Désolée pour le retard, j'étais persuadée d'avoir posté ce chapitre sur ce site !
Vraiment désolée !
Pour le coup vous aurez deux en même temps !
Comme d'habitude, merci à Zagen pour son attentive béta-lecture !
Étape 4
Sasuke referma la porte derrière lui. Ils étaient de retour à la chambre du garçon dans la grotte au bord de mer. Ils n'avaient croisé personne en revenant et selon le byakugan d'Hinata, Hakkai et Hotaru avaient regagné leur couche. Le brun jeta un coup d'oeil à sa coéquipière. Tremblante, elle se tenait debout au milieu de la pièce, ses bras entourant ses épaules, les lèvres bleuies par le froid. Il devait avouer qu'après un onsen bien chaud, l'atmosphère de la grotte semblait plus glaciale que jamais. L'attrapant par les épaules, il la conduisit jusqu'à sa couchette, la fit y asseoir et l'enroula dans les vieilles couvertures de laine. D'un de ses sourires sincères et innocents, elle le remercia. Il se détourna vivement et se dirigea vers son sac. Elle ne semblait pas lui tenir rigueur pour ce qui venait de se passer. De son côté pourtant, ayant repris un peu de bon sens, il se maudissait pour son attitude. Elle était sa coéquipière, il ne devait pas assouvir ses fantasmes par pur égoïsme. Il se devait de la respecter, ne serait ce que le temps de la mission, pour éviter tout scandale qui détruirait leur couverture. C'était du moins ce qu'il se répétait, tout en sachant qu'en vérité, au fond de lui, il était ému par les larmes de la brune, par cette capacité à montrer ces sentiments qu'il avait oublié depuis longtemps. Il soupira, pestant contre ces imbéciles heureux au contact de qui il avait tendance à se ramollir et qu'il ne pouvait s'empêcher d'apprécier. S'il avait pu savoir qu'Hinata Hyûga serait de ceux-là, il aurait décliné la demande de Tsunade, n'aurait pas eu à travailler avec elle et aurait continuer à l'ignorer comme il l'avait toujours fait.
Il s'apprêta à fouiller dans son sac en quête de quelques vêtements chauds quand un détail attira son attention. La besace n'était pas tout à fait au même endroit. Elle avait été visiblement déplacée de trois ou quatre centimètres. Méfiant, il l'ouvrit, pour découvrir que l'ordre qu'il avait l'habitude d'établir était légèrement changé. Ce n'aurait pu passer que pour des détails pour n'importe qui, mais pas pour un shinobi et surtout pas pour le méticuleux Sasuke Uchiwa. Il savait que la moindre bagatelle pouvait avoir de la signification et il ne lui fallut pas longtemps pour en tirer des conclusions. Il ne voyait qu'une raison pour que sa bourse se trouvât dans la troisième poche plutôt que la seconde, que ses shuriken soient rangés dans la pochette verte bouteille plutôt que dans l'étui bleu nuit, que le dit étui soit plein des rouleaux qui aurait dû se trouver dans la pochette... Il fit un rapide inventaire et remarqua que rien ne manquait. Par prudence, il ne prit aucun vêtement, au cas où ils auraient été couverts de poison, et préféra piquer les draps qui servaient habituellement à Hotaru dans l'alcôve du dessus. Il s'assit assez près d'Hinata et les recouvrit tous les deux.
- On a fouillé mes affaires, déclara Sasuke.
Elle leva vers lui ses grands yeux couleur ivoire, mais ne parut même pas surprise. D'un air pensif, elle porta l'une de ses mains à sa bouche et tritura d'un geste compulsif la coupure sur sa lèvre inférieure. Elle avait les sourcils froncés et l'air soucieux. Elle resta moins d'une minute dans ce silence pensif, puis laissant en paix ses lèvres, tapota son menton du bout de l'index.
- Je... il doit s'agir de Shigure, affrima-t-elle brusquement.
- Shigure ? S'étonna Sasuke.
Mais Hinata ne releva pas son intervention et continua comme si elle ne l'avait pas entendu.
