Chapitre 4 L'inéluctable

La nouvelle fit la une de tous les journaux, aussi bien sur Terre que dans l'espace.

La princesse d'Orb avait enfin trouvé l'homme de sa vie.

Les spéculations allaient bon train pour la date du mariage et tous les journalistes politiques et autres conseillers stratégiques se relayaient pour commenter l'événement.

Cagalli affichait un sourire constant, mais ne répondait à aucune question depuis le début de l'affaire. Elle avait admis à demi-mot avoir rencontré quelqu'un suite au mariage de son frère et Lacus, et être très heureuse au niveau personnel comme professionnel, rien de plus, rien de moins, ne voulant pas apporter à la polémique plus d'intérêt qu'elle n'en avait.

En revanche, elle utilisait à merveille le battage médiatique fait autour d'elle et de ses histoires de cœur pour justifier l'amendement qu'elle demandait aux émirs quant à la succession du trône et ce fut sans aucune difficulté vis à vis de la presse qu'elle put proposer sa loi. Il faudrait du temps au parlement pour trancher, mais au moins, avec les journalistes occupés à disséquer sa vie privée, elle n'eut aucune question embarrassante sur le sujet pendant la majeure partie des débats.

Quelque part, elle se sentait coupable d'utiliser ainsi la visite du Président de l'Alliance Sudiste pour relancer dans le pays les discussions sur son futur statut marital et donc faire pression sur les émirs, mais c'était lui qui le premier avait ouvert la brèche.

Il lui avait fait une proposition très claire et relativement intéressante sur laquelle Cagalli n'arrivait pas à se décider.

Il connaissait plutôt bien sa situation et par conséquent, lui offrait une porte de sortie pour le moins inattendue.

Un mariage arrangé de toute pièce, pour satisfaire le peuple d'Orb en apparence, donnant à Joaquim une place stratégique sur l'échiquier mondial et rendant à la princesse sa liberté d'action.

Il n'avait pas cherché à masquer son ambition, ni sa volonté de gagner en notoriété grâce à elle. Il avait été franc et direct, reconnaissant immédiatement les avantages qu'il tirerait de leur union, tout en lui listant ce qu'elle gagnait en contre-partie.

Même s'il la trouvait extrêmement séduisante, il n'était pas attiré de cette manière et ne le serait jamais. Il était prêt à jurer de ne jamais la toucher et acceptait parfaitement qu'elle voit d'autres hommes, dans la mesure où elle restait discrète et se montrait affectueuse avec lui en public de façon à sauver les apparences.

Il ne s'intéressait pas son corps mais en revanche, il respectait son intellect et son engagement. Il partageait ses idées et pouvait être un appui important, puisqu'il amenait avec lui une bonne partie de l'Alliance Sudiste qui le soutenait de façon indéfectible.

Avec leur mariage, le poids des pays neutres grandirait de manière considérable et avoir un couple à la tête d'un pays puissant mais isolé comme Orb ne pouvait qu'être une force.

Joaquim était depuis assez longtemps maintenant en politique pour savoir comment la princesse était régulièrement traitée par des bureaucrates paternalistes et vieux jeux qui ne voyaient en elle qu'une gamine tout juste bonne à poser en bikini à la une des magazines à scandales.

Or elle était bien plus que cela, c'était une évidence pour quiconque prenait la peine de l'écouter. Mais son âge et son physique jouait souvent en défaveur de sa crédibilité stratégique et la presse, qui depuis des années, se passionnait pour sa vie privée en lui inventant quantité d'aventures avec tous les diplomates et industriels de l'univers n'aidait pas à redorer son blason de politicienne.

Comme Cagalli prenait son temps pour répondre à l'inviation de Joaquim pour une excursion au coeur de la forêt amazonienne, le jeune président tenta d'autres approches.

Il était bien conscient que l'excuse de la princesse sur son emploi du temps surchargé n'était qu'un prétexte pour reculer régulièrement la date de sa visite, mais ce n'était pas un problème pour lui.

