Chapitre Trois – Underground
Galileo et la fille s'étaient arrêtés dans une allée perpendiculaire pour la nuit. Elle était roulée en boule, reposée mais tremblotante.
Craklin' Rosie, get on board! (1)
Her name was Lola, she was a showgirl… (2)
Lui, de l'autre côté, n'arrivait pas à dormir. Des noms inondaient son esprit, des vieux, des nouveaux. Il en avait oublié beaucoup sans son ordinateur, ses enregistrements, toutes ces commodités… Il commençait à se demander s'il ne devenait pas un de ses GaGa boys qui n'étaient pas capable de fonctionner sans sa technologie.
Lucy in the sky with diamonds… (3)
Fat bottomed girl, you make the rocking world go 'round… go 'round… (4)
Non ! Pensa-t-il. Heureusement, il n'était pas en train de regarder son… derrière. Bon, elle devait probablement en avoir un bien…
Mais à quoi pensait-il ? Il ne la connaissait que depuis quelques heures et il la jugeait déjà, pensant qu'il en savait assez sur elle pour lui donner un nom…
Mais ne la connaissait-il pas déjà ? Elle lui semblait familière et ils avaient été dans la même école…
Attendez… C'était la fille de son rêve ! Celle avec l'étrange coiffure ! C'était ça. Ca collait.
Son rêve deviendrait-il réalité ?
Scaramouche, Scaramouche, will you do the fandango ?
Scaramouche ? Ca sonnait bien. C'était quoi le reste ?
Scaramouche, Scaramouche, will you… (5)
Will you quoi ?
Tant pis, c'était un bon nom, mais il allait devoir s'en souvenir jusqu'au matin. Il jeta un coup d'œil à 'Scaramouche' qui tremblait toujours. Comment pouvait-elle avoir froid ? Il devait faire au moins 30 degrés. Sans rien dire, il retira sa veste et l'étendit sur elle.
Il devrait peut-être dormir un peu.
La fille blonde originaire de la Zone Écossaise écoutait attentivement. Elle ne pouvait rien entendre, mais elle ne pouvait pas en être certaine. Elle était prudente, au point d'avoir fait fuir bon nombre de Potentiels. Mais il n'y avait pas moyen qu'il soit capturé, pas moyen qu'elle se retrouve sans lui.
Il faisait sombre. Il faisait toujours sombre dans le métro, mais elle avait l'impression qu'il faisait encore plus sombre que d'habitude. C'était plus calme que d'habitude, aussi. C'était très calme depuis que l'Hôtel California avait été pris. Charlotte Friggin' Church (6) était restée au Heartbreak Hôtel ces dix dernières années, faisant le deuil de la mort de Jon Bon Jovi. Elle avait été l'une des récupératrices les plus douées de l'Hôtel California, mais depuis ce jour, elle n'avait plus quitté le Heartbreak. Beaucoup avaient été pris par la Police Secrète et bon nombre des meilleurs avaient disparu.
D'un autre côté, il n'y avait aucune raison de s'accabler autant à ce propos. Elle n'avait que treize ans quand c'était arrivé. Cela faisait dix ans. Beaucoup de choses s'étaient passées depuis et ils devaient continuer la lutte.
Alors elle s'assit et attendit le feu vert de Brit.
« La voie est libre, Meat ! » entendit-elle l'homme noir crier un peu plus loin dans le tunnel.
« T'es sûr que les flics sont partis ?! » cria-t-elle en retour.
« Je monte à la surface ! »
« Okay, sois prudent ! » Elle marqua une pause. « Je monte aussi ! »
« Non ! »
Meat grimpa l'échelle et repoussa la plaque d'égout. Elle se glissa au-dehors et regarda autour d'elle, ses yeux scannant les environs, cherchant une possible source de problèmes. Le van garé le long de la route abandonnée était clairement vide. Le ciel était net de tout aéroglisseur. Leur position obtint son approbation visuelle et elle regarda vers Brit. Il était clairement ennuyé par son comportement.
