Asmodée
Plus il le regarde, et plus il sent son cœur s'emballer. Les battements s'accélèrent, et en même temps, sa gorge se noue, ses mains tremblent, son souffle se fait plus court. Un souffle qui se mêle au sien, dans lequel il peut sentir son haleine sucrée. Lui qui a horreur du sucre, pourtant il adore goûter la saveur douce de sa peau. Il laisse glisser ses mains sur le corps blanc de son compagnon, effleure les courbes, caresse les creux.
Leur deux corps s'emmêlent dans les draps, au milieu d'un éclat de rire. Ce qu'il aime le voir rire, c'est si rare. Ce rire franc, naturel, spontané, et terriblement communicatif. Lui pourtant n'est pas quelqu'un qui rit facilement. A vrai dire, il est plutôt grognon. Il a toujours été comme ça. Il est aussi sombre que l'autre est lumineux, aussi renfermé qu'il est ouvert, aussi hostile qu'il est abordable. Différents mais complémentaires. Tellement complémentaires que c'en est presque effrayant.
Mais dans certains cas, ça peut aussi être un avantage. Un grand avantage. Puisqu'ils sont si bien assortis que juste à eux deux, dans l'intimité de leur chambre, ils arrivent à faire complètement disparaître le monde qui les entoure. A oublier les plumes, les deux gamins et la boule de poils. Plus rien n'existe, sauf eux deux. Rien que leurs corps collés l'un à l'autre, peau contre peau. Leurs lèvres s'unissent, dans un long, très long baiser, qui ne prend fin que par nécessité, puisqu'il paraît que l'oxygène est indispensable à la vie.
Le brun a entouré le blond de ses bras, et le serre contre lui, s'écartant juste un peu, le temps de plonger dans l'océan de ses yeux, avant de s'emparer à nouveau de ses lèvres. Il sent le sourire de son amant, et ne peut s'empêcher de sourire à son tour. Décidément, cet énergumène de magicien, avec ses sourires à tort et à travers, a même réussi à le rendre moins bougon. Moins colérique, moins agressif. Plus doux, plus patient, plus compréhensif. Incroyable.
L'énergumène en question, lui, est quasiment aussi surpris que son ninja. Parce que lui, si terrifié par le monde entier, est devenue presque capable de faire confiance. Bon, pas à n'importe qui. A lui, seulement. Et c'est déjà un sacré progrès. Presque, aussi, parce qu'il reste malgré tout certains moment où il ne rêve que de fuir. Loin, très loin. Et c'est dans ces moments là qu'il apprécie le plus que le grand brun lui prenne la main pour l'emprisonner dans la sienne.
Leurs doigts se mélangent. Et tous les deux réalisent que l'un sans l'autre, leur vie était désespérément solitaire. Et en un éclair, alors qu'ils sont tous les deux allongés l'un contre l'autre, ils voient leur vie respective défiler devant leurs yeux. Toutes ces années, ces années interminables qu'ils ont vécues avant de se rencontrer. Ces années qui aujourd'hui semblent vides. Vides de sens. Vides de ce qu'ils ont trouvés chez l'autre. Vides de l'autre, tout simplement.
Et sans brusquerie, le brun, sans lâcher la main du blond, laisse courir ses lèvres sur la peau fine de son amant, le long de son cou, descend sur son torse. Et ses mains lâchent soudain celles du magicien pour se glisser sous ses hanches.
Ils étaient compagnons de voyage. Ils se sont rencontrés sous la pluie, arrivés là pour des raisons qui pour être différentes, les ont menés au même endroit. De monde en monde, de dimension en dimension, ils ne se sont plus quittés. Certains pourraient dire que ce qui les a rapproché n'était que la solitude. Peut être est-ce vrai. Peut-être qu'ils ne cherchaient qu'un peu de réconfort. Mais désormais, ce qui lie Fye et Kurogane, dans cette chambre uniquement éclairée par la seule lueur de la lune, et contrairement à ce que pourraient insinuer de mauvais esprits jaloux, c'est de l'amour, seulement de l'amour, et pas de la luxure.
Ze veux... Et de quatre...
