Jeu de Carte – Partie II, Chapitre 2

Minuit. Les sept compagnons se réunirent de nouveau devant le miroir.

« Alors ?, demanda Harry à Hermione. Tu sais comment passer ?

- J'ai été voir George, répondit la jeune femme. C''a été déprimant au possible. Il se laisse complètement dépérir depuis que Fred est… enfin, a…

Le jeune professeur jeta un œil à Ginny dont le visage s'était fermé et ne poursuivit pas. Ron, quant à lui, avait eu la même réaction que sa sœur.

- Ils étaient jumeaux, dit Luna. Et les jumeaux sont extrêmement proches.

- Dites, intervint Drago. Vous ne croyez pas que… Fred et George… tous les deux… enfin, je veux dire… »

Le serpentard faisait de grands gestes avec les mains tout en parlant, mimant comme deux choses qui s'emboîtaient.

« Drago, tu es écœurant, dit Ginny complètement dégoûtée. »

On aurait cru qu'elle hésitait entre lui cracher dessus ou lui vomir sur les chaussures. Ron avait les oreilles en feu.

« Ils étaient frères, ajouta Hermione.

- Oui, mais jumeaux, objecta le blondinet. Et puis, sincèrement, est-ce que vous les avez déjà vus avec des filles ? Les seules fois où ils avaient des copines, c'est quand ils avaient besoin de cavalières. De toutes, façon, il faut avouer qu'ils étaient toujours ensemble, tous les deux ; on ne peut pas le nier.

- La ferme, Drago, dit Ron entre ses dents. Ça t'amuse de salir la mémoire de notre frère ? De piétiner George comme du fumier dans l'état où il est ? Tu es une pourriture, Drago. Mangemort ou pas, tu es une pourriture. »

La remarque frappa le garçon de plein fouet. Troublé il baissa les yeux au sol. Harry lui lança discrètement un regard compatissant du genre : ''excuse-le, mais met-toi à sa place, aussi''. Hermione essaya de dissiper l'embrouille en passant à la suite :

« Bien. Voilà comment nous allons procéder : nous allons un à un revêtir la cape d'invisibilité, passer à travers le miroir et utiliser un sortilège de répulsion pour envoyer la cape au suivant. Compris ?

- Mais Her-, commença à protester Harry.

- Ça va marcher, faites-moi confiance. »

Le gryffondor ne poursuivit pas, même s'il alimentait de sérieuses réserves ; et Hermione et les autres aussi, d'ailleurs.

« Harry, toi d'abord. Et veille à ce que rien ne dépasse, ça serait ennuyeux qu'une partie de toi reste en arrière. »

Harry se figea, les cheveux hérissés (enfin, plus que d'habitude), une sueur glacée dans la nuque. Il ramena donc les pans de la cape contre lui, la collant au plus près de son corps pour éviter qu'elle ne puisse bouger, et partit lentement, précautionneusement, vers le miroir. Après un moment de silence, ils entendirent :

« Repulso ! »

Et Neville se reçut la cape en pleine tête. Son corps eut même l'air légèrement comique, ainsi décapité... Il disparut, puis vint le tour de Ginny, celui de Luna, celui de…

« Non Drago, dit Hermione. Ron d'abord. »

Le blondinet eut l'air désemparé mais tendit la cape à Ron qui s'en saisit en jetant un regard noir au garçon. Lorsqu'il eût disparu, Hermione s'expliqua à voix basse :

« Evitons de te laisser avec Ron ou Ginny sans que je sois là pour calmer le jeu. Laissons-les se calmer, d'accord ?

- Tu sais, Hermione, je

- Oui, le coupa la jeune femme. Tu ne voulais blesser personne ; mais la prochaine fois, ait un peu plus de respect pour les personnes disparues, surtout en présence de leurs proches. Certains ne le méritent peut-être pas mais Fred, quand même, était quelqu'un de bien… Okay ? »

Drago hocha la tête.

« Bon, j'y vais. Ensuite, ce sera toi. Et arrête de faire la tête !, fit la fille avant de disparaître. »

Drago réceptionna la cape que lui envoya Hermione une fois qu'elle fut passée et pénétra à son tour dans le miroir. Lui qui avait l'air si vrai deux secondes auparavant paraissait n'être devenu qu'une illusion. Le serpentard passa au travers, comme si la surface réfléchissante eût été un fantôme. Lorsque le miroir fut derrière lui, il rendit sa cape à Harry et attendit la suite. Ron évitait soigneusement son regard. Ginny, au contraire, le regardait avec insistance avec l'impression qu'elle avait appris un ou deux trucs de son copain le basilic ; comme la morsure empoisonnée, par exemple… Sans un mot, ils amorcèrent la longue descente de l'escalier en colimaçon qui les narguait juste en face d'eux. Mais tout tourna mal (c'est le cas de le dire avec ce type d'escaliers) lorsque les marches s'inclinèrent brutalement, transformant du même coup l'escalier en toboggan. Tous les sept se mirent alors à rouler, dégringoler, de plus en plus vite, jusqu'à atteindre une vitesse de pointe tellement la descente était longue. Aucun ne savait comment contrer le maléfice, sauf Hermione, mais elle était bien consciente que, à cette vitesse, remettre les marches droites se révèlerait très douloureux. Cela dit après cinq bonnes minutes de glissade, elle eut quand même la présence d'esprit de faire apparaître d'immenses coussins bien moelleux pour les réceptionner.

« Pourquoi, non mais, pourquoi ?, demanda Ron excédé. Pourquoi faut-il toujours que les escaliers de cette école nous fassent ce genre de tours ?

- Peut-être qu'ils s'ennuient et qu'ils veulent s'amuser, répliqua Neville un brin barbouillé (il partit dégobiller dans un coin ; bon, d'accord, c'était peut-être plus qu'un brin).

