Note de East Coast Cyder : Avec ce chapitre, cette histoire devient la plus longue que j'aie jamais écrite, à environ 11 500 mots. Et ce chapitre peut paraître un peu étrange, j'ai dû l'éditer et le reposter un certain nombre de fois.
Chapitre Quatre – La Vie Bohème
C'était ça.
S'il faisait un pas de plus, ce serait la plus longue distance qu'il n'aurait jamais parcourue depuis son module d'habitation.
Galileo s'arrêta. Il prit une profonde inspiration.
Il fit un pas. C'était pas si mal. Il en fit un autre. Et un autre. Et il n'eut plus peur.
« Où on va ? » avait demandé Scaramouche.
Meat avait ri puis avait répondu : « On descend, poulette ! »
Elle n'avait pas menti. Ils avaient atteint une vieille station de métro et avait descendu les escaliers pour entrer dans un autre monde. Il faisait froid, soudain. Il commença à frissonner alors que les deux 'Bohémiens' continuaient dans leurs vêtements relativement étriqués. Cela le surprit que Scaramouche, qui était glacée par 30 degrés, ne fut pas affectée par le changement abrupte de température.
Il frotta ses mains de haut en bas le long de ses bras. Les murs étaient couverts de matériaux colorés et fins qui semblaient avoir été déchirés, arrachés, pliés et réparés un bon nombre de fois. Il y avait des mots dessus, comme « Green Day » et « Weird Al Yankovic Straight Outta Lynwood Tour » et « The Matrix : Reloaded ». Oh, bien, c'était des 'papiers'. Il avait vu quelque chose comme ça au cyber-musée.
You light up a mean blaze… With posters… and screenplays ! (1)
Alors que plus de mots inondaient son esprit, il secoua la tête. Un des Bohémiens, Meat, s'était mise derrière eux, sûrement pour être sûre qu'ils n'allaient pas se perdre ou s'esquiver ou quelque chose comme ça. Elle le regarda étrangement quand il essaya de s'éclaircir les idées. Elle semblait être très prudente. Parano, même. Mais le plus intéressant c'était comment elle réagissait à sa présence. C'était comme si elle attendait plus de lui, comme s'il l'avait déçue.
L'autre, l'homme en jupe, était moins intéressant à analyser. Il semblait préoccupé par une espèce d'adoration héroïque. Comme s'il avait attendu ce moment pendant très longtemps. Galileo se demanda pourquoi. Que pouvait-il représenter qui fût si important ? Il n'était qu'un enfant.
Ils avaient marché pendant ce qui lui avait paru des heures sur un chemin sinueux aux lampes brisées –électriques, pas fluorescentes.
The long and winding road… (2)
Un visage apparut dans les ténèbres. Puis un autre, et un autre jusqu'à ce qu'ils furent au moins une douzaine, errant sans but. Et puis, il y eut une lumière. Une lumière qui remplit une pièce alors que des rails de train – de vraies rails, pas les holographiques, comme celles qui ne servaient à rien près des cyber-stations – apparaissaient autour du quatuor. Un panneau « Tottenham Court Road » (3) désigna l'entrée d'une pièce sous-terraine alors que les silhouettes devenaient des gens, habillés comme le Bohémien qui le guidait, de vestes trop serrées et de vêtements amples, avec des coupes de cheveux qui rivalisaient avec celle de Scaramouche. Le signe au-dessus de leurs tête avait été recouvert grossièrement de mots incompréhensibles et de la phrase « Heartbreak Hôtel ». (4)
Tout le monde s'arrêta alors que le quatuor entrait dans la lumière.
Meat les avait accusés d'être venus ici avant, se souvint Galileo.
« Bienvenu, » dit l'homme, « au Heartbreak Hôtel ! »
Une des personnes présentes s'avança, un homme avec une veste ressemblant à celle de Galileo et des marques noires sur son visage. « C'est qui ces deux-là, Brit ? » Il soupira comme si 'Brit' ramenait tout le temps des gens.
« Je crois que je l'ai trouvé, » expliqua 'Brit' en désignant Galileo. « Celui que nous attendions. »
L'autre homme fronça les sourcils. « Le Rêveur, » dit-il sceptiquement. Une nouvelle fois, il soupira. « C'est pas parce qu'il porte une veste en cuir qu'il est l'élu ! Il ressemble à un des clones de la zone, si tu veux mon avis. »
Brit parut mécontent, mais il se reprit. « S'il est un clone de la zone, alors pourquoi s'est-il lui-même appelé Galileo Figaro ? »
« Galileo ? » L'homme pinça les lèvres. « Alors il a lu les textes ; c'est un espion ! »
Meat roula des yeux. « C'est ce que je disais ! »
« Tuez-le, » ordonna-t-il.
