5- Un pesant silence régnait dans l'habitacle de la voiture, à l'arrière Simon se massait la mâchoire endolorie par le coup de poing de Kerenski, mais comme à son habitude le Suisse ne put se taire très longtemps, il attaqua en premier.

- « t'étais obligé de saccager le bunker en partant. »

- « vous n'avez même pas cherché à savoir, le bunker a été détruit et hop c'est moi le responsable. Vous ne vous fendez pas la poire pour trouver. »

- « qui voudrais tu que cela soit. Nous sommes quatre à avoir le code d'accès au bunker, et comme Eric est mort, ça ne peut pas être lui. »

- « et Sullivan ? » Kerenski avait lancé le nom du numéro 2 du groupe froidement.

- « il ne trahirait jamais Largo. »

- « mais quelqu'un aurait pu utiliser sa carte. »

Simon est soufflé par cette suggestion, en se posant des questions sur qui aurait pu détruire le bunker, ni lui ni Largo n'avaient cherché plus loin pour eux seul Kerenski avait une raison de leur en vouloir.

- « d'ailleurs Simon permets moi de t'apprendre que Le fax me montrant avec Jagger était un montage photo qui a été envoyé depuis ton appartement et j'ajouterai que j'ai déjà neutralisé l'une des taupes travaillant pour la commission. »

- « euh ! Kerenski nous ne sommes pas seuls. »

Joy décida de jouer franc-jeu,

- « ne vous inquiétez donc pas Simon je connais l'existence de la commission. »

- « et comment ? » Sa voix s'était faite soupçonneuse.

En entendant cette réflexion Joy, quitte la route des yeux pendant un instant et observe son passager à l'aide du rétroviseur avant de reporter son attention sur le Russe. En réponse à sa question muette il se contenta de hausser les épaules fataliste et à elle de hocher la tête dans un mouvement de résignation.

- « apprenez donc Monsieur Ovronnaz que j'appartenais à la sécurité de Nério Winch et qu'à son arrivée à la tête du groupe Monsieur Largo Winch m'a renvoyé ainsi que les autres. »

- « mais….. Seule la section espionnage du groupe a été dissoute et son personnel renvoyé soit dix personnes. »

- « et ils s'étonnent ensuite des attentats perpétrés contre le groupe durant la première année du règne de Largo Winch. »

- « eh ! »

Dans le second véhicule, Hector conduisait silencieusement, à l'arrière il pouvait sentir la curiosité de ses deux passagers et il avait raison, la jeune femme fut la première à briser le silence.

- « vous connaissez Mlle Arden depuis longtemps ? »

Comme il ne répondait pas à sa question elle enchaîna par une autre

- « et comment l'avez-vous connue ? »

Elle n'eut pas plus de chance cette fois-ci et commença à s'énerver

- « répondez moi quand je vous parle. »

Comme leur chauffeur s'entêtait dans son mutisme, elle tenta de l'intimider elle était de la CIA après tout.

- « j'ai les moyens de vous pourrir la vie. »

- « et nous avons les moyens de faire de votre vie un enfer. »

Cette affirmation brisa nette les tentatives d'intimidation d'Ashley mais piqué Allan prit le relais.

- « pourquoi dites vous cela ? »

- « on ne survit pas à certains ennemis sans certains sacrifices comme son humanité et Mlle Arden est dépourvue de toute humanité vis-à-vis de ceux qui la menace elle ou les siens. »

- « pourtant on dit d'elle qu'elle est pacifiste. »

- « mais comme les loups quand on l'attaque elle riposte et sauvagement. »

Hector devait beaucoup à Nério Winch c'est grâce à lui qu'il avait pu quitter les Valence en vie plus tard sa dette envers Joy donc le groupe grandit lorsqu'elle intervint pour aider son frère à revenir sur le droit chemin, depuis ce jour sa fidélité allait à Joy, il était parmi les rares personnes à connaître les réelles activités de Mlle Arden au-delà de sa couverture et de ses autres activités pour le groupe et Arès.

