12- Du côté des assaillants cela rigolait moins. Depuis quelques minutes le chef du commando peinait à joindre ses hommes, car l'un après l'autres ils disparaissaient et au détour d'un couloir il tombait sur leur cadavre.

Charles s'était accroché aux pas de sa fille. Celle-ci ne lui prêtait aucune attention trop concentrée sur son travail qui était d'éliminer ceux qu'elle considérait comme une menace, tout en suivant Joy, Charles écoutait via la radio prise sur l'un des cadavres la discussion entre les assaillants.

- « Monsieur quels sont vos ordres ? »

- « les ordres de missions sont clairs : trouver les moyens d'accéder à Arès et neutraliser Arden.»

- « le père ou la fille ? »

- « la fille, elle est la cible numéro un, le père ne représente pas une menace sérieuse. Arden par contre, elle sait beaucoup trop de choses sur nous et si elle réintègre la tour ce sera dur de nous débarrasser de Winch. »

Bientôt il ne demeura qu'un homme à abattre : le chef du commando. Tous ses hommes ayant été éliminés tous convergeaient vers le dernier survivant.

Celui-ci se trouva bientôt encerclé par Joy son père et Kerenski.

- « c'est peut être la fin pour moi, mais dorénavant vous ne serez plus jamais tranquille, vous élèverez votre fille dans la crainte….

Kerenski intervint,

- « quelle fille ? Joy Arden n'a pas enfant. Si vous observez ses tests vous verriez que Joy Arden ne peut plus avoir d'enfant et cela depuis l'âge de dix sept ans. »

- « alors vous ne verrez aucun inconvénient à me suivre en enfer vous et Monsieur Kerenski. »

Trois coups de feux retentirent simultanément, Ein le chef du commando trouva la mort dans l'assaut, échouant sur toute la ligne, aucune information n'avait pu être vérifiée mais des doutes subsistaient dans l'esprit de la commission.

Qui était cet enfant que Joy s'acharnait à protéger ? Et qu'allait faire Joy, ils n'en avaient peut être pas la preuves mais ils savaient que Joy avait mis en place dans l'ombre une organisation aussi puissante et armée pour pouvoir les contrer mais aucun document ne montrait quoi que ce soit.

Toujours est il les paroles qu'avaient entendu et enregistré les opérateurs de la commissions plongèrent les maîtres de la guilde dans un profond trouble.

Cinq minutes plus tard tout le monde se retrouva dans la salle de bal dévastée. La tenue de soirée de Joy n'était plus qu'un souvenir tout comme les smoking des hommes se trouvant autour d'elle, Kerenski par contre était toujours impeccablement tiré comme si rien n'était venu déranger le cours de sa soirée.

- « Georgi un jour tu devras me dire comment tu fais. »

- « avantage de communiste, nous savons agir sans rien laisser paraître. »

Sur une moue dubitative, Joy se détourna de son compagnon et appela un numéro.

- « allo Herr Reinhardt….Joy à l'appareil. J'aurais besoin de deux véhicules spéciaux….ah ils sont déjà en route…..tant mieux….oui je m'expliquerai de vive voix….à tout de suite. »

Joy regarda autour d'elle une dernière fois sachant qu'elle ne reverrait aucune des personnes présentes autour d'elle.

- « Georgi on vient nous chercher. Deux voitures seront bientôt là….Il faut prévenir Sullivan et Délia.»

Elle prit son téléphone et joignit Sullivan, puis Délia leur donnant rendez-vous dans un quart d'heure.

Quelques minutes plus tard Sullivan et Délia apparaissaient en compagnie du couple Arden et de leur fils.

