Bonjour à tous !
Donc, comme indiqué dans le résumé, cette histoire est une suite potentielle à mon tri-shot "Pour toi" mais il peut être lu individuellement. Pour ceux qui ne le connaissent pas comme pour ceux qui l'ont oublié, vous avez juste besoin de savoir que, alors qu'à la fin de la saison 1, Seto et Makuba étaient prisonniers de Pégasus, Yugi l'a défié pour gagner leur liberté. Suite à ça, Kaïba assure à Yugi qu'il aura éternellement une dette envers lui et qu'il ne reculera devant rien pour la payer.
Voilà donc la suite de cette histoire, qui va également être un très gros miroir de "Pour toi" en respectant le même format, un tri-shot. Elle commence au tournoi de BatailleVille, après le duel de Yugi contre Arkana pendant lequel Téa, Tristan et Makuba essaient désespérément de le retrouver. Je vous laisse découvrir le premier chapitre ! ENJOY !
- Ça va aller Arkana ? s'inquiéta Yugi.
Lui-même tremblait encore légèrement sous l'effet de l'adrénaline du duel et de sa course pour arracher Arkana au cercle d'énergie maléfique avant que son âme ne soit envoyée au Royaume des Ombres. Mais ce n'était rien à côté de l'état de son adversaire qui s'était jeté vers l'endroit où il apercevait la silhouette de sa fiancée pour découvrir qu'elle n'était finalement pas là. Le corps d'Arkana se redressa et il se retourna vers lui.
- Arkana n'est plus parmi nous, répondit-il.
- Marek ! s'exclama Yugi. Montre-moi ton vrai visage espèce de lâche !
- Tu me verras bien assez tôt, crois-moi. Je dois dire que je suis particulièrement déçu de l'échec d'Arkana et je préfère prendre les choses en main moi-même désormais.
- Qu'est-ce que ça veut dire ? s'inquiéta Yugi. Tu vas enfin te décider à m'affronter à visage découvert ?
- Tu ne crois pas si bien dire, en effet. Ton prochain duel, mon petit Yugi, il sera contre moi. Mais je refuse de prendre le risque de te voir repartir dans la nature et battre mes pilleurs de l'ombre les uns après les autres. Tu es encore dans l'antre d'Arkana et donc nous jouons avec mes règles.
Plusieurs portes autour de l'arène s'ouvrirent, laissant entrer une dizaine de pilleurs de l'ombre. Yugi se raidit en regardant les hommes de Marek l'encercler.
- Qu'est-ce que tu veux dire Marek ? demanda-t-il sans parvenir à dissimuler la panique dans sa voix.
- Je veux dire que tu vas gentiment suivre mes pilleurs de l'ombre. Inutile d'essayer de leur résister.
Deux d'entre eux le saisirent par les bras, lui arrachant une exclamation de douleur, et il se débattit violemment. Son regard se tourna vers la porte par laquelle il était entré et derrière laquelle il était persuadé d'avoir entendu les voix de Téa et Tristan l'appeler.
- LÂCHE-MOI ! cria-t-il.
Il tenta de s'extraire à leur emprise mais ne parvint qu'à renforcer la douleur dans ses bras broyés en deux sous leur poigne. Face à lui, un troisième pilleur de l'ombre faisant près de deux mètres de haut se plaça devant lui.
- On t'a dit que c'était inutile, Yugi.
Yugi se figea une seconde. Cette voix… Il n'eut pas le temps de se demander où est-ce qu'il l'avait déjà entendue. L'homme avait levé le poing et l'abattit vers son visage. Yugi ferma les yeux une seconde avant qu'il n'ait l'impression que sa tête explosait. Sonné, il ne put même pas se débattre quand un sac noir tomba devant ses yeux.
- YUGI ! hurla Tristan.
Tristan s'était figé en discernant clairement la voix de Yugi qui hurlait à quelqu'un de le lâcher. Ignorant la douleur de son épaule qui s'était déjà plusieurs fois écrasée sans succès contre la porte, il recommença de toutes ses forces et, cette fois, parvint à l'ouvrir. Ils eurent juste le temps de voir une dizaine d'hommes encapuchonnés en noir quitter l'arène par différentes portes avant que le silence ne revienne.
- C'est pas vrai ! s'exclama-t-il. Je suis persuadé de l'avoir entendu ici !
- Vous pensez qu'ils l'ont emmené ? s'inquiéta Téa.
- On va très vite le savoir, répondit Makuba.
Il sortit son téléphone et pianota de mémoire un numéro.
- Seto ? C'est moi. Je suis avec Tristan et Téa. On a trouvé l'endroit où Yugi était retenu mais on est arrivés trop tard. On a de fortes raisons de penser qu'ils l'ont emmené ailleurs. Tu as retrouvé le signal de son disque de duel ?
- Il est réapparu pendant quelques secondes devant l'endroit où vous vous trouvez avant de disparaître à nouveau, confirma Kaïba. Ils l'ont probablement fait sortir dehors puis monter dans un véhicule blindé capable de couper des ondes. Tu as vu qui l'a emmené ?
- Non. Ils étaient plus d'une dizaine et tous recouverts de noir, on les a à peine aperçus.
Seto resta silencieux une seconde, analysant les éléments que Makuba lui donnait, avant de répondre :
- Sortez d'ici, revenez à l'extérieur. Je vous envoie une voiture pour vous ramener à la Kaïba Corp. Ils pourraient s'en prendre à vous sans mal et si vraiment ils ont enlevé Yugi pour arriver à leurs fins alors ils sont capables de tout. Reste au téléphone avec moi jusqu'à ce que la voiture arrive.
- Compris.
Ils ressortirent rapidement du chapiteau. A travers le téléphone, Seto entendit Makuba saluer Joey qui les rejoignait et lui raconter ce qui s'était passé. Même en sachant que Makuba était accompagné de Tristan et Joey qui pourraient le protéger s'ils étaient attaqués, Kaïba ne fut véritablement soulagé que lorsque son frère lui confirma qu'ils étaient dans la voiture de la Kaiba Corp. Seto reposa son téléphone et soupira longuement, le regard fixé sur la carte de Bataille Ville qui indiquait la position de chaque duelliste – sauf un. Yugi… Cela ne faisait que quelques mois, pourtant il avait l'impression que des années s'étaient écoulées depuis qu'il avait défié Pégasus pour obtenir sa liberté et celle de Makuba. Quelques semaines qu'il lui avait écrit cette lettre de remerciements pour lui jurer qu'il aurait éternellement une dette envers lui et que, tôt ou tard, il la paierait. Il réalisait à cet instant qu'une part de lui espérait secrètement que Yugi ne se retrouve jamais dans une situation aussi désespérée. Peu importe. Il lui avait juré que le jour où il aurait besoin d'aide, il serait là, et il était déterminé à tenir cette promesse.
Ce fut le froid qui réveilla Yugi. Il fut parcouru d'un violent frisson qui lui fit sentir le sol dur et glacial sous son corps. Ses yeux papillonnèrent quelques secondes avant qu'il ne parvienne à se redresser et jeter un regard flou autour de lui. Il était dans une pièce complètement vide, sans fenêtres. La seule lumière venait d'une ampoule au plafond qui brillait trop faiblement pour éclairer complètement les lieux, baignant juste la pièce d'une lueur tamisée mais suffisante pour lui permettre de l'inspecter. Des murs en béton. Un sol nu et gelé. Une porte épaisse en métal. Il porta une main à sa tête et réveilla un pic de douleur qui le fit grimacer au moment où il toucha son front. Après qu'ils lui aient passé un sac sur la tête, un autre coup avait fait exploser son crâne avant qu'il ne sombre dans l'inconscience. Combien de temps avait-il dormi ? Où était-il ? Son disque de duel avait été enlevé de son poignet et posé à quelques mètres de lui. Lentement, en faisant attention à ne pas raviver son mal de tête, il glissa jusqu'à lui et s'empara du jeu qu'il contenait. C'était bien le sien, complet, ils ne lui avaient pris aucune carte.