- Ou peut-être que la personne qui a conçu tous ces pièges cherchait-elle à tuer ceux qui entreraient par ici, répliqua Harry d'un ton acide. Merci, Hermione ; sans toi, on se serait écrasés comme de vieilles pommes pourries.

- Eh ! Qui c'est que tu traites de vieille pourrie ?, s'exclama Ginny.

- Euh… Dites, je ne crois pas que ce soit le moment, fit Hermione d'une voix blanche. Regardez… »

Les autres se tournèrent vers elle. Elle avait les yeux levés vers quelque chose ; ils firent de même…

« Oh non, fit Harry.

- C'est -, commença Ron.

- Un filet du Diable, firent Hermione et Neville, chacun fin connaisseur. »

La plante géante, aux tentacules si dangereux, grouillait, frémissait de partout, balançant ses tiges et ses lianes à la recherche d'une quelconque proie.

« Ça ne va pas recommencer !, explosa Harry. Encore ?

- Calme-toi, Harry, dit Drago d'un ton calme en lui prenant le bras. »

Le gryffondor inspira puis souffla.

« Comment on avait fait ?, demanda-t-il.

- On avait allumé un feu pour l'occuper, parce que –

- Les filets du Diable détestent la lumière et la chaleur, termina Neville. »

Hermione fit alors naître un de ces feux verts dont elle avait le secret et que tout le monde soupçonnait être une création de la jeune femme ; fameux feux qui pouvaient brûler n'importe où, sans combustible et qui ne craignaient pas l'humidité. La plante ramena tous ses tentacules vers elle, se rétracta dans un gargouillis horrible.

« Vite !, cria le jeune professeur. »

Et ils coururent tous vers l'unique sortie.

« Bon, c'était assez facile, non ?, demanda Harry lorsqu'ils furent dans le couloir derrière la salle. »

Il n'eut pour seule réponse que des regards noirs, surtout de la part de Neville qui était malheureusement asthmatique ; eh oui, tout le monde n'a pas une forme à tout casser comme le joueur de quidditch qu'il était.

« Merlin, on est où, là ?, demanda Ron en regardant la voûte de pierre au-dessus de lui. »

Harry sortit sa carte qui se révéla être complètement vierge ; la seule, d'ailleurs, avec Luna, à l'être (vierge). Harry eut l'air complètement dépité. Ca voulait dire qu'ils étaient sortis de l'enceinte de l'école.

« Ne t'en fais pas, dit Hermione. Nous avons toujours… ça. »

L'ex-gryffondor sortit la carte de George des replis de sa robe (et après on dit que c'est les gars qui aiment frimer avec leurs nouveaux gadgets !). Elle était redevenue blanche, sans doute équipée d'un sort d'auto-effacement. Hermione pointa sa baguette dessus :

« - Les frères Weasley savent tout sur Harry Potter. »

Et la carte montra l'endroit où il était, ainsi que les gens qui étaient aux alentours.

« Ca ne va pas du tout, dit Hermione.

- Pourquoi ?, demanda Neville.

- D'après la carte, on serait sous les champs derrière Pré-au-Lard.

- Quoi !, s'exclama Ron. Mais on a fait 20 mètres, tout au plus…

- À moins que…

- Que quoi ?, s'impatienta Harry.

- Si ! À moins que l'on ait tous touché en même temps un portauloin.

- Mais on n'a rien touché ! On a dégringolé l'escalier…

- Et bien oui : l'escalier ! C'est pour ça qu'on tournait autant et si vite : on était en train de transplaner.

- Bon, et maintenant ?, demanda Luna avec son éternelle habitude de tailler très vite dans le vif du sujet.

- Avançons, nous n'avons pas d'autre choix, répondit Hermione. »

Harry était fasciné par la carte que tenait Hermione.

« Où tu l'as eue ?, demanda-t-il.

- C'est George qui me l'a prêtée. Et NON, tu ne l'auras pas. »

Harry ferma la bouche sur la question qu'il n'avait même pas eu le temps de formuler et se tut, boudeur. Ils avançaient dans un couloir qui, pour être haut, n'en était pas forcément large non plus, compte tenu de ses proportions. Mais il laissait quand même assez de marche pour que trois personnes puissent marcher de front sans toucher les bords. Au bout de cinq minutes de marche, Ron commença à avoir sérieusement faim et défit un bonbon pour se l'enfourner. Drago leva les yeux au ciel, Hermione intervint :

« Tu ne trouves pas que l'on a quelque chose de mieux à faire, Ron ?

- Je n'y peux rien si j'ai faim, moi…

- Enfin, Ron ! Il est presque 1h du matin !

- Et alors ? Les aventures, ça creuse. »

Ils furent plongés dans silence, marchant le long de l'interminable couloir ; silence ponctué à partir d'un certain point de ''c'est long'', ''quand est-ce qu'on arrive ?'' ou encore de soupirs bruyants. Ce n'est qu'au bout d'un moment que quelque chose déteignit dans le fond musical :

« Le Petit Poucet, fit Luna.

- Le quoi ?, demanda Hermione en s'arrêtant. »

Les autres firent de même.

« Le Petit Poucet. Il y a quelqu'un devant nous qui a laissé des emballages de bonbons derrière lui, comme l'enfant du conte avec ses cailloux.

- Tiens, tu vois que je ne suis pas le seul, fit Ron en prenant Hermione à parti qui, elle, préféra ne pas répondre.

- Ca voudrait dire que quelqu'un est déjà venu ?

- Et serait même peut-être encore là, répondit Harry d'une voix tendue.

- Continuons, nous verrons bien, dit Neville en haussant les épaules. »