Plus elle trainait, plus les journalistes se déchainaient, et par conséquent, plus il gagnait en notoriété et plus il apprenait à la connaître, affinant un peu plus à chaque fois ses tentatives de séduction.

Encore qu'il ne cherchât pas réellement à lui plaire à un niveau affectif. Il voulait seulement gagner sa confiance et lui prouver qu'il était celui qu'il lui fallait.

Finalement, après près d'un mois de cour élégante, Cagalli accepta de suivre Joaquim en Amazonie. Elle avait un déplacement de prévu dans la région, pour une rencontre officielle avec la présidente des Etats-Unis d'Amérique du Sud, la mère de Joaquim, et pouvait bien prolonger son séjour pour aller étudier de plus près l'état des ressources naturelles de la forêt dont le président de l'Alliance Sudiste n'arrêtait pas de lui parler.

Son engagement au niveau environnemental n'était plus à démontrer et la princesse s'intéressait de plus en plus aux technologies nouvelles développées par la Solar Inc, ainsi que par le respect des zones protégées, telles que la forêt brésilienne.

Bien sûr, l'annonce du voyage de la souveraine d'Orb à l'autre bout de la planète, pour rencontrer la présidente Canhao avait enthousiasmé la presse et les images des deux femmes dans les bras l'une de l'autre étaient diffusées en boucle sur tous les médias.

Les accords diplomatiques entre les deux nations neutres furent occultés aux profits de la dimension privée de cette rencontre et la présence du Président des Plants au siège de la Solar Inc passa totalement inaperçu, à part pour les chaines spécialisées qui avaient eu vent du problème de November II mais qui ne firent du coup aucun rapprochement entre les deux évènements.

Athrun, qui avait prévu depuis plusieurs semaines déjà son rendez-vous avec Joaquim Almeida-Canhao n'apprécia pas d'apprendre que son hôte était parti battifoler avec sa belle au beau milieu du désert vert qui recouvrait les trois quarts du pays et il fut encore plus contrarié quand il découvrit l'identité de celle après qui le jeune homme courait.

Assis dans le salon de sa suite, l'ancien pilote de ZAFT commença à regretter amèrement d'avoir quitté l'armée et de se poser en défenseur de la paix.

En regardant les unes des magazines qui présentaient Cagalli tout sourire aux cotés du président de l'Union Sudiste, il eut des envies de meurtre. Même s'il ne s'agissait que de montages, Athrun trouvait insupportable de voir combien tout le monde se réjouissait à l'idée d'un rapprochement entre la princesse et ce bellâtre de pacotille.

Bien sûr Joaquim était séduisant avec son teint mate, ses cheveux noirs et ses yeux clairs, mais il n'était pas mieux que lui. Il ne connaissait Cagalli que depuis quelques semaines et n'avait d'elle qu'une vision déformée et limitée. Il n'avait aucune idée de qui était la vraie princesse, la déesse de la victoire qui avait combattu à Suez, la jeune civile prête à tout pour défendre ses convctions, la femme angoissée qui se réveillait au beau milieu de la nuit en pleurs parce qu'elle n'avait pas réussi à sauver tout le monde et tous ces détails qui faisaient de Cagalli bien plus que ce que les journalistes tentaient de décrire à grand renfort d'envolées lyriques toutes plus creuses les unes que les autres.

Serrant le poing sur le magazine qu'il avait à la main, Athrun ne s'aperçut même pas qu'il avait partiellement déchiré la couverture représentant sa maitresse avec un autre et ce ne fut que l'intervention de Juliet qui le rappela à la réalité.

Elle s'excusa de le déranger, mais elle considérait qu'il devait être informé au plus vite.

Joaquim était de retour en ville plus tôt que prévu. Apparemment, il y avait eu un problème lors de son excursion puisque la représentante en chef d'Orb avait été raccompagnée en urgence à son hotel.

