Le Docteur sortit son tournevis sonique et pénétra sans encombre dans le palais de l'Empereur. Il s'approcha du local technique, en déverrouilla l'accès et se faufila à l'intérieur. Un homme chargé de la surveillance sirotait tranquillement son café, à demi endormi devant les écrans holographiques de toutes les caméras postées dans le bâtiment.

Le Seigneur du Temps s'approcha lentement par derrière, et, sans crier gare, attrapa le gardien, passa un bras autour de son cou et attendit patiemment que ce dernier n'étouffe.

Non ! Il n'a rien fait qui justifie sa mort !

Mais le Docteur ne désirait guère écouter les conseils de sa conscience, du moins pas jusqu'à ce qu'elle ne reprenne légèrement le dessus pour crier un peu plus fort :

Cela ne t'avancera à rien de le tuer !

- Ca me soulagera, répliqua-t-il froidement sans lâcher prise…

Tu crois ça ?

Le garde se tordit un instant sur lui-même, agité et rouge sous l'asphyxie, puis il perdit connaissance. Le Docteur eut une grimace d'agacement, peu satisfait de la pitié qu'il éprouvait encore à éliminer cette race impure et dégénérée. L'homme dormait, ni plus ni moins, assommé sous le coup de la célèbre prise du sommeil…


Kate se réveilla en sursaut, se remémorant ses derniers instants avec angoisse. Elle s'affola tout d'abord, ne reconnaissant en rien les lieux, complètement plongée dans la pénombre. Puis ses yeux s'habituèrent peu à peu à l'obscurité et elle découvrit ainsi une étroite cellule.

- Oh ma tête… Docteur vous me le paierez, grimaça-t-elle sous l'effet d'une violente migraine.

Elle eut soudain un flash, voyant ce dernier sur le point de tuer l'Empereur et se redressa aussitôt. Où était-il ?

- Docteur ? appela-t-elle d'une voix fluette.

Etait-il déjà trop tard ?

- Docteur ?

Elle devait réagir, et en vitesse ! Le cours des choses allait sans aucun doute s'aggraver et le Docteur finirait tôt ou tard par devenir complètement givré. Pire encore : il se transformerait en un assassin cruel et sans merci.

Elle fit donc le tour de la petite pièce composée de murs et de barreaux, et nota, à sa grande surprise, un détail pour le moins troublant :

- Une minute… je suis déjà venue ici… Mais oui ! Bien sûr ! C'est la cellule où je serai enfermée avec le Docteur dans une semaine, quelques heures avant d'être jetée dans l'Arène ! Parfait !

Kate savait à présent où elle se situait, bien qu'elle ne comprenait pas réellement en quoi cela s'avérerait utile pour s'échapper. Elle demeurait toujours prisonnière, incapable de s'évader et incapable d'empêcher l'inévitable. Quoique... il restait un moyen, un moyen qu'elle préférait ne pas utiliser… mais situation d'extrême urgence oblige recours d'extrême urgence. Elle s'approcha alors des barreaux, à pas de loup, et appela la garde d'une voix mielleuse :

- Hey ? Y aurait-il quelqu'un de bien aimable prêt à écouter le cœur d'une jeune femme en détresse ?

Des bruits de pas s'approchèrent, visiblement empressés. Un jeune homme, bel athlète -ce que Kate ne manqua pas de noter- fit son apparition devant les barreaux et exécuta sous les yeux de sa prisonnière, un petit salut militaire tout ce qu'il y a de plus distingué.

- Pourquoi me retenez-vous captive ? s'enquit-elle d'un ton enjôleur.

- Ordre du centurion Doctorus…

- Bah tiens, ricana cette dernière en levant les yeux au ciel.

- Qu'y a-t-il ?

- Non rien… c'est juste que, vous voyez je…

Elle s'accola aux barreaux et adoucit plus encore le ton de sa voix, se voulant aguichante :

- J'ai peur du noir et je me sens… terriblement seule.

Le garde parut un tantinet mal à l'aise, quoique très intéressée par la tenue relativement légère de la prisonnière : une simple chemise de nuit qui ondoyait en haut des cuisses blanches et fermes –de quoi raviver l'instinct prédateur de n'importe quel mâle dépourvu de cervelle-.

- Je peux vous tenir compagnie, se proposa-t-il d'air suave.

- J'en serais ravie, mais avant, j'ai besoin d'un miroir.

- Un miroir ? s'esclaffa l'autre en se rapprochant et en passant ses avants bras au travers des barreaux pour les déposer sur les hanches de la donzelle.

- Oui, un grand miroir, afin que je puisse me refaire une beauté.

- Ce n'est pas nécessaire…, assura l'autre un peu plus envoûtée par la douce chaleur qui émanait de cet ange lunaire.

- Apporte-le moi, sinon, fais une croix sur ma proposition…

Elle glissa un doigt malicieux dans son cou et le remonta futilement jusqu'au menton avant de souffler d'un air complice :

- Tu vas adorer ça…

Le garde ne se fit pas prié et s'éclipsa illico à la conquête d'un miroir. Kate patienta en silence, observant les alentours. Nuit noire, air tiède, été méditerranéen. Une nuée d'étoiles scintillaient dans le ciel mais Vulcania n'abritait visiblement aucun satellite naturel tel que la Lune.

- C'est pas trop tôt, siffla-t-elle les mâchoires serrées lorsqu'il réapparut.

- Tenez Mademoiselle, signala-t-il en pénétrant dans la cellule, j'ai votre miroir, vous pouvez…

Kate ne lui laissa pas le temps de poursuivre, lui sauta au cou et l'embrassa fougueusement, enfiévrée. Le garde ne résista pas, ce qui fut là son erreur, car, à l'instant où il s'apprêtait à la dévêtir, la jeune femme se recula légèrement et lui envoya un puissant coup de tête en plein visage. Le garde s'écroula, complètement inconscient.

- Ne jamais faire confiance aux femmes captives…, sourit-elle en attrapant le miroir.

Elle le déposa délicatement sur un mur, tâchant de ne point le briser, et patienta. De forme ovale, haut d'un mètre environ, il semblait luire dans la pénombre omniprésente. Le cadre était taillé dans le bois et représentait un rosier où les fleurs semi ouvertes se mêlaient aux ronces incisives.

- Drôle de coïncidence, nota alors Kate. Des roses pour appeler une Rose…

Elle jeta un bref coup d'œil à sa montre et soupira.

- Rose, je n'ai pas toute la nuit, si tu pouvais bien te dépêcher d'apparaître…

Mais personne, le miroir ne reflétait que sa propre image.

- Bon très bien, j'utilise la formule magique : LE DOCTEUR EST EN DANGER !

- Quoi ? s'écria alors la jeune blonde au travers de la glace réfléchissante.

Kate leva les yeux au ciel mais s'abstint de tout commentaire désobligeant. Rose Tyler et ce Gallifréen déjanté… voilà une histoire compliquée qui ferait sans aucun doute l'objet d'une belle tragédie grecque !

- On a un sérieux problème, déclara-t-elle finalement.