas le premier à trouver le sourire de Veterini terriblement évocateur, surtout accompagné d'un certain mouvement de main. Il rétracta finalement ses pieds et s'assit lourdement sur le parquet. De toute évidence, il n'effrayait pas l'homme en noir. Ce dernier, silhouette obscure découpée sur la lune montante, le fixait calmement. Le Bagage resta de bois et attendit.
Le Patricien lui exposa alors son projet.
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Après la sortie (irritée, comme il se doit : le Bagage a une réputation à tenir) de son curieux visiteur, Havelock Veterini s'assit avec soulagement : des années de pratique d'intimidation et d'impassibilité ne sont guère utiles pour rester de marbre face à un tas de planches anthropophage et quasiment invincible.
Il se tourna vers la zone la plus obscure du Bureau et appela :
« Tambourinoeud, trouvez pour demain de l'huile pour graisser les charnières. Il vaut mieux ménager un pareil allié. »
Pas de mouvement. Un marmonnement gêné lui répondit, mais pas de la bonne direction. Le Patricien se tourna légèrement. Son secrétaire descendait tant bien que mal de l'armoire où il avait dû se réfugier lors de l'entrée fracassante du Bagage. Veterini cilla rapidement, fixa un moment Tambourinoeud rouge de confusion, considéra un instant la possibilité de s'amuser un peu à ses dépends et finalement renonça. Il congédia d'un geste las son secrétaire, qui sortit en trébuchant sur les restes de la porte.
Havelock Veterini feuilleta machinalement le De Alchimiae Arte sur son bureau. Le Grand Œuvre... Ils voulaient tous la même chose, en définitive : l'or, la gloire, la réussite, sans se salir les mains ou transpirer un peu. Mais sans l'Oeuvre au Noir tant méprisé, pas de succès.
Lord Veterini sourit dans la nuit : il avait toujours trouvé que le noir était une belle couleur. Qui lui seyait à merveille.
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Ve-te-ri-ni! Ve-te-ri-ni! Ve-te-ri-ni! Ve-te-ri-ni! (hum, pardon, j'arrête)
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Notes.
(1) Cf Va-t-en-guerre.