- Tu vas bien, Yugi ? demanda la voix de Yami dont la silhouette translucide s'était matérialisée à côté de lui.
- Oui. Je crois… Tu sais ce qui s'est passé ?
- Non je n'en sais pas plus que toi, avoua Yami. Quand tu t'évanouis parce que ton esprit est atteint, comme pendant le duel contre Bakura au Royaume des Duellistes, je peux prendre le relai. Mais là, c'est ton corps qui a lâché. J'étais enfermé dans le puzzle sans possibilité d'intervenir ni même de voir quoi que ce soit. Comment tu te sens ?
- Ça va aller.
Yugi étira lentement ses bras devant lui. Plusieurs points douloureux le lançaient légèrement et il ne doutait pas qu'il s'en tirerait avec plusieurs bleus, mais il était loin de ne plus pouvoir sans servir.
- A ton avis, reprit Yugi, qu'est-ce que…
Il s'interrompit en entendant des bruits de pas se rapprocher de l'autre côté de la porte blindée. Un bruit de serrure cliqueta pendant quelques secondes avant que la porte ne s'ouvre, laissant entrer deux pilleurs de l'ombre. L'un d'entre eux était nettement plus grand et Yugi fut persuadé de reconnaître la silhouette de celui qui l'avait assommé – et dont la voix lui avait parue étrangement familière. L'autre, plus petit et maigre, s'avança :
- Bienvenue mon cher Yugi. Tu es bien installé ?
Yugi s'interrogea une seconde. Cet homme pouvait-il être Marek ? Mais la personne face à lui bougeait à peine et il distinguait un regard flou et lointain sous sa capuche.
- Qu'est-ce que tu veux Marek ? Je croyais que tu étais décidé à me montrer ton vrai visage ?
- Je te l'ai dit, c'est précisément ce que je vais faire. Je suis en route vers Bataille Ville mais mon bateau n'accostera que d'ici plusieurs jours. En attendant que je sois là et que je puisse enfin en finir avec toi, tu vas devoir te satisfaire de mes pilleurs de l'ombre. L'un d'entre eux était particulièrement pressé de te revoir.
L'homme de deux mètres de haut ricana légèrement et enleva sa cagoule.
- Panik ? s'exclama Yugi en reconnaissant l'exterminateur qu'il avait affronté au Royaume des Duellistes.
- En effet, mon petit Yugi. Tu ne t'attendais pas à me retrouver là, pas vrai ? Non seulement Marek m'a ramené dans ce monde, mais il m'a également promis une vengeance digne de ce nom si je l'aidais.
- Un petit tour dans le Royaume des Ombres permet sans mal de recruter des pilleurs de l'ombre rêvés, confirma le pilleur sous l'influence de Marek. Des personnes prêtes à tout pour te faire passer un mauvais moment, ce n'est pas ce qu'il y a de plus rare par là-bas. Sur ce, je te dis à bientôt. Profite bien de ton séjour ici ! J'ai pris le soin de te laisser ton jeu de cartes, je te conseille d'en profiter pour affiner ta stratégie pour notre duel. Si tu veux quelque chose, de l'eau, de la nourriture ou quoi que ce soit d'autre, je te laisse t'arranger avec Panik.
Le pilleur contrôlé par Marek ressortit, le laissant seul avec Panik qui se rapprocha de lui. Yugi se tassa contre le mur dans un réflexe craintif et Panik ricana :
- Tu es déjà apeuré, mon petit Yugi ? Je t'ai connu plus fier que ça, quand tu me ridiculisais et te moquais ouvertement de moi au Royaume des Duellistes.
Yugi aperçut son puzzle du millénium s'activer une seconde avant de ressentir la présence rassurante de Yami, qui dicta sa réponse :
- Tes méthodes n'ont pas changé à ce que je vois ? Jurer allégeance à quelqu'un qui te donne le champ libre pour t'en prendre à des personnes en situation de faiblesse. Tu n'oses toujours pas affronter tes adversaires en face ?
- Toi par contre je constate que tu n'as toujours pas appris à te taire, même quand c'est préférable pour toi.
En trois pas, Panik fut devant lui et sa main se referma sur sa gorge. Il le souleva du sol comme s'il ne pesait rien et le plaqua dos au mur, face à lui. Yami tenta de se débattre et de se soustraire à sa poigne serrée autour de son cou mais le manque d'oxygène le privait de toute force. Ses poumons le brûlaient et la sensation d'étouffement le faisait paniquer, le rendant incapable de faire quoi que ce soit. Il suffoquait et se sentait défaillir quand la pression se relâcha et qu'il s'effondra sur le sol en toussant et luttant pour reprendre sa respiration.
- Autre chose à dire, Yugi ?
Même à présent qu'il l'avait lâché, la douleur sur sa gorge dans laquelle son collier de cuir et la chaîne du puzzle s'étaient enfoncés le paralysait et l'obligeait à réquisitionner toutes ses forces pour respirer normalement. La tête lui tournait encore quand Panik souffla :
- C'est bien ce qui me semblait. Je suis sûr que seul et privé de tes amis devant lesquels fanfaronner, on va très vite se mettre d'accord toi et moi. Tu as réussi à échapper à mes flammes au Royaume des Duellistes mais ici rien ni personne ne te protégera. Alors écoute-moi bien, mon petit Yugi, parce que les règles sont très simples. A chaque mot que tu diras, ce sera un coup supplémentaire. Au ventre, dans les jambes, dans le cou, ça dépendra de mon humeur. Tu as bien compris ?
Luttant encore pour reprendre sa respiration, Yami ne chercha pas à répondre.
- Je vais prendre ça pour un oui, conclut Panik. Je te dis à tout à l'heure, je te rendrais visite de temps en temps pour être sûr que tu ne l'oublies pas.
La porte claqua et se verrouilla avant que Yugi n'ait pu retrouver la force de faire un geste.
L'ascenseur s'immobilisa au dernier étage de la tour de la Kaiba Corp et les portes s'ouvrirent pour laisser Makuba, Joey, Tristan et Téa s'avancer dans le couloir. Makuba s'arrêta devant une porte devant laquelle il frappa avant d'entrer directement. Face à eux, Seto était assis derrière un grand bureau, à côté des baies vitrées qui donnaient une vue sur la ville entière. Il tenait son téléphone contre son oreille mais semblait patienter et, en les voyant entrer, il leur désigna d'un signe de tête une table basse et des fauteuils à côté de l'entrée de la pièce, dans une invitation silencieuse à s'asseoir.
- Merci, tenez-moi au courant dès que vous avez une liste exhaustive, conclut Kaïba au téléphone avant de raccrocher.
- Tu as quelque chose ? demanda Makuba.
- Oui et non, répondit Kaïba en les rejoignant, se tenant debout derrière le fauteuil de Makuba. Le disque de duel de Yugi est toujours introuvable, j'ai donc pris le problème dans l'autre sens. Mes satellites quadrillent entièrement BatailleVille, il n'y a pas un millimètre carré qui soit hors d'atteinte. La seule chose capable d'empêcher le signal d'un disque de duel d'atteindre notre satellite, c'est une paroi en métal, il n'y a que cette matière qui puisse suffisamment couper le signal. Je viens de raccrocher avec la mairie, ils me transmettent une liste de tous les bâtiments dont les parois sont tapissées de métal. Yugi sera forcément dans l'un d'eux.
- Et qui nous dit qu'il est tout simplement encore à BatailleVille ? demanda Joey. Ces tarés ont pu l'emmener n'importe où !
