CHAPITRE 7 : MA CASQUETTE CHÉRIE

La simple pensée que son ami pouvait être mort suffit à mettre Futé dans tous ses états. Il se surprit lui-même en voyant ses mains trembler alors qu'il empoigna brusquement Murdock et pencha sa tête sur sa poitrine pour vérifier sa respiration.

Oui, ça y est, il pouvait la percevoir. Faible, mais bien là. Futé soupira. Qu'est-ce qu'il avait eu peur durant un instant!

Il releva la tête et regarda Murdock, toujours aussi immobile.

« Murdock! ..Murdock! Réveille-toi, allons. Je suis là maintenant. Tout va bien, mais réveille-toi s'il te plait. » D'une main, Futé caressa gentiment les joues de son camarade, son front, son nez, tout son visage en fait.

Il aurait tellement voulu que ses paupières se soulèvent par elles-mêmes, juste l'instant d'une seconde. Puis il passa sa main dans ses cheveux bruns. « Murdock, je t'en prie.. » Il avait pris un ton suppliant, sans même le vouloir. Mais il savait que, si Murdock l'entendait, celui-ci bougerait. Les supplications ne servaient donc à rien. Murdock était vraiment tombé dans une inertie profonde.

Mais Futé avait encore des chances de l'en sortir. Il se leva et laissa Murdock à demi-étendu sur le plancher froid, mais en faisant sorte que sa tête ne se cogne pas contre le mur. Il fit quelques pas et distingua dans l'obscurité l'entrée de la petite salle de bain.

Dans l'armoire, juste sous le lavabo, parmi plusieurs autres objets, guenilles et produits nettoyants dont le parfum laissait à désirer, se trouvait un vieux seau de plastique. Tout ce que Futé avait besoin était un contenant, et celui-ci était parfait.

Il ouvrit le robinet doucement et un jet d'eau très fort manqua de l'éclabousser. « Ce robinet est complètement déréglé, pensa furieusement Futé. Ils devraient faire venir un plombier.. hum.. » Il réussit tout de même à remplir d'eau froide son seau au trois quart sans ruiner sa belle chemise de soirée blanche qu'il avait gardée. Il prit un linge dans l'armoire et le rinça dans l'évier pour enlever la saleté qui aurait pu s'y accumuler.

Il retourna dans la première pièce et s'agenouilla à côté de Murdock, seau et linge propre à la main.

Il trempa le linge dans le seau d'eau et, après l'avoir essoré soigneusement, mouilla avec délicatesse le visage de son ami. Peut-être que le contact avec l'eau froide le ferait réagir.

Finalement, après quelques applications, cela fonctionna, à la grande satisfaction de Futé. Murdock remua. Un simple geste de la tête, comme s'il voulait repousser la substance liquide apposée sur son visage. Puis, tout en portant sa main à son front, il tenta de se mettre en une position assise plus confortable. Il semblait reprendre ses esprits. Futé jeta son linge dans le seau et s'approcha de Murdock.

Murdock finit par ouvrir les yeux. La première chose que son regard croisa furent les yeux bleus d'un Futé à l'air inquiet, à quelques centimètres de lui. Durant quelques secondes, au cours desquelles Murdock sembla reprendre conscience de la situation, aucun des deux ne daigna bouger, se contentant de se fixer l'un l'autre.

Enfin, Murdock cligna des yeux et reporta sa main à sa tête.

« Futé, c'est toi? » demanda-t-il lentement, même s'il connaissait la réponse. Il aurait reconnu Futé entre mille. Il voulait juste être sûr. Peut-être était-il en train d'imaginer tout ça?

Futé sourit à la question. « Mais bien sûr que c'est moi, idiot. Qui veux-tu que ce soit d'autre? »

Futé s'apprêta à se lever afin d'aider Murdock à faire de même quand Murdock l'en empêcha en se jetant soudainement sur lui. Il entoura Futé de ses bras, le maintenant en position assise sur le plancher.

« Oh Futé tu es venu me chercher, je suis si content! », dit-il tout en l'enlaçant.

Futé fut surpris d'un tel élan alors qu'il croyait Murdock beaucoup plus faible. D'ailleurs, il l'était probablement.

« Ça va Murdock, ça va.. Moi aussi je suis content de te voir.. après toutes ces semaines.. Ça fait trop longtemps.»

