Chapitre 1 L'accord

Bien sûr, en tant que représentante d'Orb, Cagalli avait été invitée à la cérémonie en l'honneur du nouveau président des Plants. Elle avait félicité comme il se devait le tout jeune dirigeant du conseil suprême et s'était appliquée à être aussi polie et courtoise que son rang l'imposait.

Sa relation avec Athrun était devenue beaucoup moins conflictuelle depuis qu'il avait accepté son traité sur le désarmement, et même s'ils n'étaient pas toujours d'accord, la princesse lui avait apporté son soutien pendant la campagne, préférant de très loin avoir à faire à lui plutôt qu'à ses concurrents, bien plus virulents et surtout horriblement paternalistes avec elle.

L'avantage avec Athrun était qu'il était plus jeune qu'elle, de quelques mois seulement peut-être, mais c'était suffisant pour qu'il ne prenne pas cet air suffisant et hautain des politiciens de longues dates qui la rabaissaient en la traitant comme une gamine.

Elle avait affronté seule les pires situations, et ce depuis bien plus longtemps qu'eux, mais ils lui faisaient tout de même la leçon, sous prétexte qu'ils avaient l'âge d'être son père. C'était insupportable.

Heureusement pour elle, Athrun avait été élu, sans trop de difficultés, puisqu'il avait l'appui indéfectible de Lacus Clyne, l'ancienne présidente, qui faisait quasiment l'unanimité, aussi bien au niveau de la population qu'au sein du conseil supérieur des Plants.

Certains représentants n'approuvaient pas toujours ses idées, mais Athrun s'était habilement démarqué de la ligne ultra-pacifiste de Lacus, tout en respectant les différents traités et la démilitarisation.

Sa position en tant qu'ancien soldat d'élite de ZAFT avait certainement bien aidé à convaincre les plus réticents qu'il était l'homme de la situation, capable de préserver la paix, mais également de maintenir les forces des Plants dans une position d'intimidation si nécessaire.

La célébration se déroula jusqu'au milieu de l'après-midi mais curieusement le président n'avait pas réussi à approcher la représentante d'Orb plus que quelques secondes pour recevoir ses compliments et il en était plutôt ennuyé.

Athrun avait prévu une petite fête privée, avec ses amis proches, mais il n'avait pas trouvé l'occasion d'en parler à Cagalli et maintenant que les invités quittaient petit à petit la salle, il redoutait de la voir s'éclipser elle-aussi.

Devinant l'embarras de son ami, Kira se chargea de faire passer l'information à sa sœur discrètement.

Tout le monde savait que les deux jumeaux ne se voyaient pas aussi souvent qu'ils le souhaitaient et par conséquent, la princesse n'eut aucun mal à convaincre son escorte qu'elle ne rentrait pas à l'hôtel comme prévu, mais qu'elle passait la soirée avec son frère et sa fiancée.

Elle salua Athrun de manière très formelle et le nouveau président sentit son cœur se serrer à l'idée de ne pas pouvoir passer un peu plus de temps avec son ancienne maîtresse, mais il connaissait la position délicate dans laquelle elle se trouvait et même s'il détestait devoir déjà se séparer d'elle, il garda son professionnalisme de circonstance et la remercia simplement de s'être déplacée avant de la laisser partir.

Quand il la vit arriver deux heures plus tard à son appartement, en tenue décontractée avec une bouteille de vin à la main et un sourire espiègle aux lèvres, il ne regretta pas de ne pas s'être ridiculisé plus tôt en l'entraînant à l'écart pour lui parler.

Il remercia Kira d'un signe de tête et son ami se contenta d'un sourire amusé, prouvant qu'il était bien conscient de la situation.

Sans vraiment rentrer dans les détails, Athrun avait fini par avouer à l'ancien pilote qu'il éprouvait toujours une certaine attirance pour sa sœur, au delà de la simple amitié, et même s'il n'avait aucun moyen d'avoir de relation avec elle à cause des lois idiotes qui interdisaient à la princesse de fréquenter qui elle souhaitait, il n'arrivait pas à se débarrasser de ses sentiments.

