Chapitre 2 La négation

Bien au chaud enroulée dans sa couverture, Cagalli n'avait aucune envie de bouger.

La main qui caressait son ventre de façon régulière ne la gênait pas, bien au contraire, elle suivait la ligne de ses côtes avant de redescendre sur ses hanches sans jamais la chatouiller. Les gestes étaient toujours les mêmes, lui signifiant en douceur qu'elle devait rester consciente.

Le souffle dans son cou était apaisant lui-aussi et en gardant ainsi les yeux fermés, la princesse pouvait croire qu'elle était réellement dans les bras de celui qu'elle aimait après une douce nuit à ses côtés.

Malheureusement, la réalité était un peu différente, et même si elle ne pouvait pas nier son attirance pour Athrun, ils s'étaient clairement mis d'accord qu'il n'y avait pas de relation sérieuse ni de sentiment entre eux. En tout cas rien de plus que de l'amitié et une grande complicité.

Cagalli avait été très claire sur le fait qu'il ne devait rien y avoir de plus. Athrun était entièrement libre de voir qui il voulait, quand il voulait et elle était la première à le chercher sur son célibat prolongé, même si au plus profond de son cœur, elle était soulagée qu'il n'ait pas de liaison sérieuse avec une autre, tout comme elle s'interdisait de céder aux avances de qui que ce soit, même ceux qui auraient pu convenir aux émirs.

Puisque la loi ne l'autorisait pas à choisir, elle resterait seule.

D'ailleurs, elle n'avait aucun droit d'être avec lui maintenant et même si elle souhaitait plus que tout rester lovée contre lui, elle savait qu'elle devait partir.

Depuis plus d'un an déjà, ils entretenaient cette relation particulière qui la laissait à chaque fois satisfaite et comblée, tout en se sentant plus seule et désespérée qu'avant.

Elle s'était jurée de ne plus l'aimer, de n'avoir pour lui qu'un profond respect intellectuel pour son engagement politique, une grande amitié pour l'homme qu'elle connaissait depuis son adolescence et un simple désir physique pour un amant discret et particulièrement doué.

En y réfléchissant bien, c'était sans doute là une définition parfaite d'une relation amoureuse entre deux chefs d'état, mais Cagalli ne voulait surtout pas y réfléchir.

Entre Athrun et elle, il n'y avait rien. En tout cas rien d'important, à part les souvenirs d'une entente cordiale pendant la guerre et qui depuis s'était transformée en rapports courtois entre gens de bonne volonté. C'était ce qu'elle répétait inlassablement à la presse quand la question de leurs liens était soulevée, n'accordant aucune valeur aux spéculations sur une aventure possible entre les deux dirigeants et ne cédant que sur le fait qu'ils se connaissaient au niveau privé par l'intermédiaire de Kira qui était un ami d'enfance du président. Et bien sûr, elle essayait de se convaincre par la même occasion que toute idylle entre elle et Athrun était absurde tant ils étaient différents.

Sauf que la réalité n'était pas si simple.

Son attachement au président des Plants dépassait de beaucoup tout ce qu'elle éprouvait pour les autres politiciens, même ceux qu'elle fréquentait en privé comme le duc du Danemark ou l'ambassadeur de la Fédération Africaine de l'ouest avec lequel elle avait combattu à Suez.

Et le désir qu'elle éprouvait à chaque fois que son regard croisait la silhouette d'Athrun était bien trop intense pour se limiter à une pulsion physique.

Si elle n'avait cherché qu'un amant pour calmer ses envies, elle aurait pu en choisir un autre, plus disponible et moins connu.

Certes, jamais Athrun n'irait parlé de leur aventure, mais il restait la cible des médias, tout comme elle, et ses moindres faits et gestes étaient épiés et décortiqués méthodiquement par la presse. Ce n'était donc pas la meilleure option pour la princesse qui n'était pas supposée avoir de liaison avant son mariage.

Pourtant, elle n'avait jamais pu se résoudre à avoir quelqu'un d'autre que lui dans son lit. Son corps ne réclamait que le sien, aucun autre homme n'éveillant en elle ne serait-ce qu'une étincelle quand Athrun déclenchait un véritable incendie.