- « Joy puis je savoir ce que tout ce cirque veut dire ? Il y en a pour des milliers d'euros de dommages. »

- « navrée mère, j'aurai sans doute dû laisser ces hommes vous tuer et vous voler des tableaux, mais n'ayez craintes c'est la dernière fois où je me mets entre vous et vos assaillants. »

- « essaie de sauver ta peau, tu devras payer pour ces dégâts. »

- « l'assurance paiera, car ce genre d'incident est inclus dans le contrat type que nous signons pour nos séminaires en extérieur. Edouard tu ne me feras pas croire que tu n'as pas pris d'assurance. »

Seul le silence régna, inquiète Mme Arden se tourna vers sons fils, mais à la vue de la figure que tirait ce dernier elle eut sa réponse.

- « je pense que dorénavant nous n'avons plus rien à nous dire, mère. »

Joy rompit les ponts avec sa famille sur un simple geste de la tête. Elle quittait le château de Rambouillet en laissant derrière elle, la dernière illusion qui pouvait lui rester quant à l'espoir de pouvoir voir grandir sa fille.

Au dehors le bruit de freins de plusieurs véhicules se firent entendre, et plusieurs hommes firent irruption dans la grande salle, deux hommes allèrent vers Joy tandis que les autres dirigèrent vers Charles Arden prendre leurs ordres.

Joy entraîna à sa suite l'Intel, Sullivan et Délia, les deux chauffeurs fermant la marche.

Au bas des marches deux Cayenne turbos les attendaient, Sullivan partit en compagnie de Kerenski et Simon tandis que Délia partait en compagnie de Joy et de Largo. Ce dernier semblait toujours catatonique il se laissait faire comme un pantin. Après l'avoir mis en voiture Simon hésita à le laisser seul, Joy ne semblait pas du genre à materner. D'ailleurs Largo était toujours perdu dans son monde. Tant de questions tourbillonnaient dans sa tête, il sentait qu'il perdait pied. Cela faisait une semaine maintenant que Kerenski était de retour parmi eux et si en surface tout semblait allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, il restait bien des choses à éclaircir entre eux.

Les voitures fonçaient dans la nuit avalant les kilomètres. Bientôt ils furent en vue de la capitale, à aucun moment Joy ou Kerenski ne firent mine de ralentir. Les puissants véhicules donnaient tout ce qu'ils avaient dans leur moteur, les faubourgs furent bientôt derrière eux remplacés par des immeubles cossus et parfaitement entretenus montrant à la face du monde la richesse de leurs propriétaires.

Ils ne ralentirent même pas pour rentrer dans le garage, puis soudainement le vrombissement des moteurs se tut rendant le silence impressionnant.

- « eh c'est pas le Paris Dakar alors allez y molo. »

- « Simon arrête de geindre, t'es pas mort que je sache.»

- « c'est pas grâce a toi Kerenski….Joy tu veux bien me consoler.»

- « regarde Simon tu vois cet homme (Simon fit oui de la tête pendant que Joy désigne le grand Russe) eh bien Simon je te présente mon mari Georgi Kerenski. »

- « alors Simon comme ça on fait les yeux doux à ma femme.»

Simon se tourna vers John qui était descendu du véhicule et se tenait à présent prés de celui que conduisait Joy en compagnie de Délia.

- « John, ils plaisantent n'est ce pas ? »

- « pas du tout, Joy est bien mariée à Kerenski. »

- « eh c'est contre nature ! La CIA et le KGB sont sensés se détester.»

- « ce qui est contre nature c'est ta façon de vivre et de t'habiller. »

- « eh oh les coqs c'est pas bientôt fini ? »

Cette remarque de Joy ramena le calme entre Simon et Kerenski, Simon partit chercher Largo pendant que Kerenski s'approchait de Joy, il se pencha sur son oreille.

- « alors comme ça je suis un coq ? »

- « avec cette tête oui, mais t'es un super coq, le plus fort et le plus beau. »

- « bien que cela soit fort maladroit comme façon de se faire pardonner je veux bien te pardonner. »

- « montons, Reinhardt doit nous attendre.»