Athrun sentit son sang se glacer et sans réfléchir aux conséquences, il quitta sa suite pour se rendre aussitôt au chevet de la princesse. Par chance pour lui, Juliet avait prévu sa réaction et couvert son départ précipité, mais elle ne lui avait pas trouvé d'alibi pour justifier sa présence aux cotés de la princesse et elle dut faire preuve de beaucoup d'imagination pour inventer une histoire crédible si jamais ils se faisaient surprendre.

Quand Athrun arriva à l'auberge où la princesse résidait, il ne chercha pas comprendre quoi que ce soit et refusant de perdre du temps en explications laborieuses, il se faufila jusqu'à la chambre de Cagalli dès qu'il réussit à voir le numéro sur le registre. Comme il était sans escorte, le réceptionniste l'avait juste pris pour un admirateur envahissant et n'avait pas pensé qu'il se trouvait face au président du Conseil supérieur des Plants, ce qui évita à tout le monde de devoir fournir des explications.

Athrun trouva la jeune femme allongée sur son lit, une poche de glace sur la tête et l'air passablement vidée. Elle était seule dans sa chambre, sans personne pour la surveiller ou s'assurer qu'elle se repose, ce qui était plutôt bon signe.

Elle avait eu l'énergie de mettre son personnel à la porte et par conséquent, quoi qu'elle ait, ce ne devait pas être trop grave. Il l'examina comme il pouvait sans la déranger et alors qu'il s'approchait pour soulever la poche de glace, Cagalli esquiva.

« Je vais bien, » marmonna-t-elle d'un ton peu engageant qui fit sourire le président.

Il lui prit la main et la porta à ses lèvres, ce qui la fit sursauter et ouvrir les yeux. Elle craignait d'avoir encore à faire à Joaquim, qui malgré ses affirmations sur son attirance purement intellectuelle à son égard, avait tendance à être envahissant, pour ne pas dire collant et elle fut agréablement surprise.

« Qu'est-ce que... » Elle tenta de se redresser, mais Athrun la força à rester allongée.

« Repose-toi. Tu n'as vraiment pas bonne mine. »

« Merci, répliqua sèchement Cagalli, visiblement vexée par sa remarque. »

Le président la repoussa alors un peu et avant qu'elle ne proteste, il vint se glisser sur le matelas à coté d'elle et l'embrassa sur le front.

« Tu peux te vanter de m'avoir fait la peur de ma vie, » dit Athrun en passant le bras sous ses épaules afin de l'attirer mieux contre lui.

Cagalli se pelotonna sur son torse et lui demanda ce qu'il faisait à Brasilia et comment il avait su pour son malaise, alors même que la presse n'était pas encore au courant.

Le président lui raconta simplement qu'il devait rencontrer son prétendant pour discuter d'un accord pour la nouvelle station orbitale des Plants et que le directeur de la Solar Inc s'était plus que fait attendre puisqu'il passait son temps à compter fleurette à une belle blonde qui ne semblait pas indifférente à son charme.

Cagalli sourit face aux remarqes dégoulinantes de jalousie de son amant et elle le laissa s'enfoncer un peu plus dans ses élucubrations sur Joaquim, qui était finalement rentré en ville, mais qu'il avait ignoré au profit d'une amie dans le besoin.

Athrun fit d'ailleurs quelques remarques sur le manque d'élégance du président qui aurait pu prendre la peine de rester au chevet de sa belle plutôt que de vouloir négocier un contrat et Cagalli finit par rire franchement, ce qui le surprit un peu. Elle retrouvait ses couleurs à discuter avec lui et Athrun ne put qu'en être soulagé.

« Tu le connais vraiment mal, tu sais, Athrun, glissa la princesse avec malice. » Elle leva la tête pour le regarder et s'amusa de la lueur d'incompréhension dans ses yeux verts qui se mêlaient au doute et à la peur.