Il n'était pas sûr que Cagalli ressente la même chose que lui, et de toute façon, ce n'était pas très important puisqu'elle ne quitterait pas son pays pour lui.

Pour autant, il regrettait de ne pas pouvoir être au moins son ami, comme il l'était après la première guerre. Et plus si affinité.

Avec leur position respective, il était difficile de concilier vie privée et vie professionnelle et par conséquent, il pouvait parfaitement accepter de ne pas avoir de liaison avec la princesse, du moment qu'il la voyait de temps à autre, ne serait-ce que pour discuter un moment. Il n'avait pas forcément besoin de la dimension physique entre eux, et même s'il ne pouvait pas nier garder un excellent souvenir de leur dernière nuit ensemble, ce n'était pas le plus important.

Ils partageaient des idéaux et des rêves, ainsi qu'un devoir très lourd et maintenant plus que jamais, il voulait la compter parmi ceux qui seraient là pour lui en cas de besoin.

Il était donc très content de la voir assise sur son canapé en train de plaisanter avec Dearka et sa dernière conquête.

Cagalli était plus détendue que la dernière fois qu'elle était venue et sa bonne humeur était communicative.

Les quelques amis d'Athrun qui ne la connaissaient qu'à travers la presse et les présentations officielles furent surpris de découvrir une jeune femme si simple et ouverte, qui riait facilement et se moquait d'elle-même à la première occasion.

Suite à une anecdote particulièrement embarrassante à son sujet, racontée par Kira sans le moindre tact, elle partit dans un grand éclat de rire, rejetant la tête en arrière et Athrun dut se retenir de l'embrasser.

Peut-être la dimension physique n'était-elle pas si accessoire en fin de compte.

D'une manière ou d'une autre, Cagalli sentit son regard, car elle se prit à rougir et après s'être excusée auprès de son auditoire, elle se leva et se dirigea vers la cuisine où Lacus aidait une petite blonde répondant au nom de Juliet, à préparer la salade.

La princesse resta un instant en admiration devant les talents de cuisinière des deux jeunes femmes, puis elle se proposa d'aider au service, et elle repartit chargée dans le couloir mais Athrun intervint et lui prit le plateau des mains, en lui rappelant qu'elle était son invitée.

Bien sûr, Cagalli n'apprécia pas de voir son offre rejetée, surtout quand les autres avaient le droit de participer, mais le nouveau président n'en démordait pas.

Croisant les bras sur la poitrine, la princesse se lança dans un grand discours sur le fait qu'elle n'aimait pas être traitée différemment des autres et qu'elle n'était pas mieux quiconque, mais elle fut arrêtée par les lèvres d'Athrun. Il n'avait pas pu résister, elle était irrésistible quand elle s'emportait et il avait eu besoin de l'embrasser.

Ce n'était que l'esquisse d'un baiser, mais ce fut suffisamment pour la faire taire. Elle ne s'attendait pas à ça. La dernière fois qu'ils s'étaient vu, ils s'étaient séparés proprement et elle n'imaginait qu'il ait encore la moindre affection pour elle. En tout cas pas de cette manière.

Devant son air éberlué, il lui annonça : « Et je sais que tu n'es pas mieux que les autres. C'est d'ailleurs pour ça que je ne veux pas que tu portes quoi que ce soit. Tu es tellement maladroite que tu risquerais de tout renverser ! »

Et il repartit vers le salon en riant, laissant Cagalli stupéfaite, mais quelque part contente.

