Série : CSI New York – Les experts Manhattan

Histoire : Danny et Lindsay emménagent ensemble pour fêter leur un an de couple. Don en souffre car il aime secrètement son meilleur ami. Rien ne va plus entre eux.

Genre : Romance / Slash

Statut : 10 chapitres – Terminée

Rythme de parution : un chapitre par semaine

Public : Tout public.


Prélude

Chapitre 3: Faire comme si

Hélas l'adage se vérifiait, un malheur n'arrivait jamais seul. Un coup de fil en pleine nuit alarma le couple. La grand-mère de Lindsay venait d'être hospitalisée après un malaise cardiaque. Très attachée à son aïeule, la jeune femme avait aussitôt pris l'avion, seule. Elle ne voulait pas imposer à son compagnon un réveillon aux mauvais relents d'antiseptique, parfaitement au courant de son aversion pour l'endroit. La dernière fois qu'il avait dû s'y rendre, c'était pour Louis. Il revoyait encore très nettement son frangin, le visage tuméfié, branché à tout un tas de machine, agonisant après s'être fait tabasser par leur ancienne bande de voyou. De mauvais souvenirs remontaient à la surface.

De retour de l'aéroport, Danny tourna à gauche au lieu de prendre à droite. Il stoppa son véhicule devant un immeuble familier, petit pas plus de trois étages, assez vieux mais d'un vieux qui donnait du cachet à la pierre. Le temps ne faisait pas toujours outrage à certaines façades. Il leva les yeux, de la lumière s'échappait des rideaux mal refermés d'une fenêtre. Malgré l'heure matinale, il était déjà debout. Leur conversation les perturbaient donc tous les deux, devait-il s'en réjouir ? Il aurait aimé sonner à sa porte et se réfugier chez lui comme il le faisait toujours quand ça n'allait pas. Les doigts sur la poignée, il changea d'avis. Sur une même impulsion qui l'avait conduit ici, il repartit aussi sec. Les pneus patinèrent un peu au démarrage, il insista et réussit à se déplacer sur la route verglacée par endroit. Prudemment il regagna son appartement.

Il tomba la veste dans le vestibule, trop stressé il ne se recoucha pas préférant se rendre à la cuisine. Il avait besoin d'un café chaud et corsé. En attendant qu'il soit prêt, il ralluma son portable. Dans la précipitation, il l'avait détaché de son chargeur pour le fourrer dans sa poche, éteint.

Quelques secondes suivant l'activation de son code pin, un bip l'avertit qu'il avait un message sur sa boite vocale. Intrigué, il regarda le nom de l'expéditeur: Don. L'avait-il vu en bas de chez lui ? Il fut tenter de l'effacer mais se ravisa. Il l'archiva sans l'ouvrir.

Le liquide brûlant et sucré ne lui apporta qu'un piètre réconfort. Pour s'occuper les mains et l'esprit, il commença à défaire le sapin. Le père Noël était bien passé l'avant-veille, et comme il ne recevait personne pour le 31, il ne ferait pas défaut aux pique-assiettes du dernier jour. Avec précaution, il retira boules et guirlandes, cheveux d'ange et petites loupiottes assorties tout en jetant de fréquentes œillades à son téléphone.

Celui-ci ne se manifesta que le lendemain, tard dans l'après-midi. La stridente sonnerie le tira de sa morosité, pour le plonger dans une certaine angoisse. Il décrocha, c'était Lindsay. Prise à temps, sa Mamie Mo, comme elle l'appelait affectueusement, se remettait doucement mais surement de son attaque. Avec une rééducation et une meilleure surveillance, elle s'en sortirait sans trop de séquelle. Le soulagement était perceptible dans la voix de sa moitié. Elle ne reviendrait que le 2 janvier. Tout en se promettant de se contacter à la fatidique minute du changement de date, il lui souhaita déjà le meilleur pour elle et les siens pour la nouvelle année.

La communication terminée, la tentation fut la plus forte. Il surfa dans les menus de son mobile pour écouter son répondeur. Retenant sa respiration, il valida et tendit l'oreille.