Cagalli se redressa un peu et déposant un chaste baiser sur ses lèvres, elle avoua :

« Si quelqu'un devait avoir peur du charme de Joaquim, c'est plutôt moi. Tu vas passer des heures enfermé avec lui pour négocier un contrat important et dieu sait ce qu'il peut se passer. »

Face au regard perplexe d'Athrun, Cagalli ajouta simplement : « Tu es beaucoup plus à son goût que moi, si tu veux mon avis... »

Athrun la dévisagea, stupéfait et cligna plusieurs fois des yeux, comme s'il ne comprenait pas ce qu'elle lui disait. Puis haussant les sourcils, il tenta :

« Tu veux dire que...

- Ouaip. C'est du moins ce qu'il affirme, et très franchement, je suis tentée de le croire. Il a bien le profil. »

Avec un sourire malicieux, la princesse lista les qualités, selon elle extrêmement révélatrices, de son soi-disant prétendant.

« Il est toujours très bien habillé et choisit ses vêtements seul, porte les cheveux plutôt longs, n'a aucune relation officielle avec qui que ce soit depuis qu'il est entré dans la sphère médiatique, et puis, tu as vu son allure ? Aucun homme hétérosexuel ne prend soin de son corps à ce point-là ! Il n'a pas un gramme de graisse, et pourtant, il n'est pas non plus du genre à faire de la gonflette. Non il est parfait, naturellement... »

Le silence d'Athrun lui confirma qu'elle était allée un peu loin, mais juste au moment où elle allait s'excuser, il la fit rouler et se retrouva presque allongé sur elle.

Son regard était dur, comme s'il était réellement contrarié et Cagalli s'en voulut un peu d'avoir autant insisté sur le physique d'athlète de Joaquim, vu qu'elle avait en plus relativement exagéré.

« Je te signale que je corresponds à ta discription et je ne suis pas gay. Mais si tu as des doutes, je peux te le prouver ! »

Il l'embrassa avant qu'elle n'ait une chance de répondre, la rassurant sur le fait qu'il avait compris la plaisanterie. Puis il l'attira à nouveau contre lui et lui conseilla de se reposer encore un peu. Elle avait l'air vraiment fatiguée et devait l'être pour avoir accepté de revenir à l'hotel en avance. Ce n'était pas son genre de montrer ses faiblesses en public.

Mais Cagalli lui expliqua que toute cette affaire n'était qu'un coup monté. Certes, les trois jours qu'elle avait passés à crapahuter dans toute la forêt, sous une chaleur infernale et dans des conditions d'hygiène très relatives pour étudier les méfaits de l'industrialisation le long du fleuve avaient été épuisants, mais elle avait connu pire.

Le vrai problème venait surtout de Joaquim qui ne l'avait pas lâchée une seconde. Il avait amené avec lui toute une équipe de reporters, pour, en théorie, leur montrer les dégradations climatiques engendrées par le non respect de l'environnement, mais en réalité, c'était surtout pour les prendre en photos tous les deux et étaler ensuite dans les journaux leur complicité, aussi bien professionnelle que personnelle.

En dehors de cet aspect relativement irritant, l'expédition avait été très intéressante, même si extrêmement éprouvante physiquement.

« Ca ne me dit pas pourquoi tu es revenue en urgence... » remarqua Athrun en repoussant la frange de Cagalli pour voir ses yeux.

La princesse esquissa un sourire et lui dit tranquillement : « Simon était malade. Il n'a pas arrêté de vomir depuis hier soir et j'ai eu pitié. »

Simon était un des assistants personnels de la jeune femme avec lequel elle voyageait souvent et qui était spécialiste des questions écologistes. C'était un botaniste passionné avec qui Athrun avait discuté à plusieurs reprises lors de réunions diverses sur l'environnement.

