CHAPITRE 3 : LE SERVITEUR
En entendant la voix tremblante de Murdock, Futé se mit à trembler un peu lui aussi, contre son gré. C'était si soudain, si inattendu! Ne pouvant contrôler son calme, il s'assit sur le petit fauteuil à côté du téléphone et tenta de reprendre son souffle qu'il avait perdu durant quelques secondes.
Futé voulu vite s'assurer qu'il ne rêvait pas et que c'était bien la voix de son ami qu'il avait entendu :
« M-Murdock ?? » Futé ne pouvait pas cacher son étonnement, ni le soulagement de savoir que son ami était encore vivant. « Murdock, c'est bien toi ?
- ..Oui, » répondit son interlocuteur avec une voix faible. On aurait dit qu'il était à des kilomètres plus loin, mais ce n'était probablement pas le cas, ou du moins c'est ce que Futé espérait. « ..c'est moi. »
Futé sourit bêtement et brièvement en entendant de nouveau la voix. Un bref silence passa avant que Futé reprenne un peu ses esprits. Il ne savait pas par où commencer.
« Murdock.. où es-tu ??
- Je.. je ne sais pas, hésita Murdock, Je sais que je suis à Lownvillage, c'est écrit sur le journal local. C'est tout ce que je sais, Futé. Je ne sais pas l'adresse. » Il semblait énervé et découragé. « Je suis dans une grande maison, ajouta-t-il, Oh Futé, je veux que tu viennes me chercher! »
Il avait dit sa dernière phrase sur le bord des larmes, Futé aurait pu le jurer.
« Ne t'inquiète pas Murdock, je.. je vais venir, Futé tenta de le rassurer du mieux qu'il pouvait.
- Comment peux-tu si tu ne connais pas l'adresse? » répliqua Murdock.
Futé resta silencieux pendant un moment puis déclara :
« Je sais! Le répondeur! Je vais prendre en note ton numéro de téléphone et je chercherai l'adresse qui lui ait jointe dans l'annuaire de Lownvillage! »
Il se leva de son fauteuil et observa le répondeur, on pouvait y voir le numéro de téléphone de l'interlocuteur. « Quelle merveille la technologie, »pensa-t-il durant un instant avant de s'emparer d'un crayon et d'un bout de papier. Il nota les chiffres tout en s'assurant qu'il ne se trompait pas dans la retranscription. Dans toute cette excitation, il ne voulait surtout pas se tromper!
« Ça y-est Murdock, s'exclama-t-il, mais la recherche serait sûrement plus facile si tu me disais le nom de l'occupant de la maison... »
Murdock sembla de nouveau hésiter. « Je.. je suis chez un certain monsieur Wilder.. W-I-L-D-E-R. » Futé écrivit le nom de l'hôte sur le bout de papier, le rangea précieusement dans la poche de son smoking et se rassit sur le fauteuil tout en tenant fermement le combiné près de son oreille. « C'est noté. »
Puis il reprit, cette fois sur un ton quelque peu fâché :
« Murdock, que se passe-t-il donc?? Cela fait presque un mois que nous n'avons plus eu de nouvelles de toi! Un mois que je me fais du souci pour toi », ajouta-t-il.
Futé lui laissa quelques secondes, mais comme il voyait que Murdock ne répondait pas à ses questions et semblait se sentir mal à l'autre bout du fil, il enchaîna avec une question moins importante dans l'espoir que Murdock finirait par tout déballer : « Comment as-tu eu mon numéro de téléphone? Et pourquoi ne m'as-tu pas appelé avant ? » Futé était tout simplement incapable de poser une seule question à la fois.
Murdock restait muet comme une carpe, Futé ne réussissait qu'à percevoir sa respiration qui confirmait que Murdock était toujours là.
« Murdock.., supplia Futé, que se passe-t-il ? Parle moi je t'en prie. ..Peux-tu me parler ? Es-tu en danger ? Est-ce que quelqu'un te menace ? »
Futé avait conscience qu'il posait encore beaucoup trop de questions à la fois, mais il s'en fichait, tout ce qu'il voulait c'était des réponses, au moins une seule réponse.
Finalement, après de longues secondes, Murdock se décida à parler, à la grande appréciation de Futé :
« Futé, je.. j'ai été engagé.. ,ou plutôt obligé, à travailler pour Monsieur Wilder. C'est un riche homme qui, je crois bien, travaille au noir, mais je ne sais pas trop ce qu'il fait.. tout ce que je sais c'est qu'il oblige des personnes à devenir ses employés de la maison. Ils ne sont pas payé et il les menace de mort s'ils font mine de quitter la maison ou de téléphoner à quiconque. Je.. je suis serviteur. »
La voix de Murdock était faible. Futé ne savait pas quoi dire.
« Comment en es-tu arrivé là ? demanda-t-il, se doutant un peu de la réponse.
- Ils m'ont embarqué dans une ruelle que j'avais prise pour un raccourci vers le centre commercial de Los Angeles, recommença-t-il, Le conducteur m'a menacé avec un revolver. Je n'avais pas le choix Futé, alors je suis monté. Deux hommes m'ont bandé les yeux et attaché les poignets, puis m'ont expliqué que je serais dorénavant un des serviteurs de Monsieur Wilder. Ils ont conduit jusqu'à Lownvillage. Je commençai à travailler le soir-même. »
Futé sentait une tension dans la voix de Murdock. « Oh Futé je n'aurais jamais dû quitter l'hôpital. Je n'aurais jamais dû, jamais dû..! » murmura-t-il, toujours plus bas. Futé colla son oreille encore plus près du combiné pour comprendre le reste de sa phrase, mais tout se qu'il entendit par la suite furent des sanglots étouffés.
Futé se sentit extrêmement mal. Lui qui avait l'habitude de voir son copain rire et faire des pitreries, le voilà qu'il l'entendait pleurer.
« Murdock, ce n'est pas ta faute..
- Si ça l'est!
- Tu ne pouvais pas savoir! »
Murdock se tût un instant. Futé en profita pour poser une question qui le tourmentait depuis un moment :
« Murdock.. tu disais que ton patron n'hésiterais pas à punir quiconque s'approchait du téléphone.. Comment se fait-il que tu… ?
- Oh, ça.., laissa tomber Murdock en même temps qu'un autre sanglot, eh bien pour le moment le « patron » ne peut pas me voir. Ni quiconque d'ailleurs. »
À suivre
