9- Dix semaines comment les choses avaient pu échapper au contrôle de Largo de telle manière, il y avait eu la photo que Diana avait ramené d'Allemagne puis ensuite la photo de Jagger et Kerenski.
Il avait perdu les pédales et tout contact avec la réalité Diana était son seul lien, trop déboussolé pour réagir sainement il s'est raccroché comme un fou au ténu espoir que son père, Nério était toujours en vie.
Plus rien n'avait d'importance si ce n'est le retrouver, lui parler puis tout a échappé à son contrôle, il ne resta lors que le désarroi mais surtout un grand vide, Kerenski parti, Simon blessé physiquement mais aussi moralement.
Il avait sacrifié et renoncé à beaucoup de choses le jour où il avait accepté de rester à New York avec Largo ensemble, tous les trois, ils avaient tout affronté même si Kerenski gardait toujours un certain détachement par rapport à eux, il appréciait cet homme même si après deux ans il ne connaissait pas grand-chose de son passé, il était d'une telle discrétion à ce sujet, il lui arrivait de disparaître pendant des jours et hop un matin en accédant au bunker il était là à sa place.
Il ne leur disait jamais rien, même quand cette photo était apparue il n'avait rien dit, pourtant ses yeux ont laissé passer une lueur de tristesse rapidement refoulée derrière son air parfaitement impassible.
Puis ce fut au tour de Simon, lui il est carrément parti, pendant une semaine il n'avait plus eu aucune nouvelle de lui, pourtant ses mots n'avaient cessé de tournoyer dans sa tête y faisant lentement leur chemin, et comme si les choses n'étaient pas suffisamment compliqué le groupe se retrouve en proie à certaines difficultés.
Alors depuis deux semaines il se démenait comme un fou pour tenter de rétablir la situation, le conseil l'attendait au tournant, surtout Cardignac, il n'était pas sourd il entendait les réflexions des membres du conseil, si Michel ne disait rien les gens eux se rappelaient parfaitement ce qu'il avait dit et ne se privaient pas de reprendre ses dires.
Malgré ses efforts le groupe continuait à traverser une crise sans précédent depuis son arrivée deux ans auparavant.
Il n'avait plus le temps à quoi que ce soit même Diana et surtout Jake, il adorait cet enfant pourtant.
Dans un café proche du Madison Square Garden Diana prenait le café en compagnie d'une séduisante jeune femme, plus loin se trouvait Jake sous la garde d'une baby sitter.
- « que se passe-t-il ? Nous n'avons plus de nouvelles de vous depuis un moment.»
- « rien, mais Winch a changé, il est réfractaire à toute autorité quelle qu'elle soit. Il n'écoute plus personne, les seuls qu'il feint d'écouter ce sont ses deux amis, sinon il n'écoute plus que Sullivan. Il semble m'éviter.»
- « rien de tout cela ne m'intéresse, il nous faut des informations sur les contrats sur lesquels travaille actuellement le groupe.»
- « je vais essayer….
- « on ne vous demande pas d'essayer mais de réussir, les choses risquent de changer bientôt, alors surtout ne vous croyez pas à l'abri. Nous vous laissons une dernière chance. Si vous ne pouvez pas le faire offrez nous une opportunité de le tuer.»
- « bien, je vous revois la semaine prochaine, tachez d'avoir des nouvelles pour moi. »
Il ne resta que Diana à la table, celle-ci fit signe au serveur et lui demanda un scotch qu'elle avala d'un trait.
- « mais qu'est ce qu'ils croient que je fais à longueur de journée, Largo est un grand enfant un idéaliste mais surtout imprévisible. Il m'a fallu un an pour parvenir à le manipuler comme ils le voulaient, mais avec l'échec de Jagger la disparition de Smith et le retour du Russe, il est difficile de recréer les mêmes conditions. Bon sang qu'est ce qui m'a pris d'accepter ? »
L'éclat de la bague en diamant et émeraude lui fournit la réponse, pour l'argent et pour ne plus connaître les fins de mois difficiles mais aussi la soif du pouvoir, le pouvoir de pouvoir influer sur le cours des événement ne plus être un fétu de paille à la merci des événements.
La journée avait passé rapidement et Largo ne s'en était pas aperçu avec l'absence de Sullivan il devait tout faire lui-même. Il était vingt heures passée mais lui était toujours enchaîné a son bureau, Diana franchit les portes du penthouse en compagnie de Jake, ce dernier dés qu'il vit Largo se précipita vers lui.
- « Yargo….