Ce soir encore, elle avait eu du mal à ne pas se jeter sur lui quand il était apparu avec son costume en lin, mettant en valeur sa peau bronzé et ses yeux clairs.

Elle avait ressenti une drôle d'émotion en voyant toutes ces femmes, diplomates, nobles ou chefs d'entreprise dans leur robe de soie décolletée en train de le déshabiller du regard, jouant de leurs charmes pour attirer son attention. Une fois encore, elle s'était surprise à être jalouse. Les autres pouvaient lui parler librement, éventuellement l'embrasser, au moins sur la joue, sans trahir quoi que ce soit. Puis il y avait eut l'embarras.

De ne pas être aussi belle que les autres, de ne pas savoir séduire de cette façon, de ne oser l'approcher. Après venait la colère évidemment. Elle se détestait de ressentir tout cela, de ne pas être plus forte et d'en avoir encore quelque chose à faire. Pour finir, la tristesse d'être seule, encore, toujours et condamnée à le rester.

Même maintenant qu'il la tenait dans ses bras, qu'il l'embrassait en se collant à elle, qu'il lui murmurait combien elle était époustouflante, elle n'y croyait pas. Ou plutôt refusait encore et toujours d'y croire.

A quoi bon se faire souffrir à penser à ces choses-là ? Les discours étaient sûrement terminés et leur absence risquait de se remarquer à tout moment. Les rumeurs allaient déjà bons train à leur sujet, ce n'était pas la peine de les alimenter en se faisant surprendre à manquer les festivités ensemble.

Sentant Cagalli prête à se lever, Athrun resserra son étreinte et enfouit son nez dans ses cheveux.

« Reste... »

Il n'avait aucune envie de la perdre. Pas si vite, pas quand il n'avait aucune idée de quand il pourrait la revoir. Pas juste après lui avoir fait l'amour aussi intensément.

Bien sûr, ils n'étaient pas supposés s'attacher, bien sûr, il avait promis qu'il n'attendait rien de plus que son amitié, mais il n'était pas capable de ne lui donner que son corps, et de se contenter du sien le temps de quelques baisers, entre deux portes, quelques caresses dans des draps impersonnels qui seraient changés moins d'une heure après leur départ.

Athrun avait besoin de sa peau, de s'imprégner de son odeur, de la garder contre lui un minimum. Comme s'ils étaient de vrais amants, au sens premier du terme. Deux personnes qui s'aiment, même s'ils n'en avaient pas le droit.

Alors bien sûr, cet arrangement, c'était son idée à l'origine et il n'allait pas revenir dessus. Il était seulement plus faible qu'il ne l'avait imaginé. Et son plan prenait plus de temps que prévu.

En plus, ses sentiments n'avaient pas diminué, au contraire.

Satisfaire ses pulsions vis à vis de la princesse d'Orb n'avait en rien atténuer son attirance pour elle. Ce qu'il ressentait était malheureusement bien trop profond pour disparaître simplement parce que sa raison tentait de diriger son cœur.

Il avait découvert avec le temps que ce qu'il pensait n'être qu'une petite faiblesse pour un amour de jeunesse, doublé d'une attirance charnelle intense était en réalité un sentiment bien plus intense et profond qui ne faisait que se renforcer avec le temps.

Leurs ébats le laissaient à chaque fois plus désireux d'elle, mais pas seulement à un niveau physique.

Depuis deux ans qu'il était au pouvoir, il avait découvert une nouvelle facette de sa personnalité, le versant politique de la jeune femme, bien plus intéressant que celui qu'il connaissait depuis la première guerre.

Il avait été séduit par Cagalli, la jeune civile qui se battait pour défendre ses rêves. Il était tombé sous le charme de ses grands yeux d'ambre, de sa franchise et de sa détermination, mais maintenant, il était captivé par l'intelligence et la finesse de la représentante Attha.

Elle était plus belle que jamais quand elle montait à la tribune, pour expliquer ses idées. C'était d'ailleurs là qu'il avait réalisé combien il la désirait et que tout avait basculé. Il n'avait pas pu lui résister, même si elle n'avait rien demandé.

Quand elle se lançait dans son discours, elle devenait époustouflante et il se sentait fondre à chaque fois, à tous les niveaux.

