Tout en prononçant ces mots, il colla son revolver contre la tempe de Cameron qui était toujours plongée dans sa léthargie.

House se raidit. Le visage angélique de Cameron ne réagissait toujours pas. Elle devait être sous l'emprise d'une drogue. Il avança d'un pas mais fut dissuadé d'en faire plus lorsque Tritter dégourdit ses doigts, pouvant à tout moment presser sur la détente. Celui-ci observait le regard pénétrant de House et, tout en continuant de mâchouiller sa gomme, sa bouche se fendit en un rictus mauvais.

-C'est curieux…dit-il, comme les gens réagissent... lorsque leur cœur est mis à l'épreuve…


Dans l'une des chambres de l'hôpital, Foreman et Chase auscultaient leur patient. Ce dernier était un monsieur d'un certain âge qui était également atteint d'une curiosité maladive à l'égard des médecins. Comme la chambre était monotone et les autres patients très ennuyeux, il écoutait attentivement leurs problèmes de cœur.

-Au fait, tu sors toujours avec Cameron? demanda Foreman

Ce n'était pas dans ses habitudes de se mêler des affaires des autres, mais il lui semblait que l'absence prolongée et suspecte de Cameron inquiétait fortement Chase.

-Non, on a rompu il y a deux semaines, elle ne m'aime pas répondit celui-ci sans dissimuler son amertume.

Cameron n'avait pas l'intention de sortir avec lui pour lui briser le cœur car elle pensait que tout comme elle, Chase n'était pas amoureux, qu'ils sortaient ensemble juste pour s'amuser. Elle avait porté beaucoup plus d'attention au comportement et à la réaction de House plutôt qu'à leur relation.

-Tu crois qu'elle aime House?

Le patient s'amusait beaucoup, ça lui rappelait sa jeunesse. Il pensa que le petit blond aurait plus de succès s'il se coupait les cheveux. Il avait l'air d'une fille…manquait plus que les tresses...les jeunes n'avaient décidément plus aucun goût. Son sourire se figea brusquement lorsqu'il vit, avec une certaine appréhension, la grosse seringue s'approcher de son bras.

-Je ne le crois pas, j'en suis certain répondit Chase en enfonçant la seringue plus fort qu'il ne l'aurait voulut.

Le patient lui jeta un regard de reproches et Chase ne l'entendit pas marmonner « fillette.. »


-Un jour, commença Tritter, une femme est venue chez vous pour une consultation, elle souffrait de terribles maux d'estomac. Elle connaissait bien votre réputation : On vous disait hargneux, cynique, désagréable…mais intelligent et voyant toujours juste…Comme quoi il ne faut pas se fier aux apparences ajouta Tritter en lui jetant un regard peu appréciateur.

House, fidèle à lui-même, étira ses lèvres en un grand sourire peu naturel. Il écoutait attentivement Tritter, ses yeux légèrement plissés scrutaient chacun de ses gestes : il surveillait sans aucun doute ses doigts à demi- pressés sur la détente.

-Vous lui avez à peine prêté attention continua Tritter dont la voix à présent laissait transparaître un tant soit peu d'émotion, vous avez tout de suite diagnostiqué une indigestion, sans doute êtes-vous trop habitué aux patients hypocondriaques…

-C'est clair que les Hypo ça manque pas dans le coin, tiens rien que l'autre jour..

-Elle est morte le coupa Tritter d'un ton sec, cette femme est morte simplement parce que vous n'avez pas voulu la croire… parce que vous traitez les patients avec dédain, et vous savez.. le fait de toujours penser que tout le monde ment, ça peut aboutir à des erreurs, et pas des moindres…

House qui avait retrouvé son air sérieux ne semblait à présent plus éprouver le besoin de cligner des yeux, il fixait intensément ceux du policier.

-Vous sauvez des vies, c'est vrai, mais là, vous avez raté votre coup, vous en avez gâché trois, celle de cette femme, la mienne et bientôt la vôtre…

- C'est une menace? Votre histoire est bien triste, et en effet j'ai peut -être commis une erreur avoua-t-il, sauf si toutefois votre femme aurait omis de me donner quelques détails importants, et personnels – imaginez qu'elle ait eu mal parce que son cher mari la battait - bien entendu cela m'aurait peut-être mis sur la voie…mais… quoi qu'il en soit, que vient faire ma jeune interne dans tout ça?

