LIVRE I : UN NOUVEAU MEMBRE, TOUT SE MET EN PLACE.
1 - « Regardez qui se rend chez le grand patron, elle est arrivée en dernier et en six mois elle est devenue sa garde du corps attitré. »
- « il paraît que c'était l'un des meilleurs agents de la CIA. Et même à présent c'est l'un des meilleurs agents du groupe. Nério et Sullivan ne font plus appel qu'à elle. »
- « tu sais le surnom qu'on lui donne, la femme de l'ombre ou l'âme damnée. »
- « penses-tu ? Nous sommes sûrement loin du compte.»
Joy les dépassa sans s'arrêter, elle avait compris leur discussion en la suivant sur leurs lèvres, depuis un an qu'elle travaillait le groupe W, elle s'était habituée à ce genre de commentaires, ici comme à la CIA elle n'y couperait pas mais cela ne l'a pas gênée par le passé cela n'allait pas commencer maintenant. Elle assumait ses choix jusqu'au bout, ce soir Nério l'avait demandée pourtant il ne devait assister à aucune réception de cela elle en était sûre. Dans l'ascenseur qui l'emmenait au saint des saints, Joy se laissa aller à penser au passé et plus précisément à John, John Donovan, l'amour de sa vie.
Elle frappa à la porte et entra.
La voix de Nério se fit entendre depuis la chambre
- « une minute Joy et je suis à toi. »
Sans un mot elle se dirigea vers le balcon du penthouse, sur cette terrasse elle trouvait la paix ou du moins l'oubli pour quelque précieux instants. Une vingtaine de minute passa avant que Nério ne la rejoigne.
- « tout paraît petit vu d'en haut même les problèmes paraissent insignifiants. Tu pensais à lui.»
Sa question n'en était pas une mais elle lui répondit néanmoins
- « oui, le seul être qui ait compté à mes yeux. Le seul qui ait vu autre chose que la tueuse sans pitié, autre chose que le prodige, le parfait petit soldat.»
- « il était donc si exceptionnel. »
- « il n'était pas parfait mais au moins prés de lui j'avais l'impression d'exister. Il me donnait l'impression d'être la femme la plus désirable, la plus belle. »
- «mais tu es belle, pour qui sait voir au-delà des apparences…. tu sais que j'ai un fils. »
Elle acquiesça
- « tu m'en as déjà parlé. »
- « je sais que je t'en demande beaucoup mais veille sur lui, c'est un idéaliste, son talon d'Achille, les femmes, elles font de lui ce qu'elles veulent. Avec John toi seule connaît mes secrets, John se fait vieux, dans quelques années il prendra sa retraite (il se tourne et se met à observer la ville qui s'étendait à leurs pieds) si je t'ai choisie c'est pour plusieurs raisons, la première ta fidélité à tes engagements et tes idéaux, la seconde ta force de caractère et enfin ta formation, sous la houlette de ton père tu as pu passer tes examens pour ton diplôme de gestionnaire en même temps que tu finissais tes études secondaires si bien que tu était la plus jeune recrue de la CIA. Je voudrais que tu veilles sur lui, il a choisi de ne pas faire d'étude et de parcourir le monde, aide le et guide le dans cette nouvelle vie qui sera la sienne. »
- « tu sais que tu peux compter sur moi. Même si je me demande si tu sais ce que tu fais ? »
Il ignora son interruption
- « d'ailleurs quoiqu'il advienne dans l'avenir tu n'auras pas à t'inquiéter j'ai pris des mesures pour te préserver. »
- « ne vous inquiétez pas pour moi, je me débrouille seule depuis des années sans l'aide de personne. Vous êtes bien le seul avec John à vous préoccuper de ce qui peut m'arriver. »
- « Joy, tu sais bien que ce souci n'est pas totalement désintéressé. »
Joy ne prit guère la peine de réprimer son sourire ironique.
Largo était effondré : rien ne s'était passé comme il l'avait espéré dans cet entrepôt et maintenant Simon était couché sur ce lit en train de lutter pour sa vie :
- « Simon, allez mon vieux réveille toi tu ne peux pas me laisser tomber toi aussi, Georgi est parti, tu ne peux pas m'abandonner toi aussi. »
Tout en parlant à son ami, Largo lui tenait la main, il avait perdu le compte des jours depuis ce jour où Diana était revenue de Montréal en compagnie de son ami avec une photo de son père. Depuis ce jour tout est allé de travers, le doute a pris ses quartiers parmi eux, à cause de tout cela Eric avait trouvé la mort dans ce hangar à Montréal et Simon gisait sur ce lit d'hôpital depuis dix jours à présent.