Contrairement à ce que prétendaient ses détracteurs, sa position de neutralité n'était pas une fuite des conflits.

Certes, elle protégeait Orb des guerres en refusant de prendre partie, mais en réalité, elle n'acceptait pas l'ingérence pratiquée de plus en plus souvent par les forces dominantes qui imposaient encore et toujours leurs idéaux en dénigrant les plus faibles.

Le combat de Cagalli était permanent, mais il était diplomatique. Et c'était ce qui la rendait si spéciale. Elle était profondément humaniste et positive.

En plus, contrairement aux autres politiciens, elle croyait sincèrement en ce qu'elle faisait. Alors comment lui résister ?

Elle était passionnée et enflammée, partageait les mêmes aspirations que lui, et comme il la connaissait aussi bien en public qu'en privé, il savait qu'elle ne prétendait pas. Les positions qu'elle défendait étaient les siennes, et malgré un coté utopiste irréaliste avec le monde tel qu'il était, c'était toujours avec un immense plaisir qu'il l'écoutait parler.

Cagalli était entière et honnête, en toutes circonstances.

Sauf avec lui, évidemment, mais il ne pouvait pas la blâmer. Il en était le seul responsable.

Athrun était son mensonge, son secret, sa trahison. Il était la seule ombre au tableau parfait qu'elle présentait et il s'en sentait un peu coupable. C'était d'ailleurs à cause de cela qu'il n'avait pas insisté pour avoir une relation plus poussée avec elle.

Tant qu'ils gardaient leurs distances, ne se voyaient que pour quelques instants volés, il ne la souillait pas vraiment. C'était du moins ce qu'il essayait de se faire croire.

En plus, de cette manière c'était plus facile d'accepter son rejet permanent.

« Je dois y aller. Si jamais on se rend compte que je ne suis pas là... » Poussant le drap et les couvertures, Cagalli tentait vainement de s'extirper des bras de son amant.

Athrun soupira et la relâcha. Il savait bien que leur temps ensemble était limité et par conséquent, il ne voulait surtout pas le passer à se disputer avec elle.

En plus, c'était à chaque fois la même chose. A part quand ils se retrouvaient pour une raison précise, comme pour les quelques jours en fin d'année qu'ils avaient passés chez les Yamato, ou quand ils avaient été invités tous les deux à la fête pour les fiançailles de Kira et Lacus où ils pouvaient vraiment passer du temps ensemble, discuter librement et rester dans le même lit pour toute la nuit sans craindre de se faire surprendre, sinon, toutes leurs entrevues étaient toujours minutées.

Même si Athrun faisait de son mieux pour venir sur Terre aussi souvent que possible afin de renforcer les liens des Plants avec les différents interlocuteurs planétaires et que de son coté Cagalli était régulièrement dans l'espace, pour la construction d'une nouvelle colonie pour Orb, ils n'avaient pas beaucoup l'occasion de se voir, et encore moins d'être intimes.

Ils avaient tous les deux un emploi du temps chargé et ne pouvaient s'offrir le luxe d'une idylle secrète. Du moins pas ensemble.

Cagalli batailla un peu pour enfila sa robe et Athrun vint à sa rescousse pour rattacher le lacet qui tenait son bustier en place. Il l'embrassa dans cou en finissant de nouer les deux morceaux de rubans et Cagalli frissonna malgré elle.

« Je te reverrais avant le mariage de Kira ? »

Athrun retint un sourire et l'enferma dans ses bras. Plongeant son nez dans ses cheveux, il lui glissa à l'oreille : « Normalement, je dois aller à Onogoro dans une dizaine jours pour un nouvel accord avec Morgenoete. »

Cagalli se retourna et fronça les sourcils.

« ZAFT a besoin de nouveaux MS ? »

Athrun secoua la tête. « Je ne m'occupe pas des commandes de ZAFT. En revanche, le Conseil a approuvé mon budget pour changer les appareils de maintenance des panneaux solaires des colonies et nous savons tous qui reste le leader mondial en matière de drones. »

Cagalli eut un sourire en coin et entreprit de se recoiffer un peu.