-Je ne fais que rendre la pareille répondit Tritter, vous m'avez arraché l'amour de ma vie et si vous n'êtes pas sage, je vais vous enlever le vôtre.


Cameron était introuvable. Tout le monde conclut donc qu'elle devait être retournée chez elle. Toutefois, Wilson, histoire d'être sûr, se proposa d'aller jusqu'à son appartement.

Après avoir fait retentir la sonnette plusieurs fois, il se décida à enfoncer la porte: peut- être avait-elle eu un malaise et qu'elle était incapable de répondre…Mieux valait s'en assurer.

Il ne réussit qu'à se casser l'épaule. Pensant à ce que House aurait fait, il eut l'idée de fouiller sous le paillasson et dans les vases à l'entrée : il finit par y trouver une clé.

« Fréquenter House n'a pas que de mauvais côtés » pensa-t-il, ce qu'il reconsidéra aussitôt en repensant à son plateau de la cafétéria que celui-ci – pendant que lui-même était en train de payer - avait si joyeusement proposé de tenir avant de le laisser tomber « accidentellement » par terre. Comme par hasard, l'incident s'était produit juste après lui avoir refusé une nouvelle ordonnance pour sa Vicodine.

Il tourna la clé dans la serrure et entra. Tout était impeccablement rangé. Dans un coin, les livres de sa bibliothèque - traitant de médecine et de psychologie - étaient parfaitement alignés, de l'autre il y avait un tapis roulant de jogging qu'elle devait souvent utiliser pour conserver sa fine taille et sa santé. Il se dépêcha de fouiller toutes les autres pièces pour la retrouver.

Elle n'était nulle part. Ce n'était pourtant pas dans ses habitudes de disparaître sans rien dire et surtout de ne pas prendre soin d'un patient qui lui avait été confié.

En rentrant dans sa chambre, une photo encadrée attira tout de suite son attention. Posée sur sa table de chevet, le portrait de House lui souriait… – un sourire forcé – mais c'était tout de même un sourire. « Il en fait tellement peu que ça mérite bien d'être encadré » pensa Wilson. Il savait que ce qu'éprouvait la jeune femme pour House et ce n'était pas un sentiment de pitié comme s'acharnait à le croire ce dernier. Il s'assit sur le lit et repensa à la conversation qu'il avait eu l'avant-veille avec son ami.

Flash-back

-Je te dis qu'elle craque pour toi…

-Et ça t'étonne?

-Je sais que tu craques pour elle…

-Et ça t'étonne? Répéta House, non sérieusement, tu sais bien que j'ai juste un faible pour les patronnes au grand décolletés, mais ça s'arrête là…n'empêche, je me demande bien ce qu'elle aime en moi…

-Franchement, je me le demande aussi …

-Ma barbe sexy, mes yeux de..non elle me voit sûrement comme un pauvre infirme qui a besoin d'aide…encore une tombée sous le charme de ma canne... Je n'aime PAS Cameron ajouta-t-il en voyant le regard sarcastique de Wilson.

-House, tu ne peux plus le nier, tout le monde a deviné maintenant...tu ..

Mais celui-ci ne l'écoutait plus, il était en train d'essayer de jongler avec les différents objets qu'il avait trouvé sur le bureau de Wilson.

-House lâche ça, c'est fragile comme tout, ça va cass...

Il y eut un bruit de verre qui se brise et Wilson poussa son sixième soupir d'exaspération-spécial-House de la matinée.

-Tu disais? fit innocemment House

Fin du Flash-back


Il y eut un long silence, le temps que l'information pénètre l'esprit de House.

-Alors, désolé de vous décevoir mais l'amour de ma vie, que j'aime, qui ne me quittera jamais et qui me sera toujours fidèle, ce n'est sûrement pas Cameron…

-Qui est-ce dans ce cas ?

-..Mais ma canne bien sûr dit House d'un ton exaspéré, comme si la réponse était d'une évidence flagrante.