Une demi-douzaine de personnes s'approchèrent de Galileo, tous brandissant des morceaux de tuyaux ou des barres de fer. Il se tendit, repoussant Scaramouche derrière lui.
Puis Brit lui barra la vue. « Quiconque voudra tuer ce type devra d'abord me passer sur le corps ! »
Le groupe s'arrêta, grognant et marmonnant des trucs dans leurs barbes.
« Il n'a pas vu les textes, » expliqua Brit. « Comment aurait-il pu ? Nous les gardons au prix de notre vie ! »
« Il dit qu'il rêve des mots, » soumit Meat.
« Il appelle la poule Scaramouche. »
Scaramouche sortit de derrière lui. « Mais c'est quoi cette histoire de poule ? » cria-t-elle. « Est-ce que j'ai des ailes ? Est-ce que je ponds des œufs ? »
« Heeey ! » dit celui qui avait déjà parlé en s'avançant vers elle. « Po-madame. Nous croyons qu'il fut un temps où quand un mec cool voulait parler de sa meuf, il utilisait le mot 'poule', » expliqua-t-il en ponctuant ses paroles avec ses mains. « C'est une marque de respect. Juste après 'salope'. »
Scaramouche leva un sourcil. « Pour une raison ou pour une autre, je pense que vous vous trompez… »
« Hein ? Bon, ce n'est pas le sujet, d'accord ? Le sujet c'est que ce mec est un espion ! »
Galileo s'avança. « Hey ! Je ne sais pas de quoi vous parlez, d'accord ? Je n'ai pas demandé à être amené ici ! Je ne sais pas qui vous êtes, et je ne sais rien à propos de ces stupides 'textes' ! »
La même demi-douzaine de Bohémiens s'avança de nouveau vers lui, menaçants.
Une nouvelle fois, Brit leur fit face. Il était une force sur laquelle il pouvait compter car une fois de plus, les autres reculèrent. « Il apprend le truc, okay ! »
Bon, Galileo allait devoir se racheter d'une manière ou d'une autre. « C-c'est quoi ces textes, alors ? »
« Des fragments, » dit l'autre homme. Si Brit était le moteur du groupe, cet homme était certainement le chef de la bande. « Rien de plus. Des trucs que nous, et d'autres bohémiens de la Zone de Commerce Globale, avons trouvé. »
« Nous avons des tonnes de trucs, » intervint un autre Bohémien, une fille en pantalon très serré. « Des magazines… »
« Des quoi ? Des mah-gah-zines ? » s'enquit Scaramouche.
« Ouais, c'est… » l'homme s'arrêta, cherchant ses mots. « … comme des sites web. Mais c'est du papier ! Tu peux les toucher ! Et y a des post-ères ! » dit-il comme étourdi. « C'est bizarre, de la pub qui bouge pas, que tu accroches aux murs ! »
Alors c'était ça ces choses collées aux murs, pensa Galileo. Post-ères. Il devait s'en rappeler.
« Nous avons pris nos noms de ces indices de l'ère du rock, » expliqua l'homme.
« Je suis Aretha, » dit la fille qui avait déjà parlé.
« Et moi Sir Paul McCartney. Eux… ils m'appellent Big Macca, » dit l'homme, un peu embarrassé.
« J'suis Meat, » dit Meat. « Meat Loaf. »
Une autre femme leva la main. « Je suis Madonna ! »
« Ils m'appellent… L'Artiste Anciennement Connu comme Prince, couramment appelé l'Artiste Anciennement Connu comme Prince ! » s'exclama un petit homme vêtu d'un top doré.
« Je suis Cliff Richard, » cria une femme en flirtant ouvertement avec l'Artiste Anciennement Connu comme Prince.
Une femme, vêtue de noir, son vêtement lui faisant comme une seconde peau, donna son nom, le regard triste. « Charlotte Friggin' Church. » Elle fit un pas en arrière et se retira dans un coin. Pourquoi était-elle si triste ?
« Ils m'appellent Bob, » dit un autre Bohémien en s'avançant. Bob le Poète, Bob le Rebelle, Bob le Prophète. Je suis… Bob le Bricoleur ! »
Galileo rit. « E-et toi, qui es-tu ? » demanda-t-il à 'Brit'.