Diana était bien venue pour lui faire quitter cet endroit mais peine perdue, il avait été plus que sec avec elle, choquée elle avait repris la direction de New York.
Plongé dans ses moroses pensées Largo ne sentit presque pas le premier mouvement que fit Simon ce dernier était quasiment imperceptible, le second fut plus distinct convulsif même, suffisamment pour tracer un pic important sur son électrocardiogramme et déclencher l'alarme dans la chambre.
- « Simon, ….. Simon….
Un médecin arriva presque aussitôt dans la chambre,
- « écartez vous Monsieur Winch….
Après un rapide examen, le médecin se détendit, la réaction était normale puisque le patient semblait avoir repris connaissance à la suite d'un cauchemar.
Le médecin avait bien vu que son patient était en phase de réveil malheureusement son état n'était assez stable alors afin de ne pas donner de faux espoirs à Winch, il n'avait rien dit, à présent tout allait pour le mieux, Simon Ovronnaz s'est réveillé, et demain lorsqu'il se réveillera il pourra constater l'étendue des séquelles.
Très loin de Montréal et de son hôpital, une femme éteignit son poste de télévision et se pencha sur un lit d'enfant.
- Adieu Nério, puisses-tu reposer en paix……viens mon bébé, on rentre à la maison la semaine a été longue pour maman.
Sans plus rien ajouter Joy s'empara de l'enfant endormie près d'elle et referma la porte de son bureau, en cette fin de semaine, Joy était la dernière à l'endroit. La plus grande partie de la tour était déjà plongée dans l'obscurité, elle était avec quelques autres l'une des dernières à partir.
Elle traversa de son pas décidé le parking désert pour rejoindre son véhicule. A peine avait elle démarré que le téléphone de sa voiture sonna. Elle répondit sans se presser
- « Arden…
- « hello chérie comment vas tu ? Je voulais te dire que je serais dans l'incapacité de venir et d'assister a la réception qu'organise ta famille ce Week-End. »
Joy était loin d'être dupe
- « comme toujours, lorsque tu vas retrouver comment s'appelle-t-elle déjà, Renata c'est ça. »
- « Joy tu m'insultes…..
- « et toi tu me prends pour une idiote Stevens. »
Sans plus rien ajouter Joy coupa la communication, tout en conduisant Joy réfléchissait a ce qui s'était passé dans cet entrepôt a Montréal, la Commission avait fait fort, en envoyant Diana avec cette photo, surtout lorsqu'on sait les sentiments de cette personne vis-à-vis de l'héritier de l'empire Winch et vis-à-vis de l'argent.
L'Intel Unit n'est plus, elle avait entendu dire que Kerenski avait démissionné, elle tenait cette information de John avec qui elle avait gardé d'excellents rapports après son départ du groupe W.
Si Kerenski avait quitté le groupe W, elle devait lui mettre la main dessus avant qu'il ne se fasse embaucher ailleurs, il était doué, un génie il fallait bien le reconnaître or son père devenait vert de rage lorsque quelqu'un chantait les louanges de cet ex-agent du KGB un peu trop fort en sa présence.
Elle s'adressa au bébé qui se trouvait dans le siège à l'arrière,
- « il me le faut dans mon équipe, n'est ce pas ma puce…. Nous allons devoir nous rendre à New York, mais pas tout de suite attendons un peu….. De toute façon, Michel sera la, nous partirons avec lui a la fin de la semaine prochaine, cela nous laissera le temps de parer au plus pressé et d'aménager mon emploi du temps il va falloir voir ça avec Helen.»
L'enfant répondait aux questions de sa mère par des gazouillis joyeux, c'était une enfant trois ans environ, brune avec des yeux d'une indéfinissable couleur bleue, cette couleur qui semblait la marque distinctive de la famille.
Nério s'adressa à la femme qui avait maintenant pris un siège et qui semblait observer les étoiles qui commençaient à illuminer le ciel :
- « c'est devenu un homme à présent, pourtant je me demande s'il peut affronter ce qui l'attend. Toi et moi sommes de la race des tueurs mais lui….
Joy ne quitta pas des yeux la voûte étoilée pourtant toute son attention était concentrée sur ce que lui disait Nério.
