VIII.

Sanzo, pense Goku, est comme un oignon.

Il sait que Sanzo n'apprécierait pas d'être comparé à un légume, mais vraiment, c'est la meilleure métaphore qu'il puisse imaginer.

Parce que le prêtre a tellement de couches en lui ; des couches sur des couches, et ça le stupéfie d'avoir laissé Goku en apprendre autant à son sujet.

Parce que Goku déteste les secrets, mais Sanzo déteste laisser les autres le connaître, et donc Goku insiste, et Sanzo… il finit par s'ouvrir, un peu.

Après ce premier baiser, il pense que les choses vont changer. Et elles l'ont fait, en un sens.

Non pas que Sanzo soit plus gentil avec lui, parce que ce n'est pas le cas. Il l'appelle toujours con de singe, et il le frappe avec son éventail et il a toujours besoin de rester seul, bon sang, mais ça n'embête pas Goku.

Parce qu'un Sanzo plus gentil ne serait simplement pas Sanzo, et de toute façon, il ne veut pas vraiment que Sanzo change pour lui.

Mais les choses ont changé, parce que, chaque fois qu'ils sont ensemble dans l'obscurité de l'une de leurs chambres, il commence à parler au hasard de choses insignifiantes, il offre de petits éclats de son passé, et parfois sa main se fraie un chemin jusqu'au somment de la tête de Goku, ses doigts s'entortillant dans ses cheveux. Et cela parait presque normal, comme si la main de Sanzo et les cheveux de Goku devaient juste aller ensemble.

Et parfois, quand il est fatigué de parler ou d'entendre Goku parler, il l'embrasse encore.

Ça commence avec beaucoup d'hésitation, et Sanzo a presque l'air effrayé, mais il le fait quand même, parce qu'il sait que Sanzo déteste être effrayé, et alors par la suite, Goku le regarde et dit, là, c'était pas si mal, pas vrai ?

Et Sanzo roule des yeux et lui donne un coup de poing, plutôt rude, dans l'épaule, et il lui dit de la fermer.

Et Goku est heureux, avec ça, mais il pense souvent que c'est stupide, parce que parfois quand il est couché là, dans le noir, les yeux grand ouverts, il pense qu'il en veut encore plus.

« Vous avez baisé, tous les deux ? » lui demande un jour Gojyo, comme ça, de manière complètement inattendue.

Ils déjeunent ensemble, pendant que Hakkai et Sanzo sont dehors pour chercher des provisions ou quelque chose du genre, et la question le prend totalement au dépourvu.

« De quoi ? » dit Goku, ce qui sort plus comme « Euwha ? » parce que sa bouche est à moitié pleine de boulette au porc.

« Répugnant, » remarque Gojyo, attrapant une boulette dans l'assiette devant eux avec ses baguettes. « Ta façon de manger, » ajoute-t-il nonchalamment, « pas le fait que toi et Sanzo vous baisiez. Ou pas. Alors, quelle est la bonne réponse, le singe ? »

Goku avale le reste de sa boulette et prend rapidement une gorgée d'eau pour la faire descendre. Il est certain que ses joues sont rouges.

« C'est pas tes affaires, sale pervers, » murmure-t-il avec mauvaise humeur.

Gojyo lève un sourcil, déconcerté. « Je vais prendre ça pour un " non" .

-- C'est pas comme si j'avais pas essayé, » dit-il, un peu déconfit.

Il préfère vraiment parler de ça avec Gojyo, parce qu'il a besoin dire ce qu'il a sur le cœur. Et bien que Gojyo reste Gojyo, il parait au moins comprendre et essayer d'aider quand on en vient aux problèmes de cœur de Goku.

Et de toute façon, pense-t-il, l'idée de discuter de sa vie sentimentale avec Hakkai, même s'il fait tout pour s'occuper de son ami, lui semble juste un peu… bizarre.

« Alors, qu'est-ce qui s'est passé ? » demande Gojyo avec curiosité, ses baguettes en suspension à mi-chemin vers sa bouche.

Goku rougit encore plus, si c'est possible. « E…eh ben, tu vois, j'ai essayé, tu sais…

-- Non, je sais pas. »

Ce qui, il en est sûr, est un mensonge, parce que quand ça a un rapport avec le sexe, Gojyo en sait vraiment beaucoup.

Il lui lance un regard furieux, mais sans réelle conviction.

« J'ai essayé de, euh, déboutonnersonpantalonmaisilm'avirédulit. »

Cette fois, c'est au tour de Gojyo de recracher de la nourriture. « Tu… tu as essayé de… oh putain de merde… » Il rit si fort qu'il ne parvient pas à faire des phrases complètes. Les gens regardent même leur table ; Goku a envie de lui donner un coup de poing, mais il se sent trop gêné pour ça.