« Comme je n'étais pas sûre que Joaquim accepte de raccourcir son périple pour lui, j'ai simulé d'horribles nausées et fait semblant de m'évanouir en fin de matinée. Ca n'a pas trainé. Il nous a trouvé un transporteur et en deux heures, nous étions à nouveau au coeur de la civilisation. »

Cagalli affichait un air satisfait en concluant avec énergie : « Maintenant, j'attends de voir combien de journaux vont annoncer ma grossesse et mon mariage anticipé avec cet abruti ! »

Athrun rit avec elle en imaginant déjà les gros titres, puis il lui demanda pourquoi elle était si contente de la tournure des évènements. Si la presse se lançait dans ce genre de spéculations, elle était à nouveau devenir la proie du harcèlement des photographes et non seulement ce n'était pas très plaisant à vivre, mais en plus, ça compliquerait nettement leurs possibilités de se retrouver discrètement.

« Justement. J'en ai marre, » affirma-t-elle d'un ton catégorique qui laissa le président décontenancé. Il commença à bredouiller quelques mots, ne comprenant pas ce qu'elle voulait dire, et réalisant le mal-entendu qu'elle avait provoqué, Cagalli se redressa pour frapper Athrun violemment dans les cotes.

« Je ne parle pas de ne plus de te voir triple crétin ! Je pensais avoir été claire là-dessus ! » Elle rougit et détourna la tête en marmonnant à propos d'une certaine proposition qu'elle aurait mieux fait de ne pas accepter et Athrun la reprit dans ses bras en se redressant un peu dans les oreillers.

« Alors explique-moi. Parce que là, j'avoue que je suis complètement perdu. »

La princesse prit une profonde inspiration et lui parla de l'offre de Jaoquim. Elle vit le visage d'Athrun se rembrunir comme elle lui avouait avoir été tentée et s'en voulut d'être aussi directe, mais elle devait le faire pour qu'il comprenne.

Ce qui l'avait séduite dans cette idée c'était de retrouver sa liberté tout en respectant les règles imposées par son pays. Mais en fait, c'était hypocrite. Si elle épousait Joaquim, avec les termes qu'il proposait, c'était une solution de facilté qui ne la libérait pas vraiment et en plus, elle se trahissait en mentant à tout son peuple en toute connaissance de cause.

C'était inacceptable.

Ce qu'il lui offrait n'était ni plus ni moins qu'une échappatoire minable de quelques années. Sur le fond, ça ne résolvait rien. Elle n'aurait pas d'enfant avec lui et refusait de porter ceux d'un autre.

Jetant un coup d'oeil à Athrun, elle murmura qu'elle considérait cela comme du vol, puisque leur vrai père n'aurait pas le droit de les reconnaître ni d'être vraiment présent dans leur vie.

A sa façon de baisser la tête et de s'entortiller les doigs, Atrhun comprit qu'elle était mal à l'aise, mais il ne résista pas à l'envie de la provoquer un peu. Se penchant vers elle, il posa son front sur sa tempe et chuchota : « Alors comme ça, tu veux des enfants avec moi ? »

Cagalli rougit jusqu'à la racine des cheveux avant de se retourner brusquement pour faire face à son accusateur et brusquement demanda : « Et alors ?! Ca ne t'a jamais effleuré toi peut-être ? »

Elle s'emportait si facilement qu'Athrun eut du mal à retenir son sourire, mais il réussit à garder son sérieux pour lui répondre simplement : « Je suis très traditionnel comme garçon. Je veux déjà t'épouser. »

La virulence de la princesse retomba d'un coup, et elle se retrouva sous le charme insupportable de son amant qui ne la quittait pas des yeux.

« Et pour répondre à ta question, oui, j'y ai déjà pensé, et j'adorerai ça. Mais pas si ça doit te coûter ta place... »

Cagalli lui prit la main et resserra ses doigts autour des siens en murmurant : « Ou toi la tienne. »

Athrun voulut protester, mais préféra garder ses remarques pour lui devant son air déterminé. Elle était encore fatiguée, ce n'était pas nécessaire de commencer un grand débat sur sa carrière politique. Il préféra l'écouter lui expliquer les quelques idées qu'elle avait pour se sortir de sa prison légale.