« Tu es trop têtue ! » hurla-t-il.
« Ouais ! » Elle lui retourna son regard haineux. Puis son visage s'adoucit. « C'est c'que t'aimes chez moi. »
Il sourit. « Alors, on a quoi ? »
« Pas grand-chose, du plastiques et des hydrocarbones. Mais y a un morceau de ferraille qu'on peut gratter, » fit-elle en fouillant dans son sac à dos. « Des cailloux qui feront un joli crissement. Une bouteille dans laquelle on peut souffler, oh, et ce joli fil de fer qu'on peut faire vibrer ! »
« De la bonne musique ! » sourit Brit. Puis il fit la moue. « Mince, si seulement tu avais trouvé un morceau de bois, on aurait pu s'en servir pour taper sur celui qu'on a déjà… »
« Ouais, je suppose… » commença-t-elle en passant ses bras autour de son cou. Mais elle recula rapidement. « Ooh, le vilain garçon. J'ai trouvé un bon gros morceau de bois juste là ! »
« Pas maintenant, Meat ! Là, ton boulot c'est de ramener tout ça au Heartbreak, » expliqua-t-il.
« Mais si seulement tu… »
« Non ! Je voyage seul. Tu le sais. Comment je peux faire tout ce que j'ai à faire si tout ce à quoi je pense c'est toi ? »
« Quelles choses ? Tu sais que je peux filer un coup de main. Tu sais que tu penseras à moi, de toute façon. » Ne voyait-il donc rien ? Elle abandonnerait tout pour rester avec lui. « Parfois, j'aimerai q'tu t'inquiètes pas tant de ces trucs. Parfois, j'aimerais qu'on n'ait jamais entendu parler de 'l'ambiance » ! »
Il parut abattu. « Tu le penses pas, » demanda-t-il à moitié.
« Non, » dit-elle. « J'suppose que non. C'est juste qu'tu m'manques tellement, bébé. Ca d'vient d'plus en plus dur à chaque fois, » fit-elle en passant ses bras autour de son cou.
« Hé, bébé, je reviendrai, » la rassura-t-il. « Je suis toujours revenu. Et un jour, je ramènerai le Rêveur avec moi. » Il la serra plus fort contre lui. « Un jour, bébé. »
« Ouais, mais parfois j'ai l'impression qu'c'est nous qui rêvons, » dit-elle en le repoussant. « Peut-être que la musique est vraiment morte. »
« Elle ne fait que dormir, bébé. Un très, très profond sommeil. Ce n'est pas moi qui pourrais la réveiller… mais un jour, je trouverai l'homme qui le peut. Et si je peux seulement retrouver cette ambiance perdue, alors nous pourrons partager notre amour avec le monde entier. Et tu sais ce qui se passera à ce moment-là, bébé ? Nous aurons tout ! »
« Brit… » Elle était fatiguée. C'était dur de devoir écouter ça tous les jours. Difficile d'y croire après tout ce temps. Ca faisait si longtemps qu'ils cherchaient, qu'ils espéraient, qu'ils attendaient. Mais il continua.
« T'entends, bébé ? Écoute, » il mit ses bras autour d'elle. « Tous les enfants chantent. La vraie musique. » Elle pouvait presque l'entendre. Elle pouvait l'imaginer, la musique revenait, toujours plus grave. Le Rêveur apparaîtrait finalement. Il devait être grand et fort, comme Brit.
« Ils ont tous leurs bébés. Ils dansent, chantent et rient. Le monde entier se joint à nous. »
« Des milliers de gens face à nous, » murmura-t-elle.
« Toujours plus de gens ! » dit-il en lui prenant les mains.
« Avec leurs mains en l'air ! » dit Meat en regardant la foule qu'elle pouvait presque voir, sentir et entendre. C'était là, ça allait renaître. La musique reviendrait. Et les GaGas ne seraient plus jamais GaGa. « Mon Dieu, Brit, I really wan' it all. » (7)
« Nous l'aurons, Meat, » dit-il en la serrant contre lui. Elle plongea son visage dans son épaule. « Nous l'aurons. »
« Je t'aime. »
Il embrassa son front. « Tu dois retourner au Heartbreak. » Il lui tendit son sac et elle le mit sur ses épaules.