« Quoi, est-ce que tu essayais de lui faire une pipe ? » demande Gojyo quand il s'est finalement calmé assez pour parler.

-- Non! Je veux dire, je suppose, s'il voulait… »

Gojyo lui jette un regard dubitatif. « Tu sais ce que c'est au moins ?

-- Oui! Comment je pourrais ne pas savoir. Tu parles de ça tout le temps !

-- Ah non, » répond Gojyo d'un air désinvolte. « Peut être que Hakkai le fait, mais alors ça veut dire que je suis sacrément doué. »

Goku ne sait pas s'il devrait juste s'en aller ou aller vomir plus loin. Parfois, pense-t-il, Gojyo partage un peu trop d'informations. Pas uniquement parfois, mais souvent en réalité.

« Bon, et donc, » dit Gojyo, attrapant une autre boulette dans leur assiette commune, « il t'a poussé par terre. Et alors quoi ?

-- Il m'a pas parlé pendant deux jours entiers.

-- Attends, c'est une mauvaise chose ça ?

-- Je suis sérieux là, » marmonne-t-il.

-- Je sais. Désolé. » L'expression de Gojyo se radoucit. Il finit de mâcher sa boulette puis l'avale. « Goku, ça fait combien de temps que tu connais Sanzo maintenant ? Six, sept ans ?

-- Quelque chose comme ça. » Cinq cent ans et des brouettes, pense-t-il, mais qui est-ce qui compte.

-- Eh ben alors, tu sais comment il est. » Gojyo lui fait un petit sourire, ramenant en arrière des mèches de cheveux cramoisis qui tombent sur ses épaules. « C'est un salaud sans pitié qui déteste qu'on le touche…

-- C'est pas vrai, » proteste Goku, mais Gojyo écarte cette remarque d'un geste de la main.

-- Attends, j'ai pas fini, » dit-il calmement. « Sanzo est un salaud, Goku. Toi et moi nous le savons tous les deux. Mais quand quelqu'un le fait se sentir moins sans pitié et lui donne envie de moins se comporter en salaud, ça lui fait peur. Et alors il réagit de manière typiquement Sanzœsque, il essaie et il est plus salaud pour compenser.

-- En quoi ça aide tout ça ? » demande Goku, même s'il sait que Gojyo a probablement raison.

-- Eh ben, tu dois juste te montrer patient, le singe. Je sais que c'est pas ta plus grande qualité, mais si tu veux vraiment davantage de la part de Sanzo, tu devras juste être prêt à aller lentement. »

Quelqu'un se racle la gorge à côté de lui, et ils lèvent tous les deux les yeux.

Hakkai et Sanzo se tiennent là, des sacs de course dans les bras, et sur-le-champ, Goku à envie de se cogner la tête de manière répétée sur la table afin de perdre connaissance.

Il se demande qu'est-ce que Sanzo a entendu, mais il a espoir que ça ne soit pas trop, parce qu'il est sûr que Hakkai ne les laisserait pas, Sanzo et lui, juste se tenir là et écouter aux portes.

« Vous avez pas encore fini de manger, tous les deux ? » demande Sanzo, mais il n'a pas l'air plus énervé que d'habitude, et Goku prend ça pour un bon signe. « On doit se mettre en route. Tout de suite.

-- Punaise, Sanzo, » remarque effrontément Gojyo, « qui t'a mis le feu aux fesses ? »

Et exactement comme un mécanisme d'horloge, Sanzo sort son éventail et s'approche pour frapper le demi-sang, sauf que Gojyo se lève juste à temps et esquive le coup, si bien qu'à la place c'est l'assiette de boulettes qui est renversée et qui tombe par terre.

« Eh! » proteste Gojyo, « c'était notre bouffe ! »

Et Goku pense qu'il devrait être un peu plus attristé par la vue de toute cette nourriture gaspillée, mais il pense alors qu'il y aura d'autres boulettes sur le chemin.

NdT:

La fin est proche mes amis -- à tous les sens du terme TT.

Pour ceux qui se poseraient la question, il n'y a pas et il n'y aura pas de lemon dans cette fic.

Parce que, eh ben, parce que c'est comme ça, déjà, et aussi pour la simple raison que j'ai décidé de ne pas (plus) traduire de lemon… Je trouve ça mieux en anglais, moins cru et moins choquant peut être ; parce que je manque de ce genre de vocabulaire pour faire un traduction qui tienne la route aussi…

Les reviews, les commentaires sympas, les fleurs sont les bienvenus (vous pouvez m'insulter aussi si vous en avez envie grins)