Chapitre Cinq – My Sacrifice

Galileo Figaro courut hors de sa chambre pour voir que les Bohémiens qui avaient été dans leurs chambres avaient commencé à courir vers l'éboulement à l'arrière du tunnel. Il se fraya un passage à travers la masse, suivi de près par Scaramouche. Ils revinrent au couloir principal et entrèrent dans la pièce commune.

« Qu'est-c'qui s'passe ? » demanda Scaramouche à un des Bohémiens qui ne courait pas. Charlotte Friggin' Church, s'il se souvenait bien.

Il n'y eu d'abord pas de réponse, puis ses yeux s'agrandirent. « Oh, non, » souffla-t-elle.

Galileo suivit son regard vers la porte, au-dessus du panneau.

Plusieurs membres de la Police Secrète de Globalsoft venaient d'entrer par le trou qu'ils avaient créé et bientôt, l'homme en complet gris émergea à leur suite.

« Galileo, cours ! » cria Meat à travers la pièce.

« Finalement, » proclama le Commandant perché au-dessus du panneau, « j'ai trouvé le Heartbreak Hôtel. Et donc, Mr.McCartney… »

« C'est Sir MacCartney ! » cria Big Macca.

« … I say 'hello', you say 'goodbye' ! » (1)

« Non ! »

Galileo se tourna pour voir Brit qui émergeait du fond de la salle. Il interpella Khashoggi.

« Vous n'aurez pas le Rêveur tant que je serai en vie ! »

« Cours, poulette ! » cria Meat. « Le future du rock est entre tes mains, maintenant ! »

Il attrapa le bras de Scaramouche et s'éloigna en la tirant derrière lui.

« Le chemin par lequel on est arrivé doit être libre, » dit-il en accélérant la cadence.

« Attends, Gazza ! » dit-elle en s'arrêtant. « On peut pas les laisser comme ça ! »

Galileo la traîna derrière lui. « Meat, » commença-t-il, « a dit qu'on devait partir. A-alors on y va ! »

Scaramouche se libéra de sa prise. « Non, j'vais les aider ! »

« Non ! »

Elle repartit en arrière en courant, Galileo juste derrière. Alors que les murs s'élargissaient, il lui rentra dans le dos.

« Pourquoi tu t'arrêtes ? »demanda-t-il.

« Oh, mon… »

« Qu'est-ce que c'est ? » Il leva les yeux et entendit un cri. Une silhouette s'effondra à terre.

Scaramouche se détourna et enfouit son visage contre sa poitrine. « J'peux pas regarder ! C'est qui, Gazza ? »

« C'est Britney, » murmura-t-il.


Une grande silhouette sombre émergea de la bouche d'égout.

« Allez ! » cria-t-il. « Dépêche ! »

Scaramouche attrapa sa main et il la souleva. Elle se mit à quatre pattes, haletante et se tenant les côtes. Regardant vers le garçon, elle vit qu'il était dans le même état qu'elle. Ils avaient fini par revenir là où ils avaient rencontré les Bohémiens. Le van était tout à côté.

« Comment Khashoggi a trouvé le Heartbreak Hôtel ? » fit Galileo, le souffle coupé.

Scaramouche réfléchit un moment. « Ils nous ont… d'une manière ou d'une autre… traqués ! »

Il y eut un silence pendant lequel tous deux réfléchirent sur cette déclaration. Qu'est-ce que Globalsoft avait bien pu faire ? Ils n'avaient pas été sous leur garde pendant très longtemps… Okay, elle avait été emmenée… torturée… et puis…

Galileo trouva plus vite. Sa voix se fit plus rapide à mesure qu'il parlait. « L'hôpital ! Quand ils ont opéré nos… »

« Têtes ! Oh ! » Elle chercha dans ses cheveux à lui alors qu'il faisait de même avec ses mains.

« Ah ! Je crois que j'ai trouvé quelque chose ! » dit-il en écartant les cheveux à la naissance de la nuque.

« Bien, retire-le ! » couina-t-elle en prenant un morceau de verre sur la fenêtre arrière du van.

Il s'arrêta un moment. « Quoi ? »

Elle saisit son bras. « Gazza, si on a des mouchards dans la tête, ils nous traqueront pendant des heures ! Enlève-le. » Elle lui tendit le morceau de verre.

Il hésita un moment puis coupa doucement dans son cou. Elle couina alors qu'il retirait un petit objet métallique.

