Partie 4

J'avais particulièrement aimé cet instant sous la neige. J'avais eu l'impression de la connaître depuis toujours. L'image que j'avais d'elle s'était brisée, sous cette froideur se cachait une petite fille qui me semblait très proche. J'aurais aimé que cet instant ne s'arrête jamais. Je ne voulais pas choisir entre elle et Sabina. Je ne pouvais pas.

Nous étions entrés se réchauffer. Parker - c'était son nom – avait revêtu des habits de Sabina, ce qui fût d'autant plus troublant pour moi. Elle était assise près de la cheminée. Je la rejoins en lui tendant une tasse de café. J'avais la ferme impression qu'elle avait également revêtu sa carapace. Fallait-il que je lui dise combien j'avais aimé passer ce moment avec elle sous la neige… ? Fallait-il que je lui dise combien elle me fascinait… ? Je la regardais boire par gorgées le café brûlant. J'avais envie de m'approcher d'elle, j'avais envie de ressentir son parfum, j'avais envie de sentir sa peau sous la mienne. Mais je n'osais pas.

Je décidai de m'asseoir près d'elle, mais au même moment Sabina entra dans la pièce. Une voix me dit alors de ne rien entreprendre. Le regard de Sabina avait perdu de ses étincelles. Je le sentais empli de tristesse et de reproches, et je m'en voulais énormément. Elle ne m'avait rien dit mais je savais qu'en réalité elle en voulait beaucoup à Parker d'être apparue. Mais jamais elle ne laisserait paraître ce qu'elle ressentait. Pourtant je le sentais, je le savais, j'arrivais à deviner ses pensées, ses sentiments. Tout comme j'avais réussi à déceler cette petite fille cachée chez Parker. Je savais que Sabina n'essaierait jamais de blesser Parker par jalousie. Mais elle m'aimait, c'était sa faiblesse.

Cette nuit là, alors que Parker était couchée, j'entendis Sabina se lever. Je la rejoins dans le salon. Elle pleurait. Je m'assis près d'elle et la pris dans mes bras. Elle resta silencieuse. Je me sentais affreusement coupable. Que devais-je faire pour la rendre heureuse à nouveau… ? Fallait-il que j'abandonne l'idée de rentrer avec Parker… ? Le voulais-je… ?

« Pardonne-moi Sabina. Je ne veux pas te faire de mal.

- Ce n'est pas ta faute Jarod… je n'aurais pas du m'attacher autant à toi…je ne t'en veux pas, je t'assure…

- Cette femme, Parker… elle est… …

- Elle est charmante… et vous allez très bien ensemble… » me dit-elle avec un de ses sourires qui m'avait fait craquer.

« Je ne crois pas qu'elle veuille aller… plus loin… je l'aime beaucoup… mais je ne crois pas que ce soit réciproque…

- Si elle te fait du mal, n'hésite pas à revenir… tu sais que tu seras toujours le bienvenu ici… la maison sera bien grande sans toi… »

Je l'embrassai tendrement, séchant ses dernières larmes. Elle était vraiment belle. Dans tous les sens du terme, aussi bien son âme que son corps étaient d'une beauté saisissante. Elle se leva et m'embrassa à son tour avant de remonter se coucher. Je sentis l'odeur de ses cheveux et fus saisi d'un doute. Je l'avais aimé. Quelques jours plus tôt, j'assurais que personne n'aurait pu briser cet amour. Et Parker avait débarqué. Totalement différente, mais tellement belle et surtout je la sentais si proche de ce que j'étais.

OoOoO

J'avais entendu du bruit, et les automatismes du Centre m'avaient poussé à me lever. Je descendis au salon et aperçus Sabina pleurer dans les bras de Jarod. Je pris soin de rester dans l'ombre afin d'écouter la conversation. Cette pratique était devenue une habitude au Centre et je n'aurais pas du ressentir de remords. Pourtant en entendant Sabina pleurer ainsi, j'ai eu l'impression de violer leur intimité. Entendre Jarod confier ses sentiments et ses doutes me fit mal. Sans que je m'en rende compte des larmes s'étaient mises à couler sur mes joues. J'en ignorais la raison, mais j'avais envie que l'on me prenne dans les bras de la même façon. Je voulais qu'on me sèche ces larmes avec la même tendresse.