Elle poussa tout le monde vers l'ascenseur et une fois dans la cabine inséra une carte et composa un code, doucement l'engin s'éleva vers le dernier étage de l'immeuble.

La cabine était silencieuse et le même silence semblait régner dans cette tour. Ce ne fut que lorsque l'ascenseur s'arrêta en parvenant à sa destination que Simon songea que c'était peut être un piège et que la commission avait rarement l'opportunité d'avoir les numéros un et deux du groupe W en même temps.

Ses penses durent se lire sur son visage, car Joy et Kerenski ne purent réprimer un discret sourire.

- « et que comptes tu faire pour nous empêcher de vous tuer.»

- « eh Joy tu te trompes, c'est pas à ça que je pensais.»

Le regard des deux agents se fit encore plus ironique, puis Joy finit par le prendre en pitié,

- « allez sors. Au fait nous sommes divorcés depuis maintenant deux heures. »

Ce dernier s'empressa de lui obéir et ce qu'il vit lui coupa le souffle, devant lui sur trois niveaux un immense triplex et un peu partout des hommes en costumes sombres gardaient le tout.

Joy fut la dernière à sortir, elle escortait un Largo toujours perdu dans son monde intérieur, l'un des gardes rompit les rangs et vint à sa rencontre.

- « bonsoir Melle Arden, Herr Reinhardt vous attend. »

- « j'arrive. J'escorte mon ami ici présent et vous chargez vous des autres.»

Simon revenu de sa surprise allait intervenir lorsque Kerenski l'en empêcha. Bientôt chacun rejoignit sa chambre pour la nuit. En allant en direction des chambres Joy vit endormie sur l'un des fauteuils Helen tenant contre elle Natalia.

Lorsque Joy prit l'enfant des bras d'Helen, cette dernière se leva et s'apprêtait à attaquer lorsqu'elle reconnut sa patronne.

- « tout s'est bien passé ? »

- « parfaitement Madame. Nous avons été poursuivis mais j'ai réussi à les semer. Et elle n'a pas pleuré. »

- « Ma Natalia est courageuse.»

Tout le monde s'était arrêté lorsque Joy s'est arrêtée, et tous virent la tendresse inonder le visage de Joy. Ses traits prirent une expression mélange de douceur, de dureté et de douleur. Elle avait été éduquée pour devenir un soldat et elle l'était devenue et selon John l'un des meilleurs de la CIA.

Elle était une créature de la nuit, sa place n'était pas parmi les autres, Kerenski et elle le savaient parfaitement. Puis Natalia avait fait irruption dans leur vie et certains bruits se mirent à circuler au sujet de l'enfant.

Joy aimait son enfant mais ne savait comment le montrer. Apparemment cela ne gênait pas sa fille personne ne lui a jamais montré d'affection à l'exception de Délia chez qui elle avait passé les quatre premières années de sa vie. Puis son cauchemar commença, et aucune lumière ne vint briser ses ténèbres jusqu'au jour où elle rencontra Donovan. Elle l'aima mais là aussi il était dit que cela ne devait pas durer.

Elle partit, laissant tout derrière elle. Elle retrouva après des années de séparations Michel, elle douta un moment que ce fut lui car en arrivant aux USA? Il avait pris le nom de sa mère. Les années passèrent au sein du groupe W, si elle trouva auprès de Michel, John et Nério une famille qui se souciait réellement d'elle, un nouvel ennemi apparut aussi. Puis Nério mourut et Largo fit son apparition, la chassant et l'éloignant de sa famille, mais elle rencontra Georgi.

En observant son enfant endormie dans ses bras, elle repensa à ces cinq dernières années et au chemin qui les a menés à cet instant présent.

En retrait tous observaient ce tableau de grâce et de beauté, si bien que personne ne vit le regard de Largo recouvrer sa lucidité, il se sentait perdu, il se souvenait de Diana tirant et de la chute de son corps sans vie sur le sol. Puis le voilà maintenant dans ce lieu inconnu en compagnie de son bras droit et son équipe ainsi que de cette femme, que tous semblaient connaître sauf lui.