« Moi ? » Il rit, un son grave et dynamique. « Je suis le plus gros, le plus mauvais, le plus méchant, le plus sale, le plus grand bâtard de la rage, du rap, du rock'n'roll, sick, heavy-metal qui n'ait jamais existé ! Ils m'appellent… Britney Spears. » Les autres Bohémiens applaudirent. (5)
« E-et c'est quoi cet endroit, » s'enquit Galileo, « ce 'Heartbreak Hôtel' ? Qu'est-ce que c'est supposé vouloir dire ? » Il désigna le panneau.
Un silence tomba sur la pièce.
« Donnez-lui une chaise, » cria Big Macca. Un groupe de gens apportèrent un tube de plastique vide et prirent place derrière Galileo. « Assis-toi. Le Heartbreak est une base rebelle. Le dernier endroit libre-pensant sur la planète Mall ! »
« Où as-tu eu toutes ces fringues ? » demanda Scaramouche à Meat. « Vous avez un look fantastique ! »
« On les a trouvées ! » répondit Meat. « On est des récupératrices ! Ca te dirait un relooking ? » Les autres filles applaudirent. « Tu es une Bohémienne, maintenant ! »
« Ben… » réfléchit Scaramouche.
« Que dis-tu d'un jean bien serré ? »
Elle secoua la tête. « Je déteste mes fesses. »
« Une jupe courte ? » suggéra Meat.
« Je déteste mes jambes. »
« Un petit débardeur ? »
« Je déteste mon ventre. Et mes hanches. J'aime assez mes bras… »
« Alors… »
« Mais pas mes mains. »
Meat réfléchit un moment avant de proposer : « Alors faut qu'tu trouves quelque chose qui mette en avant tes coudes ! »
« Les filles ! » cria Big Macca. « S'il vous plaît ! Je parle à l'élu, là ! »
« Ca change de quand tu parles à ton cul, hein ? » rétorqua Meat. Les Bohémiennes rirent. « Allez, poulette, j'ai plein de trucs là derrière, jette un œil. »
« Je sens que vous allez bien rire ! » commenta Scaramouche avant de disparaître dans la pièce à côté.
« Comme je le disais, » dit Big Macca, « cet endroit est une base rebelle, mais c'est aussi un lieu de pèlerinage. Pour tout ce en quoi nous croyons ! Et un endroit pour se souvenir de la mort du King. »
« Q-quel 'King' ? demanda Galileo.
« On sait pas grand-chose sur lui, si ce n'est qu'il s'appelait 'Pelvis' (6). Un pauvre gamin de nulle part, qui chantait comme un ange et dansait comme un démon. Un adolescent conducteur de pick-up qui se libéra pour devenir un grand rebelle… un rebelle qui a engendré des milliers d'autres rebelles ! »
L'Artiste Anciennement Connu comme Prince claqua les épaules de Galileo, le faisant tant sursauter qu'il en tomba presque de son siège. « Mais il était trop fou ! Trop libre ! Et quand il se déhanchait, » expliqua-t-il, démonstration à l'appui, « les autres enfants prenaient conscience d'eux-mêmes ! » Les autres bohémiens crièrent de joie et braillèrent. « Alors ils l'ont attrapé et ils lui ont coupé les cheveux ! » mima l'homme avec les cheveux de Galileo.
Galileo repoussa l'homme bizarre, remit ses cheveux en ordre puis demanda : « Qui c'est ce 'ils' ? »
« Les prédécesseurs des collectifs GaGa, » expliqua Bob le Bricoleur en chassant le petit homme. « Ils lui ont rasé sa grande banane grasse, comme s'il c'était un détenu. »
L'Artiste Anciennement Connu comme Prince roula des yeux. « Et ils l'ont mis dans l'armée. »
« Le King fut forcé de faire des films ridicules et de chanter des chansons sur le hula-hoops à des bandes de gosses souriants. Il était humilié, » dit Aretha.
« Son esprit s'est brisé, » commenta Cliff Richard. « Il a trouvé refuge dans la drogue, les médocs. »
« Et les cheeseburgers, » intervint l'Artiste Anciennement Connu comme Prince.
« Le King est mort jeune, » murmura Charlotte Friggin' Church depuis son coin.
Aretha courut réconforter la fille qui pleurait ouvertement pour quelque chose. Il faudra que je demande pourquoi plus tard, pensa Galileo.