- « pourquoi t'inquiéter inutilement, chaque chose en son temps. »
- « sans doute, je te demanderais autre chose……, elle reporta son regard sur cet homme qui semblait devenir de plus en plus grave, aide Danitza si jamais elle venait à demander ton aide. »
- « mais ton fils sera là, pourquoi pas lui, elle est sa mère après tout? »
- « il ne sait pas être aussi dissimulateur que toi, c'est un impulsif or dissimuler quelqu'un ou quelque chose de la commission demande de la rigueur. Mais n'oublie pas…. Il avait légèrement haussé le ton
- « je te le promets, tu sais que t'énerver n'est pas conseillé. »
Durant le vol le silence régna dans la cabine du jet, Largo était abîmé dans ses pensées et Diana aussi, elle repensait à la situation depuis ses vacances en France passées avec Largo, elle n'était pas certaine d'apprécier ce mode de vie. Elle ne put réprimer un sourire, elle avait réussi son coup, Largo était pour elle toute seule maintenant elle l'avait éloigné de Simon son meilleur ami et son équipe de sécurité tant mieux. Plus il sera isolé mieux ce sera, cela facilitera la suite de ses projets.
Largo s'est endormi épuisé par les événements, en voyant son visage tiré par la fatigue l'ombre d'un remord traverse le regard de Diana rapidement repoussé, rien ne se mettra en travers de sa route, elle avait apprécié la vie qu'elle a menée avec Largo jusqu'à présent et entendait bien continuer. D'ailleurs elle ne pardonnerait jamais à Nério ce qu'il avait fait, alors Largo paiera à la place de son père.
Il était minuit passée lorsque le Jet se posa sur le tarmac de l'aéroport privé de NY, la limousine attendait, Largo descendit et prit Jake des bras de Diana.
Ce furent trois ombres qui pénétrèrent et traversèrent les divers étages de la tour Winch en direction du penthouse.
Diana voulut s'emparer de Jake mais Largo refusa de le lui remettre.
- « il dormira avec moi cette nuit. »
- « comme tu voudras Largo. »
Elle ne dit rien d'autre, elle sentait bien que Largo avait changé quelque chose dans son regard avait changé, une lueur qui n'existait pas avant y vacillait.
La nuit passa rapidement, John mis au courant par les gardes du retour de Largo lui fit envoyer tout un tas de papiers à contresigner de même qu'il lui fit porter le planning des réunions de la journée.
Diana n'était guère enchantée par tout ceci car Largo allait être accaparé une bonne partie de la journée
- « laisse tout cela et allons faire un tour comme au bon vieux temps. »
Le bras droit de Largo n'apprécia guère cette suggestion.
- « c'est impossible, Largo vous devez assister au conseil d'aujourd'hui vous êtes en train de conforter Cardignac dans ses dires. »
Le jeune PDG n'était pas prêt à laisser une telle chose arriver.
- « Jamais, après ce que le groupe m'a coûté je ne laisserai personne m'en priver. Je suis à vous dans dix minutes. »
Diana testa une nouvelle fois l'emprise qu'elle avait sur le jeune homme, elle savait exactement où frapper.
- « Largo, tu fais passer le groupe avant moi et Jake. »
Largo se dirigea vers elle et l'embrassa.
- « non, mais cela fait prés de trois semaines que je n'ai pas paru devant le conseil, une semaine en ta compagnie et quinze jours au chevet de Simon, si cela continue ils réclameront ma démission… Or après ce qui s'est passé hors de questions. »
En disant cela Largo avait un air que Diana ne lui avait jamais vu, résolu, le groupe semblait être devenu quelque chose de très important pour lui.
Tout la conforta dans cette idée, durant cette semaine Largo travailla jusqu'à vingt heures par jours, quittant le penthouse pour la salle du conseil ou pour se rendre quelque part sur la terre, il ne disait rien à Diana, durant cette semaine c'est à peine si elle le vit.
Pendant deux jours Kerenski ne décoléra pas, ces deux années n'avaient pas été faciles, mais il avait cru s'être recréé ce qui ressemblait le plus pour lui à une famille en compagnie Largo et de Simon mais apparemment il suffisait qu'un jupon apparut dans l'environnement du milliardaire pour que celui-ci joue au patron, mais cette fois-ci Eric en avait payé le prix.
Il était mort dans ce hangar et Simon dans le coma, malgré sa colère Kerenski se posait des questions, les événements des dernières semaines s'étaient enchaînés de telles manières qu'ils s'étaient mis à se tirer dans les pattes.
Alors calmement il reprit le fil des événements depuis le retour triomphal d'Astrid avec la photo de Nério en sa possession. Mais d'autres éléments le troublait aussi il n'en avait parlé a personne car il n'avait pas de preuves mais depuis l'arrivée de Largo au pouvoir et la dissolution de l'unité espionnage, plusieurs sites du groupe avaient fait l'objet d'attentats et certains de ces attentats étaient trop bien réussis pour ne pas avoir reçu l'aide des anciens de ce groupe.
