CHAPITRE 12: MAUVAISE PISTE
Futé et Murdock ressortirent de la chambre et examinèrent le couloir durant un instant. Futé proposa d'aller vers l'avant, vers l'aile nord, puisqu'ils n'avaient aperçu aucune sortie de secours dans toute la partie de l'aile sud qu'ils avaient parcourue jusqu'à maintenant. Murdock le suivit sans contester.
Ils marchèrent tranquillement durant environ trois minutes et arrivèrent enfin à la sortie du couloir : la place qui séparait l'aile nord de l'aile sud et où débouchaient les escaliers principaux. D'un geste de la main, Futé fit signe à Murdock de rester sur ses gardes et d'être le plus silencieux possible. Futé s'avança et observa un peu mieux les lieux. Tout restait encore assez sombre, malgré la grande fenêtre près des escaliers qui laissait passer un léger halo de lumière à travers la grande pièce. La faible luminosité, ajoutée à un silence impressionnant, rendait à la place une atmosphère plutôt paisible. Futé imagina sa maison, à quelques kilomètres de là, et pensa un moment que tout aurait été parfait si c'était chez lui qu'ils se seraient trouvés à ce moment-là, et non pas dans cette maison appartenant à un sadique. Mais il s'encouragea silencieusement en ce disant que bientôt ils auraient quitté cette demeure pour de bon.
Futé vit des petits couloirs qui menaient vers l'ouest et l'est, mais comme la maison était construite sur la longueur, ces ailes n'étaient pas très développées. Idéales pour y mettre une salle de bain, un placard ou…
« Par-là. » chuchota Futé. Il regarda derrière lui et Murdock agréa de la tête avec un air sérieux sur son visage. Peut-être le stress le rongeait-il lui aussi de l'intérieur ?
Ils empruntèrent le couloir opposé au côté des escaliers. Il y faisait plus sombre encore, mais Futé s'en ficha complètement car, après quelques pas, c'est là qu'il la vit. Cette lumière rouge. Ces six lettres qui donnaient le mot « SORTIE » et qui brillaient dans toute leur splendeur. Tout en souriant bêtement, il s'immobilisa sans trop s'en rendre compte et devina Murdock juste à côté de lui. Il regardait dans la même direction et souriait lui aussi. Ils avaient bel et bien devant eux, à moins d'une vingtaine de mètres, la porte de sortie. La porte de la liberté. C'était comme un rêve.
Murdock ramena Futé à la réalité en le prenant par le bras et l'entraînant vers l'avant. Il avait raison : il ne fallait pas traîner. Murdock le lâcha et ils filèrent vers la sortie.
Ils atteignirent enfin la porte et l'ouvrirent. Elle donnait sur un grand escalier en colimaçon qui descendait jusqu'au sous-sol probablement. Quelques grandes fenêtres permettaient un éclairage léger et Futé pensa alors qu'ils parviendraient à descendre toutes les marches sans en manquer une.
Mais, alors qu'ils se préparaient à s'engager dans l'escalier, toute la pièce se mit subitement à être éclairée par des lampes au mur et au plafond et Futé sursauta.
« Murdock, ne me fait pas de peur pareille, je t'en prie! Dis-le moi avant d'allumer la lumière! » Il regarda Murdock qui bafouilla à voix basse, inquiet :
« Mais- mais ce n'est pas moi! Je n'ai rien fait! Je ne sais même pas où se trouve l'interrupteur! »
L'expression de Murdock aurait réussi à nier toute accusation, mais Futé n'eut pas besoin d'une preuve supplémentaire quand ils entendirent loin, très loin, au-dessous d'eux, des pas dans l'escalier. L'escalier de secours était fait en métal alors il y avait un grand écho. Un homme montait. Même qu'à bien écouter, on aurait dit qu'ils étaient deux, peut-être trois. Futé et Murdock se regardèrent. Ils n'avaient simplement plus le choix maintenant : il leur fallait revenir sur leurs pas. Les deux compères réempruntèrent la porte de sortie à leur grande déception.
« Et maintenant ? » demanda Murdock, perplexe.
« Qu'en sais-je, dis-moi !? » grogna Futé.
Maintenant, des voix parvenaient à leurs oreilles, en plus des bruits de pas, toujours plus fort, toujours plus près.
