Partie 5
C'est elle qui était partie. Elle avait fait le choix à ma place. Elle devait se rendre chez une parente pour les fêtes russes de fin d'année et m'avait laissé seul avec Parker.
Je ne savais pas comment réagir. Après le départ de Sabina, j'avais essayé de sécher rapidement mes larmes pour ne pas culpabiliser Parker. Je voyais qu'elle se sentait responsable de ma détresse, mais je ne savais pas comment agir avec elle, comment lui montrer qu'elle n'y était pour rien.
La journée passa lentement, aucun de nous n'aborda réellement le sujet. La discussion restait superflue. Ce fut en fin de journée, lorsque le soleil s'était couché et qu'il commençait à faire froid que nous nous sommes retrouvés tous deux devant le feu.
Longtemps le silence plana. Puis je me lançai à nouveau.
« Parle-moi un peu de nous… lorsque nous étions enfants…
Elle me regarda longuement, puis fixa le feu comme à la recherche de ses souvenirs.
« Nous avons grandi dans un endroit froid et impersonnel, toi sans tes parents, moi… sans ma mère. Nous étions l'un pour l'autre les seuls amis que nous ayons. Nous avons grandi ensemble, fait les quatre cents coups… » commença-t-elle en souriant, puis son visage s'assombrit, « puis à l'adolescence mon père m'a envoyé étudier en Europe, sa manière à lui de nous séparer. Depuis nous nous revoyons mais les choses ont changé…
- J'aimerais tellement m'en souvenir… »
J'eus l'impression qu'elle se concentrait un peu plus sur les flammes. Ses yeux devenaient humides mais elle faisait tout pour ne pas le laisser percevoir.
« Un jour…. C'était le début du mois de décembre et il s'était mis à neiger. Nous avions alors treize ans, tu n'avais jamais vu la neige et tu n'avais pas le droit de sortir… Alors j'avais rempli un bac entier de poudreuse et je te l'avais apporté… ce fût l'une de mes plus belles batailles de neige à l'intérieur » dit-elle en riant, « mais bien sûr ça n'a pas duré. Ton… précepteur nous a surpris et nous a interdit de nous revoir pendant des semaines. Mon père en a été mis au courant et j'ai eu droit à l'une des plus grandes remontrances que j'ai connues avec l'interdiction d'aller te voir. Je suis pourtant revenue te voir en cachette dans les jours qui ont suivi et je m'étais mise à pleurer dans tes bras. »
Elle détacha enfin ses yeux du feu et me regarda. Des larmes étaient sur le point de couler. Nous étions assis tout près l'un de l'autre et je me surpris à tendre la main vers son visage pour essuyer les larmes qui ruisseler à présent le long de ses pommettes.
« Tu m'as alors dis que tu serais toujours là pour moi… »
Je m'étais penché vers elle et nos lèvres se touchaient presque. Elle tremblait. Je passai une main dans ses cheveux, puis posai un baiser sur ses lèvres. Comme elle ne résistait pas, je l'embrassai à nouveau et sentis le doux goût de ses lèvres. Je comprenais à cet instant précis ce que signifiait ce doux mot qu'est l'amour. Mais soudain je réalisai aussi que ce n'était pas la première fois que je ressentais ce sentiment envers elle.
Je me vis enfant, à treize ans, au Centre. La petite Parker s'était introduite dans les sous-sols. Elle avait l'air apeuré et je me souvins que ce détail m'avait troublé. Elle avait peur disait-elle de son père qui lui avait interdit de m'approcher. Elle était pourtant revenue en effet. Je me vis la prendre dans mes bras tandis qu'elle pleurait doucement. « Je serais toujours là pour toi mademoiselle Parker » lui avais-je murmuré. Elle avait déposé un baiser sur ma joue, et m'avait laissé un cadeau que je ne devais ouvrir que plus tard.
Après qu'elle m'ait quitté, j'avais soigneusement déchiré le papier et trouvé une boule en verre avec des flocons à l'intérieur. Ce geste m'avait profondément touché et j'avais gardé jalousement le mot qu'elle avait écrit. « Pour que tu ne m'oublies pas ». Je me souvins avoir conservé ce mot de longues années et de l'avoir relu quand elle me manquait.
Ce souvenir se termina quand nos lèvres se séparèrent. J'ouvris les yeux, et je la vis. Parker, si belle. Mais tout me revint. Tout. Un doute s'empara de moi. Jouait-elle un jeu ? Pourquoi avait-elle prétendu tout cela ? Dans l'unique but de me ramener ? Alors qu'elle ouvrit les yeux à son tour, je pus voir ses yeux bleus et je frissonnai. Cette proximité me troublait au plus haut point. Tant qu'elle me croyait amnésique elle n'était donc pas dangereuse pour moi, et je notai ce détail avec amusement. J'aurais pu profiter de la situation. Elle était tout près de moi, je sentais la chaleur se dégageait de son corps, je gardais le goût de ses lèvres en mémoire et il n'aurait fallu qu'un pas pour sentir le reste de sa peau sur la mienne mais quelque chose me retint. Elle était encore penchée vers moi et était prête, elle, à franchir ce pas. Je pris son menton entre mes doigts et caressai doucement ses lèvres. Je la regardai comme je ne pourrai sûrement plus la regarder peu de temps plus tard. Je m'imprégnais de tout ce qui était elle. De son parfum entêtant, de la manière dont ses cheveux tombaient si naturellement sur ses épaules, du grain de sa peau, de la finesse de ses lèvres, de ses grands yeux bleus qui me poussaient à présent à la tentation. Je l'observais comme si j'allais me réveiller et perdre l'objet de mes rêves. Puis je me penchai vers elle et déposai un baiser sur son front.
