- C'est risqué, nota le Docteur en s'évadant du Tardis, jetant de rapides coups d'œil par-dessus son épaule.
- Relax Max, soupira Kate sur ses talons.
La jeune femme -armée de son portable high-tech de DJ équipée en toute circonstances- le suivit dans les rues sombres de Vulcania, prenant la direction du Palais de l'Empereur Démétrius.
- « Relax Max » ? répéta le Docteur fronçant les sourcils. Non… non, non. Je préfère de loin dire : « Allons-y Alonso ! »
Sur ce, il lui sourit de toutes ses dents attrapa sa main et l'entraîna dans une course folle à travers les ruelles qu'ils n'avaient point empruntés lors de leur précédente visite.
Rose se réveilla à l'hôpital, complètement désorientée. Une infirmière vint prendre sa température et vérifia ses fonctions vitales avant de s'éloigner sans mot dire.
- Y'a pas de quoi, grommela la jeune femme qui n'appréciait guère la froideur du personnel médical.
Une voix se fit soudainement entendre dans la pièce et Rose ne put réprimer une certaine moue vis-à-vis de sa visiteuse :
- Ma chérie ! Enfin tu es réveillée ! Oh mon cœur, tu n'as pas idée à quel point j'étais morte d'inquiétude ! s'écria Jackie en la serrant fermement dans ses bras.
- Que s'est-il passé ? s'interloqua l'autre qui comprenait peu la situation pour le moins dramatique.
- Quoi, tu ne le sais pas ? s'inquiéta alors sa mère.
Elle l'embrassa sur le front, et la serra à nouveau contre elle avant d'exposer la gravité des récents évènements :
- Voilà près d'une semaine que tu dors !
- Vous avez bien compris ? répéta sérieusement le Docteur.
Kate hocha la tête, fixant avec une certaine extase ses yeux doux. Des yeux qui s'enflammaient de colère ou de joie, des yeux qui se glaçaient de remords ou de dégoût, un regard qui l'envoûtait petit à petit. Elle secoua la tête, tâchant d'en faire abstraction.
Il ne manquerait plus qu'elle tombe amoureuse de ce fanfaron burlesque dont la principale activité était de réparer les erreurs qu'il commettait au cours de ces voyages atypiques… Non, non, non, elle ne devait pas se compliquer la vie avec un type pareil.
Et puis, il y avait Rose… Que dirait-elle si elle s'amourachait de ce bel extraterrestre ? Elle brûlerait de jalousie, oh que oui ! Elle finirait par la rendre dingue, lui criant dessus au travers de chaque miroir… D'autant plus que Kate avait quelques dizaines de dettes envers sa vieille amie : mieux valait-il ne pas envenimer la situation en jetant l'huile sur le feu…
Toutefois, d'un certain côté, la jeune Wilson adorait le danger, et se risquerait volontiers à deux ou trois petites actions interdites…
Non.
Quoique…
Non !
Mais…
Non, c'est non ! Point final.
- Bon, récapitulons, reprit-elle plus posément tâchant d'oublier ses dernières pensées. Nous rentrons dans le Palais de l'Empereur peu avant son meurtre, nous filmons la scène grâce à mon magnifique portable tout neuf et pas cher –le Docteur leva les yeux au ciel- puis nous filons à l'anglaise, ni vus ni connus par nos doubles afin d'éviter de modifier le passé et de créer des paradoxes… C'est bien ça ?
- Ma foi vous êtes plus intelligente que vous n'en avez l'air ! se moqua le gallifréen avec un sourire adorable.
- Hey ! s'offusqua l'autre.
Il jeta un coup d'œil à sa montre et haussa les épaules, déclarant d'un ton tout à fait détaché :
- L'Empereur mourra d'ici quatre heures. Cela nous laisse amplement le temps de déguster une glace !
- Une glace ?
- Oui, à la banane ! C'est excellent !
- Une semaine ? répéta Rose abasourdie. Mais enfin, comment est-ce possible ?
- Tout a commencé lundi matin, relata Jackie. Ton réveil a sonné comme d'habitude, pendant une minute. J'ai pensé que tu l'avais éteint et que tu t'étais rendormie. Je t'ai appelée sur ton portable, mais tu ne décrochais pas. Alors je suis montée moi-même dans ta chambre, j'ai claqué la porte, ouvert les volets en grand…
- On ignore ce qu'il s'est passé, l'interrompit un médecin en entrant soudainement dans la pièce. Vous étiez dans le coma, tout simplement, et hier vous avez subi un AVC. Heureusement que vous étiez à l'hôpital depuis une semaine, sinon quoi vous nous auriez définitivement quitté…
- Oh mon Dieu, quand j'y repense, j'en ai encore l'estomac tout retourné !
