Belzébuth
C'est le matin. Déjà. Avec un soupir, l'homme blond qui occupe le lit contre le mur se retourne, s'allongeant sur le dos. Levant paresseusement la main, il se frotte l'œil droit, encore rempli de sommeil, sans toucher au bandeau noir qui couvre son œil gauche. Il contemple le plafond, écoutant les ronflements de son voisin, qui occupe le lit le plus proche de la porte, comme d'habitude. Et il sourit. Son compagnon dort d'un sommeil de plomb, comme toujours. Calme, tranquille. Lui ne fait pas de cauchemars, ne se réveille jamais en sursaut. N'a pas de problème existentiel, du genre de celui qui taraude, dès cette heure matinale, le blond qui grimace légèrement.
Il a vraiment horreur de ça. Les malédictions diverses et variées qui l'assaillent de toutes parts ne suffisaient pas, non, il fallait en plus qu'il devienne… ce que ça peut être désagréable, cette sensation de tournis, cette faiblesse. Il secoue la tête, comme pour chasser son inconfort. En vain. Et en plus, son voisin se réveille. Il grogne, et se redresse dans son lit, s'assoit. Ses cheveux bruns se dressent en bataille sur sa tête, et ses yeux rouges étincellent déjà. Avec lui, c'est tout ou rien, soit il dort, soit il est réveillé, mais pas d'état intermédiaire. Pas de longues minutes passées à tenter d'émerger du sommeil, pas de bâillement à se désarticuler la mâchoire. Il regarde le blond toujours allongé, et bizarrement, il sait très bien quel est le problème, le pourquoi de cette expression de malaise qui se lit sur son visage.
Il se lève, s'approche et s'assoit au bord du lit de son compagnon. Doucement, il tend la main et la pose au sommet de son crâne, caresse lentement les mèches blondes. L'autre tourne la tête vers lui, avec un pauvre sourire, triste, résigné, et se redresse, pour s'asseoir à son tour. Sans mot dire, parce qu'il n'y en a pas qui soient appropriés dans cette circonstance, l'homme brun défait la bande de tissu qui entoure son poignet, et le tend à l'homme qui lui fait face, qui le prend en silence.
Son iris a viré au jaune, et sa pupille n'est plus qu'une étroite fente noire. Il baisse la tête, et ses crocs s'enfoncent doucement dans la chair. Il sent le sang de l'homme couler dans sa bouche, son goût métallique envahit ses sens, et plus rien d'autre n'existe, à part le fluide vital qui passe d'un corps à l'autre. La première gorgée est toujours la plus difficile, tant sa répugnance est grande. Mais ils savent, tous les deux, que ce n'est pas seulement du sang qu'ils partagent, c'est de la vie. Une vie donnée sans rien demander en retour.
Et le vampire blond se nourrit de cette vie qui lui est offerte, et sent son malaise décroître et disparaître. Alors il éloigne sa bouche du poignet de l'homme et le regarde, plonge ses yeux bleus dans les yeux de braises qui le fixent. Sans baisser les yeux, il s'essuie la bouche, faisant disparaître les dernières gouttes de sang vermeil qui perlent encore à ses lèvres. Son bandage refait, le brun lui sourit avec une douceur qui ne lui est pas coutumière, et passe la main derrière sa nuque pour l'attirer à lui.
Et Fye sourit avec plaisir, parce que bien davantage que le sang qui lui permet de rester en vie, ce sont les baisers de Kurogane qui restent sa friandise préférée. Et qu'il savoure, avec gourmandise.
On en mangerait. Et de cinq...