Il se souvenait de son arrivée au groupe elle n'avait que vingt-deux ans alors c'était déjà un sacré élément, elle a gravi rapidement les échelons et souvent pour certaines rencontres ce n'était pas Charly qui faisait le chauffeur mais lui, dans ces moments là Joy était aussi de la partie.

La première fois qu'il l'avait vue il n'avait pu réprimer un sourire, quoi ce petit bout de femme… le petit bout de femme mit deux hommes de Valence au tapis en moins de temps qu'il ne fallait pour le dire et en tua deux autres dans une embuscade tendue par la commission durant cette même soirée.

Durant la dernière année de Nério, ce dernier lui confia plusieurs missions qu'elle remplit consciencieusement au départ en compagnie de Hector mais ensuite seule, c'est à elle que revint la charge de rapatrier l'héritier.

Il avait appris à connaître la jeune femme, elle était aussi secrète que le grand patron du groupe, mais à deux ils étaient d'une efficacité redoutable. Elle était aussi dure et tranchante que Nério ne laissant que peu de chance à ses ennemis ou à ceux du groupe. Pourtant il savait que cette vie lui pesait de plus en plus mais que jamais elle n'abandonnera, elle continuera jusqu'à ce que la mort la cueille. Elle était de cette race de gens : fidèle jusqu'à la mort.

Lui, Hector le serait également, son travail à la tour consistait principalement à rassembler des informations que laissait échapper le personnel ils avaient débusqué ainsi deux taupes introduites par la commission, un simple licenciement résolut le problème. Et la remarque faite à sa passagère était vraie, il avait les moyens de faire de sa vie un enfer si Largo avait rompu tous les liens avec le clan Valence Joy non, elle continuait de traiter avec le vieux Valence et de plus en plus avec Connors l'héritier. Donc une petite visite ne poserait pas de problème.

Le trajet se passa rapidement, Joy se concentrait sur la conduite pendant que Simon tentait d'attirer vainement son attention sous le regard ouvertement ironique du Russe, et plus son sourire se faisait goguenard plus Simon redoublait d'effort. Bientôt ils furent en vue de la tour, à ses pieds des agents du FBI et du VCTF les attendaient retenus par des agents de la sécurité du groupe.

Alors que la voiture conduite par Hector s'arrêtait devant l'entrée du groupe pour déposer les deux agents de la CIA celle de Joy s'engouffra directement dans les parkings souterrains du groupe.

Sitôt sortis de la voiture ils se concentrèrent immédiatement sur leurs tâches. Comme Kerenski voulait savoir dans quel état se trouvait son bunker chéri l'ascenseur s'arrêta d'abord au troisième sous sol, les portes étaient sur le point de se refermer sur Joy et Simon lorsque la jeune femme héla le Russe,

- « je monte au 35ème étage pour dispatcher mes équipes et briefer les arrivants, toujours est il la salle informatique d'Arès est à ta disposition. Elle ne peut se comparer au bunker mais c'est pas mal. »

Le Russe lui fit un signe de la main qui pouvait aussi bien dire oui ou non, une fois les portes refermées sur eux le Suisse se rappela au bon souvenir de sa compagne.

- « et moi alors je fais de la figuration. »

Tout en lançant ses mots Simon s'était approché de Joy et l'avait enlacée en lui faisant son sourire ravageur, en réponse il eut droit à une œillade meurtrière de la part de cette dernière refroidissant légèrement les velléités séductrices du Suisse. Arrivés au rez-de-chaussée, ils partirent rejoindre les agents du FBI et de la CIA qui les attendaient bien sagement dans le hall. Tous ensemble ils prirent l'ascenseur en direction du 35ème étage où les attendait Sullivan.

- « JOY… je suis si heureux de vous revoir parmi nous. »

- « John je suis heureuse de vous revoir aussi, bien que j'aurais préféré d'autres circonstances… Carter, tu peux me donner ce que filment les caméras de la villa. »

Tout en observant ce que montraient les caméras Joy parcourait à nouveau le dossier que lui avait remis Allan avant leur départ pour New York.