OoOoO
Lorsque je compris ce qu'il s'était passé je me maudis. Tout s'était bousculé. Je me souviens de Jarod et moi devant la cheminée, de lui avoir raconté une anecdote du Centre, et puis tout avait basculé. Il m'avait embrassé. D'une manière très lâche, en me prenant par des sentiments enfouis. Je n'avais même pas résisté. Pourquoi ?! Ce baiser m'obsède à présent. Je prie pour qu'il ne retrouve pas la mémoire, je préfère mourir plutôt que d'affronter Superboy sur ce plan là. Mais pourquoi me suis-je laisser faire ? Pourquoi ? Sans doute parce que c'était l'un des baisers les plus tendres que je n'ai jamais reçu… Et quand je pense qu'on a failli… Non ! Je ne veux même pas y penser.
Je n'arrive pas à trouver le sommeil. Tout ça se bouscule dans mon esprit. Si Jarod n'avait pas décidé de monter, qui sait ce qui ce qui se serait passer… Première fois depuis quelques temps que son esprit de génie fait un choix judicieux. Si jamais… Non ! Arrêtons... ! Je ne veux plus y penser.
Je me réveillai le lendemain matin après une courte nuit, agitée. Tandis que je m'habillai, j'aperçus sur la table de nuit un paquet. Un cadeau ? Je déchirai rapidement le papier et découvris une boule en verre avec des flocons à l'intérieur. Mon cœur s'arrêta. C'est ce que j'avais offert à Jarod après la petite anecdote que je lui avais raconté la veille. Sauf que je ne lui avais pas raconté la suite. Le cadeau, le mot. Je dépliai hâtivement le petit mot qui accompagnait le paquet. « Je ne t'ai pas oublié. » Ce crétin voulait jouer ? Et bien il ne sera pas déçu. Je pris mon Smith & Wesson et descendis prudemment l'escalier jusqu'à la petite pièce. Superboy était de dos, et s'occupait de décorer le sapin encore nu. Il s'apprêtait à le parer d'une guirlande, mais ç'en était trop.
« Pose cette guirlande doucement et haut les mains ! » lui lançai-je en le tenant en joue.
« Bien dormie Parker ? » me demanda-t-il ignorant ma menace. « Je vois que tu as dû ouvrir mon cadeau…
- C'est fini Jarod, on rentre à la maison, tu poses cette guirlande et pas d'entourloupes… ! »
Il posa la guirlande dans le carton et s'approcha de moi.
« Jarod, ne bouge plus ! Je peux très bien te tirer une balle dans le genou » lui dis-je en visant tant bien que mal sa jambe.
Il continua à s'avancer doucement. Je remarquai que des étoiles brillaient à nouveau dans ses yeux, elles lui donnaient ce regard amusé et innocent qui m'agaçait tant.
Il était arrivé à ma hauteur et mon canon était sur sa poitrine.
« Vas-y… tires » me défia-t-il
Je ne supportais pas ce genre de provocation. Je fis un pas en arrière et le tins à nouveau en joue.
« Tu n'en as donc pas assez Parker ? Il faut que tu viennes me traquer même quand… quand… j'espérais sincèrement qu'il y avait une once de vérité dans… tout ce que tu as dit, dans tout… ce que tu as fait… »
Je crus voir des larmes se former dans ses yeux. S'il savait…
Je réfléchis rapidement aux options qui s'offraient à moi. Et à ma grande surprise, je choisis le défilement.
« Va-t-en Jarod ! », lui dis-je en abaissant mon arme.
Je le vis hésiter, il réfléchissait, essayant de comprendre ce que j'allais faire.
« C'est une promesse que je dois à Sabina… je devais te protéger », lui dis-je en souriant – pathétique –, « faute de mieux je t'accorde une chance… disons que c'est mon cadeau de Noël… »
Il s'approcha de moi à nouveau, si près que ça en devenait ambigu. Puis comme pour lever toute ambiguïté, il déposa un baiser sur mes lèvres. Je ne sus quoi faire. Il resta ensuite un moment son visage près du mien les yeux fermés.
« Joyeux Noël Parker » me murmura-t-il.
Il quitta la pièce et, vacillante, je ne fis rien pour le rattraper, à quoi bon ?
Foutu esprit de Noël !
FIN
Voili voilou... Si vous en êtes là, c'est que vous avez lu jusqu'au bout et je vous remercie !
Dites moi ce que vous en avez pensé :)