- Rends-nous service Wheeler et donne-toi la peine de réfléchir plus de trois secondes d'affilées, souffla Kaïba. On sait que les pilleurs de l'ombre tiennent à battre Yugi en duel, c'est leur seul moyen légal de mettre la main sur ses cartes les plus rares. Et pour l'affronter, ils devront rester dans le champ de portée du satellite, soit à BatailleVille.
- Quoi, tes disques de duel ne fonctionnent pas ailleurs ?
- En temps normal si, mais avec la première phase du tournoi il y a tellement de duels menés en même temps que j'ai dû établir des priorités de connexion par zone géographique. Quiconque est hors de cette zone ne parviendra que très difficilement à se servir de son disque, la connexion sera trop lente car nos serveurs prioriseront les requêtes venant de BatailleVille. S'ils veulent l'obliger à se battre, ils devront le garder à proximité.
- Mais si ce qu'ils veulent c'est un duel contre lui, s'étonna Téa, pourquoi ne pas l'affronter tout de suite ? Pourquoi il n'a pas déjà réapparu pour qu'ils puissent le forcer à se battre ?
- Pour l'affaiblir, le démoraliser, prendre le temps d'étudier son jeu et donc de pouvoir le contrer… énuméra Kaïba. Il y a des tonnes d'explications. Et c'est plutôt logique en un sens. Pour venir à bout d'un bon duelliste, c'est à son moral autant qu'à ses cartes qu'il faut s'attaquer. Il ne sortira pas indemne de plusieurs jours de captivité coupé du monde.
- Mais Yugi sait que nous sommes à sa recherche ! protesta Tristan. Il a toujours été là pour nous, dans toutes les situations désespérées, il doit se douter que ce sera réciproque et que nous allons le retrouver !
Un silence de plusieurs secondes tomba avant que Makuba ne souffle, presque imperceptiblement :
- Ça ne suffira pas.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? demanda Téa.
Makuba parut réfléchir encore un moment, comme s'il cherchait ses mots, avant de reprendre doucement :
- Je ne sais même pas comment l'expliquer mais… C'est pas si évident, de tenir en se disant qu'on va venir nous chercher. Je veux dire… Quand tu es complètement isolé, seul, qu'il fait noir ou froid ou que tout est silencieux, que tu n'as aucun moyen de te rendre compte du temps qui passe… Que tu ne sais pas si on est la nuit ou le jour, ni quel jour, ni combien de temps tu as dormi, ni si tu as faim juste parce que tu t'ennuies ou parce que ça fait véritablement plus de 24 heures qu'ils ne t'ont rien amené… Que tu espères qu'on vienne te chercher mais que les seules personnes qui viennent invariablement sont celles qui te frappent et t'insultent ou qui t'obligent à les supplier pour un verre d'eau avant de te renfermer… Tu as beau savoir qu'il y a dehors quelqu'un qui te recherche et qui va venir te sauver, au bout d'un moment, tu finis tout de même par douter. Et te dire qu'il a pu arriver cent mille choses à cette personne pour l'empêcher d'être là, ou même l'empêcher d'être au courant que tu as besoin d'aide. Et que toi, tu resteras seul ici…
Sa voix s'était brisée sur ses dernières phrases et, debout derrière son fauteuil, Seto avait posé une main rassurante sur son épaule. Makuba releva la tête vers lui et s'efforça de maîtriser les intonations de sa voix quand il demanda :
- Qu'est-ce qui se passera si on ne le retrouve pas ?
La main de Seto qui n'était pas posée sur l'épaule de son frère se crispa légèrement et il parut plus déterminé que jamais quand il répondit :
- On le retrouvera.
La porte claqua violemment, faisant sursauter Yugi et réveillant la douleur lancinante dans ses bras.
- Tout se passe comme tu veux, mon petit Yugi ? lança la voix moqueuse de Panik.
Yugi se redressa difficilement pour s'asseoir contre le mur.
- Yugi, souffla doucement Yami à son oreille, je peux prendre le relai…
- Ça va aller, assura Yugi.
Réquisitionnant toutes ses forces, Yugi se releva pour faire face à Panik.
- J'étais venu voir si tu avais besoin de quelque chose. Ce n'est pas l'envie qui me manque de te laisser agoniser ici bien sûr, mais Marek tient à ce que tu restes en vie pour l'instant.
Yugi eut une seconde d'hésitation. Panik avait raison, Marek avait encore besoin de lui. Et il ne gagnerait rien à lui résister par excès de fierté. La soif le tiraillait depuis ce qui lui semblait être plusieurs heures et il n'avait aucune idée de combien de temps s'écoulerait avant une autre occasion.
- Je peux avoir de l'eau ? demanda-t-il.
- Bien sûr que tu peux. Mais tu n'as pas oublié les règles que je t'avais expliquées ? Un coup par mot prononcé. Marek m'interdit de te tuer mais pas de te faire payer l'humiliation du Royaume des Duellistes.
Yugi esquissa un geste de recul, bloqué contre le mur, quand Panik se rapprocha de lui et lui décocha un coup de poing dans l'estomac qui lui coupa le souffle.
- YUGI ! hurla Yami au fond de sa tête.
Yugi n'eut même pas la force de lui répondre, encaissant les coups suivants en luttant pour reprendre sa respiration entre chaque. Panik le jeta par terre et le dernier coup le frappa dans la tête, faisant exploser des étoiles devant ses yeux fermés. Il entendit à peine Panik ricaner et lui annoncer qu'il revenait avec de l'eau. La porte claqua et la cellule redevint silencieuse. Yugi tenta de s'obliger à respirer normalement mais le dernier coup qu'il avait pris lui donnait l'impression d'avoir un pic enfoncé au travers du crâne qui l'empêchait de se concentrer sur quoi que ce soit. Son corps entier lui paraissait être en miettes, le sol tanguait sous lui, ses côtes douloureuses le lançaient à chaque inspiration et il renonça rapidement à tenter de maîtriser sa respiration. Il fondit en sanglots incontrôlables qui achevèrent de rendre insupportable la sensation dans ses côtes, sans pour autant qu'il ne parvienne à se calmer ou à penser à autre chose qu'à la douleur qu'il ne parvenait pas à gérer. Un éclat de lumière jaillit à travers ses paupières fermées, sans qu'il soit capable de dire s'il l'imaginait ou si c'était bien réel.
- C'est bon Yugi, ça va aller.
La voix de Yami avait résonné plus fort que d'habitude. Yugi ouvrit les yeux. Il était assis sur un escalier en pierres, au milieu d'un dédale de marches, de plateformes et de portes fermées. Il releva la tête vers Yami accroupi devant lui et réalisa à ce moment-là qu'il ne ressentait plus aucune douleur. Il déplia légèrement ses bras pour le confirmer avant de relever un regard hésitant vers son alter ego.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? On est…
- J'ai emmené ton esprit à l'intérieur du puzzle. Je… Je ne sais même pas comment l'expliquer. Mais ça te déconnecte de ton corps et t'empêche de ressentir la douleur. Au moins pour un moment, ajouta-t-il après une hésitation.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
Yami parut chercher ses mots avant d'expliquer :
- Quand nous sommes tous les deux ici, ton corps est dépourvu de toute âme qui l'habite. C'est une coquille vide, à l'instar des victimes de Pégasus quand il enfermait leurs âmes dans les cartes. Et aucun corps ne peut survivre très longtemps sans aide extérieure dans ces conditions, encore moins un corps maltraité. Je ne peux que t'offrir un répit de quelques minutes, deux ou trois heures tout au plus.
- C'est déjà énorme, sourit Yugi. Merci…
- Ne me remercie pas, soupira Yami, c'est moi qui avait passé un duel entier à provoquer Panik au Royaume des Duellistes.
- Je ne me souviens pas avoir fait grand-chose pour t'en empêcher, le rassura Yugi. A l'époque on avait fait ce qu'il fallait pour récupérer les étoiles de Maï.