« Attends. » Elle s'arrêta. Ses oreilles avaient perçu quelque chose. « Dans le van. »
« Quoi ? »
« Vas-y ! » siffla-t-elle. « Quelqu'un arrive. »
Ils eurent tout juste le temps de se planquer que les voix se rapprochaient.
Dès qu'ils s'étaient échappés de la prison de Globalsoft, Gazza avait commencé à parler, presque sans s'arrêter.
« Alors, a-alors comment tu t'appelles ? C-c'est quoi ton histoire ? Q-quand tu as su que tu, je veux dire, comment tu as su que tu étais, tu sais, d-différente ? » demanda-t-il. Avant même qu'elle n'ait pu ouvrir la bouche, il continua. « C-c'est comme si toute ma vie, je veux dire, toute ma vie, j-j'ai toujours su que j'avais une sorte de, hum, de but, comme une destinée exceptionnelle ! C-ça doit sûrement vouloir dire quelque chose ! »
« Oh, sûrement, » dit Kate en le coupant. Ce type ne s'arrêtait-il donc jamais de parler ? « C'est que tu es un con suffisant et arrogant. »
Il s'arrêta net et la fixa durement. Elle roula des yeux. « Bon. Quelle 'destinée exceptionnelle' ? »
« C-ç'a à voir avec les trucs dont je rêve. L-les phrases, elles en viennent toujours à la même chose. » Il fit de grands gestes en écartant les bras. « Je vois un grand espace, une esplanade. Et des gens… Des gens partout. Et du bruit… Un bruit énorme ! Et alors… alors les mots arrivent ! »
« Ooh, quels mots ? » demanda-t-elle sarcastique.
« Déniche l'endroit où vit le rock. Une brillante, brillante étoile montrera le chemin. Va là où ont joué les champions ! » dit-il, sa voix se cassant sur la fin.
« Ce sont des conneries, pour moi, » dit-elle doucement.
Il le regarda comme si elle était celle qui entendait des choses. « Peut-être, » dit-il en s'appuyant sur le van tout proche. « Tu sais, j-j'ai rêvé d'un nom pour toi, je crois. »
Allons donc, pensa-t-elle. Bon, ce serait peut-être mieux que Kate. « Comment pourrais-tu faire ça ? Tu ne me connais que depuis hier. »
« E-et bien, j'ai toujours su que je te rencontrerai. J-j'ai toujours su qu'il y avait un au-autre… rebelle, là pas loin. Un au-autre truc sauvage ! » dit-il en lui donnant un petit coup dans l'épaule.
« Okay. Mais y'a intérêt à ce que ce soit mieux que 'Galileo Figaro'. »
« Hé ! J'ai un bon nom … » marmonna-t-il en paraissant insulté.
« Donc, comment veux-tu m'appeler ? » demanda-t-elle avec impatience.
Il sourit, de toute évidence très fier de lui. « Scaramouche. »
Scaramouche ? C'était ça, le mieux qu'il puisse trouver ? « Scar-a-mouche ? C'est un peu… naze. »
Il perdit toute sa superbe. « Et bien, j-j'en ai rêvé d'autres, mais honnêtement, je pense que c'était le mieux ! »
Si c'était le meilleur, elle avait peur de ce que pouvait être le pire. « C'était quoi les autres ? »
« Long Tall Sally. Honky-tonk woman. Cracklin' Rosie, Ernie the Fastest Milkman in the West, Lucy in the sky with diamonds. Ou… fat-bottomed girl. » (8)
Elle eut l'air embarrassé. « Okay, je vais prendre Scaramouche. »
« Ouais, » dit-il en haussant les épaules.
« Scaramouche ! » appela-t-elle dans le vide. « En fait, j'aime assez. Ca fait un peu anarchique ! Peut-être que c'est ce qu'ils appelaient une 'mélodie', » dit-elle.