« Il me semblait que Plants avait développé ses propres entreprises de construction, avec tous ces jeunes et beaux ingénieurs Coordinateurs qui sortent de l'université Joule... »

Athrun haussa les épaules et commença lui-aussi à se rhabiller.

« C'est vrai que nous avons des usines relativement performantes, mais les Plants s'orientent plus en recherches qu'en production et en plus, ce n'est pas avec une politique d'autarcie que nous allons faire disparaître les tensions avec la Terre. »

Il finit de boutonner sa chemise et s'assit sur un coin du lit pour remettre ses chaussures.

« Il faudrait d'ailleurs que j'ai une entrevue avec la représentante d'Orb. J'ai envie d'initier un grand programme d'échange scolaire en ingénierie. Morgenoete a toujours les étudiants les plus brillants et j'aimerai que les membres de l'université Joule puissent faire leur stage chez eux. En échange, certains élèves de l'archipel pourrait venir suivre un semestre dans l'espace. Ils partageraient leur connaissance, et apprendraient à travailler ensemble, sans distinction Naturels ou Coordinateurs... »

Cagalli réfléchit un instant et étudia son reflet dans le miroir. Son chignon n'était pas parfait, mais avec un peu chance, elle arriverait à donner le change. Puis elle se retourna vers Athrun et lui dit simplement : « Appelle ma secrétaire quand tu seras avec Erica et Andrew. S'ils sont d'accord, je me chargerai d'organiser une réunion. »

« Pas la peine de faire quelque chose de trop formel tout de même... »

« Tu en as discuté avec le Conseil, au moins ? » lui demanda Cagalli d'un ton soupçonneux.

Athrun lui sourit et répliqua qu'il venait seulement d'en avoir l'idée, mais qu'il n'aurait aucune difficulté à convaincre les dirigeants de Plants, ni Elysia Joule des avantages de cet échange. Il allait poursuivre sur sa lancée mais Cagalli l'arrêta d'un geste de la main.

« Ok, je verrai comment je peux m'arranger. D'ici là, tâche de te reposer un peu, tu n'as vraiment pas bonne mine. »

« Hey ! C'est un peu tard pour les complaintes ! » Il semblait réellement vexé par sa remarque et Cagalli ne put retenir un sourire. Elle s'approcha et avec un parfait mélange de séduction et d'indifférence, elle lui annonça : « Je dis simplement ça pour toi. Les prochaines semaines vont être très stressante pour moi à cause de ce mariage, donc je vais avoir des besoins de détente accrus et comme tu aies de passage vers chez moi, ne compte pas avoir une seule nuit de repos. »

Le petit haussement de sourcil qui s'en suivit confirma ce qu'elle attendait de lui et Athrun y répondit par un simple sourire en coin, promettant d'être à la hauteur de toutes ses exigences.

Puis Cagalli quitta la chambre discrètement pour rejoindre le hall où son escorte l'attendait.

Finalement, elle ne s'était pas absentée tellement plus d'une heure et son cavalier n'en semblait pas offusqué. Il était en pleine conversation avec une superbe rousse aux yeux claires avec laquelle la princesse découvrirait le lendemain dans la presse, il n'entretenait pas que des rapports de politesse.

Moins de deux semaines plus tard, alors qu'elle était sur le point de partir déjeuner, Cagalli fut informée par son directeur de cabinet que le Président du Conseil des Plants souhaitait l'entretenir à propos d'un partenariat entre Morgenoete et l'université Joule.

Le docteur Simmons, responsable du pôle recherches de l'entreprise nationale était très enthousiaste, de même qu'Andrew Waltfeld et Murrue Ramius, les deux principaux responsables techniques.

Mais bien sûr, il fallait l'aval de la représentante avant de pouvoir entamer quoi que ce soit et la jeune femme se fit un devoir de trouver du temps le surlendemain pour recevoir le Président.

Elle aurait pu l'accueillir plus tôt, mais pour cela, elle aurait été obligée d'annuler un dîner avec un ambassadeur de l'Alliance qui lui courait après depuis des mois et qu'elle voulait éconduire personnellement.

En plus, ainsi, elle était sûre d'avoir sa photo dans la presse le lendemain, en compagnie de son prétendant et par conséquent, personne ne s'occuperait de savoir où Athrun avait passé la nuit, ni avec qui.