- Ça ne justifie pas le fait que tu prennes autant de coups, ni que tu souffres autant. Reste ici aussi longtemps que tu le veux, je vais prendre le relais…
- Non ! protesta Yugi.
- Mais…
- Écoute-moi Yami. Marek a dit qu'il nous avait enfermé ici pour pouvoir nous affronter dès qu'il arrivera. Mais… Même en liberté, ses pilleurs de l'ombre nous auraient rapidement retrouvés. Les règles de Panik, le choix entre pouvoir boire et manger ou prendre des coups… J'ai compris. Il veut nous affaiblir. C'est pour ça qu'il l'a recruté, lui, qui ne reculera devant rien pour blesser quelqu'un. Ce que veut Marek, c'est que le jour où il arrivera et qu'on l'affrontera, on ne tienne plus debout. Alors… Ne lui donnons pas cette satisfaction. C'est toi qui l'affrontera en duel, et même si tu ressentiras la douleur, elle sera bien plus supportable pour toi si tu es resté ici avant, si ça ne fait pas plusieurs jours que tu souffres. Notre seul moyen de nous sortir de là, c'est que tu le battes et pour cela il faut que tu sois en forme. Alors… N'interviens pas. Je vais retourner dans mon corps, je vais déjà mieux, je me sens bien plus capable de le supporter.
- Yugi, il est hors de question que je te regarde souffrir sans rien faire, trancha Yami.
- On n'a pas le choix ! protesta-t-il. S'il te plaît, tu dois me faire confiance… Ça va aller, je te le jure. Et je vais réfléchir à d'autres solutions, un moyen de nous échapper ou au moins d'éviter les coups… Mais toi, s'il te plaît, reste à l'abri. Et gagne ce duel.
Yami parut hésiter mais il finit par soupirer :
- Très bien. Mais promets-moi de me le dire si tu ne supportes plus la douleur. Tu n'as qu'un mot à dire pour que je te ramène ici quelques instants, ou même que je prenne ta place.
- C'est promis, assura Yugi. Merci.
Yami acquiesça d'un signe de tête et le décor s'assombrit autour de Yugi. Il distingua de plus en plus mal les escaliers et les murs de pierre avant que ceux-ci ne disparaissent complètement. Ses yeux étaient fermés, il sentait le contact d'un sol glacial sous sa tête. Il avait toujours aussi mal. A la tête, aux jambes, aux côtes. Mais il s'y était préparé et, à présent qu'il avait pu l'oublier quelques instants, la douleur était redevenue supportable. Il s'obligea à respirer lentement quelques secondes avant de bouger précautionneusement ses bras et ses jambes. Il avait mal mais il parvenait à bouger sans accentuer la douleur. Pas de fractures, donc. Doucement, il parvint à s'appuyer sur ses bras pour basculer sur le dos et se redresser légèrement en s'appuyant contre le mur.
- Tu es sûr que ça va ? s'inquiéta Yami à côté de lui.
- Oui. Mieux, je te jure, souffla Yugi.
Il avisa un verre d'eau posé à côté de lui. Panik avait dû le lui ramener pendant qu'il était encore à l'intérieur du puzzle. Il tendit le bras pour le saisir et but de longues gorgées qui achevèrent de le faire se sentir mieux. Il avait envisagé l'idée de n'en boire qu'un peu pour retarder le moment où il devrait lui en demander d'autre, mais le verre était trop petit – et il avait trop soif. Sa gorge était à peine apaisée lorsqu'il reposa le verre vide. Cherchant à penser à autre chose qu'à sa soif à peine étanchée, son regard revint vers son disque de duel. Une lumière rouge était allumée dessus depuis qu'ils étaient arrivés ici et il se souvint d'une ligne lue dans le manuel d'utilisation qui l'accompagnait. La diode rouge signifie que votre disque ne parvient pas à se connecter au satellite de la Kaïba Corp. Assurez-vous d'être au sein de BatailleVille, idéalement en extérieur. Kaïba… Il se revoyait encore en train de lire la lettre que Kaïba lui avait envoyée après qu'il ait forcé Pégasus à les libérer, Makuba et lui. Que ce soit maintenant, dans quelques jours ou dans quelques années, peu importe ce qui t'arrivera, tu pourras toujours t'adresser à moi en cas de problèmes. Quoi qu'il t'arrive, si tu penses que je peux te venir en aide, n'hésite surtout pas. Il avait besoin d'aide. Plus que jamais. Si seulement il avait un moyen de le contacter… Mais le seul appareil qui pourrait le lui permettre était coupé du monde, incapable de communiquer avec le satellite à qui il transmettait ses informations.
- Tu crois qu'il pourrait nous aider ? demanda Yami.
- Il nous l'avait promis et je suis sûr qu'il le ferait. Tu penses qu'il pourrait déjà être à notre recherche ?
- C'est possible. La disparition de ton disque de ses radars n'a pas dû passer inaperçue et Tristan a probablement compris que tu avais été enlevé. Tu dois y croire Yugi, ils vont nous retrouver.
Yugi acquiesça d'un léger hochement de tête.
- Et s'ils n'y parviennent pas ?
- Dans ce cas je gagnerai ta liberté en affrontant Marek en duel et en le battant, promit Yami.
- On ne sait même pas contre quoi se préparer à se battre, fit remarquer Yugi. Et si Marek utilisait les cartes de Dieux Egyptiens ?
- On trouvera leur faiblesse, chaque carte en a une et ils ne feront pas exception, assura calmement Yami.
Yugi esquissa un pâle sourire :
- J'aimerai être aussi confiant que toi.
- Tu es trop ébranlé pour l'être et c'est normal. Mais tu n'as pas à t'en faire Yugi. Nous formons une équipe et jamais je ne te laisserai tomber. Je te le promets, nous allons battre Marek et sortir de cette situation ensemble.
Le sourire de Yugi s'élargit légèrement.
- Merci, souffla-t-il. Je ne sais même pas comment je tiendrais ici si tu n'étais pas là.
- C'est moi qu'ils veulent Yugi. Sans moi tu ne te serais jamais retrouvé ici.
- Ce n'est pas de ta faute pour autant ! protesta Yugi. Yami, arrête de t'en vouloir…
Le visage de Yami se ferma légèrement mais il ne répondit pas. Yugi se cala un peu plus confortablement contre le coin du mur et sa tête s'appuya contre la paroi. La douleur l'assommait et le dissuadait de trop bouger.
- Tu devrais essayer de dormir, souffla Yami. Tu as l'air épuisé.
- Je suppose qu'il n'y a que ça à faire, en effet, soupira Yugi.
Il cessa de lutter contre la sensation de fatigue et laissa ses yeux se fermer d'eux-mêmes. Il était probablement déjà en train de rêver mais, juste avant que ses paupières ne tombent, il crut voir la lumière rouge de son disque de duel s'éteindre pendant une fraction de seconde.
La nuit commençait à tomber et les ruelles entourées de bâtiments de plusieurs étages étaient déjà baignées dans l'obscurité. Makuba ne savait même pas ce qu'il cherchait ici – ce n'était pas comme si Yugi était retenu dans l'une de ces allées, et il ne pouvait pas se permettre de fouiller tous les bâtiments. La pénombre rendait l'endroit encore plus effrayant et il sursauta violemment quand son téléphone portable sonna. Il se ressaisit rapidement et décrocha :
- Makuba. Il n'y a plus de duel à Bataille Ville depuis déjà une heure, où es-tu ? Pourquoi tu n'es pas encore rentré ?
- Je vais pas tarder, je… Je voulais vérifier quelque chose. Par rapport à Yugi.
- Quoi ?
