Avant que vous ne commenciez à lire ce deuxième chapitre, je tenais à vous remercier pour vos reviews. Je ne m'attendais pas à en recevoir autant pour un premier chapitre et je n'ai malheureusement pas pu répondre à tout le monde, j'essaierai de m'organiser un peu mieux la prochaine fois pour que vous puissiez toutes (et tous?) avoir le droit à un petit teaser.
En attendant, bonne lecture et encore merci!
Chapitre 2
Rencontres et Désagréments
L'eau coulait sur mon visage et je commençais peu à peu à émerger. J'avais passé une mauvaise nuit et j'avais fait des rêves étranges. L'un d'entre eux, le seul dont j'étais capable de me souvenir à vrai dire, mettait en scène Jacob et ma nouvelle ennemie. J'étais à nouveau dans l'auditorium et j'essayais d'atteindre la sortie mais l'escalier que j'avais pris était interminable et à chaque pas il s'allonger un peu plus. Jacob et la fille se trouvaient tout en haut des gradins, ils me regardaient lutter désespérément en rigolant à gorge déployée. La scène avec le piano se situait à présent à une cinquantaine de mètres sous mes pieds et Cruella avait les yeux rivés sur moi. Soudain, elle sorti de son sac une batte de base-ball et, au moment où j'arrivais enfin à la dernière marche, elle m'assenât un coup violent à la tête. Je trébuchai sous le choc qui me propulsa dans les airs. Ce n'est qu'au moment où j'allais toucher le sol que je m'étais réveillé en sueur, le cœur haletant.
« Mon Dieu, je suis en train de devenir folle » pensais-je tout en coupant l'arrivée d'eau. Je pris ma serviette et sortis de la douche en frissonnant. Je n'avais toujours pas réinstallé la porte de ma salle de bain que j'avais voulu repeindre et l'air glacial de mon salon me transperça jusqu'aux os. Par soucis d'économie je ne chauffais pas la pièce principale pendant la nuit. Je me hâtais vers ma chambre et enfilai mon bon vieux jean ainsi qu'un sweat sans prendre la peine d'accorder ma tenue. Comme bien souvent, j'avais eu du mal à me lever et je devais me dépêcher pour ne pas être en retard. J'attrapai mon sac et mon manteau ainsi qu'une tartine de pain et me ruai hors de mon appartement jusqu'à ma voiture. Le ciel était couvert et l'air humide. Je me demandais parfois si j'aurais la chance de voir le soleil pendant plus d'une heure ici.
Un coup de tonnerre éclata lorsque je sortis de ma voiture et la pluie commença à s'abattre sur le parking du campus. Et puis, sortis de nulle part, Edward surgit à mes côtés, un parapluie à la main. Il m'invita dessous et me dit:
- Hey Bella, comment ça va aujourd'hui?
- Salut Edward, un peu fatiguée à vrai dire, je n'ai pas beaucoup dormi. Répondis-je.
- Nerveuse pour ton vrai premier jour? me demanda-t-il.
- Non, c'était juste un mauvais rêve.
Nous avancions vers le hall d'entrée pour nous abriter sous le préau situé juste devant.
- J'ai pris la liberté de prendre ton emplois du temps, me dit-il, et je t'ai inscrite dans le même groupe que moi, j'espère que ça ne te dérange pas. Je ne te voyais pas arriver et comme c'était le meilleur groupe au niveau des horaires de cours et qu'il n'y avait presque plus de place dedans...
- Tu as bien fait, je ne suis pas vraiment une championne pour ce qui est d'arriver à l'heure et si tu n'avais pas été là j'aurais sûrement récupéré l'emploi du temps le plus pourri.
Il rigola et je repris:
- Alors, par quoi on commence?
- Par prendre un café et un bon petit déjeuner, dit-il en jetant un regard à la tartine de pain miteuse que je tenais toujours dans la main.
- Mais on a pas cours? Ça ne commence pas à 8h généralement?
- Généralement. Répondit-il en m'adressant un sourire malicieux. Mais je t'ai dit que je m'étais débrouillé pour nous inscrire dans le meilleur groupe. Et dans le meilleur groupe, les cours ne commencent jamais avant 10 heures. Ne me remercie pas...
- Waouh Edward, c'est fantastique, je ne suis vraiment pas du matin, et ça... C'est tout simplement parfait! Laisse-moi te payer le petit déjeuner pour la peine.
- Ahah, on verra, en attendant suis moi, je ne sais pas si tu as remarqué mais la cafétéria n'est géniale ici.
- Où on va alors? Demandais-je, curieuse.