« Et beaucoup de princes et de rebelles sont morts après ça. Leurs chansons furent perdues, mais leurs noms ont survécu. Nous nous souvenons de ceux qui sont morts jeunes. Buddy Holly, » fit Big Macca.
« Jimi Hendrix, » fit un autre Bohémien.
« Kurt Cobain, » continua Madonna.
Et la litanie commença, des douzaines de noms. Des noms qui avaient un sens, qui étaient vrais. Des noms qui n'étaient pas vides comme Gordon, ou Sally. Des noms avec une vie. Janis Jolpin. Tupac Shakur. Angel. Aaliyah. C'était des noms. Comparés à eux, ceux qu'il avait rêvés étaient aussi superficiels que ceux des GaGas. (7)
La larme à l'œil, Meat s'avança. « Freddie… » murmura-t-elle. Un silence tomba sur le Heartbreak quand elle commença à chanter.
Le son emplit la pièce. Galileo sentit son cœur se déchirer et des larmes lui brouillèrent la vue. Même a capella, c'était la plus belle chose qu'il ait jamais entendue. C'était, d'une certaine manière, entier, comme si aucune des musiques qu'il avait entendues jusque là ne l'avaient été – même pas les sons dans sa tête. Même pas celles qu'il chantait lui-même.
« Crying for nothing… Crying for no one… » Meat réussissait à chanter plus fort que le reste du groupe, malgré les larmes qui coulaient librement sur ses joues. « No one… but you… » (8)
Au moment où elle finit, il n'y avait aucun regard sec dans le Heartbreak. Un sanglot étouffé vint du coin où étaient toujours Charlotte et Aretha.
Big Macca grogna en essuyant une larme au coin de son œil. « Nous laissons pas abattre, okay ? C'est pas ce que les Dieux du Rock auraient voulu. »
« Comment tu le sais ? » demanda Galileo.
« L'instinct. »
Scaramouche sortit la tête par la porte du fond. « C'est bon, riez pas… » Elle sortit, habillée d'une étourdissante démonstration anti-mode. Rouges et noirs, les vêtements qui couvraient ses bras et ses jambes la mettaient parfaitement en valeur.
Pendant un moment, il ne put que la regarder. Elle était si belle… Comment avait-elle pu penser qu'ils allaient se moquer d'elle ? Son cœur rata un battement et les mots lui échappèrent, allant pour une fois se cacher loin dans les recoins de son esprit.
« Hey ! »
« Visez un peu le bébé ! »
Sifflements et quolibets déchirèrent le silence maladroit.
« Vos gueules ! » cria Scaramouche.
« Tu es 'Fergalicious' ! » (9)
« Non, je ne le suis pas. »
« Complètement R'ock'n'Roll ! » cria Meat.
Finalement, il eut le courage de lui parler : « Ils ont raison, Scaramouche ! Tu es rock'n'roll ! » Il ricana.
Elle rougit en avançant vers lui.
« … C'est quoi le 'rock'n'roll' ? » demanda-t-il en se tournant vers la foule.
Un grognement collectif lui emplit les oreilles avant de se changer en exclamations d'encouragement.
« C'est quoi le rock'n'roll ? C'est quoi le rock'n'roll ? » répéta Big Macca, incrédule.
« Gazza, petit, » dit Brit en mettant ses mains sur les épaules de Galileo, « le rock est tout ce que tu veux qu'il soit ! »
« C'est le sexe ! » dit Cliff Richard.
« C'est le style ! » dit l'Artiste Anciennement Connu comme Prince en montrant son accoutrement.
« C'est la rébellion ! » cria Bob le Bricoleur.
Big Macca les coupa : « C'est la liberté. »
« B-bien, oui. Mais… c'est quoi concrètement ? » s'enquit Galileo.
Big Macca prit une profonde inspiration. « … On n'en sait rien. »
Marmonnements et grognements emplirent le silence alors que les Bohémiens se dispersaient dans le Heartbreak.
Il continua : « Tout ce que nous savons, c'est que vint le jour où le rock'n'roll… est mort. Mais nous avons toujours cru qu'à un moment, viendrait un homme qui ramènerait le passé à travers lui. »
« Quelqu'un qui pourrait se souvenir, » déclara Aretha.