-Vous êtes aussi accro à elle qu'à votre drogue, vous en êtes raide dingue, et on peut entendre ça au premier sens du terme: regardez-vous, depuis que vous vous êtes aperçu de sa présence, de son corps fragile menacé par mon revolver, vous êtes figé, votre cœur ne bat plus normalement…

-Ahh..Non, ...ça, je crois plutôt que c'est dû à un besoin naturel pressant….affirma-t-il

Il regarda attentivement Tritter puis ajouta « Vous savez, avant de parvenir à faire le deuil de quelqu'un qui vous est très cher, il est constaté dans plus de 75 des cas, que les gens ont tendance à chercher un coupable…Vous n'allez quand même pas gâcher votre joli poste de poulet pour une petite crise de démence passagère ?!…Faut se remettre mon vieux… »

Tout en disant ces paroles qui se voulaient raisonnables et salvatrices, il s'avança lentement vers lui. Pour la première fois, Tritter avait cessé de mastiquer sa gomme. Plus que quelques centimètres les séparaient. Il avait même abaissé légèrement son arme et se serait peut-être rendu si House n'avais pas subtilement lancé « Un problème de mastication? On dirait que j'ai touché un point sensible.. » A ce moment-là Tritter reprit brusquement conscience et enfonça brutalement son pistolet dans le front de House.

-Moins cool.. marmonna House


Wilson entra dans le bureau de Cuddy.

-Aucune trace de Cameron chez elle, j'ai regardé son agenda collé sur le frigo, il n'y a aucun indice, aucun signe indiquant qu'elle devait quitter l'hôpital à cette heure-ci…

Cuddy leva la tête de ses dossiers et fronça les sourcils.

-Vous avez demandé à House? Elle ne serait pas avec lui par hasard? demanda t-elle d'un ton soupçonneux.

-Non, impossible, Tritter est avec lui, ils doivent apparemment régler une affaire importante et il m'a demandé à ce qu'ils ne soient pas dérangés…


-N'essayez pas de me faire culpabiliser, ça ne marchera pas susurra Tritter

-Mhhh… c'est vrai que tenir un flingue prêt à trouer un merveilleux cerveau - qui aurait pu encore sauver plein de vies - et prendre en otage une ravissante et innocente immunologiste, c'est un acte qui – surtout en tant que flic - ne pourra jamais vous faire culpabili..

-Taisez-vous ordonna le policier d'une voix qui trahissait à présent son anxiété.

-On a les jetons hein? Allez...cessez cette mascarade, on se croirait vraiment dans un feuilleton de mauvais goût…

- Pas tant que je n'aurais pas obtenu ce que je voulais.

-Mais qu'est-ce que vous voulez ! hurla House excédé

C'est à ce moment-là que Cameron se mit à remuer, ouvrant doucement les yeux.

Tritter la regarda d'un air inquiet et House profita de ce moment d'inattention pour lui donner un violent coup de canne sur le front, celui-ci lâcha le pistolet et tomba assommé sur le sol. Cameron était à présent complètement éveillée et regardait la scène avec stupeur. House entreprit de la détacher en lui marmonnant un bref « Les questions ce sera pour plus tard »

-House, qu'est-ce qu'il se passe ?

-Rien, vous êtes en train de rêver…

-House…

-Bon pour résumer la situation, disons qu'un flic – le lourdaud qui est inconscient juste là derrière vous – a tout simplement été victime d'une crise de folie après la mort de sa femme je crois, il m'accuse…, il a faillit nous tuer..enfin.. la routine quoi...

Abasourdie, Cameron l'écoutait tandis qu'il entreprenait de défaire les liens nouant ses mains.

-Et qu'est-ce que je fais là?

-Eh bien…dit House soudain hésitant, il a pensé..Il a sûrement pensé.. vous prendre en otage pour remplacer sa femme… vous savez ce qu'on dit? Une de perdue, dix de retrouvées…

House se tut, il n'avait pas été très convainquant. Les yeux de Cameron s'agrandirent et elle poussa un cri.

-House !!!!

-Mais ne vous en faites pas dit-il en levant les yeux au ciel, maintenant vous êtes sauvée, et c'est qui le héros dans l'histoire? A qui on dit Merc..

Il ne put finir sa phrase. Une intense douleur se fit sentir dans son dos et sa nuque et il tomba à la renverse. Le souffle saccadé, il put apercevoir Cameron se débattre tandis que Tritter - une grosse bosse bleue au front - tentait de l'empêcher de crier en enserrant son coude autour de son cou.