« Futé, ils approchent! Qu'est-ce qu'on fait!? » répéta Murdock, comme si Futé possédait toutes les réponses.
Futé sentait son cœur battre la chamaille dans sa poitrine. Jamais il n'avait été aussi stressé, et Murdock n'aidait pas beaucoup. Futé essaya de mieux observer le couloir dans la noirceur. Il ne put distinguer qu'une ou deux portes. Il se précipita vers la plus proche, ignorant ce qui allait se trouver de l'autre côté, et soupira de soulagement en voyant qu'elle n'était pas verrouillée. Il fit signe à Murdock et ils entrèrent et refermèrent la porte derrière eux.
« J'allume? » demanda Murdock, qui avait déjà localisé l'interrupteur.
« Non. Ils pourraient voir la lumière de par l'extérieur.»
Une grande fenêtre laissait entrer un léger halo de lumière paisible, comme au croisement de l'aile nord et sud, tout à l'heure. En jetant un regard bref, Futé constata que la pièce était en fait un bureau. Un bureau très riche, très propre. C'est à peine si le plancher ne reluisait pas. Soudain, il eut un désagréable pressentiment.
« Murdock, j'ai comme un doute… » avoua-t-il nerveusement à voix basse.
« Et moi donc! » chuchota Murdock en guise de réponse, portant ses doigts à sa bouche, inquiet. « Cela ressemble drôlement à un bureau de haut placé. Et il n'a pas l'air abandonné vu la propreté… Et puisqu'il n'y a qu'un seul haut placé dans cette maison, cela veut donc dire que nous sommes… » Murdock s'arrêta, incapable de continuer.
Futé termina la phrase sur un air grave : «… dans le bureau du patron. »
Murdock écarquilla des yeux.
« Il faut sortir de là, il faut sortir de là! » commença-t-il, paniqué. Puis il se dirigea vers la porte : « Avec un peu de chance… »
Futé eut tôt fait de l'arrêter dans son mouvement et tenta de le raisonner : « Non, Murdock, tu es fou! Ils seront dans le couloir d'une seconde à l'autre, c'est trop risqué! »
Malheureusement, Murdock était difficile à convaincre : « Mais c'est aussi risqué de rester ici! Je veux sortir de là! »
Futé put deviner tout le désarroi que ressentait Murdock; la crainte de revoir son patron, la peur de se faire prendre et de ne jamais être libre de nouveau. La peur du mal. Futé tenta d'oublier sa nervosité et de prendre son courage à deux mains.
« Pas si on se cache. Viens par-là! »
Futé empoigna Murdock par le bras et l'entraîna vers le fond de la pièce, là où il faisait le plus sombre. Il y découvrit un placard en bois, de couleur blanc-gris (il ne pouvait pas vraiment distinguer la couleur réelle à cause de l'obscurité) avec des portes accordéons, qui se révéla, une fois ouvert, comme étant une penderie. Deux vestes noires avec des boutons dorés étaient suspendues à des cintres et il n'y avait rien d'autres à l'intérieur, sauf une petite valise rectangulaire, à terre, au fond. Il y avait là certainement de la place pour laisser entrer un homme. Mais deux ?
« Futé, qu'est-ce que tu fais ?! » éclata silencieusement Murdock, au bord du découragement. Il n'avait cessé d'observer les faits et gestes de Futé, tout en jetant des regards furtifs vers la porte d'entrée du bureau. Futé pensa alors que si jamais elle ne s'ouvrait, Murdock risquait de faire une crise cardiaque. Il regarda Murdock et, tout en désignant du doigt l'intérieur du placard, chuchota:
« Murdock, penses-tu que… ? »
« Hein? » fut sa seule réaction en guise de réponse. Futé ne sut trop comment l'interpréter. Murdock l'avait bien entendu. Alors quoi? De toutes manières, ils n'avaient pas de temps pour essayer de lire les pensées de l'un et l'autre.
Futé entendit les voix des hommes qui étaient probablement arrivés au sommet de l'escalier. Alarmé, il attrapa vigoureusement Murdock par le bras, oubliant un instant qu'il était plutôt frêle, et le poussa de force dans la penderie avant de s'y engager lui aussi puis refermer la porte.
À suivre…