- Il ne manque rien ? Il a du découvrir nos liens avec les forces spéciales de Konoha, il va alerter les autres, il faut que nous nous dépêchions de fuir, nous...
- T'inquiéte pas pour ça, interrompit Sasuke.
Il avait été surpris par la soudaine éloquence de sa partenaire, mais ne partageait pas ses inquiétudes. Il n'avait pas usurpé son titre de « infaillible Uchiwa » (1). Il était tout de même l'un des meilleurs ninjas de la feuille.
- Il ne manque rien, poursuivit-il, et je n'ai pas apporté ici tout ce qui pouvait nous compromettre. J'ai caché nos bandeaux frontaux, nos uniformes de junnins (2), nos papiers, le Bingo Book et l'ordre de mission dans la forêt. Je me doutais bien qu'ils ne feraient pas pleinement confiance au « petit nouveau ».
Elle resta admirative devant la prévoyance du jeune homme. Les yeux écarquillés, elle l'écouta expliquer qu'il préférait éviter d'utiliser le contenu du sac de peur qu'il ait été empoisonné. Ils allaient donc devoir poursuivre leur mission sans armes et ne pourraient pas utiliser les baumes pour se soigner. Ils ne pourraient compter que sur leur jutsu et devrait supporter leurs blessures jusqu'à Konoha. Dans une telle situation ils avaient besoin d'un plan sans faille qui permettrait d'économiser leur force. Il était si logique, calme et organisé, qu'elle et sa panique se sentaient ridicules. Il appréhendait avec sang froid la situation, rassemblant les donnés utiles, analysant méthodiquement les faits pour poser les questions justes :
- Pourquoi tu soupçonnes Shigure ?
Elle lui raconta en détail comment l'homme l'avait passé à tabac pour obtenir des informations sur eux deux et ajouta, en riant avec désinvolture, qu'il l'aurait violée et tuée si Hotaru n'était pas arrivé à temps. En l'écoutant, narrer sa mésaventure sur un ton badin qu'on emploie généralement pour des histoires cocasses ou des péripéties anodines, Sasuke se rendit compte de l'atrocité qu'elle personnifiait. Contrairement à lui qui était un être noire, des mains sales, une machine à tuer sans état d'âme, elle était la douceur et la gentillesse rendues femme. Pourtant son état de Kunoichi la détournait de sa nature profonde et l'horreur était devenue son quotidien. Elle devait se battre tous les jours. Mentir, voler, trahir, usurper,... étaient monnaie courante de sa besogne. Elle avait dû blesser et mutiler bien des adversaires, et peut-être même avait-elle déjà tué... Pourtant elle gardait ce quelque chose de candide dans son regard, comme si son caractère profond, un dur à cuire de l'acabit de Naruto, refusait de se laisser noyer sous la violence de son quotidien. Malgré tout il la sentait fragile. Prête à se briser au moindre faux-pas. Elle était tellement paradoxale, il ne la comprenait pas. Il cernait facilement les gens, même la complexe Sakura n'avait plus de secret pour lui, mais Hinata... Ce minuscule bout de femme... Cette poupée de porcelaine... et il était le bourreau qui l'avait lâchée dans la cage aux fauves...
- J'aurais dû te sortir de là plus tôt.
- Que dîtes-vous Uchiwa-san ? S'esclaffa-t-elle comme si de rien était, Je m'en suis bien sorti !
Effectivement, il ne pouvait que le reconnaître, elle s'en était sorti à merveille. Il lui lança une œillade qui la troubla un peu. Au fond de ses iris noirs, elle lisait un mélange d'émotions tellement enchevêtrées qu'elle n'en distinguait plus aucune. Elle aurait voulu en savoir plus, comprendre ce qu'il caché derrière son masque flegmatique... mais il restait fidèle à lui même : impénétrable et insaisissable. Celui qui avait été capable du meilleur comme du pire. Celui qui était à la fois le meilleur ami et le pire ennemi. Celui qui était l'allié et le traitre... Sasuke, dont elle aurait aimé frôler une fois au moins le vrai visage...
Elle s'empourpra en réalisant le cours de ses pensées. Pour dissiper son embarras, elle se remit à discuter :
- Mais que faisiez-vous aujourd'hui ? Personne ne vous a vu.