Le regard vitreux, House tenta de se relever, mais ce n'était que pour retomber trois centimètres plus loin, il avait dû être assommé par sa propre canne posée à terre à quelques centimètres de l'endroit où Tritter -soi disant inconscient - s'était trouvé quelques secondes auparavant.

Ayant enfin maîtrisé Cameron, Tritter se rapprocha de House en menaçant toujours la jeune fille de son arme.

-Pas…bien...attaquer par…derrière parvint à dire House

-Quand on veut quelque chose, on fait tout pour y parvenir, et on ne laisse pas les infirmes têtus venir se mettre en travers de notre chemin.

-Qu'est-ce que... vous voulez?..

La douleur qui lançait House dans sa nuque persistait et un mal de tête le rongeait férocement. Pour s'ajouter à ses tracas, des larmes coulaient sur les joues de Cameron qui semblait avoir le plus grand mal à respirer.

-Je vous veux vous, derrière les barreaux - condamné à perpétuité ou à mort ça m'est égal - mais je veux vous voir souffrir – il resserra encore plus son coude autour du cou de Cameron, qui laissa échapper une petite plainte faible et douloureuse.

-Oh...Je vous en prie…le truc du pauvre type.. qui veut… faire souffrir l'incompétent médecin... qui n'a pas pu sauver sa femme…c'est dépassé…vous auriez pu… trouver mieux..

-Je veux que vous payiez pour tout ce que vous avez commis…et éventuellement ce que vous n'avez pas commis, mais ça ce sont détails, passons au choses sérieuses…

-Et j'imagine.. qu'on n'aurait pas pu discuter de ça tranquillement.. autour d'une bonne tasse de café..?

House, n'avait pas dit ça sur le ton de la plaisanterie, son regard fixait chaque particule du visage tordu de douleur de Cameron. Comme des images au ralenti, il voyait ses larmes couler doucement et ses yeux se crisper lentement sous la souffrance. Il entendait sa faible respiration qui résonnait désagréablement à ses oreilles.

-Lâchez-là, arrêtez, …

Tritter desserra légèrement son étreinte. House semblait très faible, il allait certainement céder.

-Vous allez me signer un petit papier que j'ai gentiment préparé pour vous, vous irez au tribunal et vous direz au juge avoir commis chaque crime ce trouvant sur ce papier, vous subirez…

Cameron à présent, étouffait, et n'ayant pas suffisamment d'air, elle semblait peu à peu tomber dans le néant.

-Lâchez Cameron…continua House

-Vous subirez sans protester toutes les condamnations auxquelles vous serez soumis, vous..

Tritter poursuivait comme si de rien était. Le fait que Cameron était en train de suffoquer dans ses bras et House en train de le supplier de desserrer son étreinte semblait lui procurer un plaisir intense. Une flamme de vengeance et d'avidité allumait à présent ses yeux, comme si ça faisait longtemps qu'il attendait ce moment.

House avait de plus en plus mal à la tête, et il sentait son cœur battre dans sa nuque où devait probablement se former un gros hématome. Il tenta de se redresser et une douleur lancinante lui transperça le dos. En plus de tout cela venait de s'ajouter la douleur habituelle de sa jambe. House songea un moment à sortir son tube de Vicodine mais il s'abstint : Tritter penserait certainement que ce serait de la provocation.

Quant à Cameron, elle ne pleurait plus, elle n'en avait sûrement plus la force et semblait souffrir le martyr en silence. Son beau visage avait pâli, tandis que des rougeurs étaient apparues sur les parties de son cou qui n'étaient pas cachées par le coude volumineux de Tritter.

« Non..Cameron. ..Tiens bon… » Pensa House

-Eh bien entendu, vous ne ferez part en aucun cas, de la petite discussion que nous venons d'av..

Sentant une force phénoménale s'emparer de lui, House sortit de sa lente torpeur et se jeta sur Tritter en veillant à détourner le pistolet de la tête de Cameron.


Un peu plus long ce chapitre deux…, je crois que j'ai beaucoup plus forcé sur l'action cette fois. Je remercie Piruleta, Calleigh Watson et Ykyrya pour les reviews , j'espère que ce chapitre répondait à vos attentes : -)

A bientôt pour le troisième et dernier chapitre!