La soirée se déroula dans la bonne humeur et la simplicité. Athrun n'avait réuni que ses plus proches connaissances, des amis en qui il avait une totale confiance et avec lesquels il pouvait parler librement, sans se soucier de voir ses propos rapportés le lendemain dans la presse. Plusieurs allusions dans ce sens furent faites d'ailleurs, si bien que Cagalli finit par se poser des questions sur ce qu'ils essayaient de dire. Elle était détendue et sereine, ayant pu abandonner son masque habituel de politicienne pour profiter librement de la fête.

La seule qui la mettait un peu mal à l'aise était Juliet, mais pas parce qu'elle était nouvelle dans le cercle du président, mais plus par la façon qu'elle avait de le regarder.

Cette jeune femme avait à peine un ou deux ans de moins que la princesse, et elle était une collaboratrice très proche du nouveau président. Elle travaillait avec Lacus avant, et s'était occupé d'une bonne partie des affaires courantes pendant la campagne. Elle était plus au moins chargée de la communication avant les élections et par conséquent, elle était devenue l'ombre du candidat Zala pendant ces derniers mois.

Et apparemment, elle n'en était pas ressortie indemne.

Il était clair que son attachement au président n'était pas que professionnel. Elle l'admirait et le respectait et quand Daerka commença à provoquer Athrun sur sa vie de célibataire, Cagalli vit Juliet s'agiter sur sa chaise, comme mal à l'aise.

Elle n'aimait visiblement pas ce sujet, comme si elle redoutait d'apprendre que son employeur avait quelqu'un en vue. Ou du moins, c'était ce qu'imaginait Cagalli, qui était elle-même particulièrement attentive à sa réponse.

Mais bien sûr, le président rappela qu'avec ses fonctions, il n'avait pas de temps à consacrer à ces futilités. Malgré cela, quand il s'installa à coté de cette blondinette, Cagalli ressentit la piqûre de la jalousie et elle pâlit quand il posa sa main sur la sienne en parlant.

Leurs échanges de sourires étaient à chaque fois un coup de poignard dans le ventre de la princesse, lui rappelant sa solitude forcée et surtout qu'elle n'était pas capable de dépasser leur passé commun.

Il n'y avait rien entre Athrun et sa directrice de communication, mais il était tout de même affectueux et tendre avec elle. Comme avec les autres, bien sûr, ce qui confirmait que les sentiments de Juliet n'étaient pas retournés. Le connaissant, il n'en avait probablement même pas conscience.

Mais ce n'était pas le problème.

Ce qui gênait Cagalli c'était qu'ils étaient tous en couple, ou au moins, avaient quelqu'un près d'eux pour les réconforter. La seule à n'avoir personne, c'était elle et au milieu de tout ce bonheur, elle se sentait particulièrement isolée.

Toute sa bonne humeur s'envola quand elle réalisa à quoi elle était condamnée. Jamais elle n'aurait ce genre de chose. Même pas ce qu'avait Juliet, à savoir la tendresse bienfaisante de celui qu'elle aimait. Ce n'était peut-être pas ce qu'elle souhaitait pour l'instant, mais elle pouvait au moins espérer que leur situation évolue. Athrun était lent, mais il finirait bien par la voir si elle prenait la peine de se faire remarquer. Alors que pour Cagalli...

Au mieux, elle finirait pas accepter un mariage de convenance, pour avoir la paix, mais elle ne pourrait pas avoir celui qu'elle voulait. Ce n'était pas la peine d'espérer.

Discrètement, elle quitta le salon où tout le monde discutait et repartit vers l'intérieur de l'appartement, à la recherche d'un endroit plus calme. Elle se retrouva à l'autre bout du couloir, dans un autre salon, plus petit, qui s'ouvrait sur une grande terrasse. Cagalli hésita, puis voyant qu'il n'y avait aucun vis à vis, elle s'aventura à l'extérieur et inspira la fraîcheur de la nuit.

L'air des Plants n'était pas humide et parfumé comme celui de la Terre, tout y était artificiel, mais en cet instant, elle ne s'en souciait pas. Elle pouvait respirer librement, à l'abri des regards, de la presse, des sourires forcés et tout ce qu'elle devait en permanence contrôler pour être à la hauteur.