Big Macca saisit les bras de Galileo et le poussa à l'écart. « Quelque part sur la planète Mall, il y a des instruments, il doit y en avoir ! Et si Britney a raison, tu es l'homme qui peut les trouver et qui fera renaître le rock'n'roll ! »
« M-mais, » protesta Galileo, « Je ne sais même pas à quoi ils ressemblent ! »
« Moi je sais, » cria Brit depuis le fond de la pièce. Des applaudissements l'accueillirent quand il reparut en portant un objet étrange fait avec ce qui ressemblait à une boîte en bois, avec un mât et du fil électrique. « J'ai bossé là-dessus pendant des mois. Je ne peux pas en jouer, cependant. Heureusement, Lulu le peut. » Brit désigna un homme aux cheveux noirs qui s'avança depuis le fond de la pièce pour plaquer quelques notes de musique. « Quel joli bruit ! Galileo, tu vois la phrase là-haut ? »
Les yeux de Galileo retrouvèrent les mots peints au-dessus du signe du Heartbreak Hôtel. Scaramouche suivit son regard.
« Ca dit : Quand le pouvoir de l'amour surpasse l'amour du pouvoir, le monde connaît la paix. Ce qui passe pour de la musique de nos jours n'est créé que pour le pouvoir et l'argent… »
« C'est vrai ! » cria Meat.
« … C'est pourquoi ça n'a pas d'âme. Mais quand le rock'n'roll a commencé, sais-tu pourquoi ils en jouaient ? »
« P-p-pourquoi ? » demanda Galileo nerveusement.
« Ils en jouaient pour leurs bébés, bien sûr ! » s'exclama Brit en enlaçant Meat. « Pour cette 'crazy little thing called love'. » (10)
« Si tu veux savoir autre chose, hésites pas à demander, » dit Big Macca. Brit, montre-lui une chambre. »
Brit fit signe aux deux nouveaux venus de le suivre, et pour la première fois, Galileo découvrit l'intérieur du Heartbreak.
Derrière la porte, il y avait une sorte d'antichambre où de gigantesques caddies contenaient un large assortiment d'objets : des vêtements, du bois et des pierres, des chutes de plastique, et bien plus encore. Il vit les anciens vêtements de Scaramouche roulés en boule dans une poubelle dans un coin. Des portes de fortune s'alignaient sur les côtés et il y en avait une autre droit devant eux. Ils en prirent une sur la droite et se retrouvèrent dans un couloir, bordé sur les deux côtés par des douzaines de chambres séparées les unes des autres par ce qui ressemblaient à des draps. Plusieurs 'portes' étaient ouvertes, montrant la vraie vie des Bohémiens : une vie sans commerces. Sans technologie, sans possessions personnelles. Les chambres étaient construites sur les rails et des planches les recouvraient pour former un plancher. Il y avait des couvertures sur le sol, certaine avec de la ouate en-dessous. Peu de chambres avaient des oreillers.
Mais ce qui choqua le plus Galileo, c'était qu'il y avait des enfants. Pas des enfants comme lui et Scaramouche, mais des vrais enfants. Très peu devait avoir plus de deux ou trois ans.
Scaramouche se tourna vers Brit : « Sont-ils… ? »
« Nés ici ? Quelques uns. Les autres ont été retirés des orphelinats, » expliqua-t-il. « Ils ne pouvaient pas devenir des GaGas. Personne ne mérite ça. »
Ils marchèrent en silence pendant un moment. Ou, du moins, eux étaient silencieux.
Il y avait des murmures tout autour, les enfants demandaient qui étaient les nouveaux venus, ce qu'ils avaient de différent par rapport à eux. Les adultes questionnaient leurs amis en repoussant leurs enfants à l'intérieur. Un silence embarrassé s'installa bientôt, mais il était évident que les Bohémiens étaient bavards.
« Vous l'avez vu marché par là ? »
« Pourquoi Britney Spears ramènerait-il des… vieux ? »
« Regardez ce qu'il porte ! »
Finalement, ils arrivèrent près de la fin de la rangée. Il y avait au moins dix chambres, ouvertes mais vides. Galileo jeta un coup d'œil sur le côté et vit un éboulement.
Il se tourna vers l'autre homme. « Qu'est-ce qu'il s'est passé ? »
« C'est pour notre sécurité, » expliqua Brit. « Contre les autres. Il y avait une demi-douzaine de bases rebelles éparpillées sur tout le territoire de la Zone de Commerce Globale. Maintenant, il y a le Heartbreak et plusieurs autres plus petites. Si l'une d'elles tombe, et il n'y a qu'un simple tunnel à déboucher, toutes tomberaient. Il y a des entrées. Si tu sais où regarder. » Il pointa le menton en direction de deux chambres. « Ces deux-là sont vides. Elles seront les vôtres aussi longtemps que vous en aurez besoin. Si vous avez besoin de quelque chose, des draps, des tables, servez-vous. Ce qui est à nous est à tout le monde. »
« Merci, » dit Galileo.