Quand l'ancien pilote de ZAFT se faufila dans sa chambre, la princesse venait de rentrer. Elle était d'une humeur particulièrement massacrante et s'était précipitée sous la douche pour se débarrasser de l'odeur collante de l'ambassadeur.

Toute la soirée, il s'était appliqué à la tenir près de lui, comme si elle était une de ces cocottes qu'on promène accrochées à son bras pour faire bisquer ses amis.

Athrun entendit le bruit de l'eau et laissant ses affaires entassées sur un fauteuil, il n'attendit pas d'invitation pour rejoindre sa maîtresse sous la douche.

Cagalli se laissa aller dans ses bras, lui offrant son corps généreusement et sans la moindre gêne. Les jambes enroulées autour des hanches d'Athrun, elle ne tenait que grâce à sa force et au mur de la salle de bain qui lui servait d'appui pendant qu'il s'enfonçait en elle. Il était intense et tendre, avec juste ce qu'il fallait de férocité pour rendre l'acte irrésistible. Après une soirée avec un homme insipide et plat, qui la traitait comme une poupée de porcelaine, elle appréciait d'autant plus la fougue d'Athrun.

Il savait qu'elle n'allait pas se briser entre ses doigts, mais il n'était pas violent non plus. Il dosait comme il fallait ses mouvements pour la satisfaire sans jamais lui faire mal.

Son corps n'avait plus de secret de lui, il en connaissait chaque recoin et pouvait la faire jouir d'un simple coup de rein bien placé.

Et il ne s'en priva pas.

Pourtant, quand il l'embrassa, Cagalli se sentit plus vidée et désespérée qu'elle ne l'avait été au cours du repas et elle remercia intérieurement la douche qui lui permettait de pleurer sans qu'il s'en aperçoive.

Elle n'aurait pas dû ressentir ce genre de chose. Ce sentiment de béatitude à chaque fois qu'il s'approchait d'elle, cette délicieuse sensation d'exister, d'être entière. Tout ce qu'elle essayait vainement de trouver avec ceux que les émirs lui présentaient dans le but de la marier mais qu'elle n'entrevoyait jamais. Sauf avec lui.

Athrun devina sa détresse mais comme à chaque fois, il fit semblant de ne rien voir et se contenta de la serrer contre lui, maladroitement, tentant de la rassurer un peu.

Pour quelques heures, ils pourraient prétendre, mais ce n'était pas réel. En plus, elle ne voulait pas faire semblant. Dès qu'elle sortirait de la salle de bain, elle reprendrait ses distances et lui parlerait normalement, comme s'il n'était qu'un vieil ami de passage.

Il la regarda enfiler son peignoir et se brosser les cheveux puis il s'habilla à son tour et s'installa dans le fauteuil où il avait précédemment laissé ses vêtements.

Pour éviter le silence post-coïtal gêné, il embraya immédiatement sur le sujet de sa venue, lui épargnant les questions sur sa soirée et son emploi du temps surchargé qui ne lui avait pas permis de lui accorder une audience officielle avant deux jours.

Il n'allait pas s'en plaindre, c'était une occasion inespérée pour lui de passer plus de temps sur Terre, et donc avec elle, d'une certaine manière.

Athrun repartit donc dans son discours sur l'échange scolaire, affirmant qu'il avait convaincu sans problème Elysia Joule du bien fondé de sa proposition et que l'idée avait été très bien accueillie par les dirigeants de Morgenoete. C'était un excellent moyen de faire collaborer ensemble des Coordinateurs, habitués à la vie dans l'espace avec des Naturels de tout bord et il était persuadé que ce serait très bénéfique pour la paix entre les Plants et la Terre.

Il avait un air déterminé et sûr de lui qui amusa Cagalli et elle eut du mal à ne pas rire.