« Argh ! Il nous a eus depuis le début ! » s'exclama Gaz en lui tendant l'objet.

Elle le prit et l'approcha de sa bouche. « Allô ! Pervers ! C'est une phrase courte. Le deuxième mot est 'off'. »

Gaz parut déconcerté. « Euh… c'est quoi le premier mot ? »

« Tu es un cas désespéré, Gazza… » (2)

« Bon d'accord. À moi, maintenant, » dit-il en s'agenouillant devant elle. Lui arrachant le tesson de la main, elle leva sa main au-dessus de l'implant…

« Ahh ! » cria-t-il en protégeant sa nuque.

Elle leva un sourcil. Pauvre idiot… « Gaz, j'ai pas commencé. »

Il la regarda un petit moment en se frottant le cou. « Oh, d'accord. »

Une nouvelle fois, elle leva le morceau de verre au-dessus de son cou et, dans un mouvement souple, retira le mouchard. Le garçon frissonna et elle regarda attentivement les micros. C'étaient de petits implants en métal avec de petites antennes sur le dessous. Des micro-transmetteurs. Des bons, en plus, puisqu'ils fonctionnaient encore après avoir été dans un corps humain pendant plusieurs jours.

« Vite, » haleta Gazza. « Ecrase-les ! »

« Quoi ? deux micro-transmetteurs de l'état ? » demanda-t-elle, incrédule. « Pas moyen ! Je vais juste activer le spectre négatif au maximum. »

« Quoi ? »

N'avait-il jamais rien écouté sur les bases en classe d'électronique ? Elle roula des yeux. « Je vais les éteindre. »

Elle cassa un petit bout de métal qui dépassait de son corsage et s'en servit pour désactiver les petits micros. En soupirant, elle les posa sur le tableau de bord du van.

« Nous sommes… tout ce qui reste, Scaramouche, » entendit-elle derrière elle. Scaramouche se retourna pour voir Gaz marcher vers elle. Il s'appuya contre un lampadaire tout proche. « Les Bohémiens sont finis, le Heartbreak Hôtel est détruit ! »

La vision du corps de Britney emplit ses pensées. « Britney Spears est mort pour nous sauver, » murmura-t-elle. « Pour te sauver. »

« Nous faisons partie du monde souterrain, Scaramouche, » dit-il en s'asseyant dans le van. « Tout est foutu. »

En reniflant, elle commenta : « Je n'ai jamais fait partie de rien, après tout. » Après un silence, elle s'assit près de lui et demanda : « Tu as remarqué ? T'as perdu ton bégaiement. »

Il sourit, d'un sourire enfantin qui le fit paraître plus jeune, comme lorsqu'ils s'étaient rencontrés. Elle avait l'impression qu'une éternité s'était écoulée depuis ce jour-là. « Et bien, je me sens différent ! » fit-il joyeusement.

« Nous sommes tous les deux différents, » acquiesça Scaramouche. Et elle sentait vraiment qu'elle avait changé. Plus jamais elle n'aurait l'impression d'être la seule à ne pas être une GaGa. C'était comme si elle n'avait pu le voir avant et qu'elle n'était soudainement plus aveugle. Son but était clair. « Pour la première fois de ma vie, je ne me déteste pas. »

Le visage de Gaz perdit soudain son charme enfantin. « Et… je n'ai plus envie de mourir. J'ai trouvé une chose pour laquelle vivre ! »

« Le Rêve ? »

Il secoua la tête. « Toi, » dit-il, plus sérieux qu'il ne l'avait jamais été, ses yeux suppliaient, comme s'il demandait si elle partageait, pourrait ou voudrait partager ses sentiments.

Cela la choqua. Ils s'étaient rapprochés ces deux derniers jours. Même ensemble, elle ne s'était pas imaginée être plus qu'amie avec lui. Elle le voyait comme un petit frère. Était-ce si difficile de croire qu'il pouvait tomber amoureux d'elle ?

Il sembla remarquer son silence. « Mais, euh, nous serons arrêtés à la fin. Tu le sais, n'est-ce pas ? »

« Ouais, » répliqua-t-elle. « Je sais. Et sûrement tués. »

Doucement, précautionneusement, les yeux rivés au sol, Gazza murmura : « Je… Je t'aime, Scaramouche. »

Silence. Puis, aussi doucement et précautionneusement, elle dit : « Je t'aime aussi… Gaz. »

Il se tourna vers elle. « Tu crois pas que, peut-être, pour une fois, tu pourrais utiliser mon nom en entier ? »

Leurs regards se verrouillèrent l'un à l'autre. « Je t'aime aussi, » affirma-t-elle, « Gazza Fizza. »

Il rit. « Alors, si j'ai ton amour, mourir… n'a plus vraiment d'importance, n'est-ce pas ? » (3)

Il lui fallut un moment pour comprendre ce qu'il venait de dire. Cela lui importait peu d'être tué ou blessé, aussi longtemps qu'ils étaient ensemble ?