Cagalli lui parla de la loi qu'elle avait proposée sur la succession au trône, qui lui permettait de désigner un héritier dans son entourage si jamais elle n'avait pas de descendant. Avec un sourire gêné, elle avoua avoir prévu de transmettre ses droits au fils de Kira, puisqu'il était son plus proche parent vivant après son frère. Ainsi, si jamais il lui arrivait quelque chose, Lacus et lui se retrouveraient chargées de l'intendance, en attendant la majorité de l'enfant.

C'était une énorme responsabilité mais la princesse était convaincue d'avoir fait le bon choix.

Bien sûr, son neveu était un Coordinateur et les émirs ne seraient pas ravis, mais elle ne leur avait pas encore dit qui elle prévoyait de choisir. Et comme elle était proche de plusieurs diplomates, ils ne penseraient certainement qu'elle prendrait dans sa famille et surtout pas quelqu'un si inexpérimenté, vivant loin du palais et complètement en dehors de la vie politique.

« Et qu'en pensent Kira et Lacus ? demanda soudain Athrun. »

Cagalli baissa alors les yeux, rougissant à nouveau.

« Tu ne leur en as pas encore parlé ? » Il cligna des yeux, stupéfait par l'attitude de la jeune femme qui secoua la tête, comme pour confirmer ses soupçons.

« J'attendais la naissance... Au cas où il y ait un problème... » Puis elle se ressaisit et ajouta d'un ton las : « En plus, je voulais attendre la validation complète de la loi. »

« Mmm... » Athrun était plus que dubitatif face à ses arguments mais préféra ne pas épiloguer et repartit dans le vif du sujet.

« Et en quoi transmettre ton titre à ton neveu change quelque chose pour toi ? Tu ne prévois pas de mourir j'espère ? »

Cagalli le dévisagea un moment et esquissa un sourire.

« Non, mais il est rare d'anticiper vraiment ce genre chose. Enfin, normalement, ça ne devrait pas arriver trop vite... Je suis encore jeune, quoi qu'en disent certains ! »

Elle croisa les bras comme pour montrer sa détermination puis reprenant son sérieux, elle ajouta : « Tout ce que je veux c'est introduire un Coordinateur dans les prétendants au trône. Ainsi, l'argument principal des émirs contre toi ne sera plus valable.

- Parce que tu crois toujours qu'ils s'arrêteraient à ce détail ? Il y a tout de même bien pire à me reprocher que ma génétique !

- Comme quoi ? répliqua la princesse avec une surprise si sincère qu'Athrun en resta sans voix. »

Puis il lui énuméra alors tout ce qu'il avait fait qui pouvait poser problème aux émirs, que ce soit son engagement au sein de ZAFT à deux reprises, sa participation à la bataille d'Onogoro dans le camp des attaquants, le mensonge sur son identité pour devenir le garde du corps de la représentante en chef ou simplement sa position de président du Conseil des Plants, qui remettait en cause la précieuse position de neutralité de l'archipel. Et pour finir, il y avait de nombreuses rumeurs qui couraient sur sa vie privée, laissant entendre au choix, qu'il était un coureur invétéré, qu'il entrenait une liaison secrète avec sa chargée de communication, qu'il avait une maitresse cachée, et peut-être même une famille, ou plus récemment, qu'il était gay.

La dernière partie fut bien sûr accueillie par une réaction violente de la part de la princesse qui après l'avoir frappé à plusieurs reprises, finit par lui attraper les bras en le repoussant sur le lit et usant de tout son poids, elle s'installa au-dessus de lui et murmura d'une voix pleine de promesses : « Je ne m'inquiète pas pour cet aspect-là. Je peux être très convainquante quand il faut et si jamais il y a le moindre doute sur tes préférences sexuelles, je me chargerai personnellement de te convertir à ce qu'il faut... »

Athrun leva un sourcil et demanda simplement : « C'est une proposition ? »

Pour toute réponse, il eut les lèvres de Cagalli qui vinrent dévorer les siennes, ce qui était largement suffisant pour confirmer ses soupçons.

