VI.
Parfois, pense Goku, il est trop intelligent pour son propre bien.
C'est probablement leur millième, si ce n'est leur millionième combat depuis qu'ils ont commencé ce voyage sans fin, et combattre est presque aussi naturel pour lui que manger.
Et donc il est un peu surpris alors, quand il se retrouve acculé par trois yokai à la fois, leurs armes miroitant sous le soleil estival.
« Tu vas mourir, » dit l'un d'entre eux, avec cette légère méchanceté qui ne peut venir, il en est sûr, que d'années de pratique.
Goku a envie de bailler, parce que c'est ce qu'ils disent tous. Il entend Gojyo rire depuis quelque part plus loin, et le pistolet de Sanzo tonner distinctement.
« Toi d'abord, » répond-il, avec désinvolture, et il pense que c'est une réplique plutôt intelligente, si elle n'est pas recyclée -- parce que, eh, on ne peut pas combattre un millier de yokai sans réutiliser quelques expressions toutes faites de temps en temps -- et alors ils lui foncent tous dessus dans une masse confuse d'épées/haches/fourches tournoyantes, et…
« Ouch ! » Une des haches le heurte avec violence, juste sur le genou, et il sent sa jambe plier et se dérober.
Heureusement que c'est seulement la partie plate de la hache et pas la lame qui l'a estropié -- j'ai de la chance, pense-t-il -- mais il tombe quand même.
Les yokai sourient triomphalement, levant leurs armes, et alors…
L'un a la tête pulvérisée par une balle, l'autre finit empalé sur une masse tournoyante de lames et de chaînes et le troisième disparaît dans une auréole de gloire, le ki de Hakkai.
« Goku ! » crie Gojyo, et ils sont tous en même temps à ses côtés, des degrés variables d'inquiétude se lisant sur leurs visages.
-- Ça va », grogne-t-il, même si son genou a l'air cassé et qu'il y a comme des flamboiements de douleur, palpitant, aigus, qui courent le long de sa jambe.
Sanzo l'observe avec un léger mélange de mépris. « Tu te ramollis, » fait-il remarquer sèchement.
« Allons, Sanzo, » dit Hakkai, et ses mains sont calmes contre le genou de Goku alors qu'il examine la blessure.
Et Goku est inquiet, parce qu'il sait que Hakkai peut refermer les plaies grâce à son ki, mais ce n'est un guérisseur professionnel et il n'est pas si bon pour réparer les fractures. Il pense qu'il préfèrerait ne pas boiter.
« On doit y aller, » dit Sanzo. « Il y a plus de yokai qui arrivent.
-- Tu peux te lever, Goku? » demande Gojyo.
-- Je sais pas…
-- Debout. » Sanzo lui tend la main. Il remarque distraitement qu'il y a du sang sur ses mains, sous ses ongles.
« Ça va, » dit-il, farouchement déterminé. Il repousse la main de Sanzo se surprenant lui-même, et il se force à se mettre sur ses pieds. Chaque fibre de son corps semble hurler de douleur, mais son esprit est étonnamment clair. « Je peux marcher tout seul. »
Sanzo le regarde un moment, puis acquiesce. Goku pense même que le prêtre sourit presque ; ce sont juste les coins de sa bouche qui s'adoucissent, mais il le connaît assez pour penser qu'il sourit.
« C'est tout ce que je voulais, »dit-il.
