Chapitre 3 La souffrance
Le mariage de Kira et Lacus était très simple. Pour être sûr d'être tranquille, Kira avait choisi une auberge sur une des petites îles les plus à l'est de l'archipel d'Orb et grâce à l'intervention de sa jumelle, il avait pu restreindre les accès en interdisant les déplacements pour raison de sécurité.
Ainsi, aucun bateau ne pouvait accoster l'île pendant les vingt-quatre heures précédent la cérémonie, ni les deux jours suivants.
La présence de la princesse était suffisante pour justifier un tel protocole et avec en plus le président des Plants comme garçon d'honneur, il fallait être sûr qu'aucun incident ne viendrait gâcher la fête.
La seule photographe autorisée était Miriallia Haw, une amie proche des mariés qui savait ne pas se mêler des affaires privées des convives.
Et comme Lacus avait accepté quelques clichés officiels pour satisfaire son public, il n'y eut aucun dérapage.
Cagalli profita de la fête autant que possible, dansant et riant avec ses amis et ceux des mariés, mais le cœur n'y était pas, sans qu'elle n'arrive vraiment à savoir pourquoi. Elle était très heureuse pour Kira et Lacus, pourtant, elle n'était pas aussi joyeuse qu'elle aurait dû et elle profita de la première occasion, pour prétexter la fatigue et s'échapper. Mais à peine avait-elle mis un pied dehors qu'elle se fit rattraper.
« Tu ne vas tout de même pas aller te coucher sans m'avoir accordé une danse ? »
Le ton de Kira était faussement outré et Cagalli se contenta de hausser les épaules en lui rappelant qu'elle n'était pas tenue d'accepter quoi que ce soit. Ce n'était pas un bal officiel et elle avait déjà fait l'effort de mettre une robe, il ne pouvait pas lui en demander plus.
Évidemment, le marié n'apprécia pas le peu d'enthousiasme de sa sœur face à ses noces et les échanges fusèrent, perdant en peu à peu en cordialité jusqu'à l'intervention de la jeune épouse qui ne comprenait rien à leur dispute mais refusait de les laisser se chamailler.
Lacus attrapa Cagalli par le bras, son frère de l'autre coté et les traîna tous les deux vers la piste en les remerciant de l'entraîner si bien pour son future rôle de mère.
Il ne restait que quelques semaines à attendre avant la naissance du bébé et même si leurs développements se passaient très bien, la chanteuse était inquiète pour son fils qu'elle n'avait pas pu porter elle-même. Elle craignait de ne pas être à la hauteur puisqu'elle avait dû recourir à des couveuses dès le troisième mois de sa grossesse et en nourrissait une immense culpabilité, qu'elle exprimait par ce genre de remarques.
Cagalli lui offrit un sourire rassurant et lui affirma qu'elle ferait du très bon travail avant de prendre son frère par la main pour une valse rapidement écourtée par l'arrivée du témoin du marié.
Athrun, lui non plus n'avait pas eu l'occasion de danser avec la princesse, et il semblait relativement offensé par la distance qu'elle s'était appliquée, toute la soirée, à mettre entre eux.
Dès qu'elle fut en position, une main sur son épaule et l'autre dans la sienne, il l'attira un peu plus contre lui, lui montrant clairement qu'il n'était pas qu'une simple connaissance de passage et qu'il comptait bien profiter de chaque seconde avec elle.
La jeune femme se sentit rougir de leur proximité, en particulier quand son cavalier commença à promener ses doigts dans son dos sous le regard amusé des mariés qui ne purent retenir un sourire en les voyant tous les deux réunis.
A plusieurs reprises, Cagalli tenta de s'éloigner un peu, pour au moins ne pas être collée à lui, mais Athrun ne semblait pas décider à la laisser lui échapper. Même à la fin du morceau, il la garda dans ses bras, lui interdisant de retourner à sa place avant d'entamer une autre danse.