- Dans un endroit que j'aime bien, tu verras, l'ambiance est parfaite pour ce que tu as.
- Ce que j'ai? J'étais un peu confuse.
- Sans vouloir être grossier, tu n'as pas très bonne mine, et si tu es comme moi, tu préféreras te retrouver au calme plutôt que dans un endroit bruyant.
- Ah...Euh... Si tu le dis...
J'aperçus mon reflet dans une vitre de voiture et vis qu'il n'avait pas tort. «Bon sang Bella, quand apprendras-tu à te regarder dans un miroir avant de sortir de chez toi?!».
Il se tourna alors vers moi, une expression timide sur le visage.
- Je peux te demander un service?
Un peu méfiante je répondis:
- Euh, ça dépendra de ce que c'est mais vas-y.
- Est-ce qu'on peut y aller avec ta voiture? Je rêve de monter à bord d'un de ces engins depuis que je suis gamin.
- Si ça peut te faire plaisir, mais c'est moi qui conduis, dis-je le doigt pointé sur lui d'un air menaçant avec un ton faussement autoritaire.
- Quelle comédienne...dit-il en pouffant de rire.
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Edward n'avait pas arrêté de s'exclamer pendant tout le trajet. Ça avait commencé par un «Oh!» quand il s'était enfoncé dans le cuir du siège épais suivi d'un «Waouh!» lorsqu'il avait entendu le moteur rugir sous le capot pour la première fois et il avait terminé par une série d'onomatopées du même genre au fur et à mesure qu'il inspectait minutieusement la voiture. On aurait vraiment dit un enfant à qui l'on venait de faire un cadeau et qui ne pouvait pas s'empêcher de le regarder avec admiration sous tous les angles. Ça faisait longtemps que je n'avais pas ris comme ça et j'étais heureuse de m'être enfin fait un ami dans cette ville.
Nous nous trouvions devant un petit café coincé entre un vieil immeuble d'époque et un magasin de réparation d'aspirateur. La façade semblait avoir vu passer pas mal d'année, il manquait des lettres à l'enseigne lumineuse et les gros rideaux qui cachaient l'intérieur du café de la vue des passants avaient l'air miteux et leur teinte rouge sombre était passée.
- On y est, déclara Edward, je sais que ça ne paye pas de mine vu de l'extérieur mais une fois dedans on oubli vite où on est, ajouta-t-il en voyant mon air perplexe.
- Non, ce n'est pas ça, répondis-je. Attends...Tu veux bien me laisser une minute avant d'entrer s'il te plaît? Je voudrais faire une photo.
- Je t'en pris, prends ton temps.
Je sorti mon appareil de mon sac. Je ne pouvais pas l'expliquer mais il y avait quelque chose qui m'attirait dans cette enseigne. La lumière peut-être, ou alors était-ce son côté un peu rétro. J'avais toujours eu un faible pour les choses anciennes.
- Après toi, me dit Edward en me tenant la porte après que j'eus finis.
Une forte odeur d'humidité et de poussière me prit au nez alors que je m'engouffrai à l'intérieur mais ce n'était pas déplaisant. C'était le genre d'odeur que l'on pouvait sentir dans les vieilles maisons, l'odeur du passé. À ma gauche il y avait un comptoir en bois ouvragé au dessus duquel étaient suspendu deux gros luminaires orange à la forme arrondie. Ils projetaient dans la pièce une lumière tamisée et chaleureuse. À côté du bar, posé sur une table basse, un vieux phonographe en bois et en cuivre passait une chanson des années 50. Sur ma droite étaient disposée de petites tables rondes entourées de gros sofas en velours rouge. Tandis que je m'avançais vers le comptoir, j'entendis du bruit venir de l'arrière du café. Une femme d'un certain âge sortit alors de la pièce du fond dont l'entrée était dissimulée par un gros rideau de perles multicolores. Elle portait un chemisier rouge à manches courtes rentré dans une jupe noir à taille haute. Ses cheveux poivre et sel étaient maintenu par deux peignes en ivoire situés de chaque côté de sa tête. Ses mains étaient recouvertes de gants blancs en dentelle et dans l'une d'elle elle tenait un long porte-cigarette de couleur noire. Entre deux bouffées de cigarettes elle me dit d'une voix chantante:
- Bienvenue chez Miss Camélia ma chère. Êtes-vous nouvelle en ville? Je ne pense guère vous avoir déjà vu.
- Oui Madame, je suis arrivée il y a un mois, répondis-je intimidée
- Oh je vous en pris, je ne suis pas si vieille que ça! Appelez-moi Camélia.
Elle me tendit une de ses mains gantées que je serrais timidement. Puis elle aperçu Edward.