Il déplorait souvent l'absence d'un autre professionnel avec lui dans le sillage du capricieux milliardaire, ce dernier était trop immature mais surtout il se laissait facilement dominer par une femme alors a ce moment la, il devenait complètement arrogant et inconscient et il n'écoutait plus son équipe de sécurité. La preuve la mort d'Eric, il ne prétendrait pas le regretter mais c'était tout de même un bon élément. Pas assez autoritaire pour imposer des limites à Largo mais c'était mieux que rien.
C'est Sullivan qui l'avait recommandé a Largo il venait du pole Europe du groupe. Kerenski n'avait pas cherché bien loin, il s'était juste assuré qu'il ne l'avait pas croisé par le passé et qu'il n'avait pas de compte à régler avec lui.
Malgré tout il sentait que quelque chose n'était pas claire dans cette histoire.
-« qu'importe l'important est de retrouver la taupe, et comprendre comment la photo a pu être envoyée depuis l'appartement de Simon. »
Mais il savait aussi que dans l'état de colère dans lequel il se trouvait il risquait de manquer un indice, alors afin de se calmer il sortit du petit meuble qui se trouvait prés de lui plusieurs bouteilles de vodka et consciencieusement il s'enivra.
La semaine s'écoula rapidement et indistinctement pour tout le monde, ils n'en gardaient que des impressions fugaces et il fut temps d'aller chercher Simon a Montréal, il ne supportait plus de devoir rester cloîtré dans une chambre d'hôpital. Il préférait retourner à NY.
Bien qu'affaibli il retrouva avec plaisir son appartement et son environnement habituel. Lorsque Largo le quitta enfin, il laissa son masque de bonhomie habituel et laissa paraître ses doutes et ses peurs, il ne s'était jamais retrouvé dans cette situation surréaliste et terrifiante, et s'il avait réagi ave un temps de retard et si…. Et si….
Grâce à John, Joy suivait de loin l'évolution de l'héritier de Nério, et en effet les actes de ce dernier faisaient échos aux craintes qu'avaient exprimé Nério avant sa mort.
John n'était pas le seul contact qu'elle ait conservé au sein du groupe, mais qu'importe, pour l'instant Winch n'a pas encore fait le lien entre la femme qu'il a renvoyé et le groupe Arès chargé de certains travaux de sécurité dans les filiales européennes et ses travaux en tant que consultante.
- « bonjour. »
Aucune voix ne s'éleva pour répondre à ce salut matinal, d'ailleurs elle n'en attendait pas. Prés de sa tasse se trouvait le journal et un petit ordinateur portable, il en allait de même pour les trois autres personnes installées autour ce la table, après une rapide lecture en diagonale des nouvelle du monde, Joy se plongea dans l'étude d'un dossier relatif a la mise a niveau de la sécurité des aéroports privés dont disposait le groupe W dans plusieurs zones sensibles du monde.
Edouard leva finalement la tête de son journal pour parler à sa sœur :
- « Joy, n'oublie pas le conseil d'administration de la compagnie. C'est le 12 du mois prochain à Paris. »
Elle réfléchit un court instant avant de répondre.
- « je pense que cela peut se faire. Je serai en Allemagne durant cette semaine, rejoins moi a Brême, nous retournerons ensemble a Paris. »
La discussion n'alla pas plus loin, quel besoin de parler quand il n'y a rien à dire. Quelques minutes plus tard Charles Arden et son épouse quittaient la demeure, Charles partant pour l'ambassade britannique ou il avait rendez-vous pendant que sa compagne rejoignait le groupe Chevalier.
Une fois les autres membres de la famille partis, Edouard passa aux choses sérieuses avec sa sœur.
- « alors soeurette ou en es tu avec Stevens. »
- « nulle part, tu sais que cela n'a jamais été une histoire sérieuse. »
- « plait il ? Il est déjà entrain de faire les plans de table. »
- « Renata en profitera. »
- « ton chef logistique. »
Joy (un sourire glacé aux lèvres) : « elle-même….. Je pars m'entraîner tu te sens la force de me suivre ou t'es tu trop ramolli depuis la dernière fois ? »
Edouard ne répondit rien mais quitta la table et fit signe à sa sœur de le suivre.
- « comme d'hab. »
- « ok.»
Tous les deux s'élancèrent vers les jardins entourant la propriété des Arden dans le Vermont. Alors comme par le passé ils refirent le parcours noir que leur père avait élaboré à leur intention des années auparavant afin d'en faire de parfaits soldats. S'ils étaient de forces égales Joy était celle qui goûtait le plus à cette vie aventureuse.
Quatre heures plus tard ils franchissaient à nouveau les portes de la demeure, chacun regagnant son appartement afin de se changer avant de rejoindre son bureau au rez-de-chaussée, en bas les secrétaires attendaient.