La princesse protesta faiblement, lui rappelant ses devoirs, mais Athrun la fit taire d'un baiser qui la laissa sans voix. Après son séjour à Orb où il avait plus de temps à la résidence Attha que n'importe où ailleurs, le président des Plants avait dû faire profile bas, tout comme la princesse. La presse n'avait rien su de l'endroit où il avait dormi, et à part Mana, personne dans l'entourage de la jeune femme ne semblait au courant de ce qu'il se passait réellement, mais la gouvernante était revenue plusieurs fois à la charge, rappelant à sa protégée qu'elle avait droit au bonheur et comme toujours, l'intéressée s'était ensevelie sous le travail pour ne pas avoir à penser à son amant ni aux quelques nuits qu'ils avaient passées ensemble dans la plus parfaite harmonie.
Elle avait donc évité tout contact avec lui pendant des semaines et de toute la journée, ils n'avaient pas échangé plus de trois mots, par conséquent, elle n'imaginait pas qu'il ferait une chose pareille.
En plus, il n'était pas venu seul à la cérémonie et c'était une première, donc logiquement Cagalli avait pensé qu'il s'était enfin décidé à abandonner le célibat et par voie de conséquence, leur relation si particulière. Elle avait même réussi à se convaincre que c'était pour le mieux, puisqu'il avait droit au bonheur et qu'elle ne risquait pas de le lui donner.
Elle aurait préféré être informée avant de sa liaison, mais d'un autre coté, avec le mal qu'elle s'était donné pour l'éviter, elle pouvait comprendre qu'il n'ait rien dit. Par ailleurs, le sujet était plutôt délicat.
Elle-même se gardait bien de l'avertir à chaque fois qu'elle avait un nouveau cavalier, encore que dans son cas, les choses étaient différentes.
Cagalli avait régulièrement quelqu'un avec elle quand elle se rendait à un gala ou dans ses représentation officielles, c'était une habitude en quelque sorte. Elle profitait de ses voyages pour emmener certains de ses amis qu'elle n'avait pas le temps de voir autrement, comme Andrew Waltfeld ou Said Benhayad qu'elle avait connus pendant la guerre. Il y avait aussi des diplomates avec lesquels elle s'entendait bien qui lui servaient de chaperon, empêchant d'éventuels prétendants de s'approcher de trop près et malheureusement, parfois, il y avait aussi un fils d'émir, une relation de conseiller ou n'importe quel autre jeune homme avec lequel un membre du conseil d'Orb aimerait la voir se lier.
Cagalli était obligée, à l'occasion, d'accepter de rencontrer certains de ces parasites qu'on lui imposait, pour donner le change. Orb attendait toujours une union officielle et surtout, un héritier, comme les émirs ou la presse tenaient régulièrement à lui faire remarquer.
Mais pour le mariage de son frère, elle avait obstinément refusé tout tentative de son entourage de lui imposer un cavalier. C'était un évènement familial et elle n'avait aucune raison de s'encombrer d'un partenaire qui ne l'intéressait pas.
Pour Athrun en revanche, l'occasion avait semblé propice pour présenter à tout le monde sa nouvelle conquête. Encore qu'ils la connaissaient tous déjà puisqu'il était venu avec sa chargée de communication, Juliet. Ou du moins c'était ce que la princesse avait supposé en les voyant ensemble.
La petite blonde était radieuse dans sa robe en voile émeraude et ses cheveux relevés en chignon compliqué agrémenté de rubans rouges vifs lui donnait une allure distinguée absolument irrésistible.
Comme toujours, Cagalli s'était sentie fade et transparente à coté d'elle. Tout ce qu'elle portait était un ensemble en organdi vert clair, avec une jupe longue et un cache cœur assorti. Elle n'avait pas choisi de coiffure sophistiquée et avait seulement remonté son indomptable crinière pour avoir l'air présentable.
Lacus avait bien insisté pour glisser dans ses mèches blondes deux amaryllis, mais la princesse était loin d'être convaincue du résultat.
