Disclaimer: y a des trucs à Mr Pratchett, d'autres qui, vu leur universalité, appartiennent au patrimoine de l'humanité. Je vous laisse deviner qu'est-ce qui est à qui. (et les neurones qui ont mélangé les 2, ce sont les miens même s'il n'y a pas de quoi s'en vanter... )
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Chapitre 6
L'Oeuvre au Blanc et au gros rouge.
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« Zi zi zi, z'est ze qu'ils ont dit. Pas d'Oeuvre au Noir, z'est trop vitrial. Tivrial. Commun, quoi. On se prépare directement à l'œuvre au Rouge. »
Cogite Stibon, qui se remettait tout juste de son entretien avec le Patricien, regardait avec consternation l'ensemble des mages de l'U.I. passablement bourrés. Ridculle poursuivait son petit raisonnement, dont tout le monde se fichait au demeurant.
« L'œuvre au Rouge, k' z'ont dit. Progrezzivement. Pour zéparer l'ezzzzprit et le corps. »
Cogite considéra les dizaines de tonneaux qui encombraient la salle, tentant de faire abstraction du Doyen lancé dans une démonstration pour le moins folklorique de danse du ventre klatchienne.
« Effectivement, c'est réussi : tout le monde semble avoir perdu l'esprit, ici.
- Oooohhh, on y est allé douzzzement. D'abord du rosé, ensuite du rouge. Faut zuivre les règles. »
Cogite se demanda combien il avait fallu de décalitres de rouge obtenir ce grand œuvre : une montagne comme Ridculle plus soûl qu'un Oh-Bon-Dieu (1). L'Econome interrompit ses pensées :
« Si je puis me permettre, outre que nous n'avons pas à nous mêler d'Alchimie, ce procédé me semble quelque peu désorganisé. D'autant que vous avez oublié, entre l'œuvre au Noir et l'œuvre au Rouge, l'œuvre au Blanc.
- Egonome, z'avez le vin trizte. T'sez-vous. »
Puis Ridculle se tut à son tour un moment, pensif (dans la mesure où il était encore capable de penser). Cogite nota dérisoirement que le vin réussissait mieux à l'Econome que les pilules de grenouilles séchées, et prit 3 secondes pour maudire avec ferveur les dieux qui n'avaient rien d'autre à faire que d'organiser de telles catastrophes (2).
Ridculle reprit :
« L'Egonome est un gon, mais il a raison. Faut préparer l'œuvre au Blanc. J' vais voir aux cuisines z'il leur reste de ze petit blanc sec de Lancre. »
L'Archichancelier se mit en marche en chancelant. Cogite le regarda tituber, désespéré.
« Ramenez-moi en une dame-jeanne ! »
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Le commissaire Vimaire mit toute son application à bailler le plus ostensiblement possible.
« Et vous m'avez fait venir à 5h du matin pour ça ? »
Le Seigneur Veterini, qui connaissait (et appréciait) l'heure tout autant que le commissaire en sachant de surcroît ce qui les attendait d'ici la fin de la journée, lui lança un regard noir.
« Il me semblait que vous apparteniez au Guet de nuit, monsieur le duc. »
Vimaire grimaça et ravala en partie sa mauvaise humeur : il y avait longtemps que le Patricien ne lui donnait plus ce titre ridicule, il devait être assez agacé. Et Veterini ne l'était jamais sans de très sérieuses raisons.
« Bien. Si j'ai tout compris, un agent du Guet compétent doit se rendre demain – ce matin, en fait – à la Guilde des Alchimistes à 11h05 précises et demander à faire séance tenante le Contrôle des Portes(3).
- Exactement.
- Sachant que le Guet n'a plus effectué cette opération depuis environ 150 ans.
- Il est quelquefois bon de se souvenir des vieilles traditions.
- Et vous avez... suggéré que le Caporal Chique s'en charge.
- Hum hum. »
Vimaire observa rapidement le bureau de Veterini. Une feuille avec quelques notes griffonnées au sujet d'un certain Stibon. Un manuel d'alchimie que tapotait nerveusement la main du Patricien. Minute : Stibon, c'était un mage, non ?
Mage. Alchimie. Non.
Vimaire blêmit et regarda le Patricien. Ce dernier hocha silencieusement la tête. Le commissaire respira un bon coup.
« Pensez-vous que le caporal Chique suffira, monsieur ?
- Non commissaire, je ne le pense pas, je le sais. Ce sera tout. »
Veterini se leva, signifiant ainsi la fin de l'entretien. Vimaire l'imita et sortit sans un mot, presque aussi énervé que le Bagage quelques heures auparavant. Il détestait que Veterini le laisse pédaler dans la purée d'Ankh sans lui dire comment s'en tirer. Il détestait que Veterini se serve du Guet sans explication. Et il détestait Veterini tout court.
Mais s'il avait bien compris, dans peu de temps ses haines seraient plus que secondaires : un mage chez les alchimistes... Il préférait encore affronter une horde de dragons atteints de gastro-entérite.
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Le Patricien, de son bureau, regarda le commissaire s'éloigner. Toutes les pièces étaient en place, le reste ne dépendait plus de lui. Le ciel blanchissait côté Bord, il se teinterait bientôt de rouge : le jour était en marche, pas de repos pour les esprits veillant sur Ankh-Morpork.
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Notes :
(1) Cf Le Père Porcher.
(2) Comme si la fin du monde ne suffisait pas. Lorsqu'il a plus de 3 neurones en mesure de se mettre d'accord, l'Econome devient très regardant sur les dépenses du Centre d'Energie Thaumique. Cogite le préfère sans doute dans la lune.
(3) En raison d'une certaine perméabilité entre la réalité du Disque-Monde et d'autres réalités beaucoup moins plaisantes (et mieux pourvues en monstres voraces), un des premiers Patriciens (Scapula le Rigolard, sans doute) promulgua une loi chargeant le Guet de s'assurer que toute porte ouvrait bien sur la bonne réalité. Pas sur un couloir humide curieusement tapissé de dents. Mais les agents du Guet de l'époque, forts zélés, s'intéressaient davantage aux portes des coffres-forts qu'aux ouvertures interdimensionnelles.
A la demande insistante du peuple, le patricien suivant (Scapula étant indisponible pour cause de décès : le peuple a parfois une façon... insistante d'insister) renonça à l'application de cet impôt portier (il se rattrapa par des impôts tout court, avant de dégager à son tour grâce à l'insistance d'un Assassin).
