Le Docteur désinstalla toutes les alarmes ainsi que le système du surveillance à partir du local de sécurité. Ne restait que les gardes à maîtriser. Il jeta un coup d'œil aux écrans holographiques des caméras postées dans l'appartement de l'Empereur. Voilà une demi heure que ce dernier s'entretenait seul avec son fils Titius.
- Il va sauter de joie lorsque qu'il récupérera le trône de son père…, ricana le Docteur mauvais.
Il sortit de la petite pièce et marcha d'un pas sournois en direction des quartiers impériaux. Le Palais était somptueux, oui somptueux était le mot : des colonnes de marbre gigantesques qui s'élevaient jusqu'aux cieux, des bassins d'eau cristalline dans chaque pièce, des statues de déesses envoûtantes, des effigies de soldats massifs, le style Romain par excellence.
Il rencontra deux gardes postés devant les portes blindées donnant accès à la chambre de l'Empereur. Il s'approcha sans crainte et leur sourit -un sourire tout ce qu'il y a de plus arrogant et hautain.
- Bonsoir messieurs.
- Halte ! Déclinez votre identité !
- Déclinez votre identité, répéta machinalement le Gallifréen moqueur. Je suis le Docteur, j'ai été mandé par son Altesse en personne ! Regardez, c'est inscrit ici ! décréta-t-il fièrement en levant sous les yeux des deux hommes le fameux papier psychique…
Rose fut prise de vertige et pria intérieurement que Kate se tienne tranquille durant ce bref séjour. Si la jeune femme venait à résister, c'était la mort assurée pour toutes les deux. Elle se maintint à un mur et patienta quelques secondes encore, immobile.
- Ca décoiffe…, reconnut-elle à mi-voix.
Un courant d'air parcourut la pièce et la jeune femme frissonna, mal à l'aise. Elle remarqua alors sa tenue pour le moins légère et tira sur la chemise de nuit afin de la descendre jusqu'à ses genoux.
- Kate tu n'es qu'une petite allumeuse, ragea-t-elle sans parvenir à étirer le tissus. Si je sors comme ça, ils vont me sauter dessus et m'enfermer à nouveau.
Elle baissa alors les yeux vers le garde inconscient et haussa un sourcil.
- Peut-être pas enfin de compte…
- Ce papier est vierge, nota l'un des deux hommes.
- Non, je vous assure que c'est écrit noir sur blanc que…
- Nous sommes entraînés à une résistance psychique de niveau 1. Qui que vous soyez, vous devez reculer ! ragea l'autre en levant le canon de son arme ionique.
- Tiens, des gardes intelligents, remarqua alors le Docteur peu inquiet. C'est la première fois qu'on me la fait celle-là !
Il sourit, mauvais, et brassa l'air de ses bras. Les gardes, comme soufflés par une puissante vague de télékinésie, s'envolèrent d'un côté et de l'autre, puis s'écrasèrent au sol avec fracas, dans un craquement sourd et sinistre.
- Imbéciles, ragea le Docteur en s'approchant des portes infranchissables et plus particulièrement du système d'ouverture…
Il dégaina une fois encore son tournevis sonique et tenta d'infiltrer le système. Toutefois, la technologie utilisée semblait bien plus évoluée qu'à l'habituelle et résistait sans broncher aux attaques du terrible Gallifréen…
- Raaaah ! C'est pas vrai ! ragea-t-il en frappant violement le panneau de contrôle.
Se nourrissant de cette haine noire, il se concentra alors, posa les doigts sur la surface du dispositif et l'infiltra mentalement. Il visualisa les systèmes bloquant l'accès, et, tirant son énergie d'une force inconnue due à l'évolution récente de son cerveau, il les déverrouilla par la seule force de son esprit. Les lourdes portes s'ouvrirent alors d'elles-mêmes, laissant place au sombre et dernier Seigneur du Temps…
- C'aurait pu être pire, commenta Rose en se détaillant dans le miroir.
Elle venait d'enfiler les vêtements du garde, vêtements bien trop grands certes, argentés et mal coupés, mais qui lui assuraient l'anonymat et la discrétion nécessaire à sa mission : sauver le Docteur de sa perdition.
Elle s'éclipsa de la cellule puis, tandis qu'elle s'éloignait en courant, elle revint sur ces pas, se souvenant alors qu'il avait été emprisonné dans cette même pièce –du moins d'après les dires de Kate. Peut-être pouvait-elle lui laisser une note ? Peut-être pouvait-elle le prévenir, une semaine à l'avance ?