Appuyée sur la rambarde, Cagalli ne vit pas le temps passé. Avec cette nuit artificielle, elle n'avait aucune notion de l'heure et ne sut qu'elle était restée trop longtemps dehors que quand Athrun lui annonça que tout le monde était rentré.

La jeune femme fut surprise et contrariée de n'avoir pas pu saluer ses amis, mais il la rassura. Personne n'avait été choqués et avant qu'elle ne puisse mentionner Kira, il lui rappela que son frère devait la raccompagner au spacioport le lendemain.

Apparemment, Athrun avait tout réglé sauf un petit détail, qu'elle s'empressa de lui demander.

« Et je rentre comment à l'hôtel ? » Elle avait les mains sur les hanches et un air profondément agacé qui amusa son hôte.

Il la prit simplement dans ses bras et la sentant se raidir, il murmura dans ses cheveux : « Tu ne rentras pas. Tes affaires sont là de toute façon. Après libre à toi de choisir ma chambre ou celle d'à coté. »

Cagalli se retrouva la bouche ouverte sans savoir quoi répondre. Elle ne s'était pas attendue à ça et elle n'avait aucune idée de ce qu'elle voulait.

Encore que si, elle savait parfaitement ce que son corps réclamait. Dès qu'elle était près de lui sa libido se réveillait subitement. Mais ce n'était pas seulement un besoin physique d'ailleurs.

Non le vrai problème était plus moral. Sachant qu'elle n'avait rien à lui offrir, elle trouvait déplacer de passer la nuit avec lui. Elle soupira et le repoussa doucement.

« Athrun... je... »

Il trouva ses lèvres et à nouveau, l'embrassa délicatement. A peine un effleurement, mais c'était sans doute bien pire qu'un vrai baiser passionné.

« Tu n'as rien à me promettre. Je suis au courant de la situation, je te le rappelle. Et ce n'est pas parce que tu es chez moi que tu es obligée de passer la nuit avec moi. Un peu de temps pour discuter me suffit. On ne se voit jamais à cause de nos obligations et ça me manque. Pas toi ? »

Il lui sourit et elle vit qu'il était sincère. Il ne prendrait rien qu'elle n'était prête à lui donner et elle le savait. Mais elle avait tout de même un peu peur.

« Je n'ai pas le droit. Déjà être là, avec toi... »

Athrun lui caressa la joue et lui dit doucement : « Pourquoi ? Les émirs savent bien que nous sommes amis. Je ne vois pas où est le problème. On peut bien se voir de temps en temps. La presse en pense ce qu'elle veut, de toute façon, ils ne se sont jamais gênés pour inventer n'importe quoi... Et ici, tu es tranquille, personne n'en saura rien. Je te le jure. »

Lui prenant la main, il la guida à l'intérieur et se retrouva à nouveau à la cuisine à lui préparer du café. Il prit des nouvelles de Mana, qui tenait toujours la résidence Attha d'une poigne de fer, et Kisaka qui semblait moins strict ou rigide sur sa protection. Puis il y eut aussi de Murrue et Mwu, dont la relation semblait avancer lentement ce qui lui permit de revenir à sa proposition de là où elle comptait dormir.

Cagalli rugit et bredouilla au-dessus de sa tasse. Elle adorait sa complicité avec Athrun et savourait chaque seconde qu'ils passaient ensemble, seuls, sans contrainte ni obligation, mais elle n'était pas sûre de pouvoir lui demander plus.

« Qu'est-ce qui t'arrête ? Tu crains de retomber folle amoureuse de moi ? » Il le disait en plaisantant, malheureusement, il était tombé juste et Cagalli s'emporta.