Le portable d'Athrun se mit à vibrer alors qu'il tenait encore sa princesse contre lui, savourant la chaleur de son corps sur le sien et il décrocha en jurant intérieurement.

Juliet l'informa brièvement des changements qu'elle avait opérés dans son emploi du temps pour lui permettre de passer la soirée tranquille, tout en lui rappelant d'être extrêmement prudent à sa sortie de l'auberge à cause des hordes de journalistes qui campaient maintenant sous les fenêtres de la représentante Attha.

Le bruit s'était vite répandu sur son retour précipité et Joaquim semblait avoir profité de l'indisponibilté temporaire du Président des Plants pour prétendre avoir annulé tous ses rendez-vous afin de rester aux cotés de la jeune femme. Il était donc très probable qu'il s'invite à un moment où à un autre dans les appartements de la princesse.

La mise en garde était à peine voilée et Athrun la remercia avant de raccrocher pour prévenir Cagalli. Celle-ci ne cacha pas son déplaisir d'apprendre l'arrivée de son faux prétendant et prit les devants pour informer son escorte qu'elle n'accepterait d'être dérangée sous aucun prétexte. Elle demanda à ce que son repas lui soit apporté directement dans sa suite et s'enferma pour la fin de la journée avec son amant.

Vu son ton et son humeur peu avenante avec son chef de la sécurité, personne ne prit le risque de l'approcher jusqu'au lendemain où elle daignia enfin sortir de sa chambre, l'air bien plus détendue et un sourire satisfait aux lèvres.

Pour s'excuser de son attitude de la veille, elle arrangea avec la secrétaire de Joaquim un déjeuner surprise et offrit une journée de repos à toute son équipe, qui l'avait bien méritée.

Arrivant au siège de la Solar Inc armée d'un plein sac de victuailles en tout genre, la princesse se fit accompagner jusqu'au bureau du Président et fut chaleureusement accueillie par Bruna, l'assistante personnelle de Joaquim.

Elle était en pleine conversation avec une autre petite blonde que Cagalli reconnut immédiatement comme étant Juliet et qu'elle salua poliement.

Bruna ne réalisa pas son erreur tout de suite et quand son patron sortit enfin de sa réunion, suivi de près par le président du conseil des Plants, la jeune femme voulut disparaître.

Le regard apeuré de Joaquim montrait clairement son embarras d'être surpris avec Athrun alors qu'il avait toujours prétendu vouloir garder son indépendance et sa neutralité politique.

Sauf que bien évidemment sa position en tant que dirigeant d'une entreprise comme la Solar l'obligeait à passer des accords avec des chefs d'état de tout bord.

Par conséquent, Joaquim était particulièrement mal à l'aise de se retrouver coincé entre les deux politiciens et un instant, il crut qu'il allait devoir se justifier, mais il découvrit avec plaisir que l'un comme l'autre savait à quoi s'en tenir sur lui.

Athrun et Cagalli se saluèrent naturellement, laissant les formalités de coté et se comportant comme de proches amis se retrouvant par hasard.

Le président expliqua à la jeune femme qu'il était en visite non officielle pour une affaire très confidentielle et avec un sourire en coin à l'attention de Joaquim, elle glissa : « Et j'ai du souci à me faire ? » avant d'éclater de rire face à l'air embarrassé de son prétendant.

Athrun soupira.

« Tu es vraiment incorrigible ! » Il eut envie de l'embrasser, mais Juliet lui prit le bras et l'éloigna de sa maitresse discrètement. Elle attrapa le dossier qu'il avait sous le coude et embraya tout de suite sur des détails techniques. Joaquim en profita pour s'intéresser à la princesse, prenant de ses nouvelles avec une inquiétude exagérée qui agaça la jeune femme, mais elle réussit à se maitriser.