Il détourna ses prunelles sombres d'elle et s'étira comme un chat avant de répliquer de sa voix aux accents suffisants.
- J'ai profité de la confusion pour entrer dans la chambre d'Hakkai. On s'était trompé, ces cons manigancent bien quelques choses, mais Hakkai est tellement méfiant qu'il n'en parle réellement qu'à un petit cercle. Il promet aux autres qu'ils auront prochainement la richesse et la gloire sans préciser comment elle viendrait... Ces mecs sont tellement obnubilés par ça qu'ils s'en foutent... Aujourd'hui je suis allé voir si je ne trouvais pas un ou deux indices et j'ai eu de la chance, Hakkai tient un journal de bord. Y'a des plans, des notes, des stratégies... je sais qu'il projette de faire un coup d'état, mais le hic c'est que nulle part il dit de quel pays il s'agit...
- Kaze no Kuni...
Sasuke sourcilla et fixa Hinata. Elle avait l'air parfaitement sûre d'elle. Elle lui raconta son entevue avec le chef rouge et son coéquipier sourit. Ainsi le traître projetait de se frotter à Gaara... il n'était pas au bout de ses peines. Non seulement le kazekage représentait à lui tout seul un obstacle de taille, mais ils allaient devoir compter avec les shinobis de Suna qui étaient incroyablement dévoués à leur meneur. Tout allait encore mieux que ce qu'il avait imaginé. Il ne serait pas obligé de s'éterniser parmi les nukenin. Grâce au sharingan, il avait parfaitement mémorisé le journal d'Hakkai et pourrait le ressortit à la virgule près en temps voulu, et avec le coup de maître de sa partenaire, ils avaient toutes les informations nécessaires pour contenter Tsunade. Ils pourraient donc bien vite rentrer à Konoha et prévenir les autorités compétentes. Connaissant la vieille alcoolique, elle parviendrait bien assez vite à alerter Suna. Ils avaient bel et bien mené leur mission à bout, ils ne leur restaient qu'à s'échapper de cette grotte, ce qui n'était finalement pas le plus dur. Au bout du compte, il était bien content des résultats d'Hinata et il lâcha un « t'as été plus utile que je n'l'imaginais » qui était peut-être plus froid que ce qu'il aurait voulu. Tout de même satisfait, il se laissa aller contre les couvertures.
Elle le vit s'allonger comme au ralenti. Elle le fixait, les yeux écarquillés, la bouché bée, ne revenant toujours pas de ses derniers mots. Ainsi donc, Sasuke pensait comme tous les autres qu'elle était inutile. Pendant une poignée de minute, elle s'était vue complice avec lui. Elle avait cru qu'il l'estimait un peu, qu'elle avait réussit à lui prouver sa valeur. Elle l'aurait voulu qu'il la regarde et l'apprécie... Pourtant comme tous les autres, il la voyait comme un boulet.
Il en avait toujours était ainsi. Cette calamité s'était amorcée avec son père, qui ne la jugeait jamais assez forte pour satisfaire ses attentes. Elle s'était poursuivie avec l'ensemble de sa famille qui s'était rangée à l'avis du patriarche. Même sa cadette la mésestimait, la traitant avec un dédain insultant. Par la suite, persuadée de n'être qu'un déchet sans intérêt, elle avait passé une scolarité horrible à toujours douter de ses propres capacités et à s'ériger des barrières infranchissables qui ralentirent sa progression. Tant bien que mal, elle avait réussi à atteindre le grade de genin et s'était retrouvée, sous la tutelle de Kurenai, en équipe avec Shino et Kiba. Si le ninja aux insectes s'était d'abord montré froid et dur à l'image des autres, elle avait été étonnée de trouver un soutient auprès du fougeux maître chien. De même, Kurenai s'était révélée être un professeur patient et attentionné qui lui avait si bien redonné confiance qu'elle s'était grandement améliorée. Elle avait même gagné l'estime de Shino et rien n'était plus précieux à ses yeux. Qu'importe dès lors tout le mal que les autres pensaient d'elle, elle avait ses amis qui croyaient en elle.
