CHAPITRE 5 : L'ÉLECTRICIEN

Futé avait quitté sa belle demeure à la quatrième vitesse. Il avait utilisé comme prétexte qu'il avait reçu un appel important d'une de ses tantes qui avait eu un accident et qu'il devait immédiatement se rendre à l'hôpital. Les invités étaient tous partis en moins de dix minutes, regrettant l'arrêt d'une aussi charmante réception.

Futé utilisa un taxi pour se rendre à Lownvillage. Dix minutes plus tard, l'homme aux cheveux blonds indiqua au chauffeur de s'arrêter à un centre commercial ouvert 24h/24 et de l'attendre, tout en lui précisant de laisser tourner le compteur. Le conducteur accepta de patienter. Il n'y avait pas beaucoup de taxis disponibles la nuit et Futé ne voulait pas perdre le seul qu'il avait pour l'instant.

Il entra dans une boutique touristique d'un pas rapide et acheta l'annuaire de Lownvillage. La caissière avait l'air de se demander ce qu'il pouvait bien faire là, à onze heures et demie le soir, à acheter le bottin téléphonique de la ville voisine, mais n'en fit pas part à son client.

Puis il se rendit dans un magasin spécialisé dans les vêtements de travail et acheta une salopette, une casquette ainsi que des bottines, mais décida de garder la chemise qu'il portait déjà. Il n'avait guère le temps de « voler », « emprunter » ou « louer » quoi que ce soit.

Et puis, ça aurait été trop risqué, en pleine nuit, devant les gardiens de sécurité qui arrivaient à surveiller tous les clients vu leur petit nombre, malgré le fait qu'il sait qu'il y serait arrivé. Mais son temps était compté, et pas seulement pour le conducteur de taxi qui amassait de l'argent à l'extérieur, ça il s'en fichait, mais pour Murdock qui lui avait semblé être dans la possibilité de s'évanouir d'une seconde à l'autre et de ne plus jamais se réveiller.

Alors que le taxi reprenait la direction de Lownvillage, « Sans prendre de détours », comme avait précisé Futé, il en profita pour chercher l'adresse de Monsieur Wilder dans l'annuaire. Il y en avait trois, sûrement de la même famille que celui qu'il cherchait, mais Futé put repérer le bon grâce au numéro de téléphone qu'il avait noté. Il montra l'adresse au chauffeur qui acquiesça de la tête.

Sur le banc arrière, Futé changea ses vêtements de soirée pour ceux qu'il avait achetés et qu'il n'aurait jamais mis en temps normal. Le chauffeur du taxi se passa de commentaires, se contentant de surveiller la route.

Quand il eut terminé sa séance d'habillage, il se mit à observer le paysage par la fenêtre du taxi. C'était une nuit calme et belle, sans vent. Il pouvait même distinguer la lune à demi-pleine à travers les quelques nuages qui couvraient le ciel noir. Futé se serait peut-être endormi durant le reste du voyage s'il n'avait pas été aussi inquiet.

Et puis ils entrèrent finalement à Lownvillage. La maison de Monsieur Wilder occupait un grand terrain dans le quartier riche de la petite ville. Entourée de grands cèdres, protégée par une imposante clôture noire en fer, elle empêchait quiconque de jeter trop de regards au bâtiment. Ou à moins que toute cette décoration ne servait qu'à éloigner les passants, voire les effrayer. Il fallait avouer que, la nuit, elle avait un petit quelque chose qui la faisait ressembler à une maison hantée, comme on en voit dans les films. Futé ne voyait en elle qu'une prison qui avait avalé son meilleur ami et qu'il se préparait sérieusement à franchir par l'ingéniosité d'un déguisement.

La grande pendule du salon de Monsieur Wilder indiquait exactement minuit et trente-cinq lorsque Futé sonna à la porte principale de la maison. Un serviteur, un homme dans la mi-vingtaine, à l'air ensommeillé, ouvrit la porte et découvrit sur le perron un personnage qui ressemblait à une sorte de jeune réparateur souriant. Futé entreprit la conversation avant même que l'homme devant lui ne puisse dire quoi que ce soit :

« Bonjour mon cher, je suis de chez « Joélectricité ». Je viens pour Monsieur… Monsieur.. » Futé fit mine de chercher un nom dans un petit carnet.

« Monsieur Wilder peut-être ? soupira l'employé. C'est le propriétaire de la maison.

- Ah oui, c'est exactement ça! s'exclama Futé, toujours le sourire aux lèvres. Monsieur Wilder a téléphoné à notre compagnie pour faire installer un système d'éclairage très particulier pour sa prochaine réception.