Il était tellement obséquieux qu'il en devenait irritant et Cagalli devait faire de gros efforts pour garder son sourire. Il en faisait vraiment trop et perdait en crédibilité à se comporter de la sorte. Malheureusement, ce n'était pas le moment de discuter avec lui de ce genre de chose. Pas devant Bruna, qui manifestement n'était pas au courant de la vraie nature de sa relation avec son patron.

Choisissant de s'épargner une séance de flatterie inutile, la princess tendit son panier sous le nez de son prétendant et proposa d'aller déjeuner au soleil.

Joaquim déchanta un peu quand la jeune femme proposa à Juliet et Athrun de se joindre à eux, mais il n'avait pas tellement d'argument pour s'opposer à leur venue.

En plus Cagalli semblait ravie à l'idée de pouvoir passer un moment avec des amis de longues dates donc Joaquim ne put lui refuser ce petit moment avec les deux Coordinateurs. Surtout quand Athrun lui glissa qu'il avait quantités d'anecdotes sur la princesse, qui lui seraient très utiles, aussi bien pour lui plaire que pour répondre aux attendes des émirs.

Son intérêt fut immédiatement piqué et le repas se passa agréablement, dans une ambiance légère et détendue. Joaquim écouta attentivement toutes les histoires de Juliet ou même d'Athrun à propos de Cagalli et il s'amusa de la voir si sereine en leur compagnie. Elle était bien différente de celle qu'il avait imaginé et se sentit même un peu gêné de chercher à l'utiliser de cette manière pour sa carrière. Quelque part, il regrettait qu'une femme aussi brillante et intelligente soit enfermée dans ce rôle de représentante qui l'étouffait.

Mais pour Cagalli tout était parfait. Elle pouvait être avec Athrun et se comporter normalement sans se soucier d'être observée et par conséquent, elle était bien plus souriante et plus naturelle qu'elle ne l'avait été depuis des jours et elle se surprit même à apprécier la compagnie de Juliet, qui finalement était bien plus que la petite groupie dans l'ombre d'Athrun qu'elle imaginait.

Tout aurait été parfait si au moment de repartir vers leur voiture un chauffard n'avait pas manqué de faucher Cagalli juste quand elle traversait la rue.

Athrun réagit immédiatement, la protégeant avec son corps et roulant sur le coté sous le choc. Il se retrouva allongée sur elle, la serrant contre lui en priant pour qu'elle n'ait rien. Joaquim et Juliet se précipitèrent vers eux pour vérifier qu'ils n'étaient pas blessés, de même qu'une escouade de gardes qui suivaient en permanence le Président.

Le conducteur fut rapidement interpellé, mais Ahtrun ne s'en souciait pas. Il ne pensait qu'à Cagalli dans ses bras et il oublia qu'ils n'étaient pas seuls.

Dès qu'elle ouvrit les yeux et se redressa un peu, montrant qu'elle n'avait rien, Athrun l'embrassa, sans s'occuper des éventuels témoins.

Joaquim resta stupéfait par cette démonstration de tendresse, mais ce qui retint son attention ne fut pas tant le geste du Président que la réaction de Cagalli, qui se laissait faire.

Il avait bien entendu quelques rumeurs, mais c'était déjà quelques années auparavant et rien dans leur attitude tout au long du déjeuner n'avait indiqué quoi que ce soit dans ce sens. Ils étaient complices, et s'entendaient très bien, mais rien dans leur comportement n'avait laissé imaganier une chose pareille.

Pourtant, devant l'air alarmé de Juliet, il était clair que ce qu'il avait sous les yeux était loin d'être un geste inconsidéré sous le coup d'une émotion passagère. Ces deux-là étaient amants, et ce n'était certainement pas une petite aventure passagère.


Bon, normalement, il devrait me rester un chapitre et l'épilogue, mais je ne suis pas sûre de réussir à tout boucler dans les temps. Donc soyez patients pour la suite, je fais de mon mieux.