« Mais… oui… Scaramouche, Scaramouche… Will you do the fandango ? » demanda-t-il en se tournant vers elle.
Il avait quoi Gazza ? De quoi parlait-il ? « Essaierais-tu de regarder sous ma jupe ? »
Il sauta en arrière, et son regard était impayable. « N-n-non ! »
« Alors, qu'est-ce que c'est que faire le fandango ? »
« J-je pense, peut-être… peut-être que c'est danser ! » couina-t-il.
« Oh, tu veux dire comme les mouvements GaGas ? »
« Euh, oui, en quelque sorte… »
« Excuse-moi je vais… » elle fit semblant de vomir « … dégueuler ! Globalsoft écrit la musique… »
« Ouais… »
« Ils s'entraînent à faire les pas, » dit Kate en imitant des mouvements de danse.
« Hum hum… »
« Et tous les enfants sur la planète Mall font exactement la même chose ! »
« J-je sais, mais… J-je pense qu'il y avait un temps où danser n-n'était pas comme ça, » suggéra-t-il. « Où c'était plus… hum, libre. Tu sais, une sorte de… d'expression personnelle, » songea-t-il, soudain profondément perdu dans ses pensées.
Gazza se mit alors à faire la plus outrageante, la plus pathétique démonstration de danse qu'elle n'ait jamais vue, ses bras s'agitant dans tous les sens comme s'il portait un objet imaginaire.
« … Bien, je n'ai jamais vu quelque chose d'aussi embarrassant de toute ma vie. »
Il la regarda comme si elle venait de fouler au pied toutes ses convictions. « E-et bien, ça rend mieux quand je tiens une raquette de tennis ! » couina-t-il.
« J'espère bien. »
« Okay, é-écoute. Peut-être que faire le fandango c'est juste être des amis, » spécula Gazza.
« Des amis ? Euh… je n'ai jamais eu d'amis. »
Il roula des yeux et retourna s'appuyer contre le van. « Tu m'étonnes. »
Elle le regarda. Il avait beau être complètement dingue, elle devait admettre que, dans l'ensemble, il était gentil. Et elle supposait qu'elle lui était redevable. Après tout, il l'avait aidée à s'échapper de Globalsoft et il lui avait donnée un nouveau nom marquant qui faisait son chemin en elle. Elle avait arrêté de penser à elle en tant que 'Kate' et plus en tant que 'Scaramouche'. « J'ai toujours pensé que j'aimerai en avoir un, cependant, » proposa-t-elle.
Le garçon se retourna pour la regarder. « A-alors nous sommes amis ? » demanda-t-il plein d'espoir.
« Si tu veux. »
« O-oh, je le veux ! J-je le veux vraiment ! » dit-il en avançant vers elle.
Elle recula d'un pas. « Okay. Alors on est amis, » dit-elle faussement enthousiaste.
Le garçon gloussa, comme une fille. « C'est trop cool ! »
« Aussi longtemps que tu travailleras ta façon de danser… »
Il y eut un bruissement provenant de derrière le van.
« C-c'était quoi ? » demanda Gazza en passant derrière Scaramouche, proprement terrifié.
« T'as vraiment pas de couilles, » marmonna-t-elle. « C'est probablement rien. Allons-y. » Elle se retourna et commença à marcher pour passer devant le van.
« Attrapons-les ! » cria une voix de femme depuis l'arrière du van. Scaramouche sentit que quelqu'un agrippait ses bras et elle lutta pour s'échapper alors que Gazza était épinglé contre le van par un homme à la peau noire qui portait… une jupe ? Yeark ! « Vite, salope ! Où ton petit copain a-t-il trouvé les mots ? »
« Quels mots ? » s'enquit Gazza sans même essayer de s'échapper.
Scaramouche était complètement perdue. « Quel petit copain ? Elle jeta un coup d'œil par-dessus son épaule pour voir une femme blonde et mince habillée d'un assortiment de fringues encore plus étrange que les siennes. Elle parlait avec un fort accent écossais.