Quand il essaya de lui prendre la main, elle se leva et se détourna. « J-je peux pas faire ça. »

« Faire quoi ? » demanda-t-il. Elle pouvait presque sentir son visage retrouver cette expression d'incertitude qu'elle connaissait si bien. Pression sur ses épaules. Elle la balança au loin et fit quelques pas en arrière.

Elle ne pouvait pas rester. Pas comme ça. Pendant un moment, elle avait eu quelque chose avec quoi vivre. Et puis, ce porc la lui avait prise une fois de plus. Et maintenant, Gaz attendait d'elle qu'elle l'aimât ? Bon, elle supposa que c'était ce qu'il avait voulu dire. Mais ça n'avait pas d'importance. Ils avaient rencontré la personne qui pouvait faire la différence, qui pouvait les aider à s'en sortir. Et il était mort pour qu'eux puissent vivre. Elle ne pouvait pas rester.

Mais, si elle ne restait pas, où irait-elle ? Pouvait-elle laisser sa mort être vaine ? Non. Elle ne pouvait pas.

Se retournant, elle regarda Galileo dans les yeux, les larmes toutes proches mais ne coulant pas. Il secoua la tête et elle put voir les fantômes de ses larmes dans ses yeux. C'était bon si elle pleurait ; elle était une fille traumatisée. Pas qu'elle ait jamais été très proche de ressembler à n'importe quel stéréotype. Mais il ne pouvait pas pleurer ; il était la personne la plus forte qu'elle ait jamais connue, mis à part le fait qu'il était complètement dingue.

Et, à ce moment, elle sût qu'elle était vraiment amoureuse de lui. Elle ne supporterait pas de le voir se briser. Elle ne supporterait pas de le voir échouer. Et elle ne pourrait certainement pas supporter de vivre sans lui, réalisa-t-elle.

Le fossé entre eux fut bientôt comblé alors qu'elle enfouissait son visage contre son torse. Pour la première fois de sa vie, elle sentit des bras se refermer sur elle, la serrer très fort, et sa tête se posa sur la sienne.

Ils restèrent ainsi pendant ce qui lui sembla être des heures, jusqu'à ce que Gaz, doux et silencieux, lui relève le menton, se penche et place un gentil baiser sur ses lèvres. Ils reculèrent et s'assirent au bord du van jusqu'à ce que, cette fois, Scaramouche place ses bras autour de son cou et s'allonge, offrant cette partie de son cœur dont elle n'avait jamais soupçonné l'existence.


Meat se réveilla à cause d'un mal de tête persistant. Une sinistre lumière verte filtrait tout ce qu'elle voyait. Elle s'assit, autant que les menottes la retenant à la chaise le lui permirent, un étrange dispositif flottant près d'elle. Elle le suivit du regard quand le bourdonnement cessa et vit une seconde chaise sur sa droite, occupée par Big Macca. L'appareil lui tourna autour et une espèce d'œil de verre pointa, puis la sonde se détourna et s'en fut. En regardant de l'autre côté, elle vit quatre autres chaises pourtant quatre autres Bohémiens étaient soigneusement alignées près d'elle.

Que s'était-il passé ?

Oh, d'accord. Elle se souvint d'un cri, d'une douleur à la tête…

Et de Brit. Oh Seigneur, Brit était mort. Tout ça pour un gamin qu'ils connaissaient à peine. Elle n'était même pas sûre que Galileo fût le Rêveur.

Non, elle ne pouvait pas penser ça. Le garçon devait l'être. Sinon, tout ce qu'ils avaient fait n'aurait servi à rien. Alors il devait l'être.

« Meat, » entendit-elle Bob appeler quelques sièges plus loin. « T'es réveillée. T'es okay ? »

« R'garde où on est, Bob. Aucun d'nous n'est okay, » répliqua-t-elle.

L'Artiste Anciennement Connu comme Prince la regarda. Elle vit que son visage était bleu ; une trace de sang séché descendait le long de sa joue. « T'as une tête horrible, » fit-il en souriant.