« Parce que tu ne ressens rien pour moi ? C'est juste une histoire de cul ? »

Il se mit à rire et répondit : « Bien sûr que non, c'est même tout le contraire. Je tiens énormément à toi et plus que tout, je veux conserver ton amitié. Mais je sais aussi que j'ai envie de bien plus, dont ce que je ne peux pas avoir. Alors je prends ce que je peux. Officiellement, j'ai le droit d'être ton ami, et je souhaite vraiment le rester. Et pour le reste, quand on est tous les deux... ça dépend de toi. »

Il la dévisagea et finit par conclure : « Mais oui, j'ai envie de toi. »

Cagalli resta sans voix, digérant les informations. Il venait d'avouer à la fois qu'il avait des sentiments pour elle, mais aussi qu'il était prêt à n'être que son ami. Du moins aux yeux du monde.

Officieusement, ils pouvaient bien être plus, il ne dirait rien et elle non plus.

C'était plus que tentant.

Pourtant, le choix fut vite fait.

Avec un sourire triste la princesse posa sa tasse et secoua la tête. Elle n'était pas comme ça. Le sexe seul n'avait pas de sens. Elle pouvait être son amie, discuter avec lui et le voir autant que leur emploi du temps respectif le permettait, mais elle n'allait pas être sa maîtresse secrète.

Pas comme ça.

Ce n'était pas correct.

Même s'il éveillait en elle un véritable brasier dès qu'il s'approchait, elle devait se maîtriser. Elle n'était pas le genre de filles qui suivaient ses pulsions. Du moins pas au niveau sexuel.

Elle avait besoin de sentiments.

Même si entre eux, ça n'avait jamais été une simple histoire de sexe. Cinq ans plus tôt, elle avait fait l'amour avec lui, parce qu'il était l'homme le plus important de sa vie et qu'elle avait voulu lui prouver combien elle tenait à lui.

Leur aventure de la dernière fois était une erreur. Ils ne s'étaient retrouvé dans le même lit que sous l'influence de la colère, parce qu'ils se savaient pas vraiment ce qu'ils faisaient. Et aussi parce qu'il lui avait sauté dessus, mais comme elle n'avait rien fait pour l'arrêter, elle ne pouvait pas vraiment le lui reprocher.

Seulement maintenant, elle ne pouvait pas se compromettre davantage.

Malgré toute l'attraction qu'elle ressentait pour lui, elle ne l'aimait pas. Plus. Enfin, autrement. Elle n'avait pas le droit aussi.

Elle essaya de se justifier, mais Athrun n'avait pas besoin de ses excuses. Il prenait ce qu'elle était prête à offrir et si ce n'était que son amitié, alors il s'en contenterait.

Il arrivait presque à lui faire croire qu'il approuvait son choix, et il admit que c'était sans doute pour le mieux, qu'ainsi ils ne prenaient pas le risque de trop s'attacher, puisque de toute façon, leur histoire était condamnée avant même d'avoir commencé.

Il la laissa donc devant sa chambre et déposa un simple baiser sur son front. Ses lèvres restèrent en place un peu trop longtemps, mais Cagalli n'allait pas s'en plaindre. Elle aimait être dans ses bras, bien plus qu'elle n'aurait dû.

Bien plus qu'elle n'était prête à admettre, même à elle-même.

Elle s'était appliquée à se convaincre toute la soirée qu'elle n'éprouvait plus rien de spécial pour lui, que ses sentiments n'étaient qu'une profonde amitié, teintée des souvenirs d'une relation passée. Une grande complicité, un respect mutuel, et peut-être un désir charnel, qui ne provenait que du fait qu'il avait été le seul.

Sauf qu'une fois allongée, seule, dans ce lit, elle sentit ce vide immense, non seulement dans son ventre, mais aussi dans son cœur.

Elle pouvait se forcer à sourire, mentir à tout son entourage en prétendant que tout allait bien et qu'elle était très heureuse de sa vie ainsi, elle pouvait même se faire croire que sa situation lui convenait, jusqu'aux moments où elle n'avait plus personne à tromper qu'elle-même.