- Doux Jésus! Edward! Je ne vous ai pas vu de tout l'été! Où diable étiez-vous donc passé petit coquin?
Edward rougit et lui expliqua qu'il était parti avec son père en Asie orientale pour une mission humanitaire. Après quelques réprimandes parce qu'Edward n'avait pas pensé à lui envoyer de carte postale, Camélia nous laissa nous asseoir.
- Tenez mes enfants, dit-elle en nous tendant la carte. Choisissez ce que vous voulez, je vous rejoins dans un instant.
J'attendis qu'elle soit repartie dans l'arrière café pour glisser à Edward:
- Eh bien, c'est un sacré personnage.
- C'est Camélia, elle se croit toujours dans les années 50. Et si tu veux un bon conseil, évite d'utiliser ton portable devant elle, elle n'aime pas vraiment tout ce qui est nouvelle technologie.
Tiens donc! On aurait dit qu'elle était tout droit sortie d'un film de Cocteau.
- Merci du conseil...
- Alors les tourtereaux, vous avez choisis? Chantonna Camélia depuis le bar.
Edward passa commande pour nous deux et je me penchais à nouveau vers lui.
- Les tourtereaux? Répétais-je sur un ton éloquent.
- Oh, c'est juste que je n'ai pas l'habitude de venir ici accompagné, elle a sûrement dû mal interpréter les choses.
- Hmm...
- Alors, comment tu trouves l'endroit? Reprit-il aussitôt.
- C'est vraiment incroyable, dis-je, on en oublierait presque l'époque dans laquelle on vit. Et puis la lumière, les sofas... C'est très agréable. Tu viens ici souvent?
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Nous avions continué à bavarder tranquillement tout en grignotant les mini-viennoiseries et en sirotant les cafés que Camélia nous avait apportés. Parfois, celle-ci nous interrompait gentiment pour nous raconter quelques anecdotes ou pour nous inviter à danser sur certains morceaux de musique qu'elle affectionnait particulièrement. Il était incroyable qu'une dame de son âge, même si elle niait farouchement avoir plus de 50 ans, puisse être autant en forme. Elle s'était même lancée dans un rock acrobatique endiablé avec Edward. J'étais resté figée sur place, bouche bée, m'attendant à tout moment à voir l'une de ses chevilles si frêles céder sous l'effort. Il fallait préciser que la femme portait des talons aiguilles d'une dizaine de centimètres de hauteur. En voyant mon expression alarmée et mon visage livide elle s'était écrié « Relax ma jolie, j'ai fait ça des centaines de fois! » avant d'éclater de rire et de danser de plus belle. Je n'étais toujours pas ressortie de ma stupeur alors que nous étions de retour sur le campus. Et comme si il avait lu dans mes pensées, Edward me dis:
- C'est une femme pleine de ressources.
- Voyez-vous ça! M'exclamais-je. Elle est vraiment incroyable.
- Tu l'aimes bien? me demanda-t-il.
- Je crois que ça doit être difficile de ne pas l'aimer.
- Je crois qu'elle t'aime bien elle aussi.
- Après l'accident du vase, pas sur. Je lui avais dit qu'il ne fallait pas me laisser danser.
Il rigola et m'assura que je n'étais pas la première à avoir cassé quelque chose chez Camélia, il ajouta même que c'était pratiquement un rituel de passage pour un nouvel arrivant. Un peu plus rassurée, je rentrai dans l'amphi où notre premier cours allait débuter pour réserver des places pendant qu'il allait récupérer des affaires dans son casier. Je jetais un rapide coup d'œil afin de me familiariser avec les têtes des personnes de mon groupe. Je n'aurais sans doute pas dû car arrivée à la moitié de la salle j'aperçus le visage glacial de Cruella accompagné de son fidèle regard noir. Je ne comprenais pas ce que la fille avait contre moi et j'espérais sincèrement qu'elle ne se contenterait que de regards afin de manifester son aversion pour ma personne. J'avais déjà eu à subir les moqueries et les farces de certaines de mes camarades de classe au lycée et je n'avais vraiment pas envie de renouveler l'expérience.
Évidemment, les seules places de libre se trouvaient derrière elle et sa bande de copines qui semblaient toutes trop idiotes pour penser par elles-mêmes. Elle se pencha vers elles pour leur dire quelque chose et lorsque j'arrivais à leur hauteur j'entendis:
- Attention à la marche Miss Cata!
Et elles gloussèrent toutes à l'unisson.