« Toi aussi. »

Une voix familière lui parvint aux oreilles, gagnant en volume à mesure qu'elle parlait. « Mr. McCartney, vous êtes réveillé à ce que je vois. Dites-moi, que savez-vous de la phrase 'vive le rock' ? Où est l'endroit des champions ? »

Elle se tourna et vit le Commandant, plus suffisant que jamais, volant vers eux dans une sorte de bateau. Il eut un sourire en coin, attendant la réponse.

« Ce sont des mots de liberté, porc ! On ne sait pas ce qu'ils veulent dire. Et c'est 'Sir' McCartney pour toi, » siffla Big Macca.

Khashoggi hocha la tête à l'attention de quelqu'un hors de son champ de vision.

« Il dit la vérité, Commandant. J'ai appliqué un programme de recherche sur ses fonctions cérébrales, » dit une autre voix. Meat remarqua de petits fils électriques se balançant le long de son crâne et elle découvrit bientôt qu'il y en avait autant rattachés au sien. « Je n'ai trouvé aucune preuve de tromperie. » commenta l'homme.

« Mince. Grillez-le quand même. » (4)

Big Macca sursauta sur son siège et grimaça de douleur.

« Oh, et je ne vous permets pas de m'appeler 'porc', » commenta-t-il en flottant près d'elle.

« Les porcs sont encore trop bien pour vous ! » cria Aretha depuis la dernière chaise.

Le Commandant rit tout bas. « Grillez-la aussi. » (4)

Un cri strident s'éleva de l'endroit où la fille était assise alors que le Commandant continuait. « En fait, grillez-les tous ! »

Ce fut d'abord un bourdonnement, et très rapidement, ce fut une secousse, puis un choc qui courut tout le long de son corps. C'était comme si tout son corps était en feu, qu'il brûlait. Puis, aussi rapidement que c'était venu, ça la quitta, laissant juste une douleur cuisante.

« Grille-nous autant que tu veux, » gronda-t-elle doucement. « On te dira jamais rien ! »

« En fait, le pire, c'est que votre 'Rêveur' n'en sait pas plus à propos de l'endroit où vit le rock que vous ou moi, » expliqua joyeusement le Commandant, son sourire en coin se changeant en un sourire plus large. « Il n'est qu'un pauvre idiot récitant des phrases qu'il ne comprend même pas. De plus, c'est lui qui m'a conduit jusqu'à vous, ce pour quoi je lui suis très reconnaissant. »

« Si vous comptez nous tuer, » cria Bob, grimaçant doucement à chaque mot, « faites-le vite. »

« S'il vous plaît, monsieur le Bricoleur, Globalsoft n'est pas une espèce d'inquisition médiévale ! Nous allons juste tuer vos esprits… et vider vos cerveaux de ces choses stupides comme la vraie musique et les pensées individuelles. »

« Vous nous envoyez à Euro Disney ? » demanda Prince, plein d'espoir.

« Non ! Je pensais aux Seven Seas of Rhye, » dit Khashoggi en faisant signe à des gens qui étaient derrière eux.

Elle sentit quelque chose glisser sur sa tête alors qu'elle partait en arrière. Un casque orange tomba sur ses genoux et elle s'agita, essayant de garder le garde loin d'elle. Elle ne voulait pas partir comme ça. Pas comme ça. Quand elle frappa l'homme en plein visage, elle cria : « Rêveur ! Où qu'tu sois, entends-nous ! Suis-nous ! Bohémiens ! Envoyez-lui votre pouvoir ! Faites que vous dernières pensées lui parviennent ! »

Le casque fut bien vite remis en place par le Commandant qui l'activa. Elle s'affaissa et son regard se brouilla. (5)

« I do like to be beside the seaside, » chanta-t-elle à moitié. (6)

À suivre…

Notes explicatives de la traductrice :
La titre de ce chapitre, My Sacrifice, est une chanson du groupe Creed.
(1) Hello, Goodbye, titre des Beatles.
(2) Bon, pour ceux qui ne trouvent vraiment pas, elle dit « Fuck off », soit « Va te faire foutre » en français.
(3) Insérez ici Who Wants to Live Forever, titre de Queen, titre phare de la BO du film Highlander avec Christophe Lambert.
(4) Insérez ici Flash, titre de Queen.
(5) Insérez ici The Seven Seas of Rhye, titre de Queen.
(6) Extrait final de The Seven Seas of Rhye.
J'aime être au bord de la mer