J'étais retournée me coucher peu de temps après Sabina. J'avais vu Jarod rester seul devant la cheminée, les yeux dans le vide. Je n'avais pas osé le rejoindre. J'étais alors remontée, le cœur plein de sentiments contradictoires. Je m'étais glissée dans les draps froids et remonté la couverture jusqu'au menton. Je restai ainsi de longues minutes fixant le mur blanc d'en face. Les larmes avaient cessé de couler mais j'avais mal. Une douleur intense qui m'empêcha de trouver le sommeil cette nuit là. J'avais fini la nuit sur le fauteuil en rotin, face à la fenêtre qui donnait sur le parc. Emmitouflée dans une couverture je regardais le doux spectacle du matin, le lever du soleil accompagné par la délicate danse des flocons. L'esprit de Noël… On avait beau dire, il se passait bien quelque chose durant cette période, quelque chose qu'il aurait été difficile d'expliquer.

Après avoir vu poindre le soleil, je décidai de descendre, d'affronter la situation. Sabina était levée, en robe de chambre de satin noir, elle préparait le petit déjeuner. L'odeur du café planait dans l'air se mêlant à celle des croissants chauds qui attendaient sur la table basse d'être dégustés.

Quand elle me vit entrer dans la pièce, elle me sourit et m'invita à prendre une tasse de café. Ce même sourire qu'elle m'avait donné la première fois, chaleureux et sincère. Pourtant je le vis, ces yeux étaient humides.

« Bonjour Mademoiselle Parker… » Je pensais y déceler une pointe d'animosité mais je me trompais.

« Bonjour Sabina, bien dormie… ?

- La nuit ne fut pas calme, » me confia-t-elle après un temps de silence, « …j'ai beaucoup réfléchi à propos de nous, de Jarod, de vous… »

Elle se détourna de ses occupations et vint s'asseoir près de moi à la table basse. Elle passa la main dans ses cheveux. Elle ne savait apparemment pas par où commencer.

« Jarod vous aime beaucoup vous savez… et moi je l'aime autant… mais voyez-vous lorsqu'on aime, il faut savoir laisser partir l'autre n'est-ce pas… ?

Je me sentis mal à nouveau. Où voulait-elle en venir ? Je ne sus quoi répondre et elle ne m'en laissa d'ailleurs pas l'occasion.

« Je pars en début d'après midi, je dois me rendre chez une nièce pour fêter la fin de l'année dans la tradition russe… je crois que c'est préférable… je vous laisse la maison à vous deux, pour faire le point... mais j'aimerais en retour deux choses mademoiselle. Premièrement, que vous soyez partis lorsque je reviendrai, je n'aime pas beaucoup les adieux voyez-vous… et deuxièmement… je veux que vous le protégiez… » me dit-elle en me regardant dans les yeux « Promettez-le-moi… »

Je vis ses yeux s'embrumer. Elle l'aimait, plus que je l'avais imaginé. Je sentis à nouveau des larmes couler sur mes joues. Décidément j'avais plus pleuré en quelques jours qu'en une année entière !

« Je vous le promets Sabina »

Elle s'approcha alors de moi et me serra dans ses bras. C'est ce moment là que Jarod choisit pour entrer dans la petite pièce. Il nous regarda, gêné, et tandis qu'il tournait les talons, la belle slave nous convia tous deux autour du petit déjeuner.

En début d'après midi, je vis par la baie vitrée le départ de Sabina et son au revoir à Jarod. Ils s'enlacèrent longuement et quand Jarod revint, je vis qu'il avait pleuré.