Jusqu'à ce que son cavalier lui murmure combien il la trouvait belle alors qu'il replaçait les fleurs au-dessus de son oreille.
La sincérité dans son regard était une preuve suffisante de ce qu'il ressentait et Cagalli baissa les yeux, mal à l'aise d'être si troublée et flattée par ses compliments.
« Et Juliet ? » demanda-t-elle à mi-voix.
Athrun se mit à rire doucement et resserrant son étreinte, lui glissa simplement : « C'est une grande fan de Lacus. Et elle n'osait pas venir toute seule. »
Cagalli pinça les lèvres, réfléchissant à ce qu'il venait de lui apprendre, mais avant qu'elle ne puisse le questionner davantage, il poursuivit, devinant ses doutes.
« Il n'y a rien entre nous, je te l'ai déjà dit. Et ça ne changera pas, crois-moi. »
Il jeta un coup dans la direction de sa chargée de communication avant de se replonger dans le regard ambré de sa cavalière et avec un sourire presque amoureux, il ajouta : « Elle n'est qu'une pâle copie de l'originale et elle le sait. »
Cagalli voulut des explications, ne voyant pas de quoi ni de qui il parlait, mais Athrun n'était plus disposé à discuter. Il la fit tourner rapidement avant de la reprendre dans ses bras et de la basculer en arrière pour l'embrasser à nouveau tendrement.
Puis sans lui demander son avis, il la tira vers l'escalier et l'entraîna dans sa chambre. Ils étaient tranquilles et n'avaient pas à attendre la fin de la soirée pour s'éclipser. En plus, ils n'étaient pas les seuls à avoir déserté la soirée pour concurrencer les jeunes mariés dans leurs activités nocturnes.
Et pour une fois, ils n'étaient pas obligés de surveiller le temps qu'ils passaient ensemble, pour éviter de se faire remarquer ou simplement pour ne pas attirer l'attention sur leur absence simultanée. Ils savaient tous les deux que personne ne se souciait réellement de ce qu'ils pouvaient faire, ensemble ou pas et en plus, tous ceux qui les connaissaient, étaient plus ou moins au courant de leur relation, même s'ils n'en maîtrisaient pas toutes les subtilités.
Sauf que Cagalli n'était pas vraiment d'humeur badine et même si les lèvres d'Athrun savaient la motiver alors qu'elles faisaient route vers sa clavicule, elle lui demanda d'arrêter en le repoussant mollement.
C'était la première fois qu'elle lui disait non et il ne sut comment réagir. Devant son visage perplexe, la princesse baissa les yeux, mal à l'aise. Ce n'était pas une décision facile, mais elle sentait que c'était la bonne.
« On devrait arrêter, ça ne peut plus durer comme ça. »
Doucement, elle se recula et fut étonnée qu'Athrun ne cherche pas à la retenir. Plus encore quand il confirma.
« Je suis bien d'accord. On ne peut pas continuer, ça ne mène nulle part. »
« Je suis désolée... » Cagalli s'assit au bord du lit et contempla le tapis. Elle était lasse de toute cette soirée, de ces festivités qui n'en finissaient pas, de toujours sourire et prétendre que tout allait bien alors qu'elle s'effondrait chaque jour un peu plus. La pression devenait insupportable et elle semblait s'en apercevoir enfin.
Ses escapades avec Athrun auraient dû être une bouffée d'air, de l'oxygène pure qui lui aurait permis de replonger et de repartir un peu plus longtemps. Au début, c'était le cas.
Mais pas aujourd'hui. Quelque chose avait changé depuis lors dernière rencontre et elle n'arrivait pas à saisir de quoi il s'agissait.
Ce n'était pas de la jalousie puisqu'il ne sortait pas avec Juliet. Ce n'était pas non plus d'être seule, elle n'en souffrait pas plus qu'avant et même si de voir Kira enfin se marier et sur le point de fonder une famille amplifiait un peu son sentiment d'isolement, elle avait eu de le temps de se faire à cette idée depuis l'annonce de la grossesse de Lacus six mois plus tôt.
