Quelques heures auparavant...
Kate tomba du lit suite à une violente secousse du Tardis. Elle se releva tant bien que mal, encore endormie, adressant au bon Ciel toute une série de jurons assez piquants…
- Pu/ , fait ch/ , sal/ c/ de Docteur…
Comme en réponse à cette tirade peu flatteuse, le Tardis fut de nouveau ébranlé et la pauvre Kate Wilson se retrouva une fois de plus projetée par terre sur son postérieur.
- Il ne pouvait pas attendre que je me réveille avant de faire du bordel, non c'était trop lui demander…, grogna-t-elle mécontente.
Elle descendit mollement les escaliers avant d'atteindre la salle principale du Tardis, vêtue en tout et pour tout d'une longue chemise de nuit blanche. Elle gémit sous l'effet des crampes : eh oui, combattre une vingtaine de gladiateurs armés jusqu'aux dents dans une Arène … ça vous octroyait quelques courbatures !
- On peut savoir ce que vous faîtes, à… -elle regarda sa montre- à 4 heures du matin ?
Laisse la tranquille !
- Retournez dans votre chambre, lâcha froidement le Docteur sans lever les yeux de la console, jouant avec les différentes commandes.
Kate se massa le crâne, ressentant d'ores et déjà les signes avant coureurs d'une migraine. Et pour cause ! La douce lumière verte et dorée du Tardis avait laissé place à une forte et désagréable nuée rouge ardente.
- Vous avez retapé la déco ?
- Comme vous êtes observatrice ! railla-t-il mauvais.
- On peut savoir quel est le problème ? s'entêta Kate qui ne comprenait en rien le comportement pour le moins agressif de son compagnon.
- Il n'y a pas de problème, mais si vous continuez à m'importuner, il risquerait fort d'y en avoir un.
La jeune femme fronça les sourcils et bougonna qu'elle allait se recoucher. Toutefois, tandis qu'elle s'apprêtait à regagner sa chambre, une question ne cessait de lui hanter l'esprit. Bien évidemment, curieuse comme elle l'était, elle revint sur ses pas et lui demanda :
- Où comptez-vous aller à cette heure aussi matinale et d'aussi charmante humeur ?
- En quoi cela vous concerne-t-il ?
Kate en resta un instant bouche bée puis décréta, tâchant de garder son calme :
- Eh bien… tout d'abord parce que je suis à bord, ensuite parce que votre état m'inquiète et enfin parce que vous avez promis à l'Empereur Titius et à son peuple de New Romains que vous aurez votre vengeance… Voilà tout juste quatre heures que nous avons quitté l'Arène, je me demande si…
- Retournez dormir !
Tu n'as pas à lui parler comme ça !
- Difficile de dormir, maintenant que je me pose plein de questions !
- Faîtes avec, il ne devrait pas y en avoir tant que ça !
Kate croisa les bras et le foudroya des ses yeux bleus et perçants. Son humeur s'assombrissait de seconde en seconde sous les piques incessantes de son compagnon de voyage. Le Docteur voulait jouer ? Parfait ! Il allait être servi !
- Je ne vous lâcherais pas tant que vous ne m'aurez pas dit ce que vous manigancez !
- Vous ne comprendriez pas !
- Bah voyons, seul le grand Docteur peut comprendre, il est tellement plus fort ! C'est vrai ça, je m'étonne que vous n'ayez pas reçu le Prix Nobel du type le plus égocentrique de l'Univers ! Vous auriez gagné haut la main !
Il leva finalement le regard de sa console et la toisa durement. Kate hoqueta de surprise et se recula d'un pas, complètement effrayé par cette vision d'horreur…
- Vos yeux… qu'est-ce que…
- Vous devriez regagner votre chambre, je pense.
Kate déglutit, ne sachant trop comment réagir. Cet homme, ce sombre inconnu ne lui inspirait aucune confiance. Toutefois, aucun doute n'était possible : c'était le Docteur, le vrai Docteur, le même homme qui lui avait gentiment attrapé ce maudit CD dans un magasin de musique. Même visage, même allure, même gestuelle. Seuls ses yeux semblaient transformés, baignés de noir. Ce fut sans doute pour cette raison qu'elle ne remonta pas dans sa chambre, inquiète pour son compagnon visiblement atteint d'un mal inconnu.
- Docteur que se passe-t-il ?
Elle est intelligente, comme toujours…
- Vous voulez savoir ? Vous voulez vraiment savoir ? Vous et votre manie à toujours vouloir sonder le cœur des autres ! Je vais vous le dire puisque vous insistez ! Je retourne sept jours sur Vulcania avant notre combat dans l'Arène.