Évidemment, il y avait eu Naruto. Ce garçon qui ne doutait de rien, pas même de la force d'une princesse sans couronne. Elle s'était sentie majestueuse sous son regard, unique et invulnérable d'une certaine manière. Elle l'avait aimé, comme on aime son premier amour, aveuglément et passionnément, et, à presque vingt-deux ans, elle continuait à penser qu'il avait mérité toute l'affection qu'elle lui avait porté. Mais même les sentiments les plus purs finissent par s'user et un matin de ses dix-sept ans, quand elle le vit embrasser Sakura, elle sut que son amour s'en était allé. Ne restait que le respect et l'admiration dont elle n'avait jamais failli. Naruto était à ses yeux le plus grand ninja de Konoha, sans l'ombre d'un doute un de leurs prochains Hokage...
Les années étaient passées, semblables les une aux autres, et personne ne semblait vouloir reconnaître le courage d'Hinata. Elle ignorait par quel miracle, elle avait touché le cœur de son cher cousin, qui était devenu l'un de ceux qui croyait en en elle. Neji la poussait à progresser et, malgré ses mots parfois durs et sa froideur apparente, il avait développé une grande affection pour elle. Kiba s'était toujours montré fidèle au poste. Un ami infaillible qui ne l'avait jamais laissée tomber. Elle en était tombé amoureuse. Elle n'avait jamais pu le lui avouer. Aux yeux du jeune homme elle était une petite sœur pour qui il aurait pu, et avait bien failli, mourir, mais rien de plus. Hinata se rendait bien compte que ce lien était fort, mais ce n'était pas L'Amour. Puis le temps fit son œuvre. En grandissant, les chemins se séparent. Chacun à leur tour, les membres de la team 8 était montées en grade. De Chunnin, ils étaient passés à Junnin et ne travaillèrent plus ensemble. Ils se voyaient de temps en temps, mais leurs missions respectives les accaparaient. Les gens avec qui elle se retrouvait parfois se plaignaient de devoir se traîner un poids comme l'héritière déchue des Hyûga et aucun ne lui laissait jamais une chance de montrer ses capacités. Ce fut de cette manière qu'Hinata Hyûga tomba dans la solitude. Elle ne voulait plus s'ouvrir aux autres, elle était si déçue à chaque fois. Elle fréquentait toujours les autres junnins de sa promotion, mais ne se liait plus avec eux. Il ne lui restait que Kiba, dont elle était incapable de se défaire, ayant elle-même développé une affection fraternelle pour le grand idiot qu'il était. Mais elle ne le voyait plus. Bien qu'il aurait du taire l'information, il lui avait confié qu'il était promu au rang d'Anbu.(3) Fière de la confiance qu'il lui accordait, elle gardait jalousement le secret, mais ceci n'empêchait pas son cher Kiba de disparaître des mois durant, la laissant avec ses craintes et sa solitude. Des larmes brulèrent ses yeux, tous ces souvenirs étaient atrocement douloureux et quand bien même elle l'aurait voulu, elle n'aurait pas eu la force de retenir ses sanglots. Elle se recroquevilla sur elle-même, posa son front sur ses genoux et laissa libre cours à sa tristesse.
Sasuke avait fermé les yeux pour se reposer un peu. Il s'était plongé dans des élaborations de plans pour leur évasion. Il espérait pouvoir les mettre en place le lendemain, tout devait donc être parfait et leur assurer une réussite totale. Il faisait marcher ses méninges à fond de train. Il en était ainsi chaque soir. Qu'il soit en mission ou qu'il ait quartier libre, Sasuke réfléchissait à des techniques ou des stratégies pour ne jamais penser à des choses plus profondes. Souvent quand il se laissait aller, des souvenirs et des sentiments désagréables l'envahissaient. Le revers de la médaille pour un ninja de sa qualité était les remords. Il n'était plus tout blanc et devait continuer à vivre avec la culpabilité. Ses mains étaient poisseuses, couvertes de sang... et pas toujours celui de criminels. Quand il y repensait, il se sentait nauséeux. Il aurait du être capable de mettre de côté ses émotions nuisibles à un shinobi, mais sous son masque de marbre, son cœur bouillonnait. Il n'oubliait aucun des visages qu'il avait à tout jamais figé, leurs fantômes troublaient ses nuits qui, de plus en plus, s'écourtaient.