- Tout à l'heure, à la Kaïba Corp, j'ai voulu vérifier ce qu'on avait sur les pilleurs de l'ombre. Nous ne les connaissons pas comme tels, mais en analysant les historiques des duels, j'ai remarqué un quartier, celui à côté des quais de Domino, où il y a eu un nombre assez important de duels… Je ne dirais pas déloyaux, mais au moins étranges. Dans ce quartier, la grande majorité des duels ont duré moins de dix minutes avec l'un des duellistes qui utilisait un nombre assez fou de cartes rares et puissantes pour terrasser l'adversaire. Je me suis demandé si ça ne pouvait pas être leur signature et donc, si leur quartier général ne serait pas dans ce coin-là. Si on arrivait à le trouver, on saurait peut-être où chercher Yugi…
- Makuba… souffla Seto en grinçant des dents. Tu es sérieusement de me dire que tu es seul à la tombée de la nuit dans un quartier qui pullule de pilleurs de l'ombre ?
L'inquiétude de son frère était palpable à sa voix et Makuba soupira :
- Ce ne sont que des suppositions, et les quais grouillaient de monde jusqu'à il y a quelques instants. Ne t'inquiète pas, je rent…
Un mouvement devant lui attira son attention et Makuba releva la tête vers trois silhouettes encapuchonnées en noir.
- Eh, qu'est-ce que vous voulez ?
- Makuba, demanda Seto au téléphone, qu'est-ce qui se passe ?
Makuba ne répondit pas et recula instinctivement pendant que l'un des pilleurs de l'ombre ricanait :
- Makuba Kaïba. Finalement, la chasse de cet après-midi aura été meilleure qu'espérée…
- Laissez-moi tranquille ! protesta-t-il sans parvenir à cacher la frayeur dans sa voix.
Il tenta à nouveau de reculer mais sentit le mur d'un bâtiment dans son dos. Il était totalement encerclé et l'un d'entre eux s'avança pour lui faire lâcher son téléphone. Il cria de douleur en sentant son poignet être écrasé par sa poigne et son portable tomba sur le sol.
- SETO ! hurla-t-il instinctivement.
- TIENS BON J'ARR…
Il n'eut pas le temps d'entendre la fin de sa phrase. Le pilleur de l'ombre avait écrasé son téléphone sous son pied. Cependant, la voix de son frère avait réveillé ses réflexes. Seto arrivait d'ici quelques minutes, il devait leur résister d'ici là, les empêcher de l'emmener ailleurs, absolument. De toutes ses forces, il balança son pied dans le tibia de l'homme qui le tenait. Celui-ci le lâcha dans un juron de douleur et Makuba en profita pour passer en courant à côté de lui. Il eut à peine le temps d'espérer atteindre le bout de la rue quand les bruits de foulées derrière lui se firent plus proches et qu'une main se referma violemment sur son épaule pour le tirer en arrière. Il cria à nouveau instinctivement et se débattit mais ne put résister à la force de l'homme qui le jeta par terre et lui asséna un coup de pied dans le ventre qui lui coupa le souffle.
- Maintenant tu la fermes et tu viens avec nous !
Le pilleur de l'ombre tendit sa main vers lui, visiblement pour l'attraper par les cheveux, et Makuba ferma les yeux par réflexe.
- Ne le touche pas ! résonna soudain une autre voix.
Un bruit de choc retentit mais Makuba ne ressentit aucune douleur. Il ouvrit prudemment les yeux et constata que quelqu'un s'était interposé entre lui et les pilleurs de l'ombre. Avant qu'il n'ait eu le temps de comprendre ce qui se passait, les pilleurs revinrent à la charge, frappant celui qui le protégeait, mais celui-ci rendit les coups et, quand l'un des hommes encapuchonnés s'effondra, les deux autres déguerpirent rapidement. Makuba resta immobile, les yeux écarquillés par le choc et la surprise, digérant l'image du pilleur de l'ombre qui l'agressait dix secondes plus tôt évanoui sur le sol.
- Ça va Makuba ? demanda celui qui l'avait protégé en se retournant.
L'obscurité et sa vision trouble suite aux chocs l'empêchaient de discerner son visage, mais il reconnut sa voix.
- Joey ? Qu'est-ce que tu fais là ?
- J'étais dans le coin, je t'ai entendu crier. Tu peux marcher ?
- Oui ça va aller…
- Alors viens, foutons le camp d'ici avant qu'ils ne reviennent en force.
Joey l'aida à se relever et le guida jusqu'aux quais de Domino, qu'ils atteignirent au moment où une voiture s'y engouffrait à toute vitesse avant de freiner net.
- Makuba ! s'écria Seto en descendant de la voiture.
Il se précipita vers eux et, à la lumière des réverbères, Makuba discerna le visage de son frère sur lequel l'inquiétude et la colère se lisaient nettement. Son regard s'arrêta une fraction de seconde sur Joey, comme pour s'assurer que la personne avec qui il était ne lui ferait pas de mal, avant de se retourner vers son frère qu'il prit par les épaules.
- Tu n'as rien ? s'écria-t-il. Bon sang, qu'est-ce qui t'a pris ?
- Ça va Seto… murmura Makuba. J'ai rien, Joey est intervenu… Je suis désolé…
- Je peux savoir ce qui t'a pris ? répéta Kaïba plus fort en le secouant par les épaules. Bon sang, regarde-toi ! A quel moment tu t'es dit que c'était une bonne idée de te jeter seul là-dedans ?
Le visage de Makuba s'était crispé sous la peur pendant que son frère le secouait et Joey s'écria :
- Eh, doucement !
Il amorça un geste pour forcer Seto à le lâcher mais son intervention sembla couper Kaïba dans sa colère. Son regard oscilla plusieurs fois entre Makuba, recroquevillé de terreur devant lui et Joey, dont le visage était tuméfié mais qui restait sur ses gardes, prêt à le forcer à lâcher son frère.
- Je suis désolé Seto… reprit Makuba d'une voix tremblante. C'était stupide, je le sais… Je suis désolé… Joey m'a défendu et les a fait partir, j'ai rien… Excuse-moi, s'il te plaît…
Encore sous le coup du choc et de l'inquiétude, Kaïba s'efforça de se calmer en assimilant ce que Makuba lui disait. Avant d'avoir pu faire de l'ordre dans ses pensées, des éclats de voix résonnèrent depuis les ruelles qu'ils venaient de quitter.
- Si tu permets Kaïba, souffla Joey, je propose qu'on ne traîne pas par ici, je n'ai pas envie de les voir revenir en nombre.
Kaïba acquiesça et désigna la voiture.
- Montez.
Il se réinstalla au volant et s'éloignèrent de quelques rues jusqu'à rejoindre le centre de Domino, beaucoup plus illuminé et peuplé. Pour autant, aucun d'eux trois ne semblait avoir envie d'affronter la foule et, une fois garés, Seto se contenta de pivoter sur son siège pour voir à la fois Makuba, toujours penaud sur le siège passager, et Joey assis derrière.
- Qu'est-ce que tu faisais là-bas, Wheeler ? souffla-t-il.
- Je cherchais Yugi. Quelques heures avant le lancement du tournoi, une bande de pilleurs de l'ombre m'était tombée dessus dans ce coin et m'avait forcé à me battre pour me prendre mon Dragon Noir.
- Oui, j'avais vu passer ce duel en faisant mes recherches, confirma Makuba.
- J'avais pris une raclée et mes souvenirs sont flous, mais j'espérais reconnaître le bâtiment dans lequel ils sont partis après m'avoir pris ma carte.
- Et à quel moment vous avez oublié de vous souvenir que vous jeter là-dedans n'aiderait Yugi en rien ? soupira Kaïba. Ils sont sur leur territoire, plus nombreux, plus organisés, vous ne l'auriez pas aidé en vous retrouvant enfermés avec lui !