Ce dernier leva les yeux du dossier qu'il étudiait pour réceptionner l'enfant qui se jeta dans ses bras.
- « bonsoir Largo, comment s'est passé ta journée ? »
- « ne m'en parle pas je n'ai pas eu le temps de souffler une minute… de conseil en rendez vous et en lecture de contrat en compagnie de Cardignac. »
- « alors on peut sortir tous les deux dîner quelque part puis aller danser. »
La voix de Diana s'était faite douce et enjôleuse et ses mains étaient venues masser les épaules tendues de Largo.
- « pas ce soir Diana, j'ai encore pas mal de travail. »
- « mais Largo…
- « non Diana, nous sommes dans la tourmente, je ne peux pas me défiler. »
- « et nous, Largo qu'est ce qu'on devient…. Qu'est ce que je deviens…. Tu n'as plus de temps à me consacrer…. Un contrat par ci un autre par la et les réceptions….. Il me faut prendre un rendez vous pour te voir. »
- « Diana…. Tu savais cela le premier jour quand tu as accepté de venir vivre avec moi, mais toi tu te défiles, tu as refusé d'assister aux réceptions avec moi or tout ça c'est ma vie à présent. »
Diana criait de rage et Largo parlait avec lassitude, ces discussions étaient devenues récurrentes mais que faire, le groupe prenait chaque jour un peu plus de place dans sa vie, le privant de plus en plus de sa liberté et exigeant toujours plus de lui, que cela soit le conseil, John ou encore Diana, seuls Kerenski et Simon semblaient ne rien lui réclamer.
Dans tout ce chaos, il ressentait de plus en plus un vide l'envahir un vide que rien ne semblait vouloir combler ni la présence de ses amis ni celle de sa maîtresse.
- « écoute Diana, j'ai rendez vous à Paris lundi matin, pourquoi ne partirions nous pas dés demain et nous profiterons du Week-end pour se retrouver. »
- « oui, cela fait tellement que nous ne nous sommes pas retrouvés. Je préviens tes gardes du corps ? »
- « non, nous partirons sans eux. J'appelle Jerry. »
Satisfaite de sa victoire Diana alla récupérer Jake qui s'était endormi dans les bras de Largo, lorsqu'on les voyait ensemble on ne pouvait s'empêcher de croire que c'était un père et son fils. Ils avaient le même regard limpide.
Après son départ Largo appela Jerry afin que ce dernier prépara le jet pour le lendemain matin très tôt, avant de se replonger dans le travail.
Après avoir traversé la circulation parisienne la voiture s'engagea bientôt sur la voix Express qui les mènerait au château de Rambouillet qui avait été loué pour l'occasion par le groupe Chevalier, il allait accueillir tout le conseil du groupe mais aussi les chefs de département.
Bientôt la voiture commença a ralentir et bientôt elle s'immobilisa devant le double escalier menant au château, un valet s'empressa pour ouvrir la porte a Joy, la baby-sitter elle s'approcha pour prendre l'enfant et enfin Joy descendit suivie par John.
Rien dans l'apparence de Joy ne pouvait laisser penser que cette dernière était blessée, en effet dés que l'avion avait atterri Joy s'était débarrassée de son écharpe, elle ne voulait montrer aucun signe de faiblesse à qui que ce soit mais surtout à Charles Arden elle tenait à lui prouver que la douleur n'avait aucune prise sur elle. Avant de venir Joy avait étudié sous toutes les coutures les plans du château et des jardins et relevé tous les moyens possibles pour fuir en cas d'attaque, d'ailleurs une voiture attendait a l'extérieur de la propriété juste au cas où.
- « bon sang dis moi combien de temps tu vas la coller de la sorte ? »
- « autant de temps que nécessaire, si je veux quitter la CIA un jour et pouvoir ouvrir une agence de sécurité, même une ayant la moitié de ce que possède Arès il me faut des contacts or ceux de Joy peu de personnes peuvent prétendre les avoir. Elle assure la sécurité de la reine Danielle, de certains sites sensibles du groupe W. rien que le groupe W c'est quelque chose c'est rare qu'il ait recours a des personnes étrangères. »
- « et nous dans tout cela. »
- «quel nous Renata ? Je ne peux rien t'offrir pour l'instant, je suis l'assistant du patron et puis j'en ai assez du terrain et des risques pour un salaire de misère. »
John avait pris possession de ses appartements et relisait une dernière fois les rapports entre ses mains, il représentait sa première ex-femme dans le conseil du groupe, Délia. Celle-ci n'assistera pas au conseil mais sera présente tout de même, leur divorce remontait à une trentaine d'année maintenant et son fils avait maintenant trente cinq ans et menait une brillante carrière, si les rapports de John avec lui n'était pas de tous repos ils n'étaient pas conflictuels pour autant contrairement a ses rapports avec sa fille Kathleen fruit de son second mariage, un échec lui aussi.