« Danny, je ne sais pas trop quoi te dire, je ne sais même pas pourquoi je te téléphone… En fait si je sais mais je sais pas comment… … Je n'attends rien de toi, tu n'es pas responsable de mes sentiments. Je vais continuer à gérer, ne t'inquiète pas… S'il te plait, en souvenir de notre amitié, je te demande de ne parler à personne de notre conversation. Moi, je n'y reviendrai pas, même pas avec toi... Dan', je … »

Il n'avait pas eu la fin de ce discours haché, trop long pour être enregistré jusqu'au bout. Il appuya sur la touche 1 pour le réécouter, une, deux, trois, quatre fois. Il analysa les pauses, le ton de sa voix, « en souvenir de notre amitié » raisonnait et couvrait tout le reste.

Malgré toute sa bonne volonté, l'aveu et le baiser : il ne pouvait pas, ne voulait pas les oublier. Sans trop se la raconter, il se savait sexy et n'avait jamais connu la pénurie avec les filles. Découvrir qu'il attirait aussi les mecs le flattait plus qu'autre chose. Comme tout le monde l'homosexualité ne le gênait pas, pas tant qu'il n'y était pas confronté personnellement. La tolérance avait ses limites, souvent bien plus étroites que celles revendiquées avant d'être mis devant le fait accompli. Il regrettait son geste de recul, mais sur le coup, il avait réagi d'instinct.

Il était incapable de décrypter les signaux d'un homme alors qu'il déchiffrait si facilement ceux des femmes. Grâce à ça, il avait pu construire du solide avec Lindsay, à cause de ça il n'avait rien décelé chez Don.

Et puis, il y avait ce baiser, bref mais tellement intense. Qu'est-ce que ça aurait donné s'il avait participé au lieu de subir. Qu'est-ce que ça aurait donné s'il avait été embrassé par un autre gars que son meilleur ami ?

Insidieusement tout un tas de questions bêtes mais pas anodines lui venait à l'esprit sur la sexualité, comparant avec une femme et supposant avec un homme et son service trois pièces. Il se sentait coupable d'être à ce point curieux alors qu'il était comblé depuis plus d'un an.

« En souvenir de notre amitié » et merde Don, il ne pouvait pas lui en vouloir d'avoir foutu le bordel dans sa tête puisqu'à la base c'était lui qui avait lourdement insisté pour qu'il se confie. Don…Dans un soupir, il se résolut à exaucer son souhait : il agirait comme d'habitude sans revenir sur cette discussion.

****

En ce mardi matin, un détective terminait son rapport avec une boule au ventre. Son teint blafard aurait pu coïncider avec une sévère crise de foie, triste mais prévisible conséquence des ripailles passées, cependant il flottait dans son costume. Un certain scientifique reprenait aujourd'hui. Il espérait que Danny s'en tiendrait à ce qu'il lui avait imposé, ne serait-ce que pour s'épargner à tous les deux, une scène aussi pénible que la dernière fois. Il rêvait de le gouter et depuis que c'était chose faite, il s'efforçait d'en garder le souvenir, chérissant ce moment qui ne se reproduirait jamais.

Tout en essayant de se concentrer sur ce qu'il rédigeait, appuyant plus que nécessaire sur les touches de son clavier, il priait sans trop d'illusion, pour qu'il n'y ait pas de meurtre afin de reculer encore un peu l'inévitable échéance. Il n'était plus aussi sûr de rester impassible lorsqu'il le croiserait.

La nature humaine étant ce qu'elle était, un cadavre l'attendait surement déjà quelque part dans son secteur. Il en avait vu des corps, des jeunes, des vieux, des enfants aussi. Il ne s'y faisait toujours pas, les images et les odeurs restaient gravées dans sa mémoire. La mort avait un parfum tenace, indéfinissable et inoubliable. Dans un sens, il préférait ça. Il s'était juré d'arrêter ce métier de dingue lorsqu'il serait blasé même de l'horreur.