«Ahah, je meurs de rire...». De toute évidence la grognasse avait décidé de jouer avec mes nerfs, j'allais devoir être patiente. J'allais surtout devoir faire appel à tout mon sang froid car depuis que j'avais décidé de ne plus me laisser marcher dessus j'étais devenue douée dans l'art de remettre les gens à leur place. Un peu trop douée d'ailleurs. En m'installant, j'imaginais toutes les manières possibles et inimaginables de rabattre le caquet de la fille. Ça allait de l'humiliation publique à la torture. Je soupirais à l'idée que cette dernière option était malheureusement irréalisable quand j'aperçus Edward dans l'amphi. Je lui fis signe de me rejoindre. Il monta les marches au pas de courses et pris le siège que je lui avais réservé.
Le cours ne se passa pas trop mal dans l'ensemble, il s'agissait d'un cours d'introduction, une sorte d'approche théorique de la psychologie en général. Le professeur invitait les étudiants à commenter ses propos et à débattre. J'étais étonnée de voir Cruella participait et consternée aussi parce que ses remarques étaient pour la plupart pertinentes. «Non seulement c'est une pimbêche mais en plus elle a de la jugeote». Le combat s'annonçait intéressant. À la minute où je me faisais cette réflexion, la fille reprit la parole. Lorsqu'elle eu fini elle se retourna en affichant un air satisfait et me regarda l'air de dire «Je suis la meilleure».
J'étais resté bouche bée, j'avais du mal à croire ce qui venait de se passer tellement c'était ridicule. Je n'en revenais pas qu'une étudiante puisse encore se comporter comme une vraie gamine. Elle avait beau me tourner le dos à présent mais je voyais toujours le petit sourire en coin figé sur son visage. Et puis, sans pouvoir me l'expliquer, je n'en pouvais plus de l'avoir devant les yeux. Je ne supportais plus de voir ses cheveux si parfaits, attachés en une coiffure parfaite, entourant un visage parfait et retombant sur un gilet pastel parfait. J'avais déjà suivi cette matière en option l'année dernière et je possédais quelques bases. C'est pourquoi je décidais, sous le coup de la colère, de participer au débat. J'entrepris de contrer un à un tout les arguments qu'elle avait avancé juste avant. Lorsque j'eus terminé, j'ignorais totalement la fille en évitant de regarder dans sa direction mais je pouvais facilement deviner sa réaction. Edward, lui, me regardait d'un air surpris. Il avait lui aussi de bonnes bases en psychologies et avait passé le début du cours à examiner les croquis dans mon agenda. Apparemment il n'avait rien suivi de ma petite altercation muette.
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- Eh bien, me chuchota-t-il alors que nous sortions de l'amphi, je ne t'imaginais pas aussi passionnée.
- Qu'est-ce que tu veux dire? M'étonnais-je.
- Je te parle de tout à l'heure en cours, quand tu as démonté l'argumentation de Lauren. On aurait dit que ça te tenais vraiment à cœur de prouver qu'elle avait tort.
Ainsi le diable avait un nom...
- Oh, répondis-je innocemment, non, c'est juste que je n'étais pas d'accord avec elle, c'est tout.
Au même moment Lauren nous doubla et me regarda de travers.
- Méfis-toi d'elle, reprit-il, j'étais au lycée avec elle, c'est vraiment quelqu'un de susceptible et je ne pense pas que ça se soit arrangé avec le temps.
- J'avais cru comprendre...
Je commençais à regretter mon attitude vis à vis d'elle. Il était clair que ma petite offensive avait ouvert le combat entre nous deux. J'aurais mieux fait de laisser couler et de continuer à ignorer ses attaques. Je ne pouvais plus revenir en arrière maintenant et la seule chose qu'il me restait à faire c'était d'attendre que les choses se tassent et espérer que la fille ne mette pas trop ma patience à rude épreuve.
Pendant l'heure du déjeuner, je questionnais Edward à propos de Lauren. En temps de guerre, la moindre petite information au sujet de l'ennemi était la bienvenue. Mon soudain intérêt pour Lauren ne sembla pas le perturber. Je commençais à le connaître et l'une des choses que j'appréciais chez lui c'était qu'il ne demandait jamais d'explications. J'avais été reconnaissante envers lui lorsqu'il n'avait pas cherché à en savoir plus sur l'«ami» qui m'avait aidé à retaper ma voiture. C'était une qualité que l'on trouvait chez peu de personne et j'étais heureuse que mon nouvel ami appartienne à cette catégorie. Nous avions profité d'une éclairci temporaire pour déjeuner sur une parcelle d'herbe. Edward répondait à mes questions sans broncher tout en jouant évasivement avec quelques brins d'herbe. De temps en temps, un rayon de soleil venait nous caresser timidement. Le campus était désert, tous les étudiants étaient au réfectoire et un silence paisible nous entourait. C'était étonnant de voir comme il était simple de rester aux côtés d'Edward. Je ne ressentais pas le besoin de combler les blancs qui s'installaient parfois entre nous. Aucune parole n'était de trop et les discussions étaient sincères et intéressantes. Beaucoup plus facile que d'être avec Jacob. Jacob... Je sentais les larmes monter mais je refusais encore une fois de me laisser aller. Je les chassais d'un geste et m'adressais à Edward.