Perdue dans l'obscurité, elle savait qu'elle détestait faire passer son pays en premier quoi qu'il arrive. Elle ne supportait pas que ses moindres faits et gestes soient surveillés et soumis à l'accord d'une bande de bureaucrates séniles et frileux et plus que tout, elle en avait assez d'être seule.

Elle voulait ressentir encore une fois ce sentiment de plénitude, cette impression de compter vraiment, cet abandon total face à l'autre, ce plaisir si incroyable qui la comblait entièrement dès qu'il l'effleurait.

Se retournant une nouvelle fois, Cagalli finit par prendre sa décision.

A pas de loups, elle se faufila dans le couloir et le cœur battant la chamade, elle se dirigea jusqu'à la chambre d'Athrun.

Elle ne prit pas la peine d'allumer, elle savait où elle allait. Et même si elle n'avait pas passé beaucoup de temps dans cet appartement, elle se souvenait parfaitement d'où étaient les pièces.

La porte n'était pas fermée, comme s'il l'attendait et elle n'eut aucun mal à rentrer sans se faire remarquer.

Sa respiration s'accéléra comme elle le voyait allongé, immobile et tranquille dans son lit et un instant, elle hésita.

Elle n'avait pas le droit de le déranger. Elle avait refusé sa proposition, elle n'aurait pas dû être là.

Pourtant, sa simple silhouette dans l'obscurité suffisait à raviver tous ses souvenirs, comment son corps se fondait si bien contre le sien, la douceur de sa peau, la fermeté de son torse et la tendresse de ses mains, quand il la caressait.

Lentement, Cagalli s'approcha d'Athrun et elle ne fut qu'à moitié surprise de le trouver les yeux ouverts, fixés sur elle.

Par ce simple regard, elle perdit toutes ses inhibitions.

Il en avait autant envie qu'elle.

Il ne parla pas, ne posa aucune question pas plus qu'il ne fit de remarque sur son changement d'avis.

Il se contenta de repousser les draps, la laissant grimper sur le matelas à coté de lui.

Tel un chat, elle avança à quatre pattes vers lui, ses pupilles d'ambre rivés dans ses iris de jade et sans un mot, elle vint poser ses lèvres sur les siennes.

Même si elle était un peu gênée à l'idée de se retrouver dans son lit comme ça, sans autre raison que l'envie de passer la nuit avec lui, elle oublia sa réserve dès qu'il entrouvrit la bouche, comme pour l'inviter à entrer.

Elle accéda à sa requête tacite et glissa sa langue sur la sienne, entamant un lent va et vient, indiquant clairement ce qu'elle prévoyait pour la suite.

Athrun lui laissa le contrôle intégral de la situation, ne voulant pas la forcer à quoi ce soit et il fut plus que récompenser de sa patience quand elle commença à lui retirer son caleçon avec les dents.

Cagalli s'installa au-dessus de lui pour retirer son haut de pyjama, lui offrant un magnifique spectacle en se cambrant vers lui et elle ne s'arrêta que pour lui demander dans un murmure si cette fois, il avait le bon goût d'avoir des préservatifs.

Retenant un sourire, le jeune président tendit le bras vers sa table de chevet et attrapa une poignée de sachets métalliques, contenant l'assurance de leur protection.

Rassurée sur ce qu'elle pouvait faire, Cagalli finit de se déshabiller, tout en savourant les caresses prodiguées généreusement par son amant et elle ne perdit pas de temps pour se mettre en position au-dessus de lui.

Elle n'avait pas envie d'attendre, et aucun besoin d'être préparée.

Tout son corps le réclamait, son ventre brûlant de désir pour lui et sa peau s'enflammait sous ses doigts et ses lèvres si bien qu'elle ne trouva de répit qu'en l'ayant en elle, vibrant et palpitant.