— « Bip ! Et merde !
— Qu'est-ce t'as encore fait, Flack ?
— J'en sais rien, ce con d'ordi foire. Bug de l'an 2000 surement.
— Très drôle, ça aurait pu marcher sauf qu'on est en 2010.
— Faut que je recommence tout, j'en ai marre.
— Fais voir. »

Ripley, copain de promo, nettement plus calé en informatique, parvint à récupérer le texte effacé par inadvertance.

— « C'est pas compliqué pourtant.
— Je déteste ces fichues machines.
— Elles te les rendent bien, on dirait.
— Sans commentaire. Tu es là pour quoi, au juste ?
— Décidément, on ne peut rien te cacher.
— C'est surtout que t'as la tête d'un mec dans la mouise, qu'est-ce qui se passe ?
— C'est l'hôpital qui se fout de la charité.
— Je l'ai méritée celle-là, t'inquiète pas pour moi. Alors, c'est Shannon ? Y'a un problème ? »
Son habileté à détourner les conversations était légendaire.

Pas dupe de la manœuvre, l'inspecteur respecta ce silence. Ils fonctionnaient comme ça depuis qu'ils se connaissaient, confiance et soutien sans s'imposer.

— « Non, tu devrais la voir, la grossesse la rend encore plus belle.
— Je te crois sur parole, c'est pour bientôt, non ?
— Normalement c'est pour dans 15 jours, mais j'ai peur de rater la naissance de mon fils.
— Comment ça ?
— Tu sais, je bosse sur l'affaire du découpeur. Il aurait usé de ses couteaux dans le Minnesota, les gars de Minneapolis semblent l'avoir serré en plus. Et tu connais le capitaine.
— Il ne veut pas lâcher le morceau.
— Comme tu dis, il y a de forte chance que je parte d'ici peu, faire la liaison.
— Je comprends mieux.
— Je te le demande en tant qu'ami, serais-tu d'accord pour me remplacer ?
— ... Si c'est l'ami qui parle, c'est d'accord…mais à une condition, tu te débrouilles de convaincre le boss.
— Ne t'inquiète pas, je m'en occupe. Je te prépare le dossier aussi sur tout ce qu'on a. Et merci.
— C'est bon arrête avec tes mercis, tu me dois un service.
— Eh, Don, profites-en là-bas.
— Quoi ?
— Aère-toi la tête, change-toi les idées, conseil d'ami, il est gratuit celui-là.
— Je vais essayer. Soudain redevenu sérieux : sympa de t'inquiéter.
— Tu sais, tu es toujours là pour nous, ça serait bien que de temps en temps tu te rendes compte qu'on est là nous aussi pour toi. Tu n'es pas tout seul.
— Je m'en souviendrais. »
Mais au fond, il savait qu'il n'en ferait rien. Il n'était pas homme à se plaindre encore moins à s'épancher, en cela son père pouvait être fier de son œuvre.

Un appel radio coupa leur petit conciliabule en lui donnant malheureusement raison : un homme gisait dans l'arrière-cour d'un restaurant.

— « J'ai un client, faut que j'y aille. »

Le boulot reprenait le dessus dans un éternel macabre recommencement. Pourquoi les victimes étaient dans la grande majorité des cas, les plus innocentes, les plus irréprochables, les plus entourées et appréciées : mystère. Il y avait bien longtemps qu'il ne s'étonnait plus de la trivialité de certains mobiles. Il pariait cette fois encore sur la jalousie ou la vengeance.

Prenant bien soin de tout sauvegarder sans faire de gaffe, Don quitta son bureau en trainant des pieds.

A suivre...

Le chapitre suivant s'intitule : Garder ses distances.

Note de Lou: Cette histoire est déjà entièrement écrite, la parution sur ffnet se fera tous les dimanches. Sachez que, pour les plus pressé(e)s / interessé(e)s de connaitre la suite, le chapitre suivant sera en ligne sur mon site (l'adresse est dans mon profil ) en avant-première, les mercredis.

Dragou Lou