4- en l'absence de Diana, Simon et Largo avaient repris leurs vieilles habitudes, chaque soir ils sortaient et ne rentraient que très tôt le matin, Simon revenait invariablement accompagné, Largo pas forcément, son couple avec Diana connaissant certaines difficultés depuis quelques temps.

Le réveil indiquait sept heures lorsque Largo ouvrit les yeux, doucement il se dégagea de l'étreinte de la femme qui était revenue en sa compagnie de sa sortie avec Simon, mais celle-ci se réveilla également, l'un comme savait que cette nuit n'engageait à rien elle quitta le penthouse pendant que lui-même passait sous la douche et commençait à se préparer mentalement aux réunions qui l'attendaient ce matin en dehors de la tour.

La première réunion aura lieu à la représentation diplomatique de l'union européenne, les surenchères faites de part et d'autre afin de favoriser le marché créait de plus en plus de difficultés au groupe. Alors en compagnie de Cardignac il allait tenter de ménager son groupe dans la tourmente, plus tard il devait signer un contrat avec un puissant constructeur de jeux électronique en compagnie de Buzzetti. Lui qui ne les supportait pas allait devoir passer la journée en leur compagnie.

En quittant le penthouse Largo tomba sur Simon qui l'attendait en compagnie de deux armoires à glace. Devançant son ami Simon prit la parole.

- « tant que Kerenski n'est pas là pour m'assister tu te déplaceras en compagnie de Marc et Ralph. »

Peu désireux de s'embarquer dans une discussion sans fin avec Simon, Largo accepta la présence des deux gorilles, en bas Cardignac et Buzzetti attendaient. La journée allait pouvoir commencer.

Resté au soixante deuxième étage, Simon demeura songeur, son ami avait changé, il est devenu taciturne renfermé, même dans les moments de la plus folle allégresse une ombre ne quittait pas son regard et Diana qui ne faisait rien. Elle avait changé et pas en bien.

Un an, cela faisait un an qu'elle faisait partie à nouveau de la vie du jeune homme, et depuis six mois maintenant elle partageait le même appartement que lui, pourtant Simon avait l'impression qu'elle ne le comprenait pas vraiment, lui ne pouvait rien faire tout l'apaisement qu'il pouvait lui apporter ainsi que l'oubli en se faisant le fou du roi n'était que momentané or la pression sur Largo se fait de plus en plus forte et il devait trouver près de lui une femme pouvant lui tenir tête or Diana n'est qu'une ombre. Discrète et effacée.

Brême, Allemagne.

- « Mlle Montreuil, nous vous avons mis où vous vous trouvez à présent nous pouvons aussi vous éloigner. »

- « pardonnez moi Lord A., mais depuis la mort d'Eric et la disparition de Nério, Largo est devenu violent incontrôlable, le manipuler devient de plus en plus difficile. »

- « vos excuses ne sont pas valables. Faites ce que vous avez à faire, donnez nous les noms des compagnies avec lesquelles il projette de s'associer, son emploi du temps. Je pense que vous pouvez le faire. »

- « oui, Lord A. »

- « bien, dites vous que nul n'est irremplaçable. Où se trouve Kerenski actuellement ? Ainsi que Monsieur Ovronnaz. »

- « je ne sais pas où se trouve le Russe, il a quitté la tour depuis deux mois, la rumeur prétend qu'il a démissionné pourtant Largo ne recherche aucun nouvel informaticien pour gérer la tour, pour Simon après une semaine de silence il est de nouveau à la tour. »

- « rejoignez votre poste à nouveau et tenez nous au courant. »

- « oui Milord. »

Diana avait à peine quitté la pièce que l'homme laissa échapper une remarque à l'attention de ses collègues.

- « heureusement tous nos œufs ne sont pas dans le même panier. »

Une heure avait passé depuis le décollage de l'appareil, pendant une dizaine de minutes rien n'avait brisé le silence si ce n'est les notes de la guitare de Rodrigo, malheureusement à peine Kerenski était il connecté au bunker qu'il poussait un véritable hurlement de rage.

- « je vais les tuer. »

Il avait dit cela froidement tranchant avec le cri de fureur qu'il avait poussé un instant auparavant. Joy qui se tenait à côté de lui vit ce qui le mettait dans cet état. Le bunker, elle reconnaissait le bunker à la lumière bleuté et au W qui tourne sans cesse sur l'écran lorsque les ordinateurs sont en veille.

De partout des fils pendaient et un clavier gisait éventré même la tasse fétiche de Kerenski gisait cassée à côté de son poste de travail. L'hôtesse apparut enfin portant entre ses mains un plateau sur lequel se trouvaient deux tasses de café et une bouteille de vodka dont Kerenski s'empara vivement, il but à même la bouteille.

Alors que Joy se tenait toujours debout près de lui son portable sonna.