Futé se laissa serrer un moment, puis mis ses mains sur les épaules de son ami pour le calmer et par le fait même, briser l'embrassade.

Futé n'aimait pas vraiment les étreintes. Ça le rendait mal à l'aise, pour des raisons quelconques. Sauf bien sûr lorsque c'étaient de charmantes demoiselles, comme celles qu'il rencontrait au hasard des missions de l'agence. Là, il en profitait. Mais ce n'est pas dans l'histoire.

Murdock recula un peu.

« Tu as eu de la difficulté à me trouver dans ce grand manoir? »

« Oh, j'aurais regardé toutes les pièces de la maison s'il avait fallu. Mais j'ai finit par te trouver avant que ça n'arrive. »

Murdock sourit.

« Et pour y entrer ? À te voir, j'imagine que tu t'es déguisé en… euh » Murdock hésita tout en jetant un meilleur coup d'œil à l'accoutrement de Futé.

« …en électricien. » Futé termina la phrase en soupirant légèrement.

« Bien sûr, c'est exactement ce que j'allais dire. » répliqua Murdock avec un sourire en coin.

Futé se sentit désolé de rompre cette conversation qui semblait plaire à Murdock, mais leur temps était compté, lui pour sa job d'électricien pour laquelle un domestique pourrait tenter à tout moment de le retrouver dans le château, et Murdock pour son état physique. Quoique pour le moment Murdock ne semblait pas trop mal en point.

« Il vaudrait mieux sortir d'ici, Murdock. » dit-il en s'agenouillant.

« Tout sauf rester ici. » acquiesça-t-il en prenant un air un peu plus triste, mais sérieux.

Futé s'empressa de demander à Murdock s'il pouvait marcher.

« Je pense bien que oui. » répondit-il quelques secondes plus tard. Il semblait perdu dans ses pensées, comme cela lui arrivait à l'occasion, mais continuait de fixer Futé avec de gros yeux bruns remplis… d'envie? Dans tous les cas, ce regard soutenu ne manqua pas d'embarrasser Futé.

« Aah.. tant mieux alors. »

Ne sachant plus trop quoi ajouter, Futé se leva et tendit la main à Murdock. Celui-ci l'accepta et brisa le contact visuel durant l'espace de quelques instants. Une fois debout, il recommença à le dévisager. Futé tenta de regarder ailleurs, mais pourquoi regarder ailleurs? De toutes façons, le seul décor à « admirer » autour d'eux était caché dans l'obscurité. Ses yeux revinrent rapidement se poser sur la personne devant lui. Futé s'aperçu alors que les prunelles de Murdock n'étaient pas totalement posées sur son visage. Peut-être un peu plus haut.

« Murdock pourquoi me regardes-tu comme ça? » demanda-t-il, un sourcil levé en signe d'incompréhension.

« Oh ce n'est pas toi que je regarde, Futé. ..Quoique tu es bien intéressant à regarder aussi.. » Murdock laissa échapper un petit rire en voyant l'expression agacée qui s'était imprimée sur le visage de Futé. « C'est ta casquette. »

« Ma casquette? Comment, ma casquette? » Futé l'enleva de sa tête et l'examina grossièrement, à la recherche d'une quelconque tache ou déchirure. Il ne voyait toujours pas pourquoi cela aurait préoccupé Murdock cependant. « Qu'est-ce qu'…? »

Soudain, une lumière dans sa tête s'alluma. Quel comportement stupide! Ce que Murdock voulait, ce n'était pas l'avertir d'une malformation de sa casquette. Il leva tranquillement les yeux pour vérifier ses pensées et rencontra ceux amusés de Murdock. Il sourit à son tour.

« Tu veux cette casquette, Murdock? »

« Plus que tu ne pourrais l'imaginer. »

Futé se sentit bête de ne pas y avoir pensé plus tôt. Si Murdock portait toujours une casquette, c'était parce qu'il aimait ça, nécessairement. Et il en avait été privé pendant un mois. Futé doutait que ça l'avait vraiment contrarié, mais la vue de cette casquette sur sa tête avait dû faire revenir un souvenir en lui.

« Tiens, la voilà, copain. Maintenant sortons d'ici. »

À suivre