- « comment as tu pu faire ça ? Quatre millions d'euros de dette dans les casinos. Comment crois tu que ton père réagira ? »
- « avec indifférence, comme il l'a toujours fait. Je me demande pourquoi tu restes mariée avec lui vous vivez chacun de votre coté. »
- « ce n'est pas le sujet tout de même, alors comment vas tu faire ? »
- « très simple j'ai cédé ma place au conseil a un membre du conseil du casino, dés qu'ils auront été remboursés lors de la répartition de dividendes je retrouverais ma place… d'ailleurs Joy risque d'avoir des comptes a rendre. Avec un peu de chance nous allons enfin l'évincer du groupe. »
- « vraiment….
- « patience mère…. Vous allez être fière de votre fils. »
- « Largo c'est le vingtième hôtel qu'on fait j'en peux plus. »
- « Simon tais toi ou je me charge de te faire taire définitivement. »
- « oh ça te va bien de parler toi, une chaise et un ordinateur et t'es…… oh la jolie fille….
Simon s'élançait déjà vers la jeune fille lorsque Diana ressortit d'un énième hôtel en haussant les épaules pour signifier une nouvelle réponse négative.
- « Alors que fait on ? Et les maisons du groupe ? »
- « elles sont toutes occupées.»
- « personne ne connaît quelqu'un ici ?»
Personne ne répondit, et pendant un moment le silence régna parmi le petit groupe.
- « JOHN….
- « quoi John ? »
- « il est à Paris, il n'a pas réservé et pourtant il a trouvé où se loger. On peut lui demander.»
- « il est parti en compagnie de Joy. »
- « c'est qui cette Joy ? »
- « la petite amie de Kerenski. C'est elle qui assure la sécurité de Winch Airlines et Winch Télécoms.»
- « je ne savais pas que c'était ta petite amie. »
L'idée de ne pas devoir dormir dans le jet sembla ramener la bonne humeur sur le visage du suisse, et un sourire gourmand errait sur ses lèvres.
- « alors qu'est ce qu'on attend ? »
Kerenski s'empara de son portable et composa le numéro de Joy.
La nuit était tombée depuis longtemps, mais aucun habitant du château ne prêtait attention a la course du temps, le conseil qui devait être une simple formalité s'était tout a coup transformé en champs de bataille, ou le couple Arden avait réglé ses comptes, aidé en cela par Renata qui avait enfin trouvé le moyen d'éloigner Joy Arden du groupe mais les choses ne s'étaient pas passées exactement comme prévu.
- « le conseil demande ma démission, soit, (la voix de Joy se fait encore plus froide) je soussignée, moi Joy Arden présente à présent devant les membres du conseil du groupe Chevalier ma démission, par conséquent le groupe Chevalier est tenu de vider les locaux de la tour de la défense à Paris et le 35ème étage de la Tour W dans un délai d'une semaine a dater d'aujourd'hui. »
- « comment pouvez vous nous demander de quitter ces locaux ? »
- « Monsieur Van Diep vous n'avez pas eu le temps de parcourir tous les documents sinon vous auriez appris que ces locaux nous ont été concédés par le groupe W à Paris afin de centraliser nos activités de sécurité et par extension j'ai pris sur moi d'autoriser les équipes à se regrouper en ces lieux. Même chose pour les locaux de New York, avec ma démission ses locaux vous sont retirés et selon nos accords vous avez une semaine pour le faire. »
- « en tant que représentant du groupe W et de son conseil, je confirme les dires de Mlle Arden, le contrat lie en fait Mlle Arden au groupe W en aucun cas il ne lie Arès et le groupe W. »
Tout en s'entraînant dans la salle de sport du château Joy repassait dans sa tête la débâcle de cette après-midi pourtant elle ne se laissait toujours pas aller a la déception pourtant, elle en avait le droit, seul John avait pris sa défense pourtant son père était présent. Joy faillit ne pas entendre la sonnerie du portable.
- « Joy Arden…..Kerenski, que puis je pour toi ?...toi te déplacer sans tout prévoir……..vous êtes combien ?...bien venez on verra, je n'ai pas besoin de te dire où nous nous trouvons. »
Elle ne prit pas la peine de le saluer avant de raccrocher, leurs rapports avaient toujours été abrupts, l'un comme l'autre ne saurait se comporter autrement.