- « Là… il est près du Van Gogh… et regardez à l'extrémité du champ de la caméra ce n'est pas Del Ferril qui rentre. »

- « Hector que donne le contrôle des véhicules des visiteurs. »

- « RAS… un instant, il y a une fourgonnette avec des vitres fumées…. (Bruit de bris de glace) nous les avons trouvées….oh mon dieu…. Il en a tué une autre… il ne reste qu'une survivante. »

- « mettez les scellés. Et attendez l'arrivée du FBI et du VCTF. »

- « comment me trouvez vous ? »

Après avoir jeté un œil à la photo : « très ressemblant. »

- « bien… Et la voix, Jean c'est moi…arrêtons tout cela… rentrons maintenant… »

L'assistance était bluffée, devant leur yeux Joy s'était métamorphosée, sa voix avait pris des intonations bien plus chaude et son regard une plus grande profondeur et un éclat qu'ils ne lui connaissaient pas, son haut qu'elle portait sexy avait laissé place un pull-over de laine écrue plus ample cachant ainsi ses formes aux yeux des autres et ses chaussures à semelle compensée ont laissé place à des petites bottines à talon aiguille.

- « Ashley et agent Malloy allez prendre place dans la villa, le dixième étage de la tour. Vous trouverez dans le hall l'équipe du FBI habillé en vigile du groupe, vous les accompagnerez. »

- « tenez, prenez ces émetteurs et surtout ne prenez aucune initiative, Jean Lillers est instable ce qui fait de lui quelqu'un de potentiellement dangereux. » en disant cela Ryan fixait du regard Ashley qui montrait de plus en plus des signes d'insubordination.

L'agent spécial du FBI Frank Malloy, l'agent Allan Parson et l'agent Ashley partirent devant pour prendre position, Joy devait les rejoindre moins de dix minutes plus tard.

- « Simon, venez avec moi, vous allez aller vers Del Ferril et la traiter comme une fiancée une petite amie et l'éloigner doucement de Lillers OK. »

- « très bien, mais faites attention à vous je veux pouvoir vous inviter au resto quand tout sera fini. »

- « et vous, ne vous comportez pas en jeune chien fou OK. »

- « no problemo ma belle… (Mettant une main sur ses hanches et l'entraînant) par ici suivez le guide. »

Joy le gratifie d'un terrible regard noir, et malgré lui Simon laisse tomber la main qu'il avait passée autour de ses hanches.

- « euh…

Simon lui emboîta le pas en se posant des questions sur son pouvoir de séduction, car sur Joy il semblait sans effet. Dans l'ascenseur Joy vérifia une dernière fois l'emplacement des deux agents ainsi que ceux de l'équipe de sécurité.

Dixième étage : la villa des arts

Del Ferril pénétra dans cet espace dédié à l'art et laissa sur le pas de la porte les soucis de cette matinée pleine de contrariétés, il est loin le week-end passé à la villa du Connecticut, dans les moments les plus inattendus il lui arrivait de repenser au remuant Suisse qui a fait irruption dans la vie du groupe il y a de cela deux ans en compagnie de l'héritier.

Bien qu'à la tête du groupe depuis tout ce temps Largo portait toujours le titre de l'héritier, elle, comme les autres conseillers du groupe, a du plier devant les caprices du milliardaire. C'était un humaniste, un idéaliste quelque chose qu'elle croyait perdue, il était ''innocent'' pourtant depuis deux mois environs de subtils changement ont fait basculer le caractère du milliardaire. Certes elle avait cessé de le contredire systématiquement pour le simple plaisir de l'enquiquiner et de lui faire sentir qu'il ne devait sa place qu'à son père et non aux sacrifices que demande la construction d'une carrière telle que la sienne ou celle de Michel ou même ce rêveur de Buzzetti.

La villa comme l'avait surnommée Monique représente en fait le dixième étage de la tour, ici était exposé quelques une des toiles de la collection Winch, cette collection est parmi l'une des plus importantes collections privées du monde. Nério avait depuis toujours été amateur de ce qui était beau : Beaux objets et belles femmes.