- « Arden... oui mère…. Bien…. Navrée mère…..comment va-t-elle ?... sa baby-sitter sera là dés demain. »

Tout en parlant Joy s'était éloignée de Georgi mais aussi des autres, elle ne pouvait rien faire d'autre qu'écouter sa mère exprimer sa colère d'être dérangée dans ses activités et d'avoir à délaisser ses activités pour s'occuper d'une enfant turbulente d'un peu plus de trois ans. Au bout d'une dizaine de minutes passées à écouter les doléances de sa mère elle mit fin à la communication.

Dans un geste plein de lassitude elle se massa la nuque d'un geste machinal afin de décontracter ses muscles noués par une semaine de tension et de pression. Inquiet malgré tout ce qu'il pouvait dire tout haut Kerenski en voyant Joy ne pas revenir, partit à sa recherche il la trouva affalée sur l'un des canapés du Jet.

L'avait elle entendu arriver et ne voulait pas lui faire face ou ne l'avait elle pas entendu ?

Debout Kerenski voyait sur son visage une incommensurable tristesse et une détresse encore plus grande mais surtout il se dégageait d'elle une telle solitude. Il avait grandi loin de sa famille, même si ceux qui l'avaient élevé lui avaient témoigné un minimum d'affection, elle personne n'avait pris la peine de lui faire croire qu'ils tenaient à elle.

- « tout va bien ? »

Joy ouvrit les yeux le accrocha le regard du Russe

- « oui, de toute manière même cela n'allait pas qu'est ce que cela changerait. »

La voix de Joy pourtant froide laissa transparaître un soupçon d'amertume.

- « je suis là, moi. »

- « je sais et t'en remercie, le contraire est valable aussi, je suis là si tu as besoin de moi. »

Puis comme à chaque fois que les émotions menaçaient de les engloutir ils changèrent de sujet.

Les portes de l'ascenseur venaient à peine de se refermer sur Largo lorsque Sullivan sortit du second ascenseur et se retrouva nez à nez avec Simon

- « bonjour John. »

- « bonjour Simon, comment allez vous aujourd'hui ? »

- « bien, mais je doute que cela soit l'inquiétude qui motive votre venue vers moi ce matin. »

- « vous avez raison, je suis inquiet pour Largo depuis quelques temps il a changé, ce n'est plus le jeune homme volontaire et plein d'entrain que j'ai rencontré lors de son arrivée au groupe. Il est devenu amer, cassant et tête brûlée, tous les gardes que j'ai affecté à sa sécurité ont demandé à être relevé de cette fonction, si bien que ceux de ce matin viennent du 35ème étage et non de nos propres équipes de sécurité. »

- « ils ont déjà occupé l'étage et sont opérationnels ! »

- « on voit que vous ne connaissez pas leur directrice. Pour revenir à Largo que se passe-t-il avec lui ? J'ai essayé de lui parler mais il n'a rien voulu me dire. »

- « je ne pense pas trahir de secrets en vous disant que son couple va mal et en plus il se sent responsable de ce qui s'est passé à Montréal. En plus nous n'avons aucune nouvelle de Kerenski. »

- « voilà qui est fâcheux. Diana est une gentille fille mais elle n'a pas sa place à la tour, elle n'a ni le standing ni le vernis nécessaire. Tout le monde sait qu'elle existe mais dés qu'ils la voient, ils ne voient qu'une fille de ferme. »

- « en avez-vous parlé avec lui ? »

- « j'ai essayé une fois mais il a mal pris ma réflexion. »

Tout en parlant les deux hommes étaient parvenus au bureau de Sullivan où ils s'apprêtaient a poursuivre leur conversation loin des oreilles indiscrètes, à cet instant précis le téléphone sonna.

- « John Sullivan……. Joy comment allez vous ? Je vous remercie d'avoir mis à ma disposition ces deux gardes du corps…. Vous dites….. Bien sûr elle vous attendra à l'aéroport……comment ? Oui oui très bien…… quelqu'un vous attendra à l'aéroport dans une heure……je peux faire quelque chose pour vous aider ?... l'ancienne équipe…. Bien au revoir Joy. »

- « Sullivan que se passe-t-il ? »

Ce dernier ne répondit rien il semblait plongé dans de sombres réflexions, bientôt il sortit revint sur terre et fixa longuement Simon avant de prendre la parole.

- « Simon, vous pouvez vous rendre à l'aéroport privé de Manhattan et y récupérer Joy Arden. Elle sera accompagnée de trois personnes. »

- « pas de problème. Les limousines sont toutes de sorties il me faudra donc deux berlines….. Elle atterrit quand ? »

- « dans quatre-vingts dix minutes… emmenez avec vous Hector. »

- « c'est un garde pas un chauffeur. »

- « faites ce que je vous dis et ne cherchez pas à comprendre le temps presse. »

- « ça va ! ça va ! »

La voix de Simon avait pris un ton légèrement boudeur, en effet celui-ci supportait mal de ne pas tout savoir de la discussion qu'avait eu cette Joy avec Sullivan mais il ne supportait pas non plus de ne pas comprendre pourquoi on lui imposait la présence d'un garde plutôt qu'un chauffeur.

