- Hi ! Hi ! Hi ! éclata Kate en rentrant dans le Tardis.
Le Docteur -qui n'avait pu sortir à l'ombre des cocotiers faute d'un signal d'alarme lui indiquant une petite panne dans les moteurs de son vaisseau- se releva alors surpris, couvert ci et là d'huile, de circuits et de fils multicolores. Il aperçut dans l'entrebâillement de l'entrée un homme en chemise hawaïenne et en bermuda, mate de peau et coiffé de rasta. Kate le salua de la main et referma difficilement la porte, complètement déséquilibrée. Le Docteur -qui ne comprenait en rien cette instabilité- remarqua alors dans les bras de la jeune femme un colis qui ne manquait pas de surprise :
- Qu'est-ce que c'est que ça ??
- Ca ? C'est du rhum ! s'exclama Kate jovialement, les joues rougies par la boisson.
- Pourquoi en avez-vous pris 13 bouteilles ? s'éberlua-t-il en dénombrant les récipients.
- Ben… c'est bon le rhum ! C'est meilleur que l'eau. Et puis, Banana me faisait un bon prix, alors…
- Mais à ce stade c'est de l'abus ! Vous comptez en faire un nouveau carburant ou quoi ?
Elle leva les yeux au ciel, non sans un sourire malicieux et s'assit à ses côtés –un peu maladroitement il est vrai- sur le sol froid du Tardis, rangeant très consciencieusement les bouteilles à proximité. Elle tourna finalement la tête vers le Docteur -toujours ahuri par la quantité d'alcool- et lui déclara, sur cet air malin qui faisait tout son charme :
- J'ai réfléchis !
- Vous arrivez encore à réfléchir ? Dans votre état ?
Elle sourit et le dévisagea de ses grands yeux bleus miroitants. A dire vrai, Kate n'avait rien bu, si ce n'est un bon lait de coco. Elle mimait l'ivrogne, dans l'idée que le Docteur ne soupçonne en rien son plan simpli-géni-brillantisime : le faire décompresser, ne serait-ce qu'un tout petit peu –voire beaucoup-. Il avait réellement besoin de penser à autre chose qu'à sa tendre Rose, aux morts qui s'entassaient dans son sillage, aux révolutions qui éclataient à son passage, à son démon intérieur, bref à la vie qu'il menait depuis près de 900 ans.
Elle avait passé suffisamment de temps chez les fins psychologues et leurs pauvres patients pour comprendre qu'il ne continuerait pas bien longtemps à ce rythme. La dépression, la schizoprénie… s'il ne prenait pas un peu de détente, il y avait fort à parier que le suicide terminerait la tragédie de sa vie.
- Ouaip ! J'ai réfléchis et…
Elle balança légèrement de gauche à droite, comme prise de vertiges. Le Docteur l'attrapa par les épaules et la maintint droite.
- Attention, souffla-t-il un tantinet troublé par son ivresse.
- … et j'ai eu une super idée !
- Laquelle ?
- On prend chacun une bouteille de rhum et on joue à pierre-feuille-ciseaux.
- Quel intérêt ?
- Celui qui perd boit une gorgée de rhum !
Le Gallifréen haussa un sourcil. Kate lui semblait particulièrement étrange dans cet état. D'autant plus étrange qu'elle l'incitait ouvertement à boire, ce qu'il n'appréciait guère quand il était en compagnie d'une femme qu'il connaissait à peine –faute de réputation à tenir. Que dirait-on si elle chantait sur les toits que le Docteur se laissait tenter par la boisson ? C'était risqué, d'autant plus risqué qu'il ignorait complètement comment se finirait la soirée. Quand il trempait les lèvres dans une bouteille d'alcool, mieux valait-il se préparer au pire !
- On pourrait peut-être s'affronter en duel dans une partie de poker ? essaya-t-il avec un sourire crispé.
- Nan ! Vous me prenez pour une idiote ? Vous comptez les cartes ! Facile pour un génie comme vous de gagner à chaque tour ! Non z'est pierre-feuille-ciseaux ou sinon ze boude ! Hic !
Le Docteur leva les yeux au ciel, ne sachant ce qui était pire : le silence grognon de sa nouvelle compagne, ou un jeu stupide reposant sur le hasard où il devrait goûter au succulent rhum de Banana -un nom qu'il appréciait autant que les bananes d'ailleurs ! Quoiqu'il devait l'admettre, voir Kate dans cet état d'ébriété le faisait frissonner d'envie. Et oui, il désirait partager cet émotion avec elle, il savait que ce n'était guère quelque chose de très marquant, mais il savait que cet instant, ce détail futile resterait à jamais gravé dans sa mémoire comme l'un des rares moments où il pouvait se laisser aller sans trop de conséquences. Oui, il devait le faire, ne serait-ce que pour en garder un souvenir heureux et complaire à sa nouvelle compagne.
- Bon d'accord, vous avez gagné…, sourit-il en attrapant une bouteille. Allons-y Alonso !
Kate sourit de toutes ses dents. Et oui, elle n'avait choisi pierre-feuille-ciseaux au hasard ! Elle possédait depuis son enfance un don pour jouer à ce stupide jeu : elle anticipait toujours les figures de son adversaire –question d'observation. Elle gagnerait facilement cette fois encore et le Docteur se retrouvait vite complètement grisé. D'ailleurs, il sembla lui-même envisager l'hypothèse et déclara pour conclure, prêt à se lancer :
- Mais si je commence à chanter Frère Jacques en saturnien, promettez-moi de ne pas me filmer…
- Comme si c'était mon genre, gloussa-t-elle en cachant malicieusement son téléphone portable dans la poche de son jean.
FIN
Merci particulièrement à Nadège, dont les reviews ont été très motivantes pour écrire une suite. Merci aussi à coralie 91 et autres qui se sont donné la peine de lire jusqu'au bout. I come back maybe bientôt, avec une fic bien plus drôle, vous pouvez me croire ! Bonne nuit à tous !