Elle avait l'impression de fondre sous l'effet du plaisir qu'il insufflait dans sa chair, jusqu'au plus profond de son être et elle tremblait encore longtemps après avoir atteint l'extase, tant l'émotion fut violente.

Elle ne se rendit même pas compte qu'elle s'endormait contre lui, ni qu'il lui murmurait son amour en la serrant dans ses bras, sinon, elle n'aurait pas fermé les yeux si facilement.

Le soleil brillait depuis longtemps quand Cagalli commença à émerger. Elle sentait la main d'Athrun qui dessinait encore sur son flanc, descendant jusqu'à sa hanche avant de glisser sur son pubis.

Il savait qu'elle était réveillée et s'amusait à voir jusqu'où elle le laisserait aller avant de le rejeter ou au contraire, de prendre part à son jeu en arrêtant de simuler le sommeil.

Cagalli hésita à le repousser quand il la bascula sur le dos, puis elle se ravisa. Elle avait confiance en lui, il ne tenterait rien s'il n'avait pas le temps de finir, par conséquent, il devait être suffisamment tôt.

Et au pire, elle se passerait de douche pour aujourd'hui.

Elle ne put retenir un faible gémissement de satisfaction quand il s'immisça en elle et Athrun s'amusa de la trouver aussi trempée de bon matin. Lui mordillant la nuque, il murmura en riant : « Insatiable ?! »

Cagalli écarta un peu plus ses jambes avant de les enrouler autour de son dos et répondit d'une voix pâteuse : « C'est toi qui as commencé ! »

Elle ne prit pas la peine d'ouvrir les yeux, se donnant entièrement à lui sans la moindre retenue, comme pour compenser les droits qu'il lui avait accordés quelques heures plus tôt quand elle s'était invitée dans son lit.

Quand enfin il se retira, satisfait de l'effet qu'il avait eu sur elle mais aussi de celui qu'elle avait sur lui, il l'admira pendant qu'elle s'étirait et Cagalli se sentit rougir sous l'intensité de son regard.

C'était difficile de jouer les pudiques après ce qu'ils venaient de partager, mais elle n'était tout de même pas très à l'aise avec sa façon de la détailler, comme si elle était un gâteau à la crème, prêt à être dévoré par un gamin affamé.

En souriant, elle finit par le gratifier d'un « Hey ! » un peu mou en guise de salut et Athrun ne put s'empêcher de l'embrasser.

Cagalli répondit à son baiser avant de le repousser alors qu'il devenait un peu trop envahissant;

« Et c'est moi qui tu traitais d'insatiable ? Pervers ! » Elle lui tapa le bras en prenant un air sévère mais Athrun ne fut pas du tout impressionné.

« J'en profite tant que je peux. » répondit-il honnêtement et Cagalli perdit un peu de son sourire.

Ce répit n'était que temporaire et elle ne devait pas le laisser se faire d'illusion.

« Je suis désolée. »

Cagalli remonta le drap sur sa poitrine et tenta d'organiser un peu ses idées mais elle n'eut pas le temps de prendre sa décision qu'Athrun revint à la charge, l'attirant contre lui.

« Ne le sois pas. A moins que tu aies sincèrement détestée, bien sûr. Et dans ce cas, je dois saluer tes talents de comédienne. »

Il lui décocha un regard de biais, et elle lui assena un coup de coude dans les côtes en guise de réponse.

« Je prends ça pour un non. Ce qui me rassure. »

Puis il retrouva son sérieux, et lui prenant la main, il se tourna un peu pour lui faire face.

« Ma proposition d'hier soir tient toujours, si tu veux. Je suis bien conscient que ce n'est pas parfait, mais c'est mieux que rien, non ? »

Comme Cagalli restait silencieuse, il poursuivit : « J'ai vraiment besoin de toi. A tous les niveaux, politiquement, personnellement, et... pas comme une amie seulement. Tu es incroyable, Cagalli... je veux dire, ce qu'il y a entre nous... c'est... » Il ne trouvait pas ses mots mais il savait qu'elle le ressentait également.

