X.

C'est comme ça que cela aurait dû se passer, alors.

Tous les quatre auraient finalement dû -- après de nombreux, nombreux détours -- achever leur voyage vers l'Ouest, et défaire sans aucun problème les plans pour ramener Guymaoh à la vie, et alors Gojyo pousserait un genre de rire, et demanderait, c'est fini ? Et Hakkai sourirait de ce sourire plaisant, enjoué, et dirait, eh bien, nous devons encore parcourir le chemin en sens inverse.

Et Sanzo s'énerverait et râlerait, et il essaierait de soudoyer Kogaiji pour avoir un dragon avec sa carte de crédit de la Trinité, mais à la fin, ils s'entasseraient tous à bord de Jeep et ils rentreraient.

Et, bien sûr, en cours de route, Sanzo regarderait finalement Goku, même si c'est seulement sur le chemin du retour, et dirait, j'ai entièrement besoin de toi, con de singe, et Goku sourirait et dirait, j'ai toujours pensé que c'était le cas.

Sauf qu'il ne s'agit pas d'un conte de fées, et Goku, même lui s'en rend compte. C'est un voyage vers l'Ouest, et si pendant une minute il commence à croire qu'il y aura une fin heureuse, le sang sur les mains de l'un des leurs le convaincra du contraire.

Sauf que… sauf qu'il ne s'est jamais vraiment attendu à ce que les choses se déroulent de cette façon.

Sous la pluie, dans les ténèbres juste avant l'aube, juste devant le château de Hôto, et tellement de yokai leur ont tendu une embuscade que tout ce que Goku peut voir est une masse frémissante, grouillante de noirceur et de haine.

Il combat dos à dos avec Gojyo pendant un moment, mais ils se perdent bientôt de vue dans le chaos, et leur petit jeu de garder le compte du nombre de yokai que chacun d'eux a tué devient bientôt sans intérêt. Ses mains sont humides de sang, ça lui coule dans les yeux, et il a du mal à reprendre son souffle.

Il essaie de garder un oeil sur Sanzo, pas parce que Sanzo a besoin d'être protégé, mais parce que c'est juste une seconde nature chez lui. Et chaque fois qu'il entend la détonation distincte du révolver, ou qu'il entrevoit un reflet doré parmi toute la noirceur, une petite partie de lui-même se remet à respirer.

Et alors, juste comme ça, les choses se terminent.

Peut être que c'est parce qu'il pleut, et que le sol est glissant et humide. Peut être que c'est parce que sa jambe gauche n'est pas encore complètement guérie, et que son genou a tendance à se dérober parfois quand il est fatigué. Peut être que c'est parce qu'il ne cesse de voir Gojyo et Hakkai entourés de yokai et qu'il ne rient plus, parce que ce combat est sérieux maintenant. Peut être que c'est tout ou bien rien de ce qui précède.

Mais il sent les yokai dans son dos avant même de les voir, et il se retourne rapidement, mais c'est trop tard, parce qu'il trébuche, et c'est suffisant.

Il sent les lames plonger dans son corps, une dans la poitrine, une dans la jambe, et il tombe par terre.

Il y a une douleur aveuglante, et il pense qu'une des épées a dû toucher un des ses poumons, parce qu'il halète rapidement à présent.

Il essaie d'agripper les lames, mais ses mains glissent dans son propre sang. Et il pense, non, désespérément, furieusement, qu'il ne va pas mourir, pas maintenant…

Et alors les yokai s'écartent -- ou plutôt, tombent -- autour de lui, leur têtes pulvérisées par de trop nombreuses balles, et Sanzo est à ses côtés, son visage et ses mains couverts de sang. Il espère, distraitement, que la plus grande partie ne lui appartient pas.

« Goku, » dit-il, et bien qu'il y ait tant de bruit et de chaos autour d'eux, il peut quand même entendre sa voix, aussi claire que la lumière du soleil.

Et il essaie d'ouvrir la bouche, de lui dire de ne pas s'en faire, mais il ne sent que le goût du sang. Mais il pense que ça va, parce que Sanzo a toujours été doué pour comprendre les silences et les non-dits, et il est sûr qu'il sait déjà tout ce qu'il veut lui dire.

Il regrette seulement de ne pas pouvoir dire à Hakkai et à Gojyo de veiller sur lui, Sanzo, parce qu'ils savent comment il peut être, tout lunatique, brusque ou abattu.

« T'as pas intérêt à mourir, con de singe, » lance Sanzo d'un ton hargneux, ses yeux violets durs et pleins de colère ; il a les mains sur les épaules de Goku, ses doigts d'enfonçant dans le muscle et le tendon si fort que ça fait mal. « Hakkai… »

Il n'est sûrement pas en train de pleurer, parce que c'est Sanzo, après tout, et qui peut dire de toute manière, avec la pluie ?

Et il veut dire qu'il est désolé, parce que même s'il ferait littéralement tout ce que Sanzo lui demande, peut être que c'est là une chose sur laquelle il n'a pas le moindre contrôle, et de toute façon, il y a toujours la prochaine vie et la suivante.

Parce qu'il est si fatigué, après tout, ses paupières sont lourdes et la souffrance dans sa poitrine n'est plus qu'une douleur sourde, presque oubliée à présent, et pour une raison quelconque, tout est tellement silencieux et tranquille. Même la voix de Sanzo s'affaiblit maintenant, la première voix qu'il ait entendue dans cette montagne-prison il y a tant d'années, et il pense que c'est quelque chose de beau et de bien que Sanzo soit toujours le premier et le dernier.

Il pense que Hakkai est près de lui à présent mais il ne peut en être sûr, parce que sa vision s'obscurcit sur les bords. Et alors, même si l'aube est proche, et que le ciel est encore obscur avec seulement des traînées d'or extrêmement pâles, il ferme les yeux et il pense qu'il peut toujours voir le soleil.

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Et c'est comme ça que cela aurait dû se passer.

NdT

Allez-y, tuez moi………