- Ah…, soupira Rose qui comprenait sans trop de difficulté l'origine de son mal.
Elle croisa le regard perçant de sa mère et baissa les yeux, fautive.
- Mais les différents examens n'indiquent rien d'anormal, enchaîna le médecin. C'est vraiment très insolite. Vous pourrez quitter l'hôpital d'ici trois jours, conclut-il en sortant de la pièce d'un pas pressé.
Jackie ne lâchait pas sa fille des yeux, sentant -par un instinct maternel des plus développés au monde- qu'elle lui cachait quelque chose, qu'elle n'avait pas dit toute la vérité, gardant précieusement un secret, un de ceux qu'elle ne voulait avouer, un de ceux qu'elle ne partageait qu'avec son Docteur –autrefois, quand il faisait parti de sa vie…
- Que s'est-il passé Rose ?
- Aucune idée, mentit-elle non sans jeter un coup d'œil en direction d'un miroir suspendu à quelques mètres de là.
- Tu en es sûre ? insista l'autre sévèrement.
La jeune femme lâcha un soupir inaudible et passa une main dans ses cheveux coiffés d'un bandage, resongeant au Docteur, à cette étreinte si forte et si intense qu'ils avaient partagé l'instant d'une petite heure, alors qu'il luttait de toutes ses forces contre son démon intérieur. Elle avait tant aimé le serrer contre elle, sentir ses cœurs battre contre le sien, retrouver le contact de sa peau, savourer son parfum, renouer ce lien électrique qui embrasait leurs regards complices.
Cet instant si doux avait pourtant bien failli la tuer, ce qui signifiait qu'elle ne devrait s'y risquer à l'avenir, non, plus jamais –et encore moins en parler à sa mère !!
- Oui Maman, marmonna-t-elle toujours distraite. Je ne sais vraiment pas ce qu'il m'est arrivé…
- Comment se fait-il qu'il n'y ait pas de gardes ? s'inquiéta Kate en suivant le Docteur comme son ombre.
Après une copieuse glace à la banane qu'ils avaient partagé à deux, ils avaient pris la direction du Palais, aussi discrètement que possible, tâchant d'échapper aux regards de leurs doubles. Le Docteur avait pénétré l'enceinte du bâtiment sans trop de difficulté, se souvenant des raccourcis dissimulés qu'avait empruntés son démon maléfique peu de temps auparavant.
Ils faisaient à présent face aux immenses portes blindées des appartements sa Majesté Démétrius, et, comme l'avait si judicieusement remarqué Kate, aucun des deux gardes n'était à son poste.
- L'Empereur n'est pas encore logé dans ses appartements, comprit-il alors en s'avançant à l'encontre du panneau de contrôle des portes. La garde n'est donc pas encore nécessaire.
Il s'approcha de la console, sortit son tournevis sonique et sonda l'engin. Kate quant à elle, guettait l'arrivée d'un quelconque inconnu -et à meilleure raison d'un garde armé. Elle avait déjà fini en cellule -deux fois… et comme disait le proverbe : jamais deux sans trois. Autant se montrer prudent.
- Bizarre, nota le Docteur.
- Quoi ? s'inquiéta la jeune femme. Vous n'y arrivez pas ?
- Si.
- Bon, et alors ? Quel est le problème ?
- La première fois que j'ai forcé cette porte, je n'y suis pas parvenu. Du moins pas aussi facilement. Il y avait une sorte de blocage, de verrou ultramoderne qui m'empêchait de…
Il s'interrompit brusquement, et sembla comprendre.
- Oh…
- Quoi ?
- Mais bien sûr ! s'exclama-t-il joyeusement. C'était moi !
- Vous ?
- Oui ! C'est moi qui ait mis en place ce verrou sonique qui ralentira notre cher Dark Doctor ! Observez attentivement, je règle sur 71, je m'introduis dans le système de refroidissement du contrôleur, je dérive les entrées et les sorties, je réalimente le…
Kate -qui possédait pourtant quelques connaissances en électronique- se lassa bien vite de la manœuvre et reporta son attention sur le couloir désert. Soudain, quelque chose capta son attention et l'affola : un bruit de pas. L'écho d'une démarche royale et digne. Aucun doute possible : l'Empereur rentrait bel et bien chez lui.
- Docteur…, l'appela-t-elle doucement.
- Quoi ? s'interloqua le Gallifréen en levant difficilement le nez de son travail.
- Vous nous ouvrez cette porte, oui ou non ?
Il perçut lui aussi une demie douzaine de personnes en approche et se remit aussitôt à l'œuvre.
- Donnez-moi une minute.
- C'est cinquante secondes de trop, conclut Kate qui craignait le pire…