Il observait Joy Arden, Simon lui avait dit qu'elle avait été très proche de Nério et de Sullivan.

Joy sembla sortir à son tour de sa torpeur et s'arracha à la contemplation de sa petite merveille qu'elle tendit à Kerenski. Ce dernier la prit adroitement des bras de sa mère et tous reprirent leur marche vers les chambres. Après s'être assuré de leur installation Joy partit rejoindre leur hôte.

- « bonsoir Herr Reinhardt, comment allez vous ? »

- « bien je vous remercie. Les années filent de plus en plus vite et bientôt je me retrouverai de l'autre coté. »

- « vous avez encore des années devant vous, et vous pourrez profiter de votre famille. »

- « ma famille ? Allons Joy vous n'y croyez pas plus que moi. La commission les a tués pour m'obliger à plier. Mes deux fils et ma fille. Ils étaient jeunes, pleins de vie et ils sont morts au nom d'un ennemi invisible et au nom de plus de pouvoir. Maintenant il n'y a plus que mes petits enfants, Ava et Dietrich….. N'oubliez pas votre promesse.»

- « je ne l'ai pas oubliée. Une partie de l'argent que vous m'avez remis a été placé en fidéicommis ce qui leur assurera des revenus non négligeables. Avec le reste j'ai crée une société où vos petits enfants et ma fille sont actionnaires et j'ai mis en place un conseil d'administration qui gère le tout. Je vous communiquerais bientôt le nom des nouveaux membres du conseil. »

- « bien….. Nério avait raison, vous êtes un ange.»

- « mes ailes doivent être bien sombres alors. »

La discussion prit une tournure plus sérieuse et se prolongea deux longues heures. Il était trois heure du matin passé lorsque Joy sortit de la bibliothèque.

Ses pas la menèrent vers la large baie vitrée qui courait tout le long d'un mur. Pour avoir veillé à son installation Joy savait que cette baie pouvait résister à une rocket.

Largo ne trouvait pas le sommeil. Cette soirée avait été riche en événements et à chaque fois Joy avait été là, il l'avait vue puis longuement regardée : il ne pouvait se souvenir de ses traits mais il retenait sa présence à ses côtés. Il revoyait dans ses yeux cette même lueur de défi que celle qui s'allumait dans les siens à l'annonce d'une aventure.

Plus ou moins remis de ses émotions, les questions revenaient comment autant de vagues s'écrasant sur les rochers. L'enfant qu'elle tenait dans ses bras il y avait de cela quelques heures était aussi blonde que lui ou Kerenski. Alors qui était elle ? Et pourquoi la commission la voulait elle ?

Alors qu'il aboutissait enfin dans le hall par lequel ils étaient arrivés, il vit une ombre se tenant devant l'immense baie vitrée, ses bras entourant son corps comme pour le réchauffer.

Silencieusement il s'approcha de cette ombre et mit la main sur son épaule puis tout s'emballa. Se sentant agressée l'ombre lui empoigna le bras et le projeta sur le sol avant d'enchaîner avec un coup de pied que Largo put heureusement bloquer même si ce fut au dernier moment.

- « ne refaites plus jamais ça !»

Joy posait sur Largo un regard noir sur le jeune homme toujours à terre. À l'extérieur les nuages se dispersèrent permettant à la lune d'éclairer les deux protagonistes.

Largo fut ébloui, la jeune femme devant lui était superbe dans sa colère. Une des flèches de Cupidon avait tout de même réussi à l'approcher mais ne le transperça pas, cette femme avait quelque chose de spécial.

Le voyant toujours au sol Joy lui tendit la main pour l'aider à se relever. Il se releva tout en gardant sa main prisonnière. Au bout d'un moment, elle se sentit gênée.

- « allons prendre quelques heures de repos. La journée sera longue.»