Il aimait posséder ce qu'il y avait de plus beau et sous l'impulsion de Monique amatrice avertie de tableau, la collection Winch s'enrichit durant les dernières années de la vie de Nério. C'était une collection hétéroclite, les peintres flamands y côtoient certains grands maîtres florentins ou des Picasso, la collection était évaluée à plus de cent millions de dollars et assurée pour le double de la somme. Mais les bijoux composant la collection et les tableaux les plus précieux se trouvaient dans les immenses coffres de la tour.

En contemplation depuis quelques minutes devant un Van Gogh, Alicia sentit bientôt une présence à ses côtés, en levant la tête elle vit un séduisant jeune homme la trentaine bien entamée, un mètre quatre-vingt des yeux marrons clairs et des cheveux châtains lui donnait un air de jeunesse que démentait la lueur de tristesse dans son regard. Il se présenta rapidement :

- « bonjour, je suis Jean Lillers, j'arrive de Charleston pour visiter l'exposition. »

Elle fut interrompue par Simon avant de pouvoir en dire davantage.

- « Alicia Del Ferril, je travaille dans la tour et je profite de…

- « Chérie, je te retrouve enfin, je pensais t'avoir dit de m'attendre à l'entrée. »

- « mais…

Elle était trop abasourdie pour pouvoir ajouter autre chose, la main que Simon avait légèrement posée sur sa hanche lorsqu'il s'était approché d'elle se raffermit de telle manière qu'elle n'eut d'autre choix que de le suivre bien que réticente. Toute son attention concentrée sur Alicia, Lillers ne vit pas Joy entrer par contre son regard fut traversé par une lueur de folie.

Simon et Alicia qui tournaient le dos à l'assassin ne le virent pas sortir son arme mais Joy qui était mieux placée remarqua le geste du dément, dans un cri elle s'élança et poussa Simon qui entraîna Alicia avec lui dans sa chute. Lillers avait eu le temps de tirer et ce fut Joy qui fut touchée à l'épaule.

Voyant le spectacle qui s'offrait à lui, Jean Lillers ne tenta ni de fuir ni de tirer à nouveau il demeurait là debout regardant fixement Alicia ses yeux brillant de folie

- « Johanna…pourquoi. »

Encore sonnée par sa chute et par les élancements que provoquaient sa blessure Joy ne répondit pas tout de suite, tout autour d'eux c'était la panique, les agents placés par Joy tentaient évacuer l'étage. Ils connaissaient bien leur travail l'étage fut rapidement vidé.

Bientôt, il ne resta que Joy face à Lillers et Simon tenant toujours Alicia entre ses bras.

- « m… mais… qu'est ce qui se passe ? »

Hébétée Alicia promenait autour d'elle un regard hagard, la seule chose à laquelle elle pouvait se raccrocher était la présence de Simon, ce qu'elle fit, ce dernier comprenant sa terreur resserra son étreinte et lui fit bouclier de son corps. A quelques pas d'eux Joy se relevait, ses cheveux jusqu'alors attachés s'étaient défait et se répandait sur ses épaules comme le sang se répandait sur ses affaires.

Debout les bras ballant l'arme encore fumante dans l'une de ses mains Jean Lillers regardait Joy se relever. Celle-ci tenta de lui faire lâcher son arme.

- « c'en est assez rentrons, laissons tout cela loin derrière nous et recommençons loin de tous…

- « oui, partons ensemble, loin et ensemble on regardera nos enfants grandir… (Un éclair de lucidité traverse son regard)… Tu n'es pas Johanna, Johanna est morte… ils l'ont tuée… je l'ai tuée… je ne mérite plus de vivre (il avait à nouveau basculé dans le délire)… tu n'es pas elle… (Il la visa)… non ça doit cesser… (Son regard s'apaise) je sais ce qui me reste à faire…Pardonne moi.

Alors avant que quiconque ne puisse l'en empêcher Jean Lillers retourna l'arme contre lui et mit fin à ses jours. Ses derniers mots furent, pour toujours et au-delà.

La traque avait duré deux longs mois, et le dénouement se fit en quelques minutes mais chaque minute qui passait s'étirait comme autant d'heures.

