VII.

C'est trois jours après l'incident que tout a changé.

Tous les quatre avaient fait une halte à midi pour un pique-nique, parce que le soleil est si éclatant et le ciel si bleu, que vraiment c'est juste un temps parfait.

Eh bien, Hakkai en tout cas appelle ça un pique-nique.

Gojyo dit que c'est un arrêt à la con, et Sanzo juste que c'est stupide.

Goku regarde gaiement Hakkai qui commence à préparer de la nourriture, et Gojyo qui, avec un peu de persuasion, rassemble du bois pour le feu.

« Goku ? » demande gentiment Hakkai, « ça t'ennuierais d'aller chercher de l'eau à la rivière ? »

Il tend une marmite, avec un sourire aimable. « J'aurais bien demandé à Sanzo, puisque tu es toujours blessé, mais je suis sûr qu'il aurait refusé. C'est pas vrai, Sanzo ? » Il sourit toujours, avec ce sourire qui donne un peu la chair de poule et qui dit " n'oubliez pas que je suis dingue" qu'il a parfois.

« Bien sûr. » Goku se lève, chancelant juste un peu. Il a toujours besoin de favoriser sa jambe droite, mais au moins il peut marcher à présent.

Il bouge pour prendre la marmite qu'on lui tend, mais Sanzo la prend des mains de Hakkai.

« Mais je t'en prie, Hakkai, » dit-il, mais il n'a pas l'air tellement en colère. « Mais tu ferais mieux de mettre de la mayonnaise dans ces putains de ramen. »

-- Bien sûr, » dit Hakkai, alors que Goku et Gojyo échangent des regards dégoûtés.

-- Un problème ? » demande Sanzo, regardant Goku.

-- Euh, non.

-- Alors on y va. » Quand Goku lui lance un regard déconcerté, Sanzo roule des yeux.

« Tu comptes rester assis ici toute la journée comme un infirme ? »

Goku se surprend à sourire. « J'arrive, » dit-il.

Sanzo marche de son habituel pas rapide, aussi avec le temps qu'il leur faut pour atteindre la rivière, Goku est légèrement essoufflé. Sa jambe lui cause des élancements avec une douleur qui se réveille, mais il n'en tient pas compte.

Ils sont au cœur de la forêt maintenant, et la lumière du soleil qui pénètre à flots à travers les arbres projette des tâches de lumière parmi l'ombre sur le sol recouvert de feuilles. Près de la rivière, la terre est humide, tapissée de touffes de mousse émeraude, et Sanzo marmonne un juron étouffé quand ses pieds en sandales glissent presque au bord de la rivière.

Goku observe le spectacle incongru de Sanzo en train de s'occuper pour de bon de tâches domestiques et de remplir d'eau leur marmite, et il ne peut s'empêcher de remarquer comment la lumière joue sur ses cheveux dorés. Ils ont poussé en un sens, pendant toutes ces années depuis qu'il le connaît, et particulièrement pendant leur voyage, et il les regarde, hypnotisé, alors qu'ils lui tombent dans les yeux.

« Qu'est-ce que tu regardes ? » demande Sanzo d'un ton abrupt, revenant jusqu'à l'endroit où Goku est appuyé contre un arbre.

Il tient la marmite pleine d'eau comme si c'était un serpent, et Goku est frappé par la drôlerie de la situation, parce que Sanzo avait mentionné une fois qu'il devait toujours aller chercher de l'eau et balayer les feuilles et que c'était ses obligations de bonze au monastère.

« Rien, » dit-il en toute hâte.

Sanzo fronce les sourcils. « C'est la dernière fois que je fais ça, bon sang, » marmonne-t-il. Les bords de sa robe sont humides et couverts de boue. Ça lui donne l'air plus humain en quelque sorte, et moins d'un prêtre Sanzo exalté.

Non pas que Goku ait réellement pu le voir un jour de cette façon. C'est-à-dire en tant que prêtre bouddhiste révéré ; pour lui, il est juste, et il sera toujours, Sanzo.

« C'est vraiment généreux de ta part, » commente-t-il d'un air effronté. Il est invalide, après tout, et même Sanzo ne le frapperait pas avec son éventail alors qu'il peut à peine marcher. Enfin c'est ce qu'il pense. « Mais je peux porter l'eau pour revenir. »

Il va pour prendre la marmite, mais Sanzo ne la lâche pas, et alors leurs doigts à tous les deux sont entortillés autour de la poignée et autour des doigts l'un de l'autre.

A cause de ça, le cœur de Goku se met à battre comme un fou ; il est sûr qu'il bat si fort que Sanzo peut l'entendre.

« Euh, Sanzo ? » Il déglutit avec difficulté. « J'ai dit que je pouvais la ramener. »

Mais Sanzo le regarde d'un drôle d'air, qui est plus qu'un peu troublant. Il a presque l'air d'hésiter. Et alors, avant même que Goku puisse réagir, il se penche et l'embrasse.

Goku ne peut que rester là, sous le choc, tout en sentant les lèvres de Sanzo sur les siennes, étonnamment chaudes et pas si gentilles, mais pas en colère ni brutales non plus, et il pense, whaou, Sanzo embrasse vraiment bien.

Quand Sanzo s'écarte, ses genoux ont l'air faibles et tremblants, et pas seulement à cause de sa vieille blessure.

« Quoi ? » dit Sanzo le défiant presque. Il réalise que l'un d'entre eux, ou les deux, a lâché la marmite au milieu de tout ça, si bien que maintenant la moitié de cette eau collectée à grand peine s'infiltre dans la terre.

« R..rien, » bégaie-t-il. Il veut dire quelque chose d'intelligent, quelque chose comme, c'était vraiment merveilleux, on peut le refaire ? Mais ça n'a pas tellement l'air cohérent sur le moment.

« T'es juste, euh, vraiment doué pour ça.

-- Pour quoi ? Embrasser ? » N'importe qui d'autre aurait dit merci, mais Sanzo le regarde juste, les yeux plissés. « N'ais pas l'air si surpris, Goku. J'ai de l'entraînement. »

Il cligne des yeux. C'est tellement le genre de chose que Gojyo dirait, mais alors il réalise que Sanzo ne l'entendait pas réellement dans ce sens.

« Tu vas rester là à me regarder avec cet air d'idiot toute la journée ? » demande Sanzo. « On y va. » Il se met en marche, et Goku ne peut que lui emboîter le pas.

Si Hakkai ou Gojyo remarque le remplissage pas très au point de la marmite, ou le fait que Goku ne peut juste pas s'empêcher de sourire, il s'en vont en parler dans le dos de Goku et de Sanzo.

NdT :

Eh.eh ça se précise XD