Mais, pires que ses remords était le vide qui l'étreignait de ses bras froids. Il n'avait eu qu'un objectif depuis son enfance : venger sa famille. Il avait rempli son cœur de haine et ses jours d'entraînements stricts pour atteindre un jour Itachi. Ses nuits n'avaient été que successions de cauchemars où il imaginait tous les scénarios... toujours centrés sur Itachi. Il n'avait vécu que pour Itachi, pour le jour où il le tuerait... et il l'avait finalement fait. Que lui restait-il ? Ses amis ? Bien sûr qu'il tenait à eux et se surprenait à aimer leur compagnie. Il ne l'avouerai pas même sous la torture, mais il aimait son cher Naruto, ce frère irremplaçable, sa seule et unique famille. Il ne le lui dirait sûrement pas, de peur de se faire agresser, mais il aimait Sakura, cette amie fidèle et une confidente de choix. Il avait du mal à le reconnaître, mais il aimait Kakashi, ce professeur idiot qui lui avait appris bien plus que des techniques. Pourtant malgré toute cette affection, ils ne constituaient pas une motivation suffisante pour lui. Il avait besoin d'un objectif plus puissant, un but assez souverain pour le mouvoir et lui donner l'impression d'être en vie. Depuis qu'il avait tué Itachi, il n'était qu'une carcasse qui se traînait à la recherche d'une raison...
Soudain, il entendit un petit gémissement, comme une lamentation pathétique qui semblait très proche de lui. Il ouvrit un œil et releva un peu la tête. Il reçut un coup de poing en plein estomac. Il se redressa d'un bond pour mieux la voir. Hinata pleurait. Il ne savait pas quoi faire. Il n'était pas habitué aux débordements d'émotion. Il avait beaucoup vu Sakura pleurer, mais généralement Naruto était dans le coin pour faire le clown et tarir ses larmes, mais lui même ne s'était jamais essayé à ce difficile exercice. Il était d'ailleurs très souvent la raison des sanglots de Sakura. Il aurait voulu empêcher Hinata de pleurer, il était étrangement incommodé par ses pleurs. Que devait-il faire ? Il était incapable de faire l'idiot comme Naruto et il savait parfaitement que la gentillesse n'était pas vraiment son point fort. Il se souvint que parfois, quand Ino était triste, le nonchalant Shikamaru se contentait de s'asseoir près d'elle, la prendre par l'épaule et l'obliger à s'épancher. Il se doutait que leur lien ancien et profond jouait un grand rôle dans cette consolation, mais il n'avait pas d'autre exemple en tête. De toute façon, cet essai ne lui coûterait qu'une grosse part de fierté, mais curieusement il était près à la céder à Hinata.
Il s'assit si près d'elle que leurs bassins se touchaient. Il posa une main sur le dos de la jeune femme pour attirer son attention. Au bout de quelques secondes à renifler et à s'essuyer les yeux contre ses rotules, elle se redressa et plongea ses pupilles blanches droit dans les siennes. Pendant quelques secondes, il perdit pied. Il ne s'était pas attendu à ce qu'elle lui fit face avec tant d'aisance. Il s'en demandait presque où était la timide et fuyante Hinata... toutefois il devait le reconnaître, elle n'avait pas fui une seule fois depuis le début de la mission. Il prit une profonde inspiration pour parler et...
Se mordit la lèvre inférieure en soufflant. Il chercha un moment ses mots et fit une nouvelle tentative...
Mais il regarda la voûte de l'alcôve au lieu de dire quoique ce soit. Jamais il n'aurait pu imaginer que ce soit si dur de prononcer des mots si simples. Patiente, comme à son habitude, Hinata ne détournait pas ses yeux de lui et attendait qu'il se décidât à parler. Il se secoua intérieurement, ce n'était rien... rien qu'une série de mot très simples... rien de plus... qu'une série de mots...
- Qu'est-ce qui t'arrive encore ?