- Sa prochaine réception? Ah oui, c'est vrai qu'il en donne beaucoup.. Je ne me souviens plus s'il nous en avait parlé..

- Eh bien, peu importe, il a bien fait d'entrer en contact avec nous! Joélectricité, c'est la meilleure compagnie d'électriciens de la ville, monsieur! Ce ne sera pas très long, notre devise c'est '' Le temps, c'est de l'argent! '' Héhéhé. » Il fit un clin d'œil au jeune homme, qui fronça les sourcils.

Futé fit quelques pas en avant et le contourna afin d'entrer dans la demeure.

« Attendez! le retenu l'employé soudainement alors qu'il passait le cadre de la porte, Il y a une chose que je ne comprends pas.. Pourquoi venez-vous ici à cette heure tardive ? Je veux dire, pourquoi ne pas venir le matin, comme tous les services habituels ?»

Futé ne semblait même pas chercher ses mots. Il savait qu'il se serait fait poser cette question, d'une manière ou d'une autre. Il avait déjà tout préparé lorsqu'il était dans la voiture. Aussi avait-il l'air très à l'aise et gardait le sourire, ce sourire que tout le monde aimait et qui faisait craquer les gens. C'est aussi grâce à ce sourire qu'il réussissait à prendre pratiquement tout ce qu'il désirait de la part des gens, sans compter aussi tout ce qu'il pouvait leur faire croire. Futé se tourna vers l'homme :

« Notre compagnie offre un service « spécial nuit » pour les gens très pressés ou dans le besoin. Aussi votre patron a-t-il téléphoné ce soir-même, peut-être n'en avez-vous pas eu connaissance, et a souhaité que nous y travaillions dès cette nuit. Cette réception se donne peut-être demain ou très bientôt, je n'en sais rien... Mais ne vous inquiétez pas, tout sera fait dans les délais et, dès 6 heures demain matin, je serai parti, après avoir été payé bien entendu.

- Ah bon.. Eh bien, c'est d'accord, monsieur. Vous pouvez y aller.. »

Il se tassa et Futé entra finalement dans la demeure.

La première chose qu'il remarqua fut la grandeur de la pièce. Sa beauté aussi, quoiqu'il en avait vu d'autres. Il y avait de jolies plantes exotiques près de la porte. Le plafond était très haut. On ne le distinguait pas beaucoup à cause du faible éclairage nocturne. Le plancher était en marbre et il semblait reluire dans la nuit. Futé pensa qu'on avait dû le frotter pendant des heures pour qu'il brille de cette façon. Puis son regard se porta sur l'escalier et le tapis rouge écarlate placé sur celui-ci. Il eut un petit pincement au cœur en se remémorant les paroles de Murdock, que c'était là que son ami s'était stupidement enfargé et était tombé. Par ailleurs, il ne s'y attarda pas trop, pour ne pas éveiller de soupçons chez le serviteur à côté de lui. La voix de celui-ci parvenu alors à ses oreilles, le sortant de ses pensées :

« Alors.. Savez-vous exactement où vous devez installer ce système d'éclairage ?

- Oui, oui.. bien sûr. Monsieur Wilder m'a dit que c'était au deuxième étage. » Futé se dirigea vers l'escalier, mais l'employé l'interrompit de nouveau :

« Dîtes-moi, monsieur l'électricien, n'avez-vous pas besoin d'instruments pour travailler ? Je ne vois pas votre boîte à outils. Est-elle dans votre poche? » Son ton semblait plus moqueur que méfiant. Futé se dit que ce serviteur ne devait pas s'amuser souvent dans cette maison. Il se retourna dans l'escalier et reprit son air souriant :

« Vous savez, aujourd'hui, avec la technologie, tout est miniaturisé! Mais non, c'est vrai, ma boîte à outils est restée dans la camionnette. Mais comme je la trouve trop lourde, je préfère d'abord vérifier sur place ce dont j'aurai besoin et puis je retourne la chercher avec seulement le nécessaire à l'intérieur. »

En fait, il n'avait aucune boîte à outils ni de camionnette, mais Futé était un expert dans le domaine du mensonge. Futé lui refit un autre clin d'œil.

L'employé semblait amusé.

« Ça va. Je comprends. Eh bien, je vous laisse à votre travail. Et si vous allez dans l'aile nord, ne faites pas trop de bruit. Plusieurs chambres du personnel y sont situées et, à cette heure, j'imagine que la plupart d'entre eux doivent dormir. Par contre, dans l'aile sud, il n'y a jamais personne.

- D'accord, compris. Merci! »

L'employé s'éloigna et Futé gravita les marches de l'escalier en direction de l'aile sud.

À suivre...