Le terrible silence qui s'était abattu après le coup de feu fit bientôt place à l'agitation, les agents évacuaient Simon et Alicia pendant que les équipes de légistes du coroner et du FBI prenaient possession des lieux, interrogeaient les témoins relevaient les empreintes pour une dernière vérification avant de boucler cette affaire.

Silencieuse Joy se tenait devant le cadavre de celui qui avait fait courir le FBI, son visage était si serein dans la mort. D'un geste machinal Joy porta son Beretta à sa hauteur

- « ce serait si facile. » Elle avait prononcé ses mots dans un murmure, si ses paroles furent inaudibles pour ceux qui l'entouraient ils ne le furent pas pour Kerenski qui avait rejoint l'étage sitôt le premier coup de feu tiré, et qui se trouvait près d'elle maintenant que Lillers était mort.

Charles Arden qui avait suivi les opérations depuis la salle d'opération du 35ème étage quitta rapidement la salle pour le 10ème étage, il voulait le rapport des agent Ashley et Allan en plus de celui de Joy.

A l'extérieur Simon et Alicia finissaient de répondre aux questions des agents, quand Charles père fit son apparition, c'était un homme imposant et une légende vivante, il demeurait jusqu'à présent une énigme pour divers services de renseignements à travers le monde.

Dés que Charles apparut sur la scène du crime, Kerenski préféra regagner le bunker : on n'avait plus besoin de lui ici de plus il ne voulait pas offrir au fantôme une raison supplémentaire de s'en prendre à Joy, il tenait à lui éviter toute source de stress supplémentaire. Il n'avait pas encore quitté la pièce que déjà il l'entendait hurler ses ordres.

- « au rapport. »

Chacun des trois fit son rapport, et à aucun moment Charles ne fit mine de s'intéresser à la blessure de sa fille, au contraire il la traita comme étant bien portante, en réponse à ce dédain Joy occulta la douleur et fit son rapport, se chargea de remettre en place la sécurité.

Bientôt tout les civils avaient quitté l'étage ne demeurait que Simon que tous semblait avoir oublié, bientôt Allan s'immobilisa près du Suisse.

- « non mais quel salopard, il pourrait au moins faire semblant de s'inquiéter pour elle. »

- « pourquoi ça. »

- « bon sang c'est sa fille et elle est assez sérieusement touchée, il pourrait au moins la laisser se faire soigner. »

- « sa fille, tu es sûr, il l'ignore superbement. Il la traite comme les autres agents. »

- « tout de même, il n'en aura donc jamais assez. »

N'écoutant que ses sentiments Simon se dirigea vers Joy.

- « Joy je ne t'ai pas encore remercié de m'avoir sauvé la vie. Mais tout de même maintenant je ne pourrais pas te draguer, j'ai une dette envers toi. »

En disant cela il lui fit un regard moitié charmeur moitié gamin repentant. Face à cette tête Joy ne put retenir un sourire, un vrai, celui-ci puisqu'il illumina son regard, mais il ne dura pas longtemps, il disparut aussi vite qu'il était apparu. Elle ne releva pas le tutoiement que venait d'utiliser le Suisse ni son ton de franche camaraderie mettant ceci sur le coup de l'émotion, mais elle-même demeura distante avec lui.

- « venez je vous emmène à l'hôpital. »

Il n'écouta aucune de ses objections, les balayant d'un geste de la main. Avisant Hector il lui demanda d'assurer la suite des opérations. Il appela Kerenski sur son portable, l'informant qu'il emmenait Joy se faire soigner.

Kerenski quitta sa réserve un instant pour conseiller à Simon de prendre garde à ce qu'il faisait en ce qui concernait Joy, puis reprit froidement que s'il n'avait rien d'autre à dire de le laisser travailler.

De son côté Joy ne s'offusqua pas de l'absence de Kerenski à ses côtés, elle comprenait que sa priorité allait à son métier et à ses ordinateurs, ses ordinateurs qui garantissaient au groupe une sécurité non négligeable. Pour elle, Georgi ne pouvait être autrement mais elle savait aussi qu'en cas de coup dur il serait là et cela lui suffisait.