Et voilà ! Voilà toute la gentillesse dont il était capable ! Il aurait défié un ennemi sur le même ton et aurait utilisé les mêmes termes avec un crétin comme Naruto. Pourtant à son grand étonnement, Hinata lui sourit et répondit d'une voix douce :
- Merci de vous inquiéter, Uchiwa-san, c'est très gentil, mais ce n'est pas grand chose...
Gentil ? Il n'en revenait pas. Elle le trouvait gentil, c'était bien la première fois qu'on lui disait une telle chose. Beau, charmant, séduisant, intelligent, doué,... il en avait eu souvent des compliments de la sorte... mais gentil ? Il préféra écarter cette remarque et profita des conjonctions bénéfiques pour continuer à parler. Il semblait sur la bonne voie, il ne devait pas perdre le fil.
- Ça ne peut pas être rien vu comme tu chiales ! Rien de ce qui ne sera dit ici, ne sortira de là, ajouta-t-il sous le coup d'une soudaine inspiration, je dirai jamais rien à personne.
Ces mots semblèrent ouvrirent un robinet quelque part en Hinata. Des sanglots secouèrent ses fines épaules, alors que les larmes roulèrent abondamment sur ses joues. Quand aux mots, ils coulèrent à flots incohérents et insensés :
- Toujours inutiles... eu peur... personne... aime pas... taper fort...mal... déteste Shigure... rentrer... me reposer... je veux... Kiba... parti... personne... toute seule... veut pas... chez les Hyûga... inutile et faible... sert à rien... encore une fois... boulet... m'aimez pas... me détestez... vous ai servi à rien... une charge... premier baiser.
Sasuke se paralysa soudain. Il n'avait pas compris grand chose de tout ce qu'elle avait baragouiné, mais ces mots-là avait frappé son cerveau avec une violence inouïe. Il se permit d'interrompre les inepties de la jeune fille pour confirmer que ses oreilles ne lui avaient pas joué un vilain tour :
- Qu'est-ce tu viens de dire ? Demanda-t-il avec plus de brusquerie qu'il ne l'aurait voulu.
- Hein ?
- Là, juste à l'instant, l'histoire de ton premier baiser... ne me dis pas que...
Elle rougit tellement qu'il aurait pu ne pas continuer sa question pour avoir sa réponse. Cependant, cette éventualité lui paraissait tellement absurde qu'il devait réellement en avoir le cœur net. Il déglutit difficilement et souffla :
- C'était ton premier baiser ? Ce soir ? Avec moi ?
Elle cacha son visage dans ses mains et il n'eut pas besoin de la voir acquiescer pour savoir qu'il avait vu juste. Il soupira contrarié. Il détestait être le premier. Le premier baiser, le premier petit-ami, le premier amant... En général, les filles accordent bien trop d'importance à ces choses-là, ce qui rend ces gestes lourds de sens et de responsabilité... qu'il refusait d'assumer. Alors pourquoi, de toutes les femmes de Konoha, avait-il trouvé le moyen de voler le premier baiser de la plus sensible et la plus romantique ? Il devait être maudit. Il fut brusquement frappé par la foudre, en repensant à la scène du onsen.
- Je suppose que, a fortiori, tu es vierge... dit-il avec hésitation.
Une fois encore ce fut l'expression gênée d'Hinata qui répondit à sa place. Il remercia cent fois le discernement et les inhibitions de sa coéquipière qui l'avait arrêté ou sinon... Il se frappa le front et se laissa tomber allongé sur la couchette. Il ferma les yeux, recouvrit ses paupière de sa paume et articula silencieusement le mot « dépuceler ». Il frissonna. Cette idée était à la fois effrayante et charmante. Il savait que d'être le premier amant d'Hinata risquait d'être une charge considérable. Elle était tellement... elle ! Une femme enfant, sensible et fragile, pure et innocente, tout en étant accablée du même fardeau que les autres ninja. D'un autre côté, il aurait aimé être le premier et l'unique à la posséder. Comme il serait jouissif de savoir que personne avant lui n'avait profité de ses atouts. Il se sentirait comme un explorateur qui pénétrait pour la première dans une terre vierge, anxieux et fébrile. Aussi inattendu que ce désir puisse paraître, il voulait s'unir à elle. Il l'imaginait comme la part de blancheur qu'il avait perdu. Il sourit. Se laissait-il gagner par le sentimentalisme de la jeune femme pour penser de la sorte ? Si c'était le cas, bizarrement, il était pour.