C'était d'ailleurs bien là son problème.

Cagalli soupira et détourna le regard.

« Athrun, je ne veux pas de liaison secrète. Je suis ton amie, ça ne changera pas comme ça. Même si tu es parfois un crétin avec des idées déplorables, on se connaît depuis trop longtemps maintenant pour s'ignorer et prétendre que nous sommes des étrangers. Mais ce que tu proposes... ce n'est pas correct. »

Elle planta ses yeux dans les siens et malgré la douleur que les mots causaient en elle, elle réussit à le lui dire.

« Il faut que tu tournes la page. On ne sera jamais ensemble. Et si on continue ce petit jeu, on va en souffrir tous les deux. Trouve quelqu'un d'autre. Juliet par exemple. Elle a l'air gentille et à la façon dont elle te regarde, je suis sûre qu'elle... »

Athrun ne lui laissa pas finir sa phrase. A nouveau, il l'avait embrassée. Restant son front sur le sien, il murmura : « Ne t'inquiète pas pour moi. »

Puis se redressant, il continua.

« Je ne cherche pas à gagner du temps, ni rien. Je n'ai pas dit que j'allais attendre sagement que tu sois libérée de ton engagement vis à vis d'Orb ou que les émirs deviennent moins bornés. Je sais bien qu'on est condamnés. »

Il était de bonne foi, sincère dans son mensonge et elle n'y vit que du feu.

« Alors qu'est-ce que tu proposes ? »

Il lui sourit et haussant les épaules, lui dit : « Un truc simple. Ni toi ni moi n'avons beaucoup de temps pour les relations personnelles, mais on a des besoins. Je pourrai trouver quelqu'un d'autre, mais c'est toi que je veux pour l'instant. Et tu n'as pas tellement le choix à ce niveau-là. Donc pour le moment, on en reste à la version simple, officiellement, on est amis, et en privé, je suis là si ça te démange. »

« Mais... » Il l'arrêta en secouant la tête.

« Je le fais de mon plein gré et je ne m'engage pas éternellement à être là. Mais pour l'instant, je n'ai personne d'autre en vu. Si ça change, je te le ferai savoir. De même que de ton coté, tu peux rencontrer quelqu'un qui plaira aux émirs. Pas d'attache, pas d'obligation. Deux amis qui se rendent service, c'est tout. »

« Pas d'engagement ? Et tu me promets de ne pas m'attendre ? Parce que je ne veux pas te faire souffrir pour rien... »

Il acquiesça et lui tendit la main, pour sceller le pacte.

« Amis. Et plus, en cas de besoin, mais dans la plus complète discrétion médiatique. »

« Amis. Quoi qu'il arrive. »

Cagalli lui serra la main, un sourire angoissé aux lèvres.

Ce n'était pas si simple et ils le savaient tous les deux, mais Athrun n'était pas prêt à la perdre et il était plutôt content de l'avoir convaincue.

Après cette nuit, il était sûr que ses sentiments étaient partagés, il n'avait donc plus qu'à trouver une solution pour détourner la loi d'Orb, ou devenir un parti digne de la princesse.


Alors oui, on est reparti en arrière et en plus, il va falloir attendre un bon moment avant de revenir au moment du prologue, donc pour les explications c'est un peu raté, mais j'avais envie de faire comme ça. J'espère que vous m'en voudrez pas trop.

Sinon je tenais à remercier tous ceux qui ont mis cette histoire dans leurs alertes, et je vous rassure, je vais tenter de ne pas trop trainer pour une fois. Et aussi, même si ça n'a rien à voir, j'ai un sondage sur mon profile pour ma prochaine histoire, donc si vous avez une opinion, merci de me le faire savoir. Tout commentaire, remarque, point de vue et autre suggestion sont les bienvenues.