En arrivant au parking il trouva ce dernier en train de l'attendre.

Joy raccrocha et se tourna vers Kerenski.

- « j'ai appelé Sullivan, deux voitures nous attendront à l'aéroport privé de Manhattan. »

- « et pour les équipe ? »

Pendant un instant Joy pianote sur son ordinateur,

- « j'ai deux équipes en stand by dans la tour elles attendent mon arrivée pour recevoir leurs ordres de missions, cela nous fait une douzaine d'hommes. C'est plus que suffisant, et pour faire bonne mesure je demanderai à l'antenne new-yorkaise du FBI d'envoyer une équipe. Puisque officiellement notre rôle s'arrêtait à l'identification du tueur. »

- « Joy …

En l'entendant prononcer son nom, elle quitta l'écran du regard pour accrocher son regard au sien

- « je sais … mais chaque chose en son temps… nous atterrissons bientôt. »

Une heure plus tard le jet atterrissait à l'aérodrome de Manhattan au pied de la passerelle deux voitures attendaient avec leur chauffeur, la première à apparaître fut Joy suivie immédiatement d'Allan qui portait une mallette, en la voyant Simon ne put réprimer un long sifflement exprimant ainsi son admiration pour la jeune femme qui descendait de l'appareil. Tout ce qui n'était pas la brune fut relégué au second plan si bien qu'il ne vit pas la massive silhouette du Russe ni la seconde jeune femme qui descendit de l'avion.

Après avoir effectué un baise main à Joy : « Mlle Arden, je suis Simon Ovronnaz le chef de la sécurité du groupe W. »

- « Joy Arden…. Ravie de vous rencontrer Mr Ovronnaz. »

- « Simon pour vous c'est Simon. »

Il semble avoir gardé sa main un peu plus que ne semblait le dicter les convenances, Joy quelque peu gênée par ces marques d'attention et les louanges faites « à sa grâce et à sa beauté » retira doucement sa main. Etonné par cette réaction Simon leva son regard vers la jeune femme et là il vit deux choses, la gêne dans le regard de la jeune femme et Georgi Kerenski. Ses yeux jusqu'alors limpides devinrent orageux.

- « SALOPARD. »

Fou de rage Simon envoya un coup de poing à celui qui fut son collègue pendant deux ans et ce dernier ne fut pas un ingrat il répondit à son coup de poing par un autre beaucoup plus violent. Les deux hommes auraient fini par se battre réellement si la voix doucement ironique de Joy ne s'éleva pas brisant la tension de l'instant.

- « je suppose que je n'aurai pas à vous présenter. » un léger sourire flottait sur les lèvres de Joy la rendant encore plus séduisante aux yeux du Suisse. « Mr Ovronnaz je vous présente l'agent Allan et l'agent Ashley. »

- « appelez moi Simon. »

- « Joy. »

En retrait depuis le début, Hector s'approcha enfin du groupe et tendit les clés de la Mercedes à Joy,

- « je suis ravie de vous revoir parmi nous Mlle Arden, votre présence et votre rigueur nous ont manqué. »

- « je vous remercie Hector. Comment se porte votre famille ? »

- « bien grâce à vous. Sans votre intervention auprès du procureur mon frère aurait plongé à nouveau et il ne s'en serait pas sorti, je vous remercie encore pour ce que vous avez fait, d'ailleurs il ne cesse de chanter vos louanges, haut et fort. »

Gênée une nouvelle fois, Joy mit fin à la discussion en prenant la direction du véhicule, les autres n'eurent d'autre choix que de lui emboîter le pas. Joy prit place au volant pendant que Simon et Kerenski montaient avec elle, Hector emmènerait avec lui les deux apprentis agents.

Loin de cette agitation Largo défendait en compagnie de Cardignac et Buzzetti le groupe W face à la commission Européenne. En effet les positions des uns et des autres en matière de politique étrangère avait fait revenir à la surface les velléités protectionnistes des deux parties si bien que le groupe W à l'instar des autres compagnie se retrouvait pris dans la tourmente, malgré toute l'habileté déployée par les juristes du groupe et les conseillers du big board.

En réunion depuis huit heures du matin les trois hommes purent enfin souffler vers treize heures, Largo quitta la salle au pas de charge furieux du temps perdu, les deux autres hommes n'étaient pas de meilleure humeur, Cardignac appela immédiatement son bureau pour avoir des nouvelles et se tenir informé de la matinée, imité en cela par Buzzetti, un peu en retrait Largo relisait encore une fois le dossier et appelait Sullivan pour avoir son avis sur la question.