CHAPITRE 6 : INQUIÉTANTES RETROUVAILLES
Tout en s'assurant que personne ne le voyait ni ne le suivait et en agissant le plus silencieusement possible, Futé entreprit une course folle à partir de la moitié des escaliers jusqu'au deuxième étage, puis ensuite vers la partie qu'il supposa être celle au sud de la maison, car elle était déserte. Elle était surtout très sombre. Aussi stupide que cela puisse paraître pour un électricien, il n'avait pas sur lui la moindre lampe de poche. Il regretta de ne pas avoir pris le temps d'en acheter une au magasin. Futé dût ainsi habituer ses pauvres yeux endormis à la pénombre et aussi résister à ne pas succomber au sommeil. S'endormir était impensable dans une situation comme celle-ci.
Devant lui allait bientôt se trouver un dédalle de couloirs. Il recommença à marcher plus lentement pour ne pas se blesser dans le noir et se mit à regarder dans toutes les pièces qu'il trouvait sur son chemin. Il n'osait pas crier à Murdock pour ne pas alerter quiconque d'indésirable.
Et puis il se rappela que la pièce dans laquelle Murdock se trouvait était fermée à clé et que ça ne servait donc à rien d'essayer de le trouver dans celles qui ne l'étaient pas. Il y aurait probablement pensé avant si son cerveau n'avait pas été ralenti par la fatigue. Il diminua ainsi sa recherche de moitié et s'enfonça dans le couloir vers les pièces plus éloignées.
« Il n'y a absolument personne dans ce coin, pensa Futé. Je n'arrive même pas à percevoir des ronflements. Je crois que je peux me risquer à appeler Murdock. »
Il avança encore. Parfois, il voyait des tableaux suspendus aux murs. Des peintures par des gens célèbres. Des portraits des Wilder, aussi. Futé n'avait pas le temps de les examiner un à un, surtout dans l'obscurité, mais il percevait une certaine froideur dans les tableaux. « Ils devaient effrayer les gens pour qu'on décide de les accrocher dans le coin le plus oublié de la maison, » ne put s'empêcher de penser Futé.
La seule lumière qui lui parvenait venait des lampes accrochées au plafond à quelques endroits où il y avait un croisement de couloirs. Ça sentait la poussière et le vieux papier-peint moisi. « Personne ne fait donc jamais le ménage par ici! » pensa le jeune homme.
Soudain, Futé manqua de foncer dans une araignée, pendue à un fil à la hauteur de sa tête. Il la contourna avec un air légèrement dégoûté et puis il s'arrêta pour regarder autour de lui et évaluer la situation. Le couloir en face était sans doute un cul-de-sac, car il ne voyait aucune lumière qui aurait signifié que le couloir continuait au loin ou en croisait un autre. Il s'y engagea prudemment, sachant cette fois qu'il n'y verrait presque rien et qu'il ne pourrait pas éviter les araignées et autres bestioles qu'il préférait chasser de ses pensées. Pour l'instant, c'est de son ami qu'il devait se préoccuper.
« ..Murdock ? chuchota-t-il tout en avançant, hésitant. Murdock! »
Futé fut surpris de ne pas entendre l'écho de sa propre voix en guise de réponse. En fait, il aurait été tout aussi surpris de l'entendre : c'était si silencieux qu'il aurait sursauté au moindre bruit.
Il y avait quelques portes qui longeaient le mur plus loin. Futé s'y précipita. Il constata que la première des portes menait à une ancienne chambre, vide. La deuxième était verrouillée. Futé ressortit de la poche de sa salopette son trousseau à clés avec lequel il réussissait à ouvrir pratiquement tout ce qui avait une serrure.
« Murdock ? »
Futé entra prudemment dans une pièce qui ressemblait à un bureau. Aucun signe de son copain. Il sortit et alla regarder dans la troisième porte, la quatrième puis la cinquième. Il restait la sixième, tout au fond. À ce stade, on ne voyait quasiment plus rien et cette fois Futé eut vraiment du mal à débarrer le verrou. « Murdock ? Murdock, c'est moi. Tu es là? » Aucune réponse. Futé ouvrit finalement la porte.
Futé s'aperçu alors qu'on y voyait mieux dans cette pièce que dans le couloir, contrairement aux autres pièces qu'il avait examinées. Il y avait une fenêtre très petite, placée en hauteur, qui faisait entrer un peu de la lueur de la lune. Mais il restait qu'on n'y voyait pas grand chose quand même. Il distingua une bibliothèque, un bureau. Aucune chaise à première vue. En somme, ça ressemblait plutôt au lieu que Murdock lui avait décrit. Futé sentit l'espoir remonter peu à peu en lui. Il allait enfin le retrouver. Après plus d'un mois d'absence, il allait enfin revoir son ami! Sa lueur d'espoir se changea rapidement en incompréhension. Murdock, où était-il ? Il ne le voyait pas!
« Murdock ? ..Murdock ? » demanda-t-il anxieusement. Il eut droit à un silence comme réponse. Il commençait à en avoir marre du silence.
Il s'apprêtait à sortir lorsqu'un gémissement parvint à ses oreilles. Futé se retourna immédiatement.
« Murdock ? Tu es là ? » Il y avait encore un certain ton de nervosité dans sa voix.
Il se pencha pour mieux regarder sur le sol et c'est alors qu'il distingua sous une des tables une forme humaine recroquevillée sur elle-même. « Murdock! » souffla-t-il. Il s'approcha du corps.
Murdock portait un uniforme propre à celui d'un serviteur dans les grands restaurants. Cela lui donnait un petit air chic que Futé ne lui connaissait pas, sauf quand ils se déguisaient pour tromper un ennemi ou emprunter quelques objets dans les missions. Par contre, ses vêtements étaient recouverts de poussière. Normal, il y en avait plein le plancher. À quelques pas de lui, un vieux téléphone noir. Futé reporta ses yeux sur son copain.
Il avait les paupières closes et un air malade; son visage avait un teint pâle, trop pâle dans toute cette noirceur qui les entourait, et ses traits semblaient aux yeux de Futé plus enfoncés que d'habitude, probablement à cause de la sous-alimentation qu'on lui avait fait subir, et il était plus maigre, ça Futé en était certain.
Murdock ne bougeait pas. Futé aurait préféré penser qu'il s'était tout simplement assoupi, mais il savait que la réalité était qu'il était tombé dans les pommes.
Futé mit sa main sur le bras de son ami et le brassa légèrement.
« Murdock. Murdock. » dit-il doucement pour le réveiller ou plutôt pour tenter de le sortir du coma.
Cela ne fonctionna pas, mais Futé ne se laissa pas décourager pour autant.
Il attrapa délicatement la taille de Murdock avec ses bras et le sortit de sous la table. Il le traîna et l'accota sur un mur, à moins d'un mètre de lui. Au moins ici ils ne risquaient pas de se cogner la tête contre la table. C'était un peu moins poussiéreux aussi. Et on y voyait un brin mieux.
Maintenant, le « plan », comme aurait dit Hannibal, était que Murdock se réveille et qu'ils sortent de là.
Soudain, une pensée inquiétante, mais d'une incroyable importance, traversa à la vitesse de l'éclair la tête de Futé : Murdock, il respirait encore au moins ?
À suivre.