Il releva sa main pour regarder Hinata, qui le dominait, et demanda comme pour s'assurer qu'il ne rêvait pas :
- À vingt-deux ans ?
Elle acquiesça.
- Mais comment ça se fait ?
- Je... timidité ? Répondit-elle à mi-voix avec une douceur incroyable, vous... vous savez Uchiwa-san... je... je n'ai jamais été dégourdie... et puis j'étais amoureuse de garçons qui ne l'ont jamais su... je... je suis une empotée... je laisse passer toutes les chances... je... je suis une bonne poire par dessus le marché... Tenez par exemple, j'ai toujours été amoureuse de Naruto, mais quand Sakura est venue me demander de l'aider à le conquérir... je n'ai pas su dire non. Elle le savait pourtant... elle savait que j'aimais Naruto... alors pourquoi moi ?
- Parce que t'es conne !
Hinata ne fut même pas surprise ou choquée par l'assertion de Sasuke. Elle le savait très bien. Elle s'était attendue à un jugement aussi dur, et néanmoins juste.
- Tu aurais du l'envoyer se faire foutre, continua Sasuke, montre-toi égoïste des fois ! Elle avait qu'à se démerder pour Naruto ! Et toi tu aurais dû tenter ta chance !
- Je ne sais pas être égoïste. Je déteste voir les autres souffrir et j'ai toujours aimé rendre service. Cela me joue souvent des tours, si je suis si seule aujourd'hui c'est parce que j'ai été trop gentille. Je n'ai pas su m'affirmer et personne, à part Kiba, ne s'est réellement attaché à moi pour cette raison... et Kiba n'est jamais là... je suis une imbécile... une imbécile...
Et lui aimait les imbéciles de cette trempe-là. Il ne supportait pas ces larmes qui coulaient de nouveau sur sa joue. Il comprenait bien cette solitude dont elle parlait. Il avait souvent vu Hinata entouré de monde, cependant, elle n'avait jamais l'air bien intégrée. Elle n'était joyeuse et détendue que si Kiba était là. Il le comprenait bien. Sasuke connaissait et était apprécié de beaucoup de gens, pourtant, il n'y avait que l'ancienne team 7 qui le voyait tel qu'il était réellement.
Sans qu'aucun d'eux ne le sache, Hinata venait de se faire une place dans le cœur de Sasuke.
Ne réfléchissant plus, il attrapa la jeune fille par le bras et l'attira vers lui. Déséquilibrée, elle atterrit allongée sur le torse du garçon. Elle se redressa un peu pour lui faire face. En dessous d'elle, il souriait, non pas de son habituel rictus narquois mais d'un vrai sourire sincère et affectueux. Il dégagea les cheveux qui tombaient de part et d'autre de son visage puis le saisit au creux de ses mains. Doucement, leurs lèvres s'effleurèrent. Le baiser qu'il lui offrit n'avait rien avoir avec les précédents, il était plein de tendresse et de sentiments.
Notes :
1- Infaillible Uchiwa : titre décernée par la bande de folles!! XD et ça n'a rien de flatteur... Bref c'est une private joke, aucun rapport direct avec le manga...
2- Junnin, Chunnin, Genin : Bon alors pour ceux qui ne connaitrait pas les termes japonais (qui se contentent des noms de la traduction française officielle) Genin est le premier grade de ninja, les ninja de rang inférieur. Chunnin sont les ninja de rang moyen. Junnin sont les ninja de rang supérieur.
3- Anbu : encore une fois pour les béotiens, les Anbus sont des Junnins d'un rang spécial. Ils sont assignés à la protections de l'Hokage et à des missions spéciales qui souvent de l'espionnage ou des besognes particulièrement dangereuses et délicates. Ils portent des masques pour protéger leur identité.
°oO°OoTsubaki no TsukioO°Oo°