« Face à tant d'enthousiasme, je doute de résister. En plus, je ne voyais aucune raison au départ pour m'y opposer. »

Athrun parut contrarié et se levant, il annonça : « Alors je vais réfléchir à quelque chose qui déplaise aux émirs pour faire traîner les négociations ! »

Cagalli lui tapa le bras en prenant un air outré. Puis avec un sourire complice, elle suggéra : « Ne propose pas d'échange tout de suite. Parle seulement d'envoyer des élèves de ta prestigieuse université en stage chez Morgenoete, ainsi que dans toutes les grandes entreprises de l'Alliance, pour qu'Orb n'est pas un statut privilégié. »

Elle allait poursuivre son explication quand elle entendit des voix dans le couloir, lui rappelant qu'elle n'était pas supposé discuter tranquillement avec le président, seule dans sa chambre, surtout après avoir couché avec lui alors qu'elle était sensée se remettre de sa rupture avec un ambassadeur.

Officiellement, elle avait laissé entendre que cet arrogant crétin lui plaisait, de manière à calmer un peu les foules qui attendaient de plus en plus l'annonce de ses fiançailles. Le mariage de Kira et Lacus n'avait fait qu'aggraver un peu plus la situation, si bien que Cagalli se retrouvait très souvent avec des questions sur sa vie privée et sur ses projets concernant ses héritiers.

Athrun devina sans difficulté ce qui se passait dans sa tête et prenant la princesse par le bras, il l'attira vers la porte en proposant de lui faire un chocolat chaud.

Cagalli le regarda avec un mélange d'incompréhension et de peur et alors qu'il ouvrait la porte, il annonça tranquillement : « C'est le meilleur remède contre les chagrins d'amour. Alors ne reste pas enfermée à te morfondre quand tu peux vider ton sac avec une bonne dose de sucre ! » Il affichait un sourire confiant et la traîna à la cuisine sans se soucier des gardes qu'il croisait.

Il continuait de parler nonchalamment, comme s'il était tout à fait normal que le président des Plants se retrouve chez elle au beau milieu de la nuit alors que personne ne l'avait vu entrer.

Mais Cagalli comprit son petit jeu et accepta de le suivre en maugréant. Ils étaient amis, alors il était sans doute logique qu'elle l'appelle lui en cas de problème. Et comme il était dans les environs, il était passé pour lui remonter le moral.

Ce ne fut pas sans une bonne dose de masochisme psychologique que la représentante lui demanda avec un faux air détaché alors qu'il farfouillait ses placards à la recherche de cacao en poudre : « Et tu veux me faire croire que tu soignes tes peines du cœur avec du sucre, toi peut-être ? »

Athrun continua à chercher ses ingrédients et lui répondit par dessus son épaule : « Je n'ai pas de relation, donc pas de déception. »

Il avait un sourire immense et satisfait et Cagalli grogna.

« Fais-moi croire que personne ne t'a jamais blessé ! Que maintenant tu prennes tes distances et te contentes de petites aventures insignifiantes, je veux bien, mais avant... »

Elle s'arrêta, réalisant qu'elle entrait en terrain miné et Athrun lui aussi abandonna son inspection des placards. Sans se retourner, il se contenta de lui avouer : « Une fois. »

Il avait apparemment trouvé ce qu'il cherchait puisqu'il repartit vers le frigo pour prendre du lait et commença à préparer deux tasses.

« Et tu t'es soigné avec du chocolat et du sucre ? Parce que je doute que ça marche ! » Cagalli croisa les bras sur sa poitrine et prit un air buté qu'il ne vit pas tant il se concentrait sur ce qu'il faisait.

Dans un murmure, il lui répondit : « Je me suis engagé et ce n'était pas la meilleure idée qui soit. Puis comme ça n'a rien donné et que je n'arrivais pas à l'oublier et que j'avais fait tellement de conneries que je n'osais même pas tenté d'espérer qu'elle me reprenne, j'ai tout essayé pour tourner la page. L'alcool, la fête, d'autres filles, certaines qui lui ressemblaient, d'autres au contraire qui étaient à l'opposé, et finalement, j'ai trouvé que le sucre et en parler avec un ami était la meilleure solution. Ca m'a beaucoup aidé. »

Il se retourna enfin et lui sourit en lui tendant sa tasse. Il s'assit en face d'elle et demanda : « Alors, quel est ton problème ? Ne me dis pas que tu en pinçais sérieusement pour ce diplomate ! »

Cagalli soupira et baissa la tête sur sa boisson pour éviter ses yeux. Il avait été honnête avec elle, une fois de plus, et elle avait envie elle-aussi de lui avouer le fond de son problème.