« Et bien, il t'a appelée 'Scaramouche' ! L'a lu les fragments ! Il connaît les textes sacrés ! »
Gaz bégaya : « J-je ne connais aucun texte sacré ! J-je ne sais pas de quoi vous parlez ! »
« Long Tall Sally ! Cracklin' Rosie ! Les mots, mec, les mots du passé ! Où as-tu entendu cette ancienne poésie sacrée ? » hurla l'homme.
« T'as vu les fragments ! T'es allé au Heartbreak Hôtel ! T'es un espion ! » dit la femme.
« Non, j-j'ai dit que je ne savais pas de quoi vous parliez ! » Il rigola un peu. « J-j'entends juste ces mots dans ma tête, c-c'est tout ! »
« Qui es-tu ? » le cuisina l'homme en le pressant davantage contre le van.
« J-je ne sais pas ! P-pourquoi tout le monde continue de me poser cette question ? » demanda-t-il, perdu. Il y eut un silence. « J-je suis le morse ! »
L'homme noir recula et libéra Gaz alors qu'il continuait. « Ici Major Tom à Contrôle ! Entends-tu les tambours, Fernando ? Je suis, » proclama Gazza, « la Dancing Queen ! » (9)
Bon, au moins, la partie 'Queen' était vraie.
« Meat ! » dit l'homme en courant vers l'Écossaise qui retenait Scaramouche prisonnière. C'était son nom ? 'Meat' ? C'était pire que Fat-Bottomed Girl ! Il commença à murmurer des trucs à 'Meat', et elle n'arrivait pas à comprendre ce qui était dit. Mais les mots qui suivirent embrouillèrent Scaramouche plus que le silence.
« Alors c'est elle, l'espion ! » dit-elle en montrant Scaramouche alors que cette dernière se libérait enfin.
« Quoi ? » s'exclama Scaramouche alors que l'homme plus âgé continuait.
« Non ! C'est le Rêveur ! Celui que nous attendions ! »
« Alors teste-le ! Et sa poule, aussi ! »
Est-ce que Meat parlait d'elle ? « Sa 'poule' ? » interrompit-elle. « Et je suis quoi, maintenant, de la volaille ? »
« Teste-le ! »
L'homme fit quelques pas en avant alors que le silence tombait sur leur petit groupe. Gaz semblait perdu. « I-ils parlent de moi ? » demanda-t-il dans un murmure. Scaramouche roula des yeux et ouvrit la bouche pour répliquer sarcastiquement, mais…
« Mama, » murmura l'homme en parlant presque comme Gaz. « Just killed a man. » Sa voix se fit plus grave et plus… musicale ? Oui, c'était ça. C'était de la musique, de la vraie musique. « Put a gun against his head, pulled my trigger, now he's dead. » Il s'arrêta et montra Gaz du doigt, ce qui sembla le prendre de cours.
De nouveau, le silence s'abattit sur le groupe.
Et puis… « Mama, life had just begun, but now I've gone and thrown it all away, » finit Gazza. (10) C'était incroyable, c'était… prenant, même. C'était beau.
Mais qu'est-ce qui faisait la différence d'avec ce que racontait les GaGas sur les 'musiques' de Globalsoft ? Est-ce que c'était les mots, la 'mélodie' ? Ou est-ce que c'était parce que c'était Gaz ? Commençait-elle à… apprécier le garçon ?
Non. Ca devait être quelque chose d'autre. De toute évidence, les autres éprouvaient une espèce de crainte mêlée de respect, mais ils ne pouvaient pas être amoureux de lui. Donc ça devait être les mots.
L'homme se redressa vivement. « Il connaît le texte ! Mais il ne l'a jamais lu ! C'est l'élu ! »
Elle avait raison ; c'était les mots qui les avaient impressionnés.
Meat courut vers Gazza. « Alors, qu'est-ce que ça veut dire ? Dis-nous ! Qui est 'Mama'… »
« Euh, euh… »
« Qui a été tué… »
« Ouais… »
« Pourquoi tout a été gâché ? » demanda-t-elle en regardant Gaz comme s'il était une sorte de dieu.
Il marmonna quelques chose à propos de ne rien savoir et s'appuya de nouveau contre le van, frustré.
Meat se tourna pour regarder l'autre homme, semblant profondément agacée. « Nous avons cherché le sens de tout ça toute notre vie ! Et tu n'en sais rien ? »
Il agrippa ses épaules. « J-je vous l'ai dit, j-je ne sais pas ! Je… J'entends juste ces choses dans ma tête ! C'est tout ! Hum… Mama ! » continua-t-il. « Ooh-ooh ! » L'homme le bâillonna.
« Tu dois venir avec nous, » ordonna l'homme.
« Ouais, mais pas elle ! On n'a pas b'soin d'elle ! » dit Meat.
Ca lui donna encore moins envie d'y aller. Qu'est-ce que cette fille avait contre elle ? Elles n'avaient même pas été présentées officiellement.
« Hey, je n'irai nulle part sans Scaramouche, » protesta Gazza en mettant ses bras autour d'elle.
Scaramouche le repoussa. Pensait-il qu'il pouvait prendre ses décisions à sa place ? « Euh, Gazza, qui a dit que je voulais aller quelque part ? Ces gens pourraient être des assassins ! »
« Nous le sommes, bébé ! » dit l'homme en robe.
« Ne m'appelle pas 'bébé' ! » Mais l'homme ne l'entendit pas et continua.
« Des tueurs, des thrillers et des bismillahs ! »
Meat continua : « Nous sommes la résistance ! Le dernier espoir ! »
« Nous sommes, » il s'arrêta dans un effet dramatique, « les Bohémiens ! »
« Et maintenant, vous avez le choix. Are yeh ready to break free ? »
« Do you want it all ? »
« Voulez-vous être une étoile filante ! Un tigre ! »
« Défier les lois de la gravité ! » (11°
Scaramouche grogna. « Nan. C'est ennuyeux si vous me demandez. »
« Quoi ? » Gazza se tourna vers elle.
« Je plaisantais, Gazza, » expliqua-t-elle. « Bien sûr que je veux y aller ! »
« Alors comprenez bien ça, » dit l'homme, soudain sérieux à mort. « Si vous rejoignez les Bohémiens, vous serez des parias, pour toujours. Plus jamais un membre de la race des consommateurs ! »
« C'est parfait ! Allons-y ! » (12)
À suivre...
Notes explicatives de la traductrice :
Le titre de ce chapitre, Underground, renvoie à la chanson de David Bowie, bande-originale du film Labyrinth.
(1) Cracklin' Rosie, titre de Neil Diamond.
(2) Copacabana, titre de Barry Manilow.
(3) Lucy in the Sky with Diamonds, titre des Beatles.
(4) Fat Bottomed Girl, titre de Queen.
La fille au gros derrière, tu fais tourner le monde… tourner le monde…
(5) Extrait de Bohemian Rhapsody, titre de Queen.
(6) Charlotte Church, chanteuse soprano et présentatrice de télévision galloise, connue internationalement depuis ses douze ans pour ses disques de musique classique. Elle s'est tournée vers la pop depuis 2005.
(7) I want it all, titre de Queen.
Je veux tout !
(8) Le honky tonk est un style de musique, dérivé du country.
Ernie the Fastest Milkman in the West, titre du comique anglais Benny Hill.
Ernie, le plus gros livreur de lait de l'Ouest
(9) I am the walrus, titre des Beatles.
Ground Control to Major Tom, titre de David Bowie.
Fernando, titre du groupe ABBA.
The Dancing Queen, titre du groupe ABBA.
(10) Extrait de Bohemian Rhapsody, titre de Queen.
(11) Bismillahs : terme allemand présent dans Bohemian Rhapsody.
Defy the laws of gravity : vers présent dans Fat-Bottomed Girl, titre de Queen.
(12) Insérez ici Headlong, titre de Queen.