Brit hocha la tête et repartit. « Remontez quand vous serez prêts… »
Galileo se retourna pour voir Scaramouche, mais elle était déjà partie, le drap de sa chambre rabattu. Il soupira et entra dans la sienne.
La pièce était petite, mais il n'avait pas besoin d'une chambre plus grande. Il avait le sentiment qu'ils ne resteraient pas là bien longtemps, de toute façon. Il n'avait jamais vu cet endroit dans ses rêves ; ça ne pouvait donc pas être l'endroit où ils vivraient.
Il s'assit et s'appuya contre le mur. Il s'était passé tellement de choses en si peu de temps. Ca faisait du bien de se relaxer, même si ce n'était que pour un court instant.
« Je peux entrer ? » entendit-il. C'était Scaramouche.
« Euh, hum… Ouais. Ouais bien sûr, » dit-il mal à l'aise.
Elle ouvrit le rideau et se glissa à l'intérieur. « C'est pas super calme, là-bas, » dit-elle en pointant le menton vers la pièce d'à côté. « Tu réfléchis ? » Elle s'assit à côté de lui.
Un silence embarrassé s'installa. Bon, pensa-t-il. Fais la conversation, allez !
« Hum. T-t'es vraiment bien, habillée comme ça, tu sais, » remarqua Galileo.
« Non, je ne sais pas, » marmonna-t-elle.
« Ah, euh. Okay, alors… » Il se tut.
Il avait juste essayé de lui faire un compliment.
« Alors, tu es 'le Rêveur', maintenant, Gazza, » commenta Scaramouche.
« J-je crois. C-c'est plutôt cool, tu sais. Savoir que j'ai vraiment un but. »
« Ouais. La 'destinée exceptionnelle'. »
« A-alors, tu y crois maintenant ? »
« J'suppose que oui. » Le silence revint. Il commença à taper sur le sol de bois. « Bon, maintenant qu'la question de ton futur est réglée, je deviens quoi, moi ? »
« Q-que veux-tu dire ? »
« J'suis assez inutile. Après tout, qu'est-ce que je sais sur comment on sauve le rock'n'roll ? »
« M-mais, tu dois venir avec moi, Scaramouche ! » dit-il, déconcerté. « Je ne te laisserai pas derrière ! À qui ça importe que tu ne saches rien ? B-bon, peut-être que tu peux… »
« Sois réaliste, Gazza, j'ferai mieux de rester ici. »
« T-t'es pas sérieuse, hein ? P-personne n'est jamais restée aussi longtemps avec moi ! Enfin, e-est-ce que tu te rappelles ce que j'ai dit tout à l'heure ? 'J'irai nulle part sans Scaramouche' ! »
« Et alors ? »
« B-bah, tu sais ce qui a changé depuis ? »
« Quoi ? »
« Rien. »
Scaramouche le regarda et sourit.
Il y eut soudain une grosse explosion. Galileo sursauta.
« On doit y aller. »
« De quoi tu parles ? »
« Allez. Allez ! »
À suivre...
Notes explicatives de la traductrice :
Le titre de ce chapitre, La Vie Bohème, est une chanson tiré du spectacle musical Rent.
(1) Rent, titre des Pet Shop Boys.
Tu allumes un feu minable… avec des posters… et des scénarios !
(2) The long and winding road, titre des Beatles.
(3) Tottenham Court Road est la station de métro desservant le théâtre où se joue le spectacle WWRY depuis mai 2002.
(4) Heartbreak Hotel, titre de Elvis Presley.
(5) Les noms des Bohémiens varient selon les troupes et l'actualité people. Quand j'ai vu le spectacle, Big Macca s'appelait Robie Williams et Brit était Victoria Beckham, etc…
(6) Il parle bien évidemment d'Elvis Presley. Les Bohémiens confondent à la fois sa vie et les personnages de ses films.
(7) Les noms varient également selon qu'ils sont donnés aux personnages des Bohémiens ou non.
(8) No One But You, titre de Queen.
Pleurer pour rien
Pleurer pour personne
Personne sauf toi
(9) Référence à la chanteuse Fergie.
(10) Crazy Little Thing Called Love, titre de Queen.
Cette petite chose folle appelée l'amour