Seulement ils n'étaient pas seuls.

Les gardes qui tournaient en permanence dans le palais, le système de sécurité qui filmait et enregistrait tout ce qu'elle dirait... ce n'était pas facile de déballer ses sentiments de cette manière.

« J'en ai marre. » Elle avala une gorgée de chocolat et planta son regard dans celui d'Athrun. D'un signe de tête, il l'invita à développer, ce qu'elle fit.

« Il me traitait comme une princesse, ils le font tous. Je ne le supporte plus. Je veux dire, oui, je suis la souveraine de ce pays, et je ne veux pas le nier. Mais est-ce que personne ne voit Cagalli derrière la représentante ? C'est pénible de n'être considérée qu'à moitié ! Si je dois faire ma vie avec un homme, je voudrais qu'il est un minimum d'attention à ma personne, en tant qu'individu, pas uniquement comme chef d'état ! C'est trop demander ? »

A nouveau elle soupira et se sentit rougir sous le regard bienveillant d'Athrun. Il secoua la tête et murmura : « Non, c'est une exigence plus que raisonnable. » Il aurait bien ajouté que lui faisait la différence entre la princesse et la jeune femme mais il savait que ce n'était pas ce qu'elle avait besoin d'entendre.

Il n'avait aucune solution à lui proposer, sachant que tous ses prétendants, aussi intelligents et intéressants qu'ils puissent être n'arrivaient jamais à dépasser la carapace qu'elle s'était forgée. Elle n'avait sans doute même pas conscience de la distance qu'elle mettait en permanence avec les autres dès qu'elle endossait son rôle de dirigeante, si bien qu'elle ne pouvait pas trouver ce qu'elle cherchait.

Une part de lui avait de la peine pour elle, voyant clairement sa solitude, mais une autre en était rassurée. Il n'y avait bien donc que lui dans sa vie et dans son cœur. Il avait donc encore ses chances, si bien sûr il réussissait à convaincre les émirs.

Ils restèrent longtemps en silence dans la cuisine et ce fut l'arrivée de Mana qui les sortit de leur transe méditative.

La gouvernante sourit à Athrun et lui suggéra d'aller se coucher. Elle avait préparé sa chambre, en précisant qu'elle lui avait donné celle qu'il avait quand il était au service de la princesse, celle qui communiquait directement avec celle de Cagalli, ne laissant aucun doute sur ce qu'elle savait de leur relation.

Ahtrun la remercia et voulut la détromper mais Mana se contenta de rire en le poussant vers l'escalier. Elle ne voulait rien savoir et refusait qu'il rentre à son hôtel vu l'heure, donc pour elle, la discussion était close avant même d'avoir commencé.

Le lendemain, Cagalli croisa Mana et tenta à son tour de lui expliquer qu'il n'y avait rien d 'autre qu'une profonde amitié entre elle et le président des Plants, niant tout sentiment amoureux entre eux, de même que tout rapport non diplomatique.

La gouvernante écouta sa protégée avec un sourire de plus en plus triste au fur et à mesure qu'elle s'enfonçait dans son discours et finit par conclure : « Si vraiment vous ne voyez pas ce qu'il y a entre Athrun-sama et vous, alors vous êtes vraiment aveugle, Cagalli-sama. »

La princesse resta stupéfaite, mais refusa toujours d'admettre ce que Mana considérait comme une évidence. Ces deux-là étaient faits l'un pour l'autre et quoi qu'ils fassent, ils rayonnaient dès qu'ils étaient ensemble, bien plus qu'avec n'importe qui d'autre.

Oui, je suis cruelle, je torture mes personnages sans raison et en plus j'aime ça. Mais bon, je crois que j'avais prévenu au départ. La bonne nouvelle, c'est qu'au prochain chapitre, les choses vont commencer à s'arranger (un peu) et je vais expliquer un peu mieux la situation telle qu'elle était au départ. Voilà. Et aussi, j'ai prévu cinq chapitres en tout, avec peut-être un épilogue, mais rien de trop long donc vous n'aurez pas trop à attendre pour connaitre le dénouement de cette affaire !