C'était différent, comme si au plus profond de son être toutes les frustrations et les angoisses sur son avenir qu'elle enfouissaient depuis des années se réveillaient enfin pour revenir la submerger d'un seul coup.
Comme son frère, elle aurait dû avoir droit au bonheur. Se marier, fonder une famille, être heureuse avec…
Athrun était en face d'elle, un genou à terre, les yeux droits sur elle et elle sentit sa respiration se bloquer.
« Ca devrait être nous. » Il lui prit la main et Cagalli comprit qu'elle devait réagir, l'arrêter, faire quelque chose, bouger, parler, s'enfuir, mais elle était pétrifiée.
Elle tenta d'ouvrir la bouche, mais aucun son ne sortit et Athrun poursuivit.
«Ne me dis pas que tu n'y as jamais pensé. Toi et moi. Pour de vrai.»
«Ce n'est pas possible.» Cagalli ne reconnaissait même pas sa propre voix tant elle était faible, les mots lui étaient arrachés de force. Elle se raccrochait comme elle pouvait à ce qu'elle savait, se cachant derrière la loi pour ne pas envisager la possibilité.
«Et s'il n'y avait pas cette règle idiote ? Si ce n'était que nous. Pas de politique, pas de responsabilité nationale, juste nous deux.»
Athrun la dévisageait et Cagalli n'arrivait plus à penser. Elle était envoûtée par son regard brulant qui sondait son âme à la recherche d'une réponse.
«Epouse-moi.» C'était aussi simple que ça. Il ne lui posait même pas la question, il n'avait pas besoin de la confimation de son accord. C'était ce qu'elle voulait, ce qu'elle avait toujours voulu. Depuis ce jour à bord de l'Arcangel où ils s'étaient promis de toujours veiller l'un sur l'autre, il savait. La suite n'avait été qu'une assurance que le lien entre eux était bien indéfectible.
Balbutiant, Cagalli tenta de refuser son offre, répétant inlassablement qu'elle ne pouvait pas, mais quand Athrun se redressa, son visage à quelque centimètres du sien, elle n'eut plus la force de lutter.
«Oublie les émirs. Juste toi et moi.»
La princesse trembla et sentit ses yeux la brûler. Elle cligna des paupières, chassant les larmes qui menaçaient de couler et tenta de calmer les battements anarchiques de son coeur.
«Je...»
«On trouvera une solution. Dis-moi que c'est ce que tu veux...» Son ton devenait suppliant, comme s'il craignait quelque part d'être rejeté.
Cagalli restait toujours sous le choc, incapable d'articuler un mot. Elle était terrifiée, et peut-être même au-delà.
Athrun lui caressa la joue, son pouce essuyant doucement l'humidité sur sa peau et dans un murmure, il lui avoua simplement : «Je t'aime, Cagalli.»
Elle eut un hoquet de stupeur en sentant son souffle chaud sur sa peau et alors qu'il l'embrassait, elle ne put que répondre à son baiser. C'était la première fois qu'il lui disait ces mots.
Elle ferma les yeux et le laissa l'allonger sur le lit et remonter sous sa jupe. Quand il lui redemanda une dernière fois de l'épouser, elle fut vaincue.
Dans un soupir, elle laissa échapper le «Oui» dont ils avaient tous les deux besoin.
Cette nuit-là fut véritablement inoubliable à bien des égards. La tendresse que déploya Athrun des heures durant était incomparable. Même lors de leur première nuit ensemble il n'avait été aussi affectueux et attentif. Le fait qu'il soit plus expérimenté expliquait sûrement cette différence, mais Cagalli savait que ce n'était pas la seule raison.
Elle-même avait été bien plus réceptive à chacune de ses caresses et elle ne s'était pas simplement contentée de se laisser faire. Elle avait cherché à imprégner dans sa peau, dans sa chair chaque parcelle de son corps comme si chaque seconde qu'elle passait avec lui était la dernière.
Elle ne voulait pas le quitter, pas après avoir cédé et admis ce qu'elle éprouvait vraiment et elle lutta contre le sommeil pour passer un peu de temps avec lui.
Lovée dans les bras du président, la princesse oublia doucement le reste du monde et l'écouta lui parler de tout sauf de politique ou d'accord international.
Athrun ne faisait pas réellement de projet, mais il suggérait la destination de ses prochaines vacances, les sorties qu'il aimerait faire, et tout un tas d'autres plans farfelus qu'ils pourraient tester s'ils étaient un vrai couple. Il y avait les restaurants qu'il n'avait jamais essayé mais dont on vantait les mérites autour de lui, les expositions de peintures qu'il adorerait voir, en particulier celle sur les arts aborigènes et le pays des rêves qui l'inspirait beaucoup, mais aussi retourner dans ce petit magasin d'origami où Cagalli l'avait trainé quand il était son garde du corps pour trouver un cadeau pour Kira et où le vendeur avait à tout prix voulu lui apprendre sa technique de fabrication d'animaux éphémères. Il n'avait plus le temps de construire des robots comme Torii ou Haro, mais il aurait bien voulu s'essayer à une version papier de ses petits monstres et avait donc besoin de cours.
Il avait tellement d'idées sur ce qu'il voulait partager avec Cagalli que la jeune femme se demanda depuis combien de temps il réfléchissait à tout cela en secret, mais elle n'eut pas la force de lui poser la question. Elle était épuisée et se contentait de hocher distraitement la tête, luttant vainement contre le sommeil qui finit par l'emporter alors qu'Athrun continuait à perdre ses doigts sur son dos tout en parlant. Il la regarda dormir, admirant son visage détendu et serein avant de se décider à éteindre pour se reposer lui-aussi.
Il aurait besoin de toute son énergie pour la convaincre de suivre son stratagème. Même si le plus gros était fait, il n'était pas sûr qu'elle accepte facilement de tromper les émirs et son peuple uniquement pour contourner une loi idiote.
Surtout qu'il ne savait pas que Cagalli avait elle-aussi des projets de son coté pour se libérer, au moins partiellement de son devoir envers Orb.
Le problème fut qu'Athrun n'eut pas l'occasion le lendemain d'aborder la question de leur avenir. Cagalli ne lui offrit pas vraiment d'ouverture à son réveil, ce qui était compréhensible et par la suite, le président fut sorti de bulle de bonheur par Juliet, qui l'informa, non sans s'excuser platement, qu'il y avait une fuite au générateur principal de la colonie spaciale November II.
La situation pouvait devenir critique si jamais la station orbitale commençait à perdre de l'altitude, surtout qu'officiellement, November II n'était qu'un projet et en plus, elle était située sur L3, et donc très proche de la Terre.
Cagalli voyant le visage contrarié d'Athrun et l'embarras de Juliet à détailler plus annonça qu'elle allait prendre une douche pour les laisser seuls, libres de se parler normalement. Elle disparut derrière la porte de la salle de bain et l'assistance du président put lui faire un rapport complet de ce qui était arrivé.
Athrun soupira et laissa Juliet organiser son retour immédiat sur Aprilius puis il rejoignit Cagalli pour l'informer de son départ. Il n'était pas ravi de ne pas avoir pu lui parler de leur couple, mais d'un autre coté, le problème politique actuel lui faisait prendre conscience qu'elle n'était pas la seule à ne pas être libre.
Il avait lui-aussi des obligations, ne pouvait pas faire ce qui il voulait avec qui il voulait. Certaines informations étaient confidentielles et même s'il avait entièrement confiance en Cagalli pour ne pas le trahir, elle était chef d'état et suivant ce qu'elle entendait en privée, elle serait obligée d'en tenir compte en public. Elle ne pouvait pas prétendre ne pas savoir, alors qu'elle était au courant d'un problème, ce n'était pas dans sa nature.