- Makuba non, admit Joey, mais moi si. Peu importe ce qui lui arrive, je préfère cent fois être avec lui pour l'aider à affronter ça. Yugi a toujours été là, y compris après cette raclée par les pilleurs de l'ombre pour leur reprendre mon Dragon Noir, tu pensais vraiment que j'allais le laisser passer une nuit entière seul sans savoir comment il est traité ?
- Si tu t'étais donné la peine de réfléchir un tant soit peu, tu aurais convenu que nous n'avons pas beaucoup d'autres solutions, fit remarquer Kaïba. Crois-moi, je suis le premier à avoir en horreur l'idée de le laisser à leur merci une seconde de plus.
- Mais qu'est-ce qu'on peut faire d'autre, Seto ? demanda Makuba, l'air toujours penaud.
- Éviter de vous jeter dans la gueule du loup et de me donner encore plus de soucis pendant que je le recherche, ce sera un bon début !
Makuba se ratatina sur son siège et Joey souffla :
- Eh, calme-toi. Il n'a rien, c'est le principal. Ne l'engueule pas, il a eu suffisamment d'émotions fortes pour ce soir.
Kaïba s'apprêta à répondre qu'il n'avait pas de leçons à lui donner, mais, en relevant les yeux vers lui, son regard fut attiré par les marques de coups sur le visage de Joey. La colère et l'inquiétude l'avaient empêché jusqu'à maintenant de réfléchir posément et de réaliser ce qui s'était passé, mais les ecchymoses de Joey achevèrent de le lui faire comprendre. Peu importe à quel point il avait fait au plus vite pour rejoindre son frère, il serait arrivé trop tard, cent fois trop tard, et Makuba serait actuellement entre les mains des pilleurs de l'ombre si Joey ne s'était pas précipité sans réfléchir pour le protéger. Il soupira longuement et, bien que ces mots lui parurent comme les plus difficiles à prononcer, il finit par souffler :
- Merci. De l'avoir protégé.
- Laisse tomber, répondit Joey en secouant la tête. Si ça avait été ma petite sœur à sa place, j'aurais voulu que quelqu'un intervienne.
- Tu as une sœur ? s'étonna Kaïba. Elle est à Bataille Ville ?
- Elle sort de l'hôpital demain. Tristan devait l'accompagner pour revenir en train jusqu'à Bataille Ville et nous rejoindre mais… Enfin je vais l'appeler. Il vaut mieux qu'ils rentrent directement chez moi dès qu'ils arriveront, on ignore à qui ces tarés vont vouloir s'en prendre la prochaine fois.
- C'est plus prudent, confirma Kaïba, il y a des chances qu'ils t'aient reconnu et qu'ils veuillent te faire payer le fait d'avoir assommé trois de leurs hommes. Tu étais à pied ? Tu as besoin que je te ramène chez toi ?
Joey soupira légèrement. Il s'était élancé dans le quartier des pilleurs de l'ombre en se convainquant qu'il ne parviendrait jamais à trouver le sommeil alors qu'il ne savait même pas si Yugi avait seulement un matelas sur lequel dormir. A présent, bien que son inquiétude soit toujours présente, les coups qu'il avait pris au visage le lançaient douloureusement et achevaient de le convaincre qu'il ne lui serait d'aucune aide ce soir.
- C'est pas de refus, finit-il par admettre.
- Rappelle-moi où tu habites, répondit Kaïba.
Pendant que sa voiture se réengageait dans les rues de Domino, le regard de Joey dériva vers les bâtiments qu'ils longeaient. Derrière l'un d'eux, Yugi était séquestré, peut-être maltraité. A l'instant même, il ne savait pas ce qui était le plus dur à envisager : Cette pensée, ou celle qu'il ne pouvait rien pour lui.
La porte claqua et Yugi ne put s'empêcher de se crisper dans un réflexe craintif. Pas encore. Panik était revenu, à plusieurs reprises, et les coups et les insultes s'étaient enchaînés sans raison jusqu'à ce qu'il se lasse et que Yugi ne soit même plus capable d'esquisser un geste pour se défendre. Yami était à chaque fois resté avec lui, pour le rassurer, pour l'emmener à l'intérieur du puzzle quelques instants quand il ne supportait plus la douleur, mais Yugi avait senti la rage de son alter-ego grandir à chaque fois. Yami lui avait plusieurs fois proposé de prendre sa place mais Yugi s'était obstiné à refuser. C'est exactement ce qu'ils veulent Yami, que toi tu t'épuises et tu t'affaiblisses. Je vais tenir le coup, je te jure. Yugi lui avait répété ces mêmes phrases, avec de moins en moins de conviction, et, en entendant la porte claquer, il avait cette fois été sûr du fait qu'il ne serait pas capable d'endurer encore un coup supplémentaire.
- Panik te fait peur à ce point, petit Yugi ? lança la personne qui venait d'entrer.
Yugi releva la tête vers le pilleur de l'ombre qu'il avait vu quand ils l'avaient amené ici et sa voix métallique et son regard vide confirmaient que c'était à nouveau Marek qui parlait à travers lui.
- Marek, espèce de lâche… souffla-t-il. Tu n'es toujours pas décidé à me montrer ton vrai visage ?
- Lâche, tu dis ? rigola Marek. Lequel ici est un lâche, celui qui t'affrontera en face à face d'ici quelques jours, celui qui n'aurait même pas osé prononcer cette phrase en présence de Panik ou celui qui se cache au fond du puzzle du millénium en te laissant souffrir à sa place ?
- Yugi, souffla Yami à son oreille, laisse-moi au moins gérer ça.
- D'accord. Pas longtemps.
Le puzzle du millénium s'activa et Yugi soupira de soulagement en sentant la douleur s'atténuer instantanément. Restant à côté de Yami, il ressentait encore l'épuisement et avait l'impression d'être incapable de mobiliser ses bras, mais cela n'avait rien à voir par rapport au moment où il était seul aux commandes de son corps. Avant qu'il n'ait pu savourer cette sensation, Yami répondit :
- Marek, je te jure que je te ferai payer ça !
- Pharaon ! Ravi de voir que tu me fais enfin l'honneur de ta présence ! Dis-moi, le petit Yugi supporte bien d'encaisser les coups à ta place ?
Les poings de Yami se crispèrent de rage. Il tenta de se relever pour lui faire face mais ses muscles douloureux se rappelèrent à lui, le faisant grimacer violemment et le clouant assis au sol. Chacun de ses membres le lançait douloureusement dès qu'il tentait de bouger, même sa nuque était raide et l'obligeait à faire attention quand il bougeait la tête et des décharges lancinantes partaient régulièrement de sa tempe bleuie jusqu'au reste de son corps. Comment Yugi pouvait-il endurer ça des heures d'affilées, bon sang ? Il l'avait naïvement cru quand il affirmait que la douleur était supportable, qu'il parvenait à l'oublier tant que Yami restait près de lui… C'était faux. Ce n'était pas supportable. Lui-même pouvait y faire face après avoir passé tant de temps à l'intérieur du puzzle, mais imaginer Yugi subir ça en continu depuis des heures décupla sa rage contre Marek et sa honte de lui-même de le laisser endurer ça.
- Marek, souffla Yami. C'est moi que tu veux. Affronte-moi, maintenant, si tu t'en sens capable. Et n'essaie même pas de me faire croire que tu culpabiliserais à utiliser tes pilleurs de l'ombre comme marionnettes pour te battre à travers eux.
- Ce n'est en effet pas l'envie qui me manquerait, avoua Marek, mais je compte bien t'affronter avec mon propre jeu. J'avoue que je suis très curieux de voir comment tu t'en tireras face à Sliffer le Dragon du Ciel.
- Un Dieu Egyptien ? s'étonna Yami. Qu'a-t-il de si spécial, dis-moi ?
- Tu ne crois quand même pas que je vais te gâcher la surprise ? Tu le découvriras bien assez tôt quand tu t'effondreras sous ses attaques.
