Les lourdes portes blindées s'ouvrirent sur un homme sinistre. L'Empereur, qui débattait calmement avec son fils depuis plus d'une heure, s'interrompit brusquement et dévisagea l'inconnu, perplexe. Il ne lui fallut guère plus de quelques secondes pour comprendre le danger qu'il encourrait. Saisissant la main de Titius, il lui souffla à voix basse :
- Cours mon fils !
- Mais enfin père…
- Cache-toi, éloigne-toi autant que possible de cet endroit.
- Qui est-ce ? s'inquiéta le jeune adulte.
- Cours ! répéta le vieillard.
Le jeune homme s'éclipsa sans plus de détail. L'Empereur s'apprêtait à l'imiter et se leva, cherchant vainement à remuer ses vieux os, mais tandis qu'il s'enfuyait, une force invisible le cloua sur place et un vent violent referma toutes les issues. L'étrange homme, ce sombre inconnu, leva le bras dans les airs et, suivant son mouvement, l'Empereur s'envola, entièrement soumis à la télékinésie de son adversaire.
- Ravi de faire votre connaissance votre Altesse, lâcha l'autre en rabaissant négligemment son bras.
Le vieillard s'écrasa alors au sol dans un craquement sourd. L'inconnu s'approcha, lentement mais sûrement, tel un prédateur sournois qui se plaisait à jouer avec sa proie.
L'Empereur Démétrius était terrifié. Cet homme, cet homme qu'il n'avait jamais vu auparavant, cet homme cruel qui semblait visiblement prêt à tout pour lui ôter la vie s'avança à son encontre, son long manteau noir flottant tel un spectre au dessus du marbre.
- Qui êtes-vous ? Que me voulez-vous ? A l'aide ! A la garde ! s'affola l'Empereur.
- Cela ne vous servira point à grand-chose votre Altesse, j'ai maîtrisé les gardes et le système de sécurité. Rien ni personne ne pourra vous venir en aide.
Rose détala les rues en direction du Palais Impérial, deux épées à sa ceinture, complètement essoufflée. Le temps pressait, s'écoulait inlassablement vers l'instant fatal et elle craignait bien de ne pouvoir intervenir à temps. Le Docteur perdrait alors le reste de son humanité. Combien de temps restait-il ? A peine quelques minutes… Elle ne pouvait l'expliquer, mais une horloge interne, une horloge sans doute reliée au Docteur et à son univers déjanté, lui indiquait clairement et sans détour que le temps était désormais compté.
- Hey ! Qui êtes-vous ? l'interrompit un homme à l'entrée du Palais.
- On m'a appelée en urgence à… au service technique, balbutia-t-elle sans s'arrêter.
Il la saisit par le bras, la stoppa net et la toisa sévèrement :
- Avez-vous un laissez-passer ?
- Oh non…, soupira la jeune femme paniquée à l'idée qu'elle arriverait trop tard…
- Qui êtes-vous ? répéta le vieillard affolé.
L'inconnu le toisait de haut, le regard sévère et hautain, les yeux noirs de haine, la sueur perlant sur son visage pâle et coléreux. Vêtu de noir, portant gants et bottes de cuir, il apparaissait alors non pas comme un Seigneur du Temps mais comme un Maître de la Mort.
- Je suis le Docteur votre Altesse, et j'ai juré votre trépas.
- Mais… mais enfin, balbutia l'autre complètement apeuré, pourquoi ?
- Vous savez parfaitement pourquoi…
- Non je…
- Silence !
L'Empereur en resta muet et écarquilla les yeux, sentant une main invisible se refermer sur sa gorge. Le Docteur sourit, satisfait de ses nouveaux pouvoirs et de cette puissance implacable. Levant les doigts dans les airs, il referma progressivement le poing exerçant une pression intenable dans le crâne de sa victime…
- Laissez-moi passer ! se révolta Rose toujours sous l'emprise du gardien de nuit.
- Non, je n'ai pas réussi à contrôler votre droit d'entrer…
- Vous êtes bouché ou bien c'est la coutume du coin ? railla-t-elle mauvaise.
- Vous restez avec moi ! ordonna l'autre intransigeant.
- Ne m'en voulez pas, mais vous n'êtes pas mon genre.
- Vous n'avez pas le choix.
- On a toujours le choix…
Sur ce, elle attrapa l'une des deux épées accrochées à sa ceinture -bien avant que l'autre ne dégaine son arme ionique- puis en plaça la pointe contre sa gorge.
- Et je peux me montrer très persuasive…
- Arrêtez, je vous en supplie, arrêtez ! supplia l'Empereur les mains plaquées sur sa tête.
Il se tordit de douleur sous les yeux malins de son agresseur. Le Docteur sourit et jeta un bref coup d'œil à sa montre. Encore dix secondes et la boîte crânienne du vieillard volerait en éclat.
Rose s'engouffra à l'intérieur de l'immense Palais et suivit le couloir principal, comme le lui avait indiqué le garde à l'extérieur –juste avant qu'elle ne l'assomme.
Neuf…
Elle escalada les interminables escaliers menant à l'ascenseur central…
Huit…
Elle s'engouffra dans la large cabine vitrée et s'empressa d'appuyer sur l'interrupteur menant au dernier étage.
Sept…
- Mon Dieu, faîtes que j'arrive à temps…
Elle sautillait sur place, le cœur en proie à une lourde panique. Et si elle échouait ? Et si le peu d'humanité qu'il restait au Docteur disparaissait ce soir, lors de ce meurtre abominable ?
Six…
Non, jamais elle ne pourrait se pardonner d'avoir échoué… car tout était de sa faute en somme. Si elle n'avait pas rencontré le Docteur, si elle ne l'avait pas quitté, jamais il n'aurait déprimé de la sorte et contracté un virus émotionnel…
Cinq…
Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent. Rose se rua à l'extérieur et courut de plus belle. Bon sang, que c'était dur ! Les allées n'en finissaient pas ! Les couloirs semblaient tout aussi interminables et les pièces gigantesques s'avéraient d'autant plus longues à traverser. Jamais elle n'arriverait à temps, non jamais ne parviendrait à le stopper…
Quatre…
L'angoisse de l'échec, la panique de débarquer une seconde trop tard –et peut-être aussi un profond sentiment qu'elle éprouvait vis-à-vis de cet homme incroyable- lui donnaient des ailes et c'est ainsi qu'elle s'envola, filant aussi vite que le vent vers les appartements de l'Empereur.
Trois…
Elle parvint enfin aux larges portes blindées protégeant la chambre de Démétrius. Elle ne réfléchit pas une seule seconde et se jeta ainsi dans la gueule du Loup, la tête la première…
Deux…
Le spectacle qu'elle y découvrit la pétrifia d'effroi. Le Docteur tout de noir vêtu et possédant en son pouvoir une incroyable puissance, était sur le point d'achever l'Empereur agonisant qui se tordait à ses pieds…
Un…