Par conséquent, avant de tenter quoi que ce soit, Athrun devait lui-aussi se débarrasser de ses engagements.
Il se glissa sous l'eau derrière Cagalli et enroula ses bras autour de son ventre en l'embrassant dans le cou et la princesse se blottit contre lui.
«Rien de grave ? Demanda-t-elle simplement.
- Je ne sais pas encore, mais je suis obligé d'aller voir.
Athrun s'excusa de partir si vite, mais Cagalli le rassura d'un sourire confiant. Ils se reverraient pour la naissance ou au moins le baptême, puisqu'ils avaient tous les deux été choisis comme parrain et marraine. En plus, la princesse était bien placée pour comprendre ses obligations vis à vis des Plants. Elle ne chercha pas à le retenir et Athrun se sentit coupable de son attitude. Il attendait d'elle une rupture avec son pays, alors qu'elle y était née, avait grandi là, en tant que princesse héritière en plus, et lui, qui ne s'intéressait vraiment à la politique que depus une dizaine d'années était incapable de sacrifier quelques heures pour trouver une solution à leur problème.
C'était terriblement égoiste de sa part.
Les efforts devaient être partagés, il n'y avait pas d'autre moyen pour eux de s'en sortir.
Quand il salua Lacus et Kira, leur expliquant brièvement qu'il était attendu en urgence par le Conseil, il remarqua la lueur particulière dans le regard de l'ancienne présidente et pour la première fois, il réalisa la sacrifice qu'elle avait fait.
Pour être avec celui qu'elle aimait, elle avait abandonné sa carrière politique. Bien sûr, son rôle était épuisant et frustrant quand elle était à la tête des Plants, mais c'était aussi passionnant et gratifiant de pouvoir faire changer les choses.
Mais elle avait tout quitté parce que cette vie de chef d'état était incompatible avec ses aspirations personnelles. Elle n'aurait jamais pu fonder une famille si elle avait gardé son poste. La fonction était trop contraignante. Et pourtant Kira était extrêmement disponible et patient.
Dans le cas de Cagalli, la situation était bien pire.
Par conséquent, même si c'était un choix difficile, il n'avait pas vraiment d'autre possibilité. Aussi difficile que cela puisse paraître, surtout dans le cas présent, où il n'avait personne sur qui s'appuyer dans son entourage politique.
Comme si elle devinait ses doutes, Lacus lui murmura quelques mots d'encouragement en le serrant dans ses bras, puis lui offrit un sourire confiant. Tout se passerait bien, il suffisait qu'il soit un peu patient.
Elle avait l'air tellement sûre d'elle qu'Athrun se sentit soulagé et quand Cagalli se faufila jusqu'au toit de l'auberge pour l'embrasser avant qu'il ne monte dans l'hélicoptère, il oublia ses doutes et savoura pleinement de l'avoir simplement contre lui. Il eut tout de même un moment d'hésitation quand elle lui chuchota en souriant qu'elle l'aimait et ce ne fut que parce qu'elle le repoussait qu'il put se décrocher et monter dans l'appareil.
Ce ne fut qu'une fois au spacioport qu'il retrouva son sang-froid et put se concentrer sur le problème du moment.
Athrun profita du trajet jusqu'à Aprilius pour étudier le dossier et s'entretenir sérieusement avec son équipe. Les élections des membres du Conseil approchaient et avec elles, les dissenssions allaient forcément augmenter entre les différents clans. Une catastrophe telle que la chute de November serait une opportunité pour les extrêmistes de gagner des points, il fallait donc être très prudent pour régler cette affaire.