- Tu sembles si persuadé que je n'ai pas la moindre chance contre toi, pourquoi chercher à nous affaiblir dans ce cas ? Tu pourrais épargner ces souffrances à Yugi…
- Je le pourrais en effet, mais je ne suis pas sûr que j'aurais pu empêcher Panik de le maltraiter dans tous les cas. Tu l'as connu au Royaume des Duellistes, n'est-ce pas ? Tu dois connaître son affection pour la méthode brutale, qu'il ait une dent envers toi n'y a pas changé grand-chose. Mais, puisque tu le demandes gentiment, j'ai bien une autre alternative à te proposer…
- Je t'écoute ?
- Tu me proposais de t'affronter tout de suite, je peux être disposé à envisager cette éventualité, à une condition. Tu le sais, j'ai besoin de te battre en duel pour pouvoir disposer légitimement du puzzle du millénium. Affronte mon serviteur maintenant et déclare forfait dès le premier tour. Je m'emparerai du puzzle du millénium et Yugi sera libre. Oh, bien sûr, pas d'entourloupe. Si tu décidais de te moquer de moi et de te battre, quelque qu'en soit l'issue je livrerai le petit Yugi à Panik et je te jure que rien ne pourra plus le protéger à ce moment-là. Qu'en penses-tu Pharaon ? Ta reddition contre la liberté de Yugi ?
Yami baissa les yeux, réfléchissant à sa proposition.
- Ne fais pas ça Yami ! protesta Yugi à côté de lui. On va s'en sortir, il est hors de question que tu te rendes !
- Pourquoi ? Yugi, tu es littéralement brisé de douleur – et ne me mens pas, tu ne pourras plus m'affirmer que c'est supportable. Tu pourrais être libre dans quelques minutes.
- Je refuse de l'être sans toi ! protesta Yugi. Tu l'as dit, on va le battre et sortir de cette situation ensemble !
- Ou alors tu vas mourir sous les coups de Panik dans les prochaines heures.
- Si tu te rends et lui donne le puzzle, oui, clairement, assura Yugi. Tu n'as aucune assurance qu'ils me laisseront partir. Mais tant qu'on est ensemble, ils ont besoin qu'on tienne debout pour nous affronter, Marek ne gagnera rien à me tuer tant que je possède le puzzle ! S'il te plaît… Ne fais pas ça. On a d'autres solutions…
- Comme quoi ? L'affronter au moment où ton corps ne sera même plus en état de tenir une carte ?
- Il y a autre chose, avoua Yugi. J'ai peut-être trouvé un moyen d'envoyer un message à Kaïba pour lui demander de l'aide. Je ne t'en ai pas parlé parce que je n'en étais pas sûr, mais je te dirais tout dès qu'il sera parti. Fais-moi confiance Yami. Te rendre n'aidera aucun de nous deux. S'il te plaît… Ne fais pas ça.
- Alors, Pharaon ? demanda Marek. Je n'ai pas toute la journée. Tu acceptes, oui ou non ?
- Non ! le supplia Yugi.
Le visage de Yami resta fermé quelques instants avant qu'il ne soupire :
- Désolé Marek. Ta proposition est tentante, à un détail près. C'est que j'ai bien l'intention de te battre le jour où tu daigneras te montrer à visage découvert. Alors ne cherche pas la facilité, tu ne nous auras pas à l'usure.
- Tant pis pour toi, répondit Marek. Enfin non. Tant pis pour le petit Yugi.
Marek ressortit en claquant la porte et le silence retomba dans la cellule avant que Yugi ne murmure :
- Merci. De m'avoir fait confiance… Et d'avoir géré ça. Je vais reprendre la suite…
- Attends Yugi, soupira Yami. Tu… Je suis désolé. De t'avoir cru quand tu me disais que c'était supportable. Repose-toi encore, on peut s'alterner, rien ne justifie que tu sois le seul à souffrir et autant.
- Non ! Yami je te jure que ça va aller…
- Tu ne me feras plus gober ça.
- Ecoute-moi s'il te plaît… Je… Je ne t'ai pas menti. Oui ça fait mal mais je peux le gérer. Mieux que toi. Tu as essayé de te relever, forcément que ça t'a fait souffrir d'un seul coup. Je peux le gérer parce que j'ai appris au fur et à mesure quels mouvements ne pas faire, comment me mettre pour avoir moins mal… Ça et le fait de savoir que je peux souffler à l'intérieur du puzzle à n'importe quel moment, je peux tenir le coup. On doit s'en tenir au plan, que tu gardes tes forces pour ton duel !
- Tu disais que tu avais potentiellement un autre plan ?
- Oui. On sait que Kaïba nous aidera si on arrive à lui envoyer un message. Et je crois que je sais comment. Le disque de duel. Je croyais m'endormir ou avoir halluciné mais maintenant j'en suis quasiment sûr. De temps en temps, la diode rouge s'éteint parce qu'il retrouve le contact avec son satellite. Ça ne dure jamais longtemps, deux secondes tout au plus, c'est trop court pour que Kaïba le remarque. Je suppose qu'ils doivent parfois ouvrir une porte du bâtiment qui fait faiblir la barrière anti-ondes de ces murs. Mais si on profitait de ces deux secondes pour lui envoyer un message, ça pourrait fonctionner !
- Comment comptes-tu envoyer un message avec un disque de duel Yugi ? Tu ne peux qu'y poser des cartes, comment veux-tu que cela ne passe pas pour le début d'un duel ordinaire ?
- J'y ai réfléchi également. Laisse-moi tenter, s'il te plaît. Tu dois me faire confiance Yami.
Yami sembla réfléchir quelques secondes avant de soupirer.
- D'accord. Mais plus de mensonges sur ton état, c'est bien compris ?
- C'est promis.
Le puzzle se réactiva et Yugi revint dans son corps. Il se força à respirer lentement au fur et à mesure que les sensations douloureuses revenaient de plus belle, mais il parvint tout de même à bouger lentement pour se glisser jusqu'à son disque de duel.
Joey se laissa tomber sur son lit, les yeux fixés vers le plafond. Kaïba l'avait déposé devant son immeuble et, en montant les deux étages qui le séparaient de sa chambre, Joey avait été forcé de reconnaître qu'il ne serait jamais parvenu à rentrer à pied dans son état. Il savait que la douleur des coups disparaîtra avec un cachet antalgique et une bonne nuit de sommeil – il en avait vu d'autres quand il servait de gros bras pour les racailles de son ancienne bande – mais il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter. Sérénity arrivait demain à BatailleVille et il était hors de question qu'elle coure le risque de tomber sur ces cinglés de pilleurs de l'ombre. Son bras se tendit vers son téléphone et il composa un numéro de mémoire.
- Joey ? s'étonna la voix de Tristan au bout d'une seule sonnerie. Tout va bien ? Tu as des nouvelles de Yugi ?
- Non. Je… Écoute-moi Tristan. Je sais que tu comptais aller chercher ma sœur à l'hôpital demain et je te jure que c'est pas contre toi mais… Laisse tomber. Je vais y aller moi-même.
- Quoi ? s'étonna Tristan. Tu ne peux pas quitter BatailleVille comme ça ! Tu es qualifié pour la finale, tu seras considéré comme déclarant forfait si tu n'es pas sur place quand tous les participants auront activé leurs cartes… Tu ne peux pas passer la journée à faire un aller-retour de train ! Et Yugi est toujours quelque part ici à avoir besoin de toi ! Joey, qu'est-ce qui s'est passé ?