- Sept jours ? répéta Kate suspicieuse. Pourquoi faire ?
Elle se remémora assez brièvement leur séjour, traçant dans son esprit les différentes étapes de leur voyage. Etape numéro un : le Docteur furetait les stands du Marché de la Place Majeure à la recherche d'un marteau pour le Tardis. Etape numéro deux : ils avaient été arrêtés par la Garde Impériale, suspectés de meurtre. Etape numéro trois : ils étaient passés en jugement pour avoir assassiné l'Empereur Démétrius une semaine auparavant –chose impossible puisqu'ils foulaient cette planète pour la première fois… Etape numéro quatre…
- Une minute ! s'interrompit-elle soudainement. Sept jours auparavant ? Ca fait une semaine !
- Vos déductions sont de plus en plus niaises...
- Vous allez tuer l'Empereur Démétrius !
- Il ne mérite que ça !
- Je vous demande pardon ? s'esclaffa Kate qui n'en revenait pas.
- C'est à cause de lui que ces jeux abominables ont été autorisés ! C'est de sa faute si je suis mort ! éclata alors le Docteur en frappant violemment la console centrale du Tardis.
- Vous avez ressuscité, relativisa la jeune femme un tantinet inquiète.
- Moi peut-être… mais les autres ?
- Quels autres ?
- Tous les autres ! Tous les hommes innocents qui sont morts injustement et dans d'horribles souffrances ! Ont-ils eu la chance de pouvoir revenir à la vie et de s'échapper ? Non ! Ils ne l'ont pas eue ! Ils sont morts pour le plaisir de la foule, rien de plus rien de moins ! Ils sont morts alors qu'ils n'avaient rien fait, comme moi !
- Sauf que, nota Kate en s'approchant des commandes, si vous tuez l'Empereur, alors vous ne serez plus innocent…
- Je n'ai jamais été réellement innocent vous savez…
- Que voulez-vous dire ?
- Ah ! Si vous saviez ! Le Docteur n'est pas aussi irréprochable que veulent bien le croire les femmes !
Kate l'observait de ses grands yeux miroitants, l'air grave. Puis son regard descendit lentement vers le sol du Tardis et elle découvrit ainsi le marteau récemment acheté. Elle s'empara aussitôt de l'outil et le leva dans les airs…
- Que faîtes-vous ? s'alarma le Docteur toujours aussi sévère.
Pour unique réponse, elle frappa de toutes ses forces sur la console, à plusieurs reprises, détériorant au maximum l'installation et déréglant autant que possible le mécanisme, espérant ainsi de tout son cœur contrecarrer le Destin, ce destin funeste qui faisait du Docteur un meurtrier coupable.
- Je vous empêche de faire une connerie…, grogna-t-elle par-dessus les secousses indomptables du Tardis. Vous me remercierez plus tard !
- Stop ! Arrêtez ! Ecartez-vous de là… J'ai dit ECARTEZ VOUS !
Voyant que Kate continuait son manège et ne supportant en rien que l'on endommage son matériel, le Docteur s'avança à grandes enjambées, puis, complètement incontrôlable, attrapa la jeune femme par les cheveux et l'envoya heurter l'une des paroi du Tardis. Elle tomba à genoux, à demie assommée par le choc, le front en sang. Le Docteur attrapa alors le marteau qu'elle serrait pourtant bien fermement, et le leva dans les airs, prêt à lui porter le coup fatal…
NOOOOOOOOOOOOOOOOOOON !
Il marqua une hésitation, le visage en sueur, le bras immobilisé au dessus de sa tête, une Kate complètement pétrifiée de peur à ses pieds… Elle leva les yeux vers lui et croisa son regard… Un regard de haine, sans pitié, un regard assassin de dieu foudroyant… Qui diable était cet homme ? Peut-être bien le Diable justement…
Ne la touche pas !
Une étincelle… Kate discerna une étincelle dans ce regard assombri, du moins elle espérait de tout son cœur que cette étrange clarté témoigne encore de l'Ancien Docteur, sinon quoi ce dernier allait la tailler en pièce, au sens propre comme au sens figuré…
Non !
Le Docteur baissa finalement son marteau, regrettant bien malgré lui de ne pouvoir achever cette femme teigneuse et irascible. Il tendit la paume de la main dans sa direction et écarta largement les doigts. Surgit alors un éclair rougeâtre qui atteignit la jeune femme en pleine tête. Elle s'effondra à terre, complètement inerte.
- Personne ne maltraite mon Tardis, non personne ! Vous avez commis une grave erreur Kate Wilson…