Cette station était la première à être construite si proche de la Terre et quelque part, Athrun avait du mal à penser à simple accident. Il y avait donc des gens bien placés qui voulaient à nouveau développer des tensions entre les colonies et la Terre, ou au moins, limiter autant que possible les rapprochements. Tous ses conseillers étaient d'accord pour dire que cet incident n'était pas dû au hasard et qu'il s'agissait d'une attaque directe envers sa politique d'ouverture en direction des Naturels.
Même si officiellement son projet d'échange scolaire et de partenairiat avec différentes universités terriennes avait été bien accueilli, l'idée de faire se mélanger si facilement des Naturels aux Coordinateurs dérangeaient encore beaucoup.
Le président soupira longuement. Il allait devoir se lancer dans une grande enquête auprès des industriels qui avaient participé à la création de November pour découvrir qui étaient ses ennemis et lancer une nouvelle campagne de communication contre le racisme.
Mais avec tout cela ne ferait, son projet d'officialisation avec Cagalli ne pourrait qu'être retardé. Encore que l'union d'un Coordinateur des Plants et une Naturelle terrienne serait un signe fort contre les discriminations. Si seulement les émirs étaient moins butés et qu'ils voulaient bien penser au bonheur de leur princesse plutôt qu'à leurs petits intérêts...
Juliet regarda Athrun perud dans ses sombres pensées et posant une main réconfortante sur la sienne, lui conseilla de se reposer. Il se faisait du mal à trop réfléchir et n'arriverait à rien s'il ne se vidait pas un peu l'esprit.
Athrun esquissa un faible sourire face au visage inquiet de sa collaboratrice et lui assura que tout allait bien avant de se replonger dans la liste des entreprises ayant colloboré d'une manière ou d'une autre au projet November.
Il voulait tout connaître du sujet avant de rejoindre la cellule de crise du Conseil. Même s'il avait déjà pu donner ses consignes pour envoyer les meilleurs techniciens sur place, il se doutait bien de ce qu'ils allaient trouver.
Le générateur ne s'était pas endommagé seul et il fallait trouver le ou les responsables. Etudiant les différents intervenants rejetés lors de la mise en place du projet, un nom en particulier retint son attention.
Joaquim Almeida-Canhao, PDG de la Solar Inc, spécialisée dans les panneaux solaires et tous les convertisseurs d'énergie renouvelable. Il avait proposé un tout nouveau modèle de générateur ultra performant, plus cher à l'investissement, mais dont les performances étaient bien au-delà de tous ses concurents. Pourtant son offre n'avait pas été acceptée, et Athrun supposa que celui qui avait emporté le marché avait certainement acheté plusieurs voix pour convaincre les membres du Conseil les plus hésitants. Et le fait que Joaquim soit un Naturel, fils de la présidente de l'USEA avait certainement dû peser dans la balance également.
Athrun avait déjà entendu parler de cet individu, et même s'il ne trouvait pas où, il avait un mauvais pressentiment à son égard.
Ce fut en sortant de la réunion, quand il apprit que le plus gros du danger était écarté qu'il demanda à Juliet de faire des recherches sur Joaquim. Son assistante ne mit pas longtemps à lui confirmer ses supçons.
Le PDG était aussi le chef d'un parti politique indépendantiste écologique, connu pour son engagement très fort sur la scène internationale, mais surtout fervant admirateur de la princesse d'ambre.
D'ailleurs, alors même que le président des Plants était coincé dans son bureau pour tenter d'éviter les incidents diplomatiques à cause d'une défaillance technique qui aurait pu entrainer une catastrophe monstrueuse, le jeune brésilien était en visite amicale à Onogoro et profitait de retour anticipé de Cagalli pour l'inviter à passer quelques jours en Amazonie avec lui.
Alors voilà, l'intrigue se noue enfin un peu et apparaitpour votre grand plaisirle rival d'Athrun. Il peut passer pour légèrement insupportable, je sais, mais pas de panique, en fait, il n'est pas méchant. Juste un peu collant... Enfin vous découvrirez tout ça au prochain chapitre !