Lentement, Joey lui raconta les événements de la soirée avant de reprendre :
- Ce n'est plus uniquement contre les porteurs de cartes rares qu'ils en ont. Ils ont attaqué Makuba parce que c'était le meilleur moyen d'approcher Kaïba. Ils savent que je recherche Yugi, que je lui ai promis de l'aider à en finir avec ces pilleurs de l'ombre, et ils ne s'arrêteront pas à moi. Sérénity ne sera pas en sécurité à BatailleVille, je dois rester avec elle jusqu'à ce qu'elle soit chez moi là où il ne pourra rien lui arriver et…
- Et je peux assurer sa sécurité de la même façon Joey, assura Tristan. Écoute, mon vieux. Je sais que tu t'inquiètes et c'est normal. Mais souviens-toi juste duquel de nous deux collait des raclées à l'autre les rares fois où on s'est battus. Sérénity je te jure que je la protégerai quoi qu'il arrive. Sans prendre de risque. On arrive à la gare, on file chez toi et on y reste jusqu'à ce que tu nous rejoignes. Et si des pilleurs de l'ombre nous tombent dessus sur le chemin, tant pis pour eux. Je suis autant capable que toi de mettre trois d'entre eux par terre à moi tout seul s'il le faut.
Joey avait beau savoir que Tristan cherchait avant tout à plaire à Sérénity, il avait à cet instant cette voix qui lui rappelait à quel point il lui faisait confiance. Il savait que chaque mot qu'il venait de prononcer était vrai – et que lui aussi était capable de la défendre s'il le fallait.
- BatailleVille a besoin de toi Joey, reprit Tristan. Imagine que les pilleurs de l'ombre réapparaissent et que tu aies pu avoir l'occasion de les provoquer en duel pour obtenir la liberté de Yugi ? Tu te haïras d'avoir été dans un train à des dizaines de kilomètres alors que je pouvais très bien m'en charger.
- OK, finit par admettre Joey. Mais s'il te plaît promets-moi d'être prudent.
- Je te le promets. Je m'occupe de Sérénity, tu t'occupes de Yugi, et demain soir on se retrouve tous les quatre ensembles chez toi.
Joey laissa échapper un léger rire nerveux devant l'optimisme à peine feint de Tristan mais finit par soupirer :
- Profites-en, pour une fois que ça ne me dérange pas que tu t'incrustes chez moi. Merci encore.
- Je t'en prie. Repose-toi bien.
Yugi s'empara de son jeu de cartes qu'il étala devant lui. A ses côtés, il avait allumé son disque en mode duel et la lumière rouge qui signalait l'impossibilité de joindre le satellite de la Kaïba Corp brillait de tous feux, semblant le narguer.
- Combien de temps tu penses que l'on va devoir attendre ? demanda Yami.
- J'ai tout de même l'impression que ça se reproduit assez fréquemment, le plus dur sera d'agir suffisamment vite.
Yami acquiesça d'un hochement de tête et Yugi reprit :
- C'était bien vu de ta part, tout à l'heure avec Marek, de chercher à obtenir des informations sur Sliffer le Dragon du Ciel.
- Je n'ai pas appris grand-chose malheureusement… nota Yami. On ignore toujours tout de cette carte, de comment la combattre…
- Tu l'as dit toi-même, tant que l'on a confiance en notre jeu, on va s'en sortir. On a des cartes qui peuvent faire monter haut la puissance de nos monstres, des pièges utiles dans toute situation… Et des cartes dont on sait qu'elles ne nous laisseront jamais tomber.
Il en avait pris une dans sa main en le disant mais, au même moment, son regard se détourna vers la diode du disque de duel qui s'était éteinte. Il attendit une fraction de seconde pour être sûr qu'il n'hallucinait pas avant de poser sur le disque la carte qu'il tenait dans la main. Aucun hologramme n'apparut et le disque indiqua l'impossibilité de jouer la carte un instant avant que la diode ne se remette à briller de plus belle.
- Tu crois que ça a fonctionné ? demanda Yami.
- Je ne sais p…
Avant qu'il n'ait pu finir sa phrase, la porte se rouvrit sur Panik dont le regard se posa sur Yugi, à côté de son disque de duel, une carte posée dessus. Yugi se crispa instinctivement quand Panik cria :
- Qu'est-ce que tu faisais ?
Il ferma les yeux au moment où la poigne de Panik sur son débardeur le décolla du sol, lui arrachant un gémissement de douleur.
- Rien… souffla-t-il. Je faisais rien…
- Ferme-là !
D'un geste, il projeta Yugi contre le mur de la cellule et un hurlement de douleur lui échappa instinctivement quand il le percuta, faisant valser des vagues douloureuses dans la totalité de son corps.
- YUGI ! hurla Yami.
Plusieurs autres coups tombèrent dans son ventre avant que Yugi n'entende à nouveau Yami hurler :
- ÇA SUFFIT !
Le puzzle du millénium s'activa et Yugi rouvrit les yeux devant une succession de murs et d'escaliers de pierre.
- Qu'est-ce que…
Il était seul à l'intérieur du puzzle. Ce qui signifiait que Yami avait pris possession de son corps avant de l'enfermer soigneusement ici.
- YAMI NON ! hurla-t-il.
Un silence de mort était tombé dans l'ascenseur qui ramenait Makuba et Seto au dernier étage de la tour de la Kaïba Corp. Makuba sentait que son frère bouillait encore de colère et il finit par crever l'abcès.
- Je suis désolé, Seto, vraiment. Excuse-moi, s'il te plaît.
Kaïba soupira longuement et Makuba se tassa un peu plus contre le mur de l'ascenseur. S'il n'avait jamais aimé entendre son frère le sermonner, ses silences étaient souvent beaucoup plus destructeurs.
- Tu m'en veux ? tenta-t-il.
Le soupir de Seto fut un peu moins agacé et il réfléchit quelques secondes avant de répondre :
- Tu as fait une erreur qui a mis ta vie en danger, bien sûr que je suis en colère Makuba. Pour le reste, je suis autant en colère contre ceux qui voulaient te faire du mal que contre toi. Promets-moi de ne plus jamais te comporter de façon aussi stupide et ça me passera.
- C'est promis, je te le jure !
Le téléphone de Seto sonna et il décrocha rapidement.
- Oui ?
- Monsieur Kaïba ? Ici le centre de contrôle des duels. Vous nous aviez demandé de vous prévenir en cas d'anomalie de fonctionnement et on a précisément quelque chose d'étrange…
- J'arrive.
Seto enfonça l'un des numéros de l'ascenseur pour le forcer à s'arrêter avant le dernier étage et Makuba et lui sortirent pour rejoindre leur centre de contrôle. Quand ils entrèrent, l'une des opératrices présentes expliqua :
- Nous avons reçu un signal d'un disque qui avait disparu des radars depuis le milieu de la journée. Son signal a été tellement rapide avant de disparaître à nouveau, nous ne l'aurions probablement même pas vu réapparaître sur la carte. Mais pendant sa connexion, un Magicien des Ténèbres a été joué sur le disque. Il l'a rejeté car aucun monstre n'avait été sacrifié pour cela. Nous avons reperdu le signal juste après.
Tout en parlant, l'opératrice avait affiché les informations sur le grand écran devant eux, dévoilant la carte du Magicien des Ténèbres.
- On a les coordonnées GPS du disque au moment de l'invocation ? demanda Kaïba en un souffle.
- Elles doivent être dans le rapport d'anomalie, je vous ressors ça.
Pendant qu'elle pianotait sur son clavier, les mains de Seto se crispèrent sur le bureau devant lui, son regard fixé sur le Magicien des Ténèbres à l'écran. Il sentit ses bras trembler légèrement pendant qu'il murmurait, trop bas pour que quiconque puisse l'entendre :
- Accroche-toi Yugi.
En espérant sincèrement que ça vous ait plu !
J'essaie de ne pas trop traîner à poster le deuxième chapitre.
N'oubliez pas que même si les ajouts en favoris ou en alerte font infiniment plaisir, seules les reviews permettent de savoir vraiment ce que vous en avez pensé !
A très bientôt !