Elle attrapa le poignard du gardien -qu'elle avait bien fermement attaché à sa ceinture- et grava énergiquement dans le sol un message qu'elle pensait juste et porteur d'une lourde signification :
« On a toujours le choix… »
Elle s'interrompit, hésitant à signer son propre nom : Rose Tyler. Pourtant, si elle laissait cet avertissement sans autre explication, possible qu'il ne ferait que l'ignorer. Elle devait donc y ajouter autre chose, quelque chose que lui seul comprendrait, quelque chose qui ne modifierait que très peu la Ligne du Temps… Elle sourit et acheva son chef d'œuvre de sa signature favorite :
« Bad Wolf… »
Elle quitta enfin la cellule et courut aussi vite que ses jambes lui permirent. Courir, courir, toujours courir, encore courir, voilà la vie aux côtés du Docteur, cette vie qu'elle redécouvrait alors, plongée dans un corps qui ne lui appartenait pas. Elle traversa la Place Majeure, encore bondée de monde et de marchands excentriques malgré l'heure tardive.
L'un d'entre eux, qui déambulait difficilement au milieu d'une allée et ne regardait pas en direction de la jeune femme –trop absorbé sans doute par son colis écrasant- la percuta de plein fouet.
Ils chutèrent tous deux à terre sous la force du coup. Le colis se déversa au sol, révélant ainsi une dizaine d'épées finement gravées et travaillées à la main.
- Non mais vous ne pouvez pas regardez où vous allez ! s'écria alors le marchand hors de lui.
- Désolée… souffla Rose en se relevant.
Elle tendit la main à l'homme, l'invitant ainsi à le redresser. Il accepta l'aide et elle le tira en arrière assez brusquement. Il se releva de ce fait sans trop de mal, mais toujours d'humeur électrique.
- Regardez-moi ce travail ! Vous allez m'aider à tout remettre en ordre !
- Désolée je n'ai vraiment pas le temps je…
- Si vous ne le faîtes pas, menaça l'autre, je préviens la Garde Impériale qu'une jeune femme s'est travesti en l'un de leur officier, compris ?
- D'accord ! ragea Rose en ramassant toutes les épées et en les rangeant proprement dans le linge de soie dorée.
L'homme l'observa faire, visiblement satisfait du pouvoir qu'il exerçait sur cette jeune inconnue. Les mains dans les poches il attendit patiemment qu'elle lui remette le colis et déclara finalement, plus escroc que jamais :
- Vous allez m'en acheter deux !
- Quoi ?
- Cent crédits la lame. Ca vous en coûtera deux cent !
- Hors de question ! éclata alors Rose. Je n'ai pas de temps à perdre !
- Garde ! appela l'autre avec un sourire malin.
- Chut ! souffla-t-elle à voix basse, craignant d'être démasquée.
- Alors ? Marché conclu ?
- Si vous ne devenez pas riche, ricana la jeune femme en fouillant les poches de l'uniforme, ce ne sera pas faute d'avoir essayé !
Elle trouva à l'intérieur de sa nouvelle veste une carte de crédit et la tendit au marchand. Ce dernier sourit de toutes ses dents et lui céda finalement deux épées finement gravées de dessins mythiques et de symboles inconnus.
- Merci ! s'enthousiasma l'autre jovial.
Rose fronça les sourcils et eut un flash issu de la mémoire de Kate. Ces épées, ces deux épées allaient jouer un rôle fondamental par la suite : elles aideraient le Docteur et sa compagne à vaincre les gladiateurs dans l'Arène. Toutefois, quelque chose manquait à leur surface : le message, le fameux message qui les poursuivrait jusqu'à l'instant final…
- Attendez ! s'écria-t-elle à l'adresse de l'escroc qui s'éloignait.
- Quoi encore ? bougonna l'autre.
- Pouvez-vous me graver quelque chose sur la lame des deux sabres ?
- Que voulez-vous y inscrire ?
- Sur la première, vous n'aurez qu'à mettre… eh bien écrivez-y : « on a toujours le choix » et sur la seconde : « Bad Wolf ».
- J'en ai connu des femmes étranges, grommela l'autre en se munissant d'un tailleur laser, mais alors vous… vous avez la palme !
- Et encore, si vous saviez…, sourit Rose malicieuse.