- Qu'est-ce qu'on fait maintenant?
Il jeta un coup d'œil à sa montre avant de répondre.
- Eh bien, il nous reste un peu plus d'une heure avant notre prochain cours, ça te dirais une petite visite des lieux?
J'aurais dit oui à n'importe quoi pourvu que se soit assez distrayant pour ne plus penser à Jacob.
Nous étions de retour dans le grand hall, Edward m'expliquait que l'université était la plus vieille de la région et que c'était la raison pour laquelle l'architecture et les ornements étaient si particuliers. Il me montra la bibliothèque et je me sentis vraiment cruche. Je comprenais maintenant pourquoi j'avais était incapable de la trouver, le couloir qui y menait se situait à l'opposé de celui que j'avais emprunté la veille. « Même pas fichue de te souvenir de ta droite et de ta gauche ». J'avais trop honte de moi pour avouer à Edward que je n'avais pas su lire un plan. La bibliothèque n'était pas encore ouverte, il m'expliquait que chaque année l'inventaire prenait du retard et que les étudiants devaient attendre parfois une semaine avant de pouvoir consulter un document. J'essayais d'imprimer les chemins que nous empruntions mais je dû me rendre à l'évidence que je n'en étais pas capable. J'étais trop occupé à observer les lieux et à écouter les explications et les anecdotes d'Edward pour retenir quoique se soit. Nous arrivâmes dans un couloir qui me semblait familier. Il me désigna une porte et me dit:
- C'est l'auditorium, mais tu l'as déjà visité hier donc je ne pense pas que se soit nécessaire d'y entrer.
- Comment tu es au courant? Qu'est-ce que...
Et puis je me rappelais du craquement que j'avais entendu en jouant.
- Ce bruit hier, c'était toi?
- Oui, j'étais venu récupérer une partition quand tu es arrivé, tu n'as pas dû me voir dans le noir. J'allais partir discrètement quand tu t'es mise à jouer du piano, j'ai reconnu un morceau et je suis resté pour t'écouter. Je suis désolé, je suis un peu trop curieux parfois.
Je n'étais pas très à l'aise à l'idée qu'une personne avait assisté à un moment aussi intime. Edward dû sentir ma gêne car il s'empressa d'ajouter:
- Excuse-moi, je ne voulais pas te mettre dans l'embarras, je suis vraiment désolé, c'était stupide.
- Non c'est bon, c'est juste que... Je suppose que tu as vu... Enfin ne t'en fais pas, ça va.
Il sembla comprendre à quoi je faisais allusions.
- Euh oui, c'est pour ça que je suis parti, tu avais l'air un peu déboussolée et j'avais l'impression d'être un intrus.
- Merci.
Il semblait avoir compris beaucoup plus de choses que de simples mots n'auraient pu expliquer. Il ne posa pas de questions mais avoua que c'était à cause de cet épisode qu'il avait voulu me connaître. Il n'avait jamais vu quelqu'un faire de la musique comme ça, en étant aussi impliqué et ça l'avait intrigué. Je me rappelais alors la raison pour laquelle il se trouvait lui aussi dans l'auditorium.
- Tu joues aussi d'un instrument?
- Du piano, comme toi, et je suis forcé d'admettre que je suis un peu jaloux, tu as joué Debussy à la perfection.
J'avais les joue en feu, je n'étais pas habituée aux compliments, surtout quand ils soulignaient ma manière de jouer. Je bredouillais quelques remerciements.
- Quand je suis sorti de l'auditorium, tu étais en train de jouer un morceau que je n'ai pas reconnu, c'est une composition?
- Euh, oui, répondis-je hésitante.
- Je n'ai pas pu l'entendre en entier, ça te gênerais de me la jouer?
- Peut-être une autre fois, on a plus le temps de toute façon, le cours est dans 5 minutes.
J'avais été sauvé par le gong, je n'avais pas spécialement envie de laisser quelqu'un entendre mon morceau, même si c'était Edward. Il ne parut pas s'en offusquer et il n'aborda plus le sujet de tout l'après-midi.