- « bon, Joy accepte de nous recevoir. »
- « pourquoi n'accepterait elle pas ? Elle sait qui vient chez elle au moins. »
- « Diana, elle traite avec des rois, elle a connu Nério alors Largo... excuse »
- « elle connaissait mon père. »
Simon ne put ajouter quoi que ce soit le regard de Kerenski le calma aussitôt.
- « euh…
- « dépêchons-nous, je doute qu'elle veuille nous attendre toute la nuit. »
Largo prit place dans la voiture de Kerenski pendant que Simon prenait place dans le 4X4 et bientôt les deux véhicules s'élancèrent dans la nuit, et Paris resta derrière eux, une heure plus tard le château de Rambouillet apparut devant les voyageurs.
En haut des marches Joy dans sa tenue de sport les attendait en compagnie de plusieurs valets, elle descendit à la rencontre de ces invités de dernières minutes.
Dés que les véhicules s'arrêtèrent les valets se précipitèrent pour ouvrir les portes, Kerenski fut le premier à descendre et à se diriger vers Joy.
- « Joy, comment vas-tu ? »
- « pas trop mal. » en disant cela celle-ci ne put réprimer une grimace de douleur et porter machinalement la main a son membre blessé.
Simon qui s'était extrait du véhicule avançait lui aussi en direction de Joy.
- « Joy ma belle, toujours aussi dangereusement séduisante. »
Il allait la prendre dans ses bras lorsque le regard noir de Joy le figea sur place, un instant effrayé par ce regard Simon retrouva rapidement tout son aplomb pour s'approcher d'elle à nouveau et de lui embrasser le front. Son regard emplit de douceur, il lui dit :
- « comment va votre bras ? »
Joy abasourdie, on aurait pu croire une statue de sel, machinalement elle porta sa main vers son front et mit un doigt sur l'emplacement ou Simon l'avait embrassée, on lui avait rarement témoigné pareille marque d'affection, à l'exception de Georgi. Retrouvant rapidement contenance, elle se tourna vers Georgi
- « Georgi je suis désolée il ne restait que deux chambres, alors il y en a une pour Simon et une pour Monsieur Winch, sa compagne et son enfant. »
- « c'est parfait. »
- « et toi Georgi où vas tu dormir ? »
- « Georgi dormira dans les écuries, comme ça il veillera à ce que personne ne piège les voitures. »
- « Joy ta sollicitude envers moi m'a toujours touché.»
- « je sais, ma trop grande bonté me perdra.»
- « je manque à tous mes devoirs, Joy permets moi de te présenter Largo Winch, sa compagne Diana Montreuil et son fils Jake. »
- « Monsieur Winch ravie de vous rencontrer, Mlle Montreuil.»
La voix de Joy avait pris des intonations glaciales.
- « Ravi de vous rencontrer Mlle Arden, je vous remercie encore d'avoir accepté de nous accueillir. »
- « c'est la moindre des choses. Ne restons pas dehors, suivez moi. »
Et tout le monde partit à sa suite, dans le couloir ils croisèrent Edouard, un sourire victorieux sur le visage.
- « comment trouves tu le goût de la défaite. »
- « il faut savoir perdre certaines batailles pour gagner une guerre. J'espère que tu as bien calculé ton coup. Eddy…. Mais si je devais m'en tenir à ce que j'ai vu durant le conseil, tu n'as pas tout calculé, non seulement tu as perdu un contrat de plus de cent millions d'Euros mais en plus vous avez perdu des locaux d'une valeur de 5 millions d'Euros. Il va falloir vous rattraper. »
Le sourire victorieux qu'il arborait au début de la conversation s'était transformé en rictus haineux.
- « si tu voulais bien m'excuser mes invités sont fatigués. »
Georgi ne dit pas un mot mais se promit d'avoir une discussion avec Joy, il s'était passé quelque chose.
Arrivés au second étage Joy indiqua a chacun sa chambre.
- « le dîner sera servi dans une heure. Je passerai vous chercher. »
- « je ne peux pas laisser Jake tout seul. »
- « un domestique s'en occupera.»
- « où est la chambre de Kerenski ? »
- « je vais te manquer Simon.»
- « non mais je pourrais avoir peur pendant la nuit, alors tu me consoleras.»
Kerenski ne répondit pas mais foudroya le Suisse du regard. Joy partit en compagnie de Kerenski, sa chambre